L’Action du mois : transcender un monde de partenaires

« Transcender un monde de partenaires » ou comment redonner de la vigueur au sens de « prochains », « frères »…
(Affiche du film « Jimmy ‘s Hall » de Ken Loach, 2014)

La littérature de type « développement personnel » recommande d’éliminer les interactions avec les « gens toxiques », dans le but ultime d’améliorer sa qualité de vie » ou « d’entrer dans sa destinée », « son projet ». Une certaine conception de « la culture de l’honneur » donne beaucoup d’importance aux noms et aux titres, puisque, selon cette conception, « Mère, père, fils, fille, apôtre, prophète, chrétien, être humain – de tels noms définissent le rôle et l’identité d’une personne et lorsqu’ils sont utilisés correctement, établissent la relation définie par Dieu dans laquelle des récompenses spécifiques sont données et reçues et nous fortifient. Une culture de l’honneur est créée lorsqu’une communauté apprend à discerner et recevoir les personnes dans leur identité donnée par Dieu »(1).

Le sacrificateur et le lévite de la parabole du « bon samaritain » n’ont pas lu ce type de littérature. Néanmoins, ils n’ont pas fixé leur attention « sur cet appel intérieur à devenir proches » d’un homme blessé et abandonné sur le chemin par des voleurs, « mais sur leur fonction, sur leur position sociale, sur une profession fondamentale dans la société », comme nous pouvons le lire dans « Fratelli Tutti »(2), la dernière lettre encyclique du Pape François sur la fraternité et l’amitié sociale (parue le 03/10/20 en ces temps où tout semble nous diviser les uns des autres). Ces autorités religieuses « se sentaient importantes pour la société du moment et leur urgence était le rôle qu’elles devaient jouer. L’homme blessé et abandonné sur la route était une gêne pour ce projet, une entrave, et par ailleurs il n’assumait aucune fonction. Il n’était rien, il n’appartenait pas à un groupe renommé, il n’avait aucun rôle dans la construction de l’histoire ».

Le sacrificateur s’est détourné de l’homme gisant à moitié mort et le lévite l’a évité, respectant scrupuleusement Ézéchiel 44v 25 : « Un sacrificateur n’ira pas vers un mort, de peur de se rendre impur. » Et donc impropre pour accomplir leur service religieux. Incroyable mais vrai : l’exercice de leur religion n’a pu leur permettre de venir en aide à cet homme.

A l’inverse, « le généreux Samaritain a résisté à ces classifications étriquées, même s’il n’appartenait à aucune de ces catégories et était un simple étranger sans place spécifique dans la société. Ainsi, libre de tout titre et de toute charge, il a été en mesure d’interrompre son voyage, de changer de projet, d’être disponible pour s’ouvrir à la surprise de l’homme blessé qui avait besoin de lui.

Quelle réaction une telle narration peut-elle provoquer aujourd’hui, dans un monde où apparaissent et grandissent constamment des groupes sociaux qui s’accrochent à une identité qui les sépare des autres ? Comment peut-elle toucher ceux qui ont tendance à s’organiser de manière à empêcher toute présence étrangère susceptible de perturber cette identité et cette organisation auto-protectrice et autoréférentielle ? Dans ce schéma, la possibilité de se faire prochain est exclue, sauf de celui par qui on est assuré d’obtenir des avantages personnels. Ainsi le terme “prochain” perd tout son sens, et seul le mot “partenaire”, l’associé pour des intérêts déterminés, a du sens. »

Nous croyons voir alors ce monde décrit dans les années 30 par Elias Canetti, écrivain d’expression allemande (1905-1994) et prix Nobel de littérature en 1981, où « tout ce qui nous entoure est effrayant. Il n’y a plus de langage commun. Personne ne comprend l’autre….personne ne veut le comprendre ». L’auteur prend pour exemple son « Huguenau », le personnage du roman « Les Somnambules » d’Hermann Broch : « dans (le) Huguenau, les hommes y sont établis dans des systèmes de valeurs différents, aucune entente n’est finalement possible entre eux ». Certes, le personnage d’ « Huguenau converse encore avec autrui, mais il y a cette lettre qu’il envoie, à la fin du livre », à un autre personnage, « la veuve Esch, où il s’exprime entièrement dans son langage propre : le langage de l’individu entièrement commercial ». Bien sûr, Huguenau est poussé « jusqu’à l’extrême, ce qui le distingue des autres personnages du roman »(3).

A l’inverse, les relations selon le Royaume de Dieu sont plus saines et d’une simplicité biblique : « Pour vous, ne vous faites pas appeler “Maître”, car vous n’avez qu’un seul Maître et vous êtes tous frères. N’appelez personne sur la terre votre “Père”, car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler “Docteurs”, car vous n’avez qu’un seul Docteur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé ». (Matt.23v8-12)(4)

« Vous avez un seul Père, le Père Céleste et vous êtes tous frères » : toute autre relation, basée sur des rapports opportunistes ou de domination/d’infantilisation, est donc pourrie et à exclure. Il n’y a donc pas de « petit frère/petite sœur », « grand frère/grande sœur », « père spirituel », « directeur (de conscience »)…Nous sommes frères/sœurs en Christ, dans la soumission réciproque, et enfants de Dieu le Père, pour être adultes dans ce monde. Et être enfants de Dieu, c’est avoir pour Père Celui qui « est bon pour les ingrats et pour les méchants » et « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes ». Car « si nous aimons ceux qui nous aiment, quelle récompense méritons-nous ? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? »…(Matt.5v45-46 et Luc 6v35)

Et « la culture d’honneur » biblique nous enseigne que « bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres ». (1 Cor.12v22-25)

La bonne nouvelle, c’est que, mieux que de « payer ce qu’il commande », Christ donne fidèlement les moyens de réaliser ses projets. En effet, il est nous enseigné un chemin « bien plus excellent » : celui de l’amour désintéressé de Dieu en 1 Cor.13.

