« Nous sommes tous des étrangers et voyageurs sur la terre » : entretien avec Manior, auteur de « Les deux pieds en Afrique »

Un récit instructif et constructif, acteur de la déconstruction de préjugés

Aujourd’hui, nous recevons, pour la première fois sur notre blogue, le dessinateur Manior, pour nous parler de son roman graphique « Les deux pieds en Afrique », co-réalisé avec son épouse Maya, et paru le 08 octobre 2021 aux éditions Scriptura. Qu’il en soit remercié pour s’être ainsi prêté par mail au jeu des questions-réponses pour Pep’s café ! le blogue, contribuant à la richesse de cet entretien.

Merci également à Laurène de La Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française, et à Coraline Fouquet, éditrice chez Scriptura, pour l’envoi de ce beau livre en service presse, en avant-première, comme pour m’avoir mis en contact avec l’auteur.

Intro « brise-glace »

Bonjour Manior, je te remercie de te prêter ainsi au jeu des questions-réponses pour Pep’s café! le blogue. Comment te présentes-tu, habituellement ?

Je m’appelle Romain, j’ai 35 ans, marié à Maya et papa de 3 petits garçons. J’habite à Angers, et je travaille pour le CNEF, Conseil national des évangéliques de France. J’ai été enseignant en Sciences de la Vie et de la Terre (collège, lycée), puis j’ai travaillé pour des associations chrétiennes, dans le domaine de la communication principalement.

D’où vient ce nom de « Manior » ?

Manior est une anagramme de mon prénom, Romain. Il y avait aussi « Marion », mais ça collait moins avec mon genre ! J’ai pris ce pseudonyme de « Manior » dès l’adolescence, pour signer les dessins que je faisais pour les copains, ou sur les tables de la fac… 

1/ « Les deux pieds en Afrique », un roman graphique : « spécial origines »

Cette publication – un roman graphique alternant entre planches de bande dessinée et pages de carnet de voyage – est l’aboutissement d’un projet personnel, original : pourquoi cette BD ? Quelle est sa genèse ? Dans quelles circonstances a-t-elle été réalisée ?

Dans l’avion pour le Cameroun, lors de notre départ en volontariat [en 2014-2015], j’ai commencé à prendre des notes dans un petit carnet noir. Je voulais me souvenir des émotions ressenties, des premières surprises, des premières découvertes… C’était un récit assez intime, une sorte de journal personnel. Après quelques semaines, je ne ressentais plus ce besoin de noter mes impressions, mais j’ai par contre continué à noter des petits détails, dessiner quelques objets, et de plus en plus de situations surprenantes, qui me faisaient rire. Après 6 mois au Cameroun, et quelques semaines au Sénégal, j’ai cherché à dessiner ces anecdotes en bande dessinée. Je suis allé trouver un artisan qui m’a aidé à faire une table lumineuse, j’avais déjà un peu de matériel pour dessiner, et je me suis lancé. Et ce fut assez prolifique : je dessinais 2 à 3 planches tous les soirs ! 

En parallèle, Maya et moi tenions un blog, illustré de photos, de dessins et de vidéos, pour raconter à notre entourage ce que nous étions en train de vivre.

Quel a été le rôle des Editions Scriptura dans l’accompagnement de ton projet ?

En fait, j’avais dessiné plus de 100 planches de BD au Cameroun, mais elles sont restées dans un carton, faute de temps pour donner une suite à ce projet. Mais fin 2020, j’ai cherché une maison d’édition pour concrétiser ce projet de bande dessinée. J’ai tout de suite pensé à l’Alliance Biblique Française, qui mène (comme Wycliffe, pour qui nous étions volontaires) des projets de traduction de la Bible dans le monde. L’Alliance Biblique Française a répondu avec beaucoup d’enthousiasme, au travers de sa branche des Éditions Scriptura et son éditrice, Coraline Fouquet. Avec elle, nous avons retravaillé tout le projet, pour arriver à ce format un peu atypique, mêlant mes planches de bande dessinées, des passages repris du blog, et des photographies et illustrations complémentaires.

L’album est co-signé « Maya et Manior » (et non « Manior et Maya ») : quelle a été la participation de ton épouse dans sa réalisation ?

Par galanterie, j’ai préféré faire figurer le nom de Maya en premier. Au niveau du contenu, les textes (carnet de bord) étaient le plus souvent rédigés à 2 mains, et les photographies sont très majoritairement celles de Maya. Cette mention « Maya et Manior » est à la fois celle des auteurs, mais aussi des personnages, comme on lirait « Une aventure d’Astérix et Obélix ». Le caractère autobiographique permet de mêler ces 2 objets en une seule mention, au risque d’apporter un peu de confusion pour les lecteurs.

Pourquoi ce choix du roman graphique (un livre) pour raconter votre expérience en couple de volontariat en Afrique, et pas une vidéo, alors que ta spécialité est la communication digitale ?

Je suis très attaché au livre, au papier, à l’objet. Je dessine de manière très traditionnelle (crayon, pinceau, etc), donc le choix de ce format est très naturel pour moi. En parallèle, nous avons aussi réalisé quelques vidéos, tenu un blog, et animé les réseaux sociaux autour de notre année de volontariat… donc bien utilisé la communication digitale.

2/L’envoi en mission, « un déplacement »

 Le samedi 18 septembre 2021, le Défap – le Service protestant de mission – a fêté ses 50 ans au service de l’interculturalité. A cette occasion, d’anciens envoyés – dont votre couple – répondant à un appel à témoins du Défap, ont pu témoigner de ce que leur mission a changé dans leur vie. L’achèvement de votre BD et sa sortie prévue le 08/10 est-il « un hasard » (avec un grand « D ») de calendrier, avec cet anniversaire ?

C’est en effet un appel du Défap, dès fin 2020, qui a « réveillé » ce projet qui sommeillait dans un carton ! Nous avons travaillé activement avec le Défap et les Éditions Scriptura pour réussir à sortir ce livre à temps pour participer aux animations prévues autour des 50 ans du Défap. Je me réjouis de ces partenariats, parce qu’ils montrent que notre projet et notre année de volontariat ne s’est pas fait de manière isolée, mais au bénéfice de plusieurs structures différentes. 

Si l’on considère que la mission est « déplacement » et « rencontre », et, au-delà de la rencontre elle-même, « foi mise en action qui permet de mettre en relation même ce qui était destiné à ne jamais se rencontrer », en quoi votre vie à tous les deux n’est-elle plus la même, depuis cet envoi en mission ?

Dès notre retour, nous avons ressenti la nécessité de mettre en relation ce que nous avions vu, entendu, vécu, et nos proches ici en France : nos amis et famille doivent savoir ! Savoir ce qu’est le Cameroun, le Sénégal, qui sont les gens là-bas, savoir dans quel contexte social et politique ils naissent, grandissent, vivent et sont heureux. Il y a tellement de clichés et de généralisations à déconstruire, tellement de non-dits sur la Françafrique, que nous avions envie de jouer notre rôle de témoin : voilà ce que nous avons vu !

Avec quelques années de recul, je considère que nous avons vraiment eu de la chance de vivre cette année de volontariat, et qu’elle a façonné les individus, le couple et la famille que nous formons maintenant ! Il est difficile d’imaginer qui nous serions sans cette expérience, mais impossible de nier son impact.

En dehors des défis techniques décrits dans l’album (problème d’accessibilité à l’internet pour votre travail au quotidien….), quel a été votre plus gros défi de communication au Cameroun ?

Notre plus grand défi a été culturel : nous n’avons pas toujours pu appliquer nos idées telles quelles. Un exemple : nous avons souhaité mettre en place un envoi papier à tous les adhérents de l’association, mais impossible : la grande majorité de la population n’a pas d’adresse postale. Il fallait faire confiance aux relais de l’association dans les Églises pour assurer une distribution large de nos documents, et à notre grande surprise, ça fonctionne ! Ça a été une belle leçon d’humilité quant à l’expertise que nous pensions avoir, confrontée à la réalité du pays.

A quel point t’estimes-tu moins privilégié en France, en comparaison des camerounais qui ont « tout » chez eux ?

Sur place, il y a effectivement le beau temps, la facilité des relations humaines et la bière pas chère, qui font envie ! Avec du recul, et mon retour en France, je dirais qu’il y a aussi au Cameroun une liberté plus importante : les espaces vierges sont plus grands, la propriété privée est peu délimitée, les lois sont moins nombreuses, et tout est négociable… Les opportunités (créatives, de business, etc..) sont plus nombreuses car la société semble « en construction » ! Le retour en France a été dur pour moi sur ce point !

3/ L’art de la chute et inspirations diverses

Qu’as-tu appris de l’art de la chute, de la construction d’un gag, lors de l’élaboration de cet album ? [Voir en comparaison, la « vraie chute » en moto, en dernière partie de l’album !]

En BD comme en moto, je ne maîtrise pas l’art de la chute ! Je ne me considère pas comme un bon scénariste, et j’ai un humour assez second degré, voir sarcastique. J’ai donc écrit certains gags qui me font rire personnellement, mais qui sont loin d’être universels ! La construction des planches s’est faite de manière très spontanée : je cherchais davantage à dire ce qui m’avait fait sourire, plutôt qu’à faire sourire. Peut-être que ce qui est perdu en humour est gagné en authenticité… 

Ton « road trip » en moto te donne l’occasion de partager à tes lecteurs quelques extraits de « Nous rêvions tous de liberté », roman écrit par Henri Loevenbruck. En quoi cet ouvrage fait-il résonance avec ta propre aventure ?