 

 

 

 

Notes :

(1) « La Culture de l’honneur », Dany Silk. Hermeneia éditions, 2012, p 26. Cependant, mon identité dépend-t-elle de ce que je fais, sachant qu’un ministère est donné pour un temps et pas pour toujours ?

(2) Paragr. 101-102 Cf http://www.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20201003_enciclica-fratelli-tutti.html

(3) Cf « Jeux de regards » (LP Biblio, p 45), le troisième volet de son autobiographie, correspondant aux années 1931-1937. Citation dans le contexte d’une conversation avec l’écrivain autrichien Hermann Broch, sur leurs oeuvres respectives.

(4) Ces relations nouvelles sont aussi décrites en Eph.4 et Eph.5

 

Retrouver la joie de prier

Une invitation décomplexante et stimulante

Voici un petit livre décomplexant, en ce qu’il ne s’adresse pas à ceux qui savent prier, les experts « es prière », ou à ceux qui, décomplexés, pratiquent ce qu’ils appellent « prière, mais qui n’est en réalité qu’un monologue sans fin.

Bonne nouvelle : il s’adresse à tous ceux qui, comme moi, ne savent pas prier ou ayant longtemps fui la prière. En effet, constate Michael Reeves, son auteur, qui se met dans le lot, « nous ne sommes pas doués pour la prière. C’est malheureusement vrai pour la plupart d’entre nous, et cela ne devrait pas nous étonner », car « nous sommes tous pécheurs » (1). Et nous connaissons « l’ami des pécheurs », Jésus-Christ (1), et qui, du pharisien et du publicain venus au temple pour prier, est reparti justifié.

Il ne s’agit pas non plus d’un manuel sur la prière.

Il s’agit d’une invitation stimulante et bienfaisante à « retrouver la joie de prier », joie que l’on a pu perdre, en étant trop centré sur la prière perçue comme « une chose que le chrétien doit faire » ou comme un domaine dans lequel nous devons progresser….A ce stade, lorsque la prière est tellement centrée sur elle-même ou sur celui qui prie, au point que celui avec qui je suis censé être en relation ne compte plus, alors ce n’est déjà plus une prière….

Au contraire, rappelle Michael Reeves, citant une expression de Jean Calvin, « la prière est le principal moyen d’expression de la vraie foi », que nous accueillons avec reconnaissance, et le principal moyen de la confiance authentique dans le Dieu vivant et vrai, lequel est un Dieu relationnel parce que « Trine », Père, Fils, Saint-Esprit.

« Prier, c’est encore respirer »(2). Pas plus qu’on ne respire l’oxygène ou l’azote isolés, pas davantage le souffle de la prière ne s’alimente isolément de Dieu.

La prière consiste donc à s’en remettre à un Père bon et puissant « au lieu d’être livré à une effrayante solitude où tout dépend de nous. La prière, c’est l’antithèse de l’autonomie. Elle est notre non à l’indépendance (et à) l’ambition personnelle » (3)

Le livre est très court (61 pages). Sans doute pour mieux nous inviter, non à « causer » sans fin de la prière, mais à vite rejoindre Dieu, lequel nous attend déjà, pour « causer » avec Lui en toute assurance et confiance, dans la liberté d’un enfant de Dieu devant Son Père, qui ne cherche plus à obtenir ou à arracher quelque chose, mais qui apprend à recevoir.

 

En bref : « Retrouver la joie de prier », de Michael Reeves. Editions Cruciforme, 2020. Reçu gracieusement de la part de BLF éditions, que je remercie. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

 

Notes :

(1) « Retrouver la joie de prier », de Michael Reeves, p 1, 17

(2) Comme l’écrivait Kierkegaard dans son « Traité du désespoir » (pp 105-106)

(3) Michael Reeves, op., cit., p 43

Exercices spirituels

« Seuls ensemble » ou quand, dans un nouveau régime connecté, une gare, un café, un parc (ou une église ?) n’est plus un espace commun, mais un endroit où les gens sont rassemblés mais s’ignorent….

« Quand je me réveille, avant toute chose je consulte mes mails. avant de dormir, je les lis une dernière fois. J’ai fini par me rendre compte que prendre connaissance de nouveaux problèmes et impératifs professionnels n’était pas la meilleure façon de commencer la journée, ni d’ailleurs de la finir. Mais je n’ai pas changé mes habitudes pour autant, même si celles-ci ne me conviennent pas », nous partage l’anthropologue Sherry Turkle dans « Seuls ensemble » (1)

Cette dernière « fait (alors) part de (son) irritation grandissante à une amie, une femme de soixante-dix qui médite chaque matin sur un passage de la Bible, une habitude prise lorsqu’elle était adolescente.  Cette amie m’avoua qu’il lui était de plus en plus difficile de commencer ses exercices spirituels avant d’avoir regardé ses mails. Pour elle, le fait de repousser le moment de consulter sa boîte de réception faisait désormais partie intégrante de son acte de piété (2). et comme moi, elle perdait le sommeil en lisant ses mails chaque soir avant de se coucher »