En fait, c’est mon frère qui, en venant nous rendre visite au Cameroun, a ramené ce livre que j’avais acheté. C’est donc par coïncidence que je l’ai emmené dans mon sac et que j’ai commencé à le lire en partant en road-trip. Cette lecture m’a vraiment touchée, je me suis identifié à cette quête de liberté des personnages, et les chapitres que je lisais le soir mettaient des mots sur mes émotions de la journée, c’était incroyable ! J’ai souhaité garder cet aspect dans le livre.

De ton propre aveu, « Les deux pieds en Afrique » a été réalisé en mode « Le retour à la Terre » de Larcenet, ou les « Chroniques de jeunesse » de Guy Deslisle. Comment se gère une influence artistique pour un dessinateur, au point où tu as pu partager sur un forum que « ce que (tu fais) rappelle trop le retour à la Terre de Larcenet ? » 

Pour moi, le dessin est toujours resté un loisir : je n’ai pas suivi de formation, je n’y ai jamais consacré énormément de temps. Ce que j’ai apprécié chez Guy Deslisle (Chroniques de PyongYang) ou certains ouvrages de Manu Larcenet (Le retour à la Terre), c’est que la simplicité du trait n’était pas un handicap à la profondeur du récit, et ça m’a rassuré ! J’ai donc fait des choix proches de ce qu’on peut lire dans « Le retour à la Terre » : nombre de personnages limités, décors minimalistes, dessin et couleurs simples… Mon seul problème c’est que je n’ai ni le trait de Manu Larcenet, ni l’expertise scénaristique de Ferri ! J’assume donc l’inspiration de ces artistes, tout en reconnaissant le côté très amateur de mon travail.

Avec le recul, comment répondrais-tu aujourd’hui à ta propre question posée en cours de réalisation : « Y a-t-il une limite éthique, un moment où je dois choisir de faire différemment parce que ça ressemble trop à autre chose ? »

Au final, je ne me suis pas tellement éloigné du style de « Le retour à la Terre » donc… ma réponse est là ^^. Je pense que tout artiste est influencé par des créateurs de renom qu’il estime particulièrement, que ce soit moi ou Manu lui-même. Ici, la comparaison est légitime, mais se limite à certains choix graphiques, sans copier le thème, les personnages ou les gags. Je pense donc être resté du côté de l’inspiration (assez visible) sans avoir mordu le champ du plagiat ! 

Quel est ton regard final sur ton travail, aujourd’hui achevé ?

Je suis heureux d’avoir mené ce projet à terme, et d’avoir un beau livre sur mon étagère ! C’est mon 3ème projet abouti, après une auto-édition de mes dessins de blog en 2012 et l’illustration d’un livre pour enfants en 2016 (Fungo, ou l’aventure des mots).

En parallèle, je suis honoré de pouvoir proposer ce témoignage au sujet du volontariat, de la traduction de la Bible, qui se veut aussi une approche humble du choc culturel qui touche tout voyageur qui s’installe dans une culture qu’il ne connaît pas.

Le mot de la fin est pour toi !

Je me réjouis de lire les retours des lecteurs de ce livre, qui était à l’origine un projet assez personnel et est devenu un témoignage diffusé assez largement ! J’espère que ce récit sera instructif et constructif, acteur de la déconstruction de préjugés tenaces sur les étrangers, rappelant que nous sommes tous des « étrangers et voyageurs sur la Terre » ! 

Merci beaucoup, Manior, pour la richesse et l’authenticité de tes réponses !

Puisse ton partage nourrir l’intérêt de beaucoup pour ce livre !

En bref :

Les deux pieds en Afrique : carnet de voyage, de Maya et Manior. Editions Scriptura, 2021, 19.90€. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

Découvrir l’Alliance Biblique Française, dont la mission consiste à mettre la Bible à la portée de tous.

Le compte instagram « Not Art, Just Fun », de Manior.

 

Ascension

Ascension de Jésus, par John Singleton Copley (1775)

Ascension de Jésus, par John Singleton Copley (1775)

Le livre des Actes des Apôtres, dans le Nouveau Testament, « commence avec le dernier éloignement de Jésus, son élévation au ciel(1). Jésus a continué à apparaître aux siens durant quarante jours et Luc, dans son évangile, tient à nous écrire qu’ils le virent vivant, donc non pas comme une vision, mais dans sa plénitude physique(2). C’est la belle promesse de la résurrection : qu’elle restitue les formes concrètes, que les sens en soient les témoins.

De ce jour d’adieu, après lequel Jésus ne devait plus apparaître à ses apôtres, il reste écrit un bref dialogue en ouverture du livre des Actes des Apôtres ; deux répliques seulement, mais essentielles. Certains demandent à Jésus si le moment du royaume d’Israël est proche, celui qui marque le temps final du monde. En réponse, ils obtiennent un refus, car il ne leur appartient pas de connaître ce temps-là. En revanche, ajoute Jésus, c’est à eux que revient la force de devenir ses témoins dans le monde. Jésus enseigne ainsi qu’il est vain de s’interroger sur les temps de l’échéance de la confection du monde, il est vain de chercher dans les Saintes Ecritures ou ailleurs, dans les livres d’astronomie, sa date d’extinction. De nombreuses prévisions d’apocalypse ont été tentées, mais il ne nous appartient pas de connaître le terme de l’histoire. Il appartient à l’homme, s’il a la foi, de devenir témoin auprès des autres de la nouvelle sacrée[« l’Evangile »]. Et de sentir dans cette foi la force d’accomplir ce devoir [ou cette mission]. Et pour écarter morgue et orgueil, qu’il sache[ce témoin]que cette force[ou cette puissance(3)] vient d’en haut et non pas d’eux-mêmes, qu’elle leur a été donnée par grâce et non par mérite.

Au terme du bref entretien, les apôtres le voient se hisser au-dessus d’eux et flotter en l’air pour disparaître dans un nuage. Ils ne voient pas plus loin, les sens ne vont pas plus loin, ni les leurs, ni les nôtres. Plus loin, il y a seulement la foi et cette force[cette puissance]qui descend d’en haut, saisit une personne et la lance dans le monde pour raconter.

Tel est le témoin direct, celui qui vient au nom de Dieu ». Mais les autres ? « Tous ceux qui n’ont ni force ni foi » ? Ils « peuvent du moins reconnaître dans ces personnes l’empreinte digitale, la trace du soulier de Dieu. Alors, même celui qui a du mal avec le ciel peut devenir un témoin indirect. Même s’il n’a pas vu Jésus se hisser dans les airs, il peut dire qu’il a vu la force de la foi descendre dans un de ses semblables. Il peut dire qu’il a vu la nouvelle dans un autre. »(Erri de Luca. Ascension IN Noyau d’olive. Folio, 2012, pp 36-38)

Nous-mêmes, ayant à la fois « la foi et la force », et qui n’étions pas présents, pouvons témoigner : « Jésus ? Nous « l’aimons sans l’avoir vu et nous croyons en Lui sans le voir encore, nous réjouissant d’une joie ineffable et glorieuse »(1 Pie.1v8). D’autant plus qu’il « viendra de la même manière » qu’il a été vu s’en être allé au ciel »(Actes 1v11)

 

Notes : 

(1) Lire le récit en Actes 1v1-11, livre dont Luc est également l’auteur.

(2) Résurrection sans laquelle « notre foi est vaine » cf 1 Cor.15v1-18. Voir aussi Luc 24.

(3) Cette « force » ou cette « puissance » est en réalité une personne divine : le Saint-Esprit(Actes 1v8, cf Jean 14v1616)

Foireux liens de Novembre (12) : « Penser juste dans un monde complexe »

Un monde binaire : les gentils et les méchants

Un monde binaire : les gentils et les méchants

Sans oublier d’être vrai et bon*….

« Puisque la vie continue, autant la rendre plus belle », écrit magnifiquement le journaliste et blogueur catholique « Joseph Gynt » dans « Les Cahiers libres ». Lequel est conscient que « nous, chrétiens, savons bien qu’on ne change pas une société sans convertir le cœur des individus qui la composent ». Le « cœur des individus », mais avant tout le nôtre, d’où l’importance de nous ramener « à nos engagements premiers : « là où est la haine, que je mette l’amour, là où est l’offense, que je mette le pardon… Là où est l’erreur, que je mette la vérité ! » Dans ce cadre, poursuit Joseph Gynt, « les blogs et les réseaux sociaux peuvent être des armes d’évangélisation massive[face à la destruction et à la distraction massives], si nous osons y proclamer ce qui nous anime ».
La mission du chrétien serait donc de « rendre la vie plus belle »….et surtout, face aux extrémismes et aux fanatismes, peut-être moins simpliste, moins « binaire », comme nous y invite Yannick Imbert, professeur d’apologétique à la Faculté Jean Calvin(Aix-en-Provence) dans deux billets tout à fait salubres et pertinents, à ne pas manquer cette semaine** :