Un peu plus loin, dans le même ouvrage, Sherry Turkle souligne que « nous avons l’impression d’être des versions améliorées de nous-mêmes lorsque nous sommes en ligne. Ceci fait écho aux moments où quelque chose de plus se passe avec les robots [dits « sociaux »]. Mais dans les deux cas, ces moments superlatifs peuvent nous laisser avec des vies appauvries. Les robots et la connectivité (…)représentent deux chemins possibles vers une forme de retrait relationnel. Avec les robots sociaux, nous sommes seuls, mais nous recevons des signaux qui nous disent que nous sommes avec autrui. En réseau, nous sommes avec autrui, mais nous attendons si peu des autres que nous pouvons finir par nous sentir complètement seuls. Et nous courons le risque de considérer à terme autrui comme un simple objet auquel on accède, juste pour y trouver ce qui semble utile ; du réconfort ou du divertissement »(3).

Aïe ! C’est ce qui me motiverait dans mes « temps d’intimité avec Dieu » ?

 

 

Notes :

(1) Turkle, Sherry. « Seuls ensemble : de plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines ». Editions L’Echappée, 2015, pp 243-244. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes (et vraies) librairies.

(2) A noter qu’il est aussi prévu, dans la Bible, un jour de cessation en fin de semaine, le Shabbat. Institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais, le Shabbat est un bien collectif et la propriété commune de tous ceux qui partagent la vie commune. La « cessation » s’étend donc à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale – – aujourd’hui, l’on pourrait intégrer nos ordinateurs et téléphones portables, en les éteignant –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi.

(3) Turkle, Sherry. op. cit., p 244.

« Je crois que je suis en train de perdre la foi » : « tu crois ou tu en es sûr ? »

Le must de « la crise de foi » : « croire » perdre la foi et en parler à Jésus !
(Source : convergence bolcho-catholiques)

– Seigneur, je crois que je suis en train de perdre la foi…

– Au cas où, tu es en train de me parler.

– Ah oui… Mon problème est sans doute ailleurs.

– Sans doute, je crois.

[Piqué sur le compte twitter de Robin Reeve, enseignant d’Ancien Testament à la HET-PRO, Haute école de théologie en Suisse romande] 

En ce moment, j’écoute : « Mon ancre et ma voile » de David Durham

« Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide… » (Hébr.6v19)

En ce moment, j’écoute « Mon ancre et ma voile », ce chant de David Durham(1).

Il y est question de Dieu et celui qui chante est un croyant, parce qu’il parle directement avec Lui en Lui disant « tu »(2) : « Dieu, tu es ma force, ma consolation ». Je suis donc un croyant, parce que je peux dire « tu » à Dieu !

Je suis un croyant parce que je peux m’adresser librement à Lui, crier à Lui, l’appeler, avec l’espérance et la certitude que Dieu est bien là, qu’Il m’entend et qu’Il me répond (3).

Le croyant n’est pas un croyant (uniquement) des œuvres passées de Dieu : « Ta voix a triomphé de l’ouragan, remporté le combat ». Il témoigne d’un acte de foi sans cesse renouvelé, sinon tous les jours, envers Dieu : « Tu m’offres chaque jour ton infaillible amour. Toi qui as fixé le cours des étoiles, Sois mon ancre, sois ma voile ! »

Le croyant, celui qui dit « tu » à Dieu, est aussi celui qui se sait (et accepte d’être) pardonné et sait pardonner(4) : « Ta grâce m’appelle à lever les yeux et suivre ton chemin. Ta miséricorde coule de la croix, Ton sang m’a racheté. Tout ce que je suis me vient de toi. Sans fin je te louerai ».

Alors ? Es-tu un croyant ?

Pour ma part, je retiens aujourd’hui de ce chant cette expression « Ta voix a triomphé de l’ouragan… », laquelle me rappelle ces psaumes :

« Rendez à l’Eternel gloire pour son nom! Prosternez-vous devant l’Eternel avec des ornements sacrés!  La voix de l’Eternel retentit sur les eaux, Le Dieu de gloire fait gronder le tonnerre; L’Eternel est sur les grandes eaux.  La voix de l’Eternel est puissante, La voix de l’Eternel est majestueuse.… » (Ps.29v1-4)

« Les fleuves élèvent, ô Eternel! Les fleuves élèvent leur voix, Les fleuves élèvent leurs ondes retentissantes.  Plus que la voix des grandes, des puissantes eaux, Des flots impétueux de la mer, L’Eternel est puissant dans les lieux célestes.… » (Ps.93v3-4)

 

 

 

Notes : 

(1) Mon ancre et ma voile. Paroles : David Durham. Musique : David Durham et Rolf Schneider (2003). JEM 3-792.

Ecouter cette autre version chantée ; et cette version instrumentale

(2) Comme dirait l’écrivain napolitain Erri de Luca.

(3) A noter qu’un « silence » est une réponse, qui ne signifie pas nécessairement « une absence » ou « une distance » de Dieu, mais plutôt Sa disponibilité.

(4) Voir notre article sur Erri de Luca et le pardon.

 

Le péché : « une dynamique », « une rupture »

(News lovers in the)Planet of the Apps (2013) Huile sur toile 36” x 36” de Patrick McGrath Muñiz Le péché : une rupture

(News lovers in the)Planet of the Apps
(2013)
Huile sur toile 36” x 36” de Patrick McGrath Muñiz
Le péché : une rupture

Souvenez-vous des deux billets de la semaine dernière (« Ce dont souffrent ceux qui sont perdus dans le monde… » et « L’avenir est-il de vendre ce qui est aujourd’hui gratuit »), qui avaient été présentés comme deux introductions à un nouveau thème, que nous abordons aujourd’hui. Avez-vous trouvé de quoi il s’agit ?