1)Sur Le Bon Combat, il réagit à un vieil article[plutôt un dessin] intitulé « Naissance du Christianisme vs naissance des autres religions », mettant en garde : dans notre démarche d’ « apologétique »(de « défense de la foi »), « ne nous focalisons pas sur des résumés trop rapides »[ou des schémas trop simplistes], mais « concentrons-nous plutôt sur les personnes qui croient », lesquelles sont en réalité souvent plus complexes que les étiquettes qu’on leur colle pour se rassurer. C’est moi qui souligne : l’attitude à adopter devrait être la même envers des croyants d’autres confessions chrétiennes, qu’ils soient protestants(historiques ou luthéro-réformé), évangéliques-« charismatiques » ou « non charismatiques », « pentecôtistes », « baptistes », « libristes », « mennonites », « adventistes », « darbystes », et autres « istes » ou « iques »…

2)Sur son propre blogue-« De la Grâce dans l’encrier »,  il relève combien notre « éthique chrétienne » devrait nous interdire « de raisonner par peur, mais » plutôt nous exhorter « à raisonner par justice et compassion ».

Au lendemain des attaques du 13/11/15 sur Paris, Yannick Imbert analyse les récentes déclarations sur l’Islam de Franklin Graham, qui comptent parmi les posts publiées sur les réseaux sociaux, récapitulant, selon lui, « tout ce qui convient de ne pas dire ».
Car Franklin Graham, « fils de l’icône Billy Graham, n’a pas que son nom pour se faire entendre. Evangéliste et missionnaire(…)sa volonté de servir l’Église de Christ, son dévouement à Christ et à la proclamation de l’Evangile ne fait aucun doute. Malheureusement, certains de ses propos affectent la crédibilité de son discours ».
Un dérapage que nous, chrétiens, ne pouvons nous permettre « dans ces temps douloureux, temps de crise et d’incertitude », où « ceux qui se disent disciples de Christ doivent démontrer, plus que jamais, qu’ils sont renouvelés à son image ». La suite à lire ici.

Et puisque l’on parle du danger d’une vision simpliste du monde – d’un monde qui serait « binaire », ne manquez pas de découvrir cette étonnante analyse de la pensée(non moins étonnante) du philosophe Dany-Robert Dufour au sujet du « mystère de la trinité » – un « devoir de philo »(04/04/15) pour le journal québécois « Le Devoir »***. L’exercice ne manque pas d’intérêt dans ce qu’il pousse nos contemporains à se demander en quoi cette « affaire trinitaire » pourrait encore concerner nos sociétés occidentales largement postchrétiennes ? « Pourquoi la pensée séculière et les non-croyants devraient-ils s’y intéresser ? Et, finalement, quel éclairage critique pourrions-nous en tirer sur l’état de nos débats publics et de nos liens sociaux ? »
Dans son livre intitulé « Les mystères de la trinité » (publié chez Gallimard en 1990)****,  Dany-Robert Dufour avance que « l’homme est trinitaire ». Une affirmation étonnante, vu que l’ouvrage n’est pas un traité de théologie et que son auteur n’est pas un croyant. Mais ce dernier , qui « parcourt l’histoire de la raison occidentale », y « discerne une lutte constante entre ce qu’il appelle « trinité » et « binarité » (…)toute l’histoire de la pensée en Occident (étant) le théâtre d’une éternelle tentation : la volonté de réduire le ternaire au binaire. De ce fait, la structure trinitaire (dont le dogme chrétien représente la sublimation par excellence) a toujours été une écharde au pied de cette raison occidentale », faisant « trébucher » celle-ci « sur ses limites ». De quoi faire réfléchir les chrétiens également « tentés » de se passer du dogme trinitaire, jugé « compliqué » ou « peu utile »….
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Et dans la foulée, pour terminer, une invitation à « Sortir de sa culture, rencontrer les autres », par Benjamin H. Un article publié dans la revue de réflexion biblique « Promesses » (n° 171 jan – mars 2010. Dossier « Foi et société »), et que l’on peut également retrouver dans un autre numéro, sur « l’Evangélisation personnelle », sous cet autre titre « choc des cultures ».
Son auteur a travaillé plusieurs années dans un pays du Sahel. Il est aujourd’hui responsable d’une organisation chrétienne internationale ayant son siège en France. Ici, il soulève que « le défi de la communication avec les musulmans n’est pas seulement d’ordre théologique, mais aussi d’ordre culturel(…)Dans notre communication de l’Évangile, quelles sont les limites à ne pas dépasser entre transmission du message du Christ et envahissement culturel ? »

Bonnes lectures ! Ne manquez pas de nous partager le fruit de vos réflexions, qui, nous l’espérons, seront nombreuses, en bas d’article.

 

 

Notes :

* »Bon », non dans le sens d’être « performant » ou « rentable », mais plutôt dans le sens de manifester de la bonté et de la compassion, à l’image de Dieu qui est « bon ».

** Du même Y.Imbert, voir encore cet autre article sur le site TGC – Evangile 21 : « les enfants non religieux » seraient-ils « plus altruistes que ceux élevés dans une famille de croyants ? »
Le professeur d’apologétique revient sur une étude présentée comme étant « scientifiquement démontrée », publiée le 5 novembre dernier dans « Current Biology ». Laquelle « conclut, après expérimentation, que les enfants athées sont plus altruistes que ceux élevés dans une famille « religieuse » – musulmane, juive, ou chrétienne. Dans les mots mêmes de l’étude : « Nos résultats démontrent fermement que les enfants des familles qui s’identifient à l’une des deux grandes religions du monde (christianisme et islam) étaient moins altruistes que les enfants de familles non-religieuses. » A ce sujet, Y. Imbert affirme qu’il n’y a pas lieu de s’angoisser, et il explique pourquoi.

*** Deux fois par mois, « Le Devoir » lance à des passionnés de philosophie, d’histoire et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

**** http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-des-Sciences-humaines/Les-Mysteres-de-la-trinite (Compte-rendu ici : http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1992_num_47_1_279033_t1_0119_0000_001 )

 

« A chacun son job ! »

Es-tu sûr de faire le bon boulot ? A moins que tu ne sois en train de faire le travail de quelqu'un d'autre, délaissant le tien ?...

Es-tu sûr de faire le bon boulot ? A moins que tu ne sois en train de faire le travail de quelqu’un d’autre, délaissant le tien ?…

« Pour communiquer avec les hommes et les femmes non[encore]réconciliées avec Lui, Dieu se sert du Saint-Esprit, des Ecritures, et du chrétien. Il est important de garder en tête cette division du travail », écrit Jim Petersen-des « Navigateurs »-dans « une vie qui parle »(Ed. Navpress, p 130).

En effet, nous ne sommes ni juges(Dieu), ni sauveurs(Jésus-Christ), ni chargés de convaincre(Saint-Esprit). Nous sommes ceux qui font les présentations !

A chacun son travail ! Faisons le nôtre et laissons (le)Dieu(trinitaire)faire le sien. Nous aurons l’assurance qu’une vie nouvelle a bien été créée et qu’elle portera du fruit(op. cit., pp 130-131).

 

Lectures : Jean 3, 817 ; Matt.27v18-20

Le chrétien et sa mission pour les nuls(2) : changeons de perspective !

Pour la discerner sans se tromper et répondre à l’appel de Dieu, il est essentiel de changer de perspective, et de s’aligner sur les pensées de Dieu. C’est pourquoi, à contre-courant des habituels conseils des coachs en développement personnel, le SEL, association protestante d’entraide et de liaison, nous propose une solution simple, en 4 points étonnants :

– Vise plus bas

– Pense plus petit

– Lâche prise

– Et va prendre un café  !

 

Découvrez de quoi il retourne ici :

http://www.enseignemoi.com/sel/video/vise-plus-bas-pense-plus-petit-lache-prise-10551.html

 

A lire, également : Matt. 18v10-14 ; Rom.12v1-16 ; 1 Cor.12v12-27 ; Philip.2v1-21

« Le chrétien et sa mission pour les nuls »

 

 

Qu’est-ce qu’un chrétien ?

 

 

 

 
Un « protestant »(« uni »), un « protestant(évangélique) », un « catholique », un « orthodoxe » ? Un « (déjà)né (dans une famille)chrétien(ne) » ? Ou un « né(e) de nouveau » ?

A moins qu’un chrétien ne soit quelqu’un « qui connaisse son Dieu » ?…Son Dieu comme Père ?

Un chrétien est-il quelqu’un qui « fait pour être » ou

Lampe par bruna pires

Lampe par bruna pires

« qui fait parce qu’il est » ?

Qu’est-ce la « mission du chrétien », « petit Christ » ?
Qu’est-il appelé à « faire » ou… »à être », tout simplement ?

Un chrétien est un « porteur » et un « semeur d’espérance »(et pas « d’espoir »)

Certains Tools par Vinicius de Carvalho Venâncio Qu'est-ce qui est essentiel, dans la vie ?

Certains Tools par Vinicius de Carvalho Venâncio
Qu’est-ce qui est essentiel, dans la vie ?