Il s’agit du péché. Ne zappez pas trop vite, s’il vous plaît…

Quel rapport avec les deux billets précédents ? Nous y venons.

Qu’est-ce que le péché ? Contrairement à ce que nous pensons souvent, le péché n’a rien à voir avec le fait d’avoir « un mauvais comportement » ou une « mauvaise moralité ». Comme nous l’apprend Genèse 3, le péché est une affaire de relations. En effet, pécher, étymologiquement(en hébreu comme en grec), veut dire « manquer le but ». Soit « être à côté de la plaque » et « passer à côté » du cadre de l’alliance de Dieu avec l’homme, en violant celle-ci. Sans ce cadre, la liberté devient une liberté de tous les désirs et le résultat est la dispersion. Le péché est donc « une cassure », une « trahison » (analogue à celle d’un des deux conjoints, dans un couple)

 

Développons un peu :

Comme nous l’apprend Genèse 1, Dieu est un être relationnel : Dans l’original hébreu, Il est appelé ici « Elohim », qui est un pluriel, quoique le verbe qui suit (« créa ») soit au singulier(Gen.1v1). Ce nom signifie « Dieu fort et puissant, créateur ». Au début, Dieu parle tout seul, ou « à lui-même »(v26). Il aurait pu le faire encore longtemps. Mais comme Il déclarera qu’ « il n’est pas bon que l’homme soit seul », il ne semble pas bon que Dieu soit seul !

Dieu, qui est un « Dieu relationnel », décide donc de créer l’être humain « à son image » et « à Sa ressemblance »(v26). « Image » et « ressemblance » ne sont pas synonymes : « image » veut dire « ombre » et « ressemblance » évoque l’idée de « réalité », d’une reproduction fidèle (comme un portrait). Gen.1v26 ne l’explicite pas de manière directe, mais l’on peut déjà comprendre que l’identité de l’homme se définit en tant qu’être relationnel, dans son rapport avec un Dieu relationnel. L’homme, d’une manière unique-ce qui le distingue des animaux-est capable d’avoir conscience de l’existence de son créateur (cf Eccl.3v11) et donc de se rapprocher, de s’associer à Dieu, et d’être en relation/communion avec Lui.

Les relations sont « des connexions », entre Dieu et nous, entre un être humain et un autre. Les relations sont toujours interpersonnelles, au minimum entre deux personnes(sinon, c’est du fantasme).

D’autre part, si Dieu est « relationnel », il est aussi créateur. Le terme « créa » (« Bara » cf Gen. 1v1,21,27; 2v3,4) est le verbe hébreu employé exclusivement pour l’activité créatrice de Dieu. Son sens fondamental est de façonner en coupant ou en séparant, dans le sens de distinguer. Et toute la dynamique créatrice de Dieu consiste en distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais, afin que le chaos s’ordonne : la lumière est ainsi distinguée des ténèbres, le jour de la nuit, le sec du mouillé, la terre de la mer……

Or, nous souffrons d’un trouble de la perception qui s’appelle « l’indifférence : soit l’incapacité de distinguer les différences, telle que la différence entre réalité et fiction, et surtout, la différence (vitale) entre « distinguer » et « séparer ». Et Dieu veut distinguer – et non séparer- ce qui est bon, dans la création : ainsi, distinguer l’homme de la femme permet la non-confusion, mais aussi de préciser que si « l’homme doit s’attacher à sa femme », et être « une seule chair » avec elle(et réciproquement), ils restent bien homme et femme. Ils ne perdent pas leur identité.

 A l’inverse, si Dieu distingue, le Serpent de Gen.3 sépare. En effet, tandis que Dieu veille à ce que se créent et s’entretiennent de véritables liens sociaux positifs, entre Lui et l’humanité, et les hommes entre eux – du moment qu’il s’agit de projets sains (à l’inverse du projet totalisant de la Tour de Babel, en Gen.11) – le Serpent(ou le diable – « le diviseur ») fait tout pour dégrader, casser, détruire, diviser.

Dit autrement, Dieu souhaite « une distance de non-confusion » entre Lui et l’homme, et entre les hommes, mais à la condition que cette distance ne soit pas vide, qu’il y ait du liant, du contact, des passerelles. Le Serpent, quant à lui, souhaite le vide total et prêche la non-relation, la séparation, la rupture totale et radicale, quand il ne tente pas de nous faire croire aux « bienfaits » d’une prétendue (con)fusion. Ceci est illustré dans l’article « L’Avenir est-il de vendre ce qui est aujourd’hui gratuit », et chacun peut évaluer « les bienfaits » des « fusions » de plusieurs administrations/services aux missions différentes…..