Un chrétien est un « ustensile », dont la vie est utile et a du sens.
Il est un « témoin » de Christ :

celui qui fait les présentations(entre Dieu et celui qui ne connaît pas encore Dieu)
« Evangéliser » lui est(devenu) »naturel » : « une façon de vivre ».
Il est appelé « sel de la terre » et « lumière du monde » par le Seigneur Jésus(Matt.5v13-14).
Il est appelé à « proclamer » et à « affirmer » l’évangile, qui est la bonne nouvelle de Jésus-Christ.

A vous de poursuivre la liste, en développant ces termes et expressions.

En guise de réflexion supplémentaire sur cet inépuisable sujet, voici, non pas un « guide pour les nuls » sur « le chrétien et sa mission », mais le « Top des 10 » de Pep’s Café !
Le Top des 10 livres(en papier, avec des pages qui tournent et qui font du bruit), bien sûr : de quoi vous inspirer à l’approche de Noël ?
Certains sont encore accessibles, d’autres épuisés.

Sur ce, bonne lecture !

Avant toutes choses, lire ou relire le sermon sur la montagne de Jésus-Christ dans Matt.5-7. Puis les 4 évangiles.

« A qui est cet enfant ? » de Bill Wilson : tout a changé pour le jeune Bill, le jour où un homme s’est demandé en le voyant seul, abandonné : « à qui est cet enfant ? »

« L’Audace de la foi » d’Alfred Kuen (édition Emmaüs, 2002)ou l’histoire de Georges Müller, un homme de foi qui a su mener une vie utile et pleine de sens.

« Le chrétien et les défis de la vie moderne »(vol.1) de John Stott. Ed. Sator, 1987(collection alliance). Entre être « lumière du monde » et » sel de la terre », faut-il choisir ?

« L’Evangélisation personnelle », un dossier de « Promesses », revue de réflexion biblique.

« Just people », du Défi Michée : mener « juste » sa vie ou mener une vie « juste » ? Un ouvrage de formation et de réflexion destiné à aider les chrétiens et les Eglises intéressés par la problématique de la pauvreté et de la justice sociale à s’investir de manière plus concrète.

« La saveur partagée » de Rebecca Pippert(Ed. Farel) : « évangéliser » ou « communiquer sa foi », n’est pas du « marketing », mais quelque chose « que le chrétien ne peut pas ne pas faire » : l’évangélisation est quelque chose de « naturel », « automatique », « spontanée ». « Une manière d’être », avec Jésus Christ comme source. » Rebecca Pippert sera intervenante à la conférence : « évangéliser : mission impossible ?  » à l’institut biblique Emmaüs, en Suisse, du 31 janvier au 1er février 2014.

« Lire la Bible avec les exclus », de Bob Ekblad. Ed. Olivetan, 2008 : pour une lecture réellement libératrice de la Bible avec les exclus ou les « damnés de la terre »(détenus, drogués, travailleurs clandestins, mères seules…)

« La Force d’aimer », de Martin Luther King. Ed. Empreinte, 2013(nouvelle édition) : 17 sermons. « Nous ne devons pas être des thermomètres qui indiquent la température de la majorité, mais des thermostats qui transforment et règlent la température de la société. »

« Une vie qui parle »,  de Jim Petersen, ed. « les Navigateurs » : le titre dit tout. Comment « parler » de l’évangile à nos contemporains, dans une société sécularisée ?

« Le Royaume équilibrée de Dieu » de Richard Borgman. Ed. Le lion et l’agneau, 1995 : « Le Royaume de Dieu » ou « Son règne sur tous les domaines de la vie »… »Jésus-Christ, le souverain roi, et rien d’autre ».

Quelles sont tes motivations pour agir ?

Objectif pour le saut par Shari Weinsheimer Quelles sont mes motivations "pour y aller" ?

Objectif pour le saut par Shari Weinsheimer
Quelles sont mes motivations « pour y aller » ?

« Rien n’est plus trompeur que le cœur humain. On ne peut pas le guérir, on ne peut rien y comprendre. « Moi, dit le Seigneur, je vois jusqu’au fond du coeur, je perce le secret des consciences. Ainsi je peux traiter chacun selon sa conduite et le résultat de ses actes ». (Jer.17v9-10)

« C’est pourquoi, ne portez de jugement sur personne avant le moment fixé. Attendez que le Seigneur vienne : il mettra en lumière ce qui est caché dans l’obscurité et révélera les intentions secrètes du cœur des hommes. Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient ». (1 Cor.4v5)

 « Or, tout ce qui est dévoilé est mis en pleine lumière… » (Eph.5v13)

« Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous, et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l’homme »(Jean 2v24-25)

Voilà autant de versets bibliques, sans doute connus par la plupart d’entre vous, pouvant être illustrés par le western « Rio Conchos ».