Bref, le péché est donc d’abord un état, celui de mon être, où je suis séparé de Dieu ou de mon prochain/mon frère humain. Rom.3v23 déclare que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu », et que « ce sont nos péchés qui nous cachent sa face »(Es.59v2). Bien sûr, l’on dira que « le péché est humain », et que l’on n’y peut rien. Mais ce n’est pas biblique : On se souviendra que l’homme a été créé sans péché (Voir ce que Dieu déclare au sujet de sa création et de sa créature en Gen.1v31), mais que c’est son adhésion au système du serpent (rusé, accusateur, menteur, diviseur) qui l’a fait entrer dans cette dynamique du péché. Insistons sur un point : le péché n’est pas nécessaire pour être véritablement humain : c’est pour cela que Dieu a envoyé Son Fils Jésus-Christ en tant qu’homme sans péché – « le second Adam » – pour montrer l’humanité originelle véritable(Rom.8v3, Hébr.2v14, 4v15). A ce propos, le péché est-il « inné » ou « acquis » ?(1) « Les deux, mon capitaine », peut-on répondre : d’un côté, le péché est « acquis » puisque les hommes sont responsables des actes qu’ils commettent (Romains 2v12-13), et non responsables de ceux qu’ils n’ont pas commis. De l’autre, le péché est « inné », étant une puissance qui habite en nous (Romains 7v17) suite au péché d’Adam (Romains 5v12) et qui nous rend esclaves (Romains 6v6). Dans le (seul) premier cas, nous ne pourrions y échapper au nom d’une certaine fatalité ; dans le second cas, nous pouvons y échapper et lutter contre lui. Encore faut-il avoir la puissance nécessaire de le faire : Nous le pouvons « en Christ » (2 Cor.5v17, Jean 3v3 et ss, Jer.31v33, Rom.68), mais sommes condamnés si nous restons « en Adam ». Ainsi, nous péchons tous, parce que toutes les générations précédentes enclenchent ce mouvement dès l’origine (cf « la vaine manière de vivre héritée de nos pères », cf 1 Pie.1v18)

Le péché est aussi une dynamique spirituelle, où l’éloignement avec Dieu casse ce qui nous relie aux autres.  L’épisode de Caïn et Abel l’illustre assez bien en Gen.4. Le v7 de ce chapitre décrit le péché comme un fauve « tapis à notre porte », qui n’attend que le bon moment pour nous sauter dessus, nous dominer et nous détruire, si nous lui ouvrons la porte. On relèvera, dans ce passage, que Dieu ne dit pas que Caïn est « bestial » ou que son comportement est « animal », mais qu’Il distingue bien Caïn du péché(extérieur à lui) cf Rom.7v17. S’Il invite Caïn à « dominer » sur le péché, c’est que cela est possible (cf le mandat donné par Dieu à Adam et Eve en Gen.1v28). L’alternative est alors claire : soit je domine le péché, soit c’est lui qui me domine. Il suffit de baisser un peu ma garde, d’entrouvrir un peu la porte…cf Jean 8v34.

La clé pour vaincre le péché, c’est de sortir de l’ombre, de nos (fausses) sécurités et affronter la lumière (« Dieu est lumière », nous dit 1 Jean 1v6-9) pour confesser ce péché que nous cachons(et même : aimons) et nous en repentir. Notons encore que dans le passage de Gen.4, c’est Dieu qui prend l’initiative du dialogue avec Caïn, au moment où il n’a pas encore commis l’irréparable, et même après avoir commis son meurtre : Dieu « ouvre la porte » à la possibilité d’une relation restaurée, condition nécessaire pour vaincre le péché. Comparez avec l’invitation donnée par Jésus, lequel « se tient(aussi) à la porte » en Apoc.3v20, puis décidez à qui vous voulez ouvrir la porte…Mais, a dit encore Jésus, « quiconque se livre au péché est esclave du péché »( Jean 8v34), et « le salaire du péché, c’est la mort » (Rom.6v23).

Comment le péché s’enclenche-t-il ? Par la désobéissance. Nous l’avons vu plus haut, le péché, c’est « Manquer le but » : soit de « passer à côté » du cadre de l’alliance de Dieu avec l’homme, en violant celle-ci.

Ce cadre pour la liberté est illustré par « les 10 commandements » d’Exode 20 et Deut.5, revisités par Jésus en Matt.57. Par exemple, « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère[sur twitter ou non] : imbécile ! mérite d’être puni par le sanhédrin ; et que celui qui lui dira : Insensé ! mérite d’être puni par le feu de la géhenne (Matt.5v21-22)….. Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur » (v27-28).

Le péché commence quand l’homme trahit l’alliance qui régit la relation. Le mécanisme d’enclenchement du péché s’explique par Jacques en Jacq.1v14-15 : « chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise….. »

Ensuite, le péché est toujours, premièrement, un péché contre Dieu : ne disons pas, à l’instar du roi Saül », « j’ai péché » d’une façon vague, mais « j’ai péché contre toi seul », Seigneur (Psaume 51v1-4), et contre les hommes (Luc 15v18).

Ce qui signifie que nous ne péchons pas contre les commandements de Dieu ou contre la loi, mais contre Dieu, Celui qui nous fait don de cette loi. La loi est simplement là pour nous montrer où nous avons dévié. Chacun peut d’ailleurs se questionner, à la lecture des commandements de Dieu, dans le style : « montre-moi ce que je dois apprendre de moi, en lisant Exode 20 ou Deut.5 ! »

Un exemple : le fameux « tu ne commettras pas de vol » semble être de prime abord une défense de la libre propriété privée, clé de voute du capitalisme. Or, ce que nous apprend fondamentalement ce commandement est que, si je vole, je détruis l’ordre créationnel. Rien moins. Comment cela ? L’ordre créationnel de Dieu consiste à recevoir (ce dont j’ai besoin et que Dieu me donne avec générosité) et non à prendre. Or, si je vole, je prends. Je ne reçois plus, puisque recevoir ne me suffit plus.

Qui a péché ? Tous (Rom.3v9-10), même ceux qui n’ont pas la connaissance des 10 commandements et qui ont « une loi naturelle » en eux, inscrite dans leur cœur (cf Rom.2v14-15). Nous pouvons donc tous savoir que nous sommes pécheurs contre Dieu et contre les hommes. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous », rappelle 1 Jean 1v18 (Voir aussi Jean 8v7)

Nous péchons donc personnellement. Ce ne sont donc pas les autres (nos parents, nos frères et sœurs, la société, le gouvernement…), cf Deut.24v16 ; Job 19v4 et Ezech.18v20. Et je suis le seul à pouvoir confesser mes péchés, mais pas ceux des autres. Cela ne sert à rien de chercher à me justifier ou à minimiser mon péché. D’ailleurs, Dieu ne nous demande pas « pourquoi » mais « quoi », quand nous péchons (Gen.4v9). Il ne demande pas au pécheur de se justifier, mais l’invite à reconnaître la vérité de la rupture. C’est la porte ouverte au pardon, à la réconciliation et à la restauration : Jésus est venu sauver « non des …. mais des …… »(Luc 5v32. Darby), et « il y a plus de joie dans le ciel pour… » (Luc 15v7). « Mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rom.5v20) ; « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1v9).

L’enjeu (choisir la vérité face au péché, choisir d’être vrai devant Dieu, soi et les autres) est donc vital, puisque le péché est une question « de vie ou de mort », et non « de morale » (Deut.30v19) !

Et puisque l’on parle d’une question « de vie ou de mort », peut-on dire à mon frère qu’il a péché ? S’il a péché, suis-je légitime pour le reprendre ? (Matt.18v15). N’est-ce pas se mêler des affaires d’autrui ? Ne serait-ce pas faire preuve d’orgueil spirituel que de vouloir jouer les « redresseurs de tort » ? Qui suis-je, pour juger les autres ?

Mais la Bible dit autre chose. Voici un passage d’Ezéchiel 33v7-8, qui ne manque jamais de nous faire frémir : « Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras ! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang ».

Suis-je « la sentinelle de mon frère « ? Suis-je « le gardien de mon frère » ? Bien entendu. Jacques 5v19-20 dit encore que « si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité, et qu’un autre l’y ramène, qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ».

Soyons conscients qu’il n’y a pas que « des individus ». Moi-même, je ne suis pas seul et je ne me suis pas fait tout seul. Le monde ne tourne pas autour de « moi, moi, et moi » seul. Si je suis libre de mes choix, je ne suis pas libre des conséquences de mes choix.  Nous vivons dans un cadre social bien réel, qu’il s’agisse de la famille, de la société, d’une communauté, ou d’une collectivité, autant de structures où est censée fonctionner une certaine interdépendance. Je suis ainsi reconnaissant de ce que d’autres (mes parents ou des aînés) aient veillé sur moi et n’aient pas « respecté ma liberté », à un âge où les conséquences de mes bêtises (traverser sans regarder, se pencher au balcon, mettre les doigts dans la prise) auraient été trop lourdes à porter.

Dans le même ordre d’idée, lorsque Jésus recommande à ses disciples de pratiquer « la correction fraternelle »(« si ton frère- et non ton prochain – a péché »), selon une progression par étapes décrite en Matt. 18, il fait référence à un cadre familial : l’Eglise, le corps de Christ, qui est réellement une famille spirituelle. C’est le rassemblement « au nom de Jésus » de tous ceux qui « sont sortis hors de » (du monde qui ne reconnaît pas Dieu) et qui ont le même Père céleste. Et c’est dans la famille, ce cadre intime, et non « sur les places publiques » que sont les forums/blogues (« chrétiens » ou non) d’aujourd’hui, que l’on apprend à s’aimer, à donner et à recevoir, comme à se parler en en vérité et à se pardonner.

Ne « manquons pas le but » : la finalité de la correction fraternelle reste la restauration des relations brisées (entre Dieu et nous, nous et nos frères) via le pardon que l’on donne mais aussi que l’on reçoit.

Ne craignons donc pas de reconnaître et de dire les ruptures, soit de reconnaître et de dire notre propre péché et celui des autres, pour vivre sur un fondement de vérité. Mais à la condition de le dire avec amour, sans juger. Et certainement pas pour condamner en se plaçant plus du côté de ceux qui veulent lapider la femme adultère (cf Jean 8v1-11) que du côté de Jésus, ou en se plaçant du côté du « moraliste » par un « va et ne pêche plus », oubliant ce qui précède : « je ne te condamne pas non plus »(v11).

En définitive, notre positionnement face au péché ne devrait donc pas être « moral », mais « dans le même registre que celui de Jésus » : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou pour accuser, condamner, faire tomber, enfoncer. Mais pour relever les personnes,  les faire passer de la mort à la vie. On notera enfin que dans la scène avec la femme adultère, en Jean 8v11, Jésus donne pour consigne, après le refus de condamner, d’avancer, mais « pas de rechuter ». C’est une invitation à « tenir ferme », une fois libéré (cf Hébr.12v4 ; Eph.6v11).

 

 

(D’après « Mener le bon combat » de Gilles Boucomont. Ed. Première partie, 2011, pp 45-59).

 

Notes : 

(1) L’avis de théologiens ou de toute personne aimant passer du temps dans l’étude de la Parole de Dieu, m’intéresse, bien entendu !

Foireux liens de mai(15) : « ne passons pas à côté de l’essentiel ! »

Les "Foireux liens" de Mars : une actualité "chaude", qui ne devrait pas vous laisser "froid"...

Les « Foireux liens » de Mai : une invitation à « ne pas se conformer au monde présent » et à adopter une vision sociale et sociétale biblique !

Et « l’essentiel », c’est avant tout les relations. D’avoir de bonnes relations. Et surtout, de cultiver ces relations, sachant que la fidélité n’est pas acquise pour toujours. Les liens ci-dessous ont trait aux relations avec Dieu, premièrement, puis « les uns les autres » – un enjeu, surtout à une époque du cloisonnement et de l’atomisation.
1)Ainsi, comment prendre ne seraient-ce que « quatre minutes » avec Dieu par la Bible et la prière « pour une bonne journée » ? Une décision vitale, face au stress, « au surbooking et à un rythme de vie décapant ». C’est le défi que nous invite à relever ce « guide expresso » (1)pour les 25-45 ans de la Ligue pour Lecture de la Bible(LLB). Un programme qui peut paraître peu ambitieux(en comparaison du défi relevé chaque matin par l’écrivain napolitain Erri de Luca), à moins qu’il ne s’agisse de « réalisme ». Mais quatre minutes seront-elles « suffisantes » pour se nourrir, ou « toujours trop », par « manque de temps » ?

Pour les visuels – et les pressés – une présentation vidéo ici :

Si nous prenons la peine et le temps de lire et d’étudier la Bible, nous nous poserons les questions suivantes, avec le bibliste Joël Sprung :

2) « Dans la loi qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? » Le « bon sens » (est-il) « près de chez vous » ?

L’animateur du blog « pneumatis » souligne que « nous vivons une époque dans laquelle la confrontation des méthodes exégétiques, dans les milieux chrétiens, est très vive(…)Quoiqu’il en soit, il convient au moins de rappeler ici que cette confrontation est au moins aussi ancienne que la pluralité des milieux de réception de l’Ecriture. Dès lors, comment s’y retrouver ? Une « méta-méthode », qui pourrait prétendre à faire l’unanimité, et qui pourrait sinon être au moins le mouvement premier du lecteur croyant, consisterait finalement à interroger l’Ecriture elle-même, pour savoir ce qu’elle dit de la manière de l’interpréter. Étrange paradoxe alors, a priori, que de devoir lire pour savoir comment lire ! »

3) « Mais que dit la Bible ? » Notamment à propos de ce sujet controversé et sensible de l’homosexualité, à découvrir sur TGC – Evangile 21. Pour Kévin de Young, « en tant que chrétiens vivant au milieu de la controverse, il y a trois choses que nous devons garder ouvertes : nos cerveaux, nos cœurs et nos Bibles ».

4) « Que dit la Bible » : une question qui ne porte pas seulement(et exclusivement)sur des « questions de société », mais qui porte aussi sur des « questions sociales ». On se reportera donc avec profit sur cette étude d’Alain Nisus – « Connaissance de Dieu et justice sociale chez le prophète Jérémie » : Ou comment il ne saurait y avoir « de disjonction entre la piété et l’éthique ; entre la pratique de la justice sociale et la pratique du culte ; entre l’orthodoxie et l’orthopraxie. La piété authentique s’exprime aussi par un souci de justice sociale ». Et comment il ne saurait y avoir « de disjonction entre l’éthique sociale et l’éthique sexuelle ».

5) Un autre sujet de société : le célibat. Serait-il « Hors norme », notamment de nos jours ? « Pour une valorisation(et une vision biblique) du célibat », il est possible de lire l’édifiante recension du livre d’Albert Hsu sur « elle croit », de nature à inspirer toute réflexion sur cet éternel sujet.

6) Mondialisation : Le « globish » serait-il « la langue de Babel » ?
Est-ce « s’isoler » que de « parler français aux Français, en France » ? s’interroge Patrice de Plunkett, relayant sur son blogue une tribune de Xavier Combe (enseignant à Paris-X et président de l’Association française des interprètes de conférence), à lire intégralement sur Libération. En effet, mot-valise formé à partir de « Global » et de « English », le « globish » est devenu « la langue véhiculaire de la planète » et surtout « la langue de la mondialisation ». Mais, « contrairement au mythe de Babel », estime Xavier Combe, « la malédiction serait que les hommes ne disposent plus que d’une seule langue, d’une unique et même façon de penser ».

7) « Ubérisation » :  un néologisme devenu omniprésent dans la presse, également orthographié «uberisation» sans accent aigu, en référence à « Uber », la fameuse entreprise de mise en relation de chauffeurs professionnels indépendants et de client.
« Au carrefour de l’économie du partage, de l’innovation numérique, de la recherche de compétitivité et de la volonté d’indépendance des Français »(sic), un « phénomène » vu par un « observatoire de l’ubérisation »(2), comme « une lame de fond » susceptible d’ « impacter [ou de bouleverser ]petit à petit tous les secteurs de l’économie traditionnelle des services ». Voici six exemples de ces bouleversements : la profession de taxi, les libraires et l’édition (investie par Amazon), les hôtels, les professions juridiques, les banques et les restaurateurs….Un point commun : offrir la possibilité de se servir tout seul, rapidement, avec la suppression des intermédiaires.

Avec quelles conséquences ? Est-elle « une chance pour l’économie » ?

Faut-il (et peut-on y) résister ?(3) « Uberisation » rime-t-il aussi avec « paupérisation » et « précarisation » ? Chacun – et notamment le chrétien, invité à « ne pas se conformer au monde présent »(cf Rom.12v2) – est appelé à s’interroger.

8) D’ailleurs, il y a deux ans, dans un article consacré à Althusius, un penseur politique protestant, nous soulignons cet affaiblissement des « corps intermédiaires » entre l’Etat et l’individu, soit de toutes les formes de vie associative non gouvernementale, y compris la famille et l’Église(cela concerne aussi l’entreprise).  Un affaiblissement qui favorise l’essor de l’individualisme et du libéralisme, lequel « fait de l’individu et de ses droits inaliénables (liberté, propriété…) le centre et l’origine des relations sociales ». La « main invisible » a aussi un effet destructurant par essence, puisqu’elle « disloque la société, mais ne la conserve pas ». L’occasion de reconsidérer une contribution oubliée de la pensée politique protestante, soit une vision de la vie sociale et politique fondée sur les notions d’alliance et de consensus. Une vision de nature à nous faire réfléchir, d’une part, sur l’exercice équilibré de l’autorité dans la société, en termes de consensus, et, d’autre part, sur l’importance des institutions médiatrices entre l’Etat et l’individu.

Dit autrement :

9) « Comment bâtir des relations authentiques ? » Ou « comment entretenir des relations où les gens se sentent assez à l’aise pour se montrer vulnérables ? » Un article découvert via elle croit.com, et un enjeu fondamental qui concerne aussi les hommes !

Et pour finir :

10) Cette excellente intervention récente de Benoît, des « Cahiers libres », sur le sens de la grève contre la loi travail : une « scandaleuse atteinte aux droits des consommateurs » ? A moins de se souvenir que le consommateur est aussi un travailleur. Et si on donnait prioritairement la parole à ce dernier, pour le laisser s’exprimer sur ses droits légitimes ? C’est sur le « blog notes » de Radio Notre Dame, et c’est à (ré)écouter sur les « Cahiers libres ». Ne pas manquer le démontage en règle du fameux sophisme : « faciliter les licenciements et précariser le travailleur permettra de lutter contre le chômage » !

 

Notes : 

(1) Parmi les contributeurs, on y retrouve entre autres Olivier Keshavjee, théologien réformé et « animateur de paroisse » en Suisse. Il est aussi censé animer son blogue « Théologeek ». Mais si vous en avez assez d’attendre qu’« une particule de créativité traverse le vide interstellaire(j’allai écrire « intersidéral »)pour s’écraser sur un de ses neurones »(ce qui n’est plus arrivé, à l’heure où j’écris, depuis le 9 avril 2015), vous pouvez toujours le lire sur le guide « Express’o » !

(2) On notera que ledit « observatoire » a été fondé par des auto-entrepreneurs (FEDAE) et l’association « Parrainer la Croissance ». Il se donne « pour but d’accompagner l’ubérisation, d’apporter un constat précis et de proposer des pistes de réflexion autour de la réforme du code du travail, du dialogue social, de l’évolution du Droit… ». 

(3) Cf cet article du Monde diplomatique. Voir aussi ces autres exemples pour l’économie et l’université.  A lire, également, « ultramoderne solitude », entretien avec Philippe Breton, dans « La Décroissance », avril 2016, numéro 128, pp3-5 : « sur l’uberisation de l’économie, il y a des résistances très fortes, on voit ce que donne la déréglementation du travail. Les partisans des nouvelles technologies nous flattent en disant : « l’individu moderne n’a pas besoin de régulation ». Mais les gens voient que tout n’est pas possible, que la toute-puissance de l’individu est relative, que les professions doivent être réglementées. Ils ont conscience que ce sont les règles collectives qui nous permettent de vivre en société, qu’il faut des normes, des médiations, des régulations. On sent que dans un monde non régulé, la violence refait rapidement surface »(op. cit., p 5).

 

Chaque jour, deux rois viennent à toi….

Ce n'est pas une histoire de "tout blanc" ou "tout noir", de "bien" ou de "mal". C'est une question de vie ou de mort !

Ce n’est pas une histoire de « tout blanc » ou « tout noir », de « bien » ou de « mal ». C’est une question de vie ou de mort !

Lequel choisis-tu ?*

 

Lecture : Genèse 14v17-24

« Après qu’Abram fut revenu vainqueur(…), le roi de Sodome sortit à sa rencontre(…). Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin. Il était sacrificateur du Dieu très haut. Il bénit Abram(…)et Abram lui donna la dîme de tout. Le roi de Sodome dit à Abram : donne-moi les personnes et prends pour toi les richesses. Abram répondit au roi de Sodome : je lève la main vers l’Eternel, le Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre : je ne prendrai rien de tout ce qui est à toi, pas même un fil, ni un cordon de soulier… »

 

J’aime beaucoup ce récit.

Un homme sort vainqueur, avec son armée de quelque trois serviteurs, d’un combat contre cinq ennemis redoutables. Mais c’est toujours l’après-victoire qui s’avère être une épreuve encore plus redoutable.

Deux rois viennent alors à la rencontre du héros vainqueur. Le premier est devancé de façon opportune et providentielle par le second, une figure mystérieuse qui disparaîtra ensuite tout aussi mystérieusement, une fois sa mission accomplie.

Comme pour Abram, deux rois viennent à toi. Chaque jour. Et particulièrement après une victoire que tu viens de remporter. Lequel choisis-tu ? Qui va régner dans ta vie ?

« Le roi de Sodome », roi de la célèbre ville**, lequel te propose « les richesses » en échange « des personnes »(ou des âmes) ?

Ou