L’histoire en gros :

Auteur d’un massacre d’indiens, perpétré avec un fusil à répétition provenant d’un chargement volé à l’armée américaine, le sudiste Lassiter se fait arrêter par le capitaine Haven. Afin d’empêcher que le fameux chargement ne tombe aux mains des indiens, une équipe improbable se constitue alors pour le retrouver et le détruire : Haven, chef du commando, Franklyn,  son sergent noir, Lassiter lui-même, contraint de guider les militaires jusqu’au receleur des fusils – et un bandit mexicain condamné à mort enrôlé de force, l’amusant Rodriguez.

« Rio Conchos », que j’ai découvert de la même façon que pour « Texas », est intéressant à plus d’un titre. Certes, cette phrase introductive fait quelque peu « cliché », et pourrait valoir pour n’importe quelle œuvre. Néanmoins, l’intérêt est réel et multiple, puisque « Rio Conchos » est un pré-western spaghetti, sorti en 1964, soit quelques mois avant le « pour une poignée de dollars » de Léone.

Et surtout, en dépit d’un pitch de base banal sur le papier (une mission commando à la sauce western), son scénario est plus riche, complexe et imprévisible qu’il n’y paraît, jusqu’au final sidérant.
L’intérêt vient aussi des caractères respectifs des personnages dépeints : ce qui anime chacun, peu à peu mis en lumière, s’avère en réalité très ambigu et bien éloigné des « valeurs » habituellement mises en avant dans les westerns classiques : du sens et du  respect de la loi, de l’honneur, de la famille, de la liberté….point de tout cela.
Au contraire, dans « Rio Conchos », les personnages sont cyniques, tourmentés et individualistes : entre Lassiter, rongé par la haine et la vengeance, le capitaine nordiste, rongé par la culpabilité (et peut-être animé par une ambition secrète), ou le renégat mexicain décomplexé, rongé par la cupidité(ne parlons pas du vieil officier sudiste qui refuse la fin de la guerre, rongé par la folie des grandeurs), qui pourrait nous (re)donner foi en la grandeur et la dignité humaine ? La jeune femme apache, qui intègre le groupe, et le sergent noir, semblent tous deux « n’être rongés par rien ». Mais sont-ils réellement positifs ?

L’indienne pourrait être la véritable héroïne du film, puisqu’elle aide le commando à faire disparaître les fusils. Mais ce faisant, elle découvre à ses dépends que l’on ne saurait faire d’omelettes sans casser d’œufs : trahir ses frères, au risque de causer des morts parmi eux, pour mieux sauver encore plus de vies humaines de massacres à venir…. cruel dilemme.

Et Franklyn, le sergent noir ? Sous ses dehors de fidèle « yes man », il est le plus discret, mais aussi le plus difficile à cerner. En tous cas, il ne semble pas avoir de mobiles inavouables, malgré une vacherie de Lassiter qui pourrait nous inciter à le soupçonner d’ambition carriériste. La présence d’un tel personnage de couleur peut être aussi perçue comme un geste progressiste de la part du réalisateur, particulièrement dans le contexte de l’Amérique et le Hollywood du début des années 60 (et sachant que la ségrégation raciale n’a été officiellement abolie qu’en juillet 1964-le film date d’octobre). Néanmoins, il reste « trop froid » et « trop parfait », pour nous permettre de nous identifier à lui.
En fin de compte, « Rio Conchos » montre qu’une véritable équipe n’est pas un assemblage d’individus aux intérêts secrets et contradictoires. Une mission dite « officielle » censée fédérer le groupe ne suffit pas. Ici, pour chacun des membres du commando, la « cause » (retrouver et détruire des fusils à répétition volés) n’est qu’un prétexte pour privilégier sa « propre vision ».
Il leur manque donc à tous l’indispensable et vitale (et véritable) unité et « communion ». Ainsi qu’une véritable adhésion à une cause. De cette notion d’ « adhésion » ou « d’adhérence », nous en parlerons une prochaine fois, avec deux nouveaux films pour l’illustrer !

En bref :

Rio Conchos(1964). USA. Coul. 107 min.
Réal. Gordon Douglas
Avec:
Richard Boone : Lassiter
Stuart Whitman : Capitaine Haven
Tony Franciosa : Juan Luis Rodriguez
Jim Brown : Sergent Franklyn
Wende Wagner : la jeune femme Apache
Edmond O’Brien : Colonel Theron Pardee
Très belle musique de Jerry Goldsmith (voir aussi ici)

Rio Conchos est disponible en DVD dans la collection « Westerns de Légende » de l’éditeur Sidonis-Calysta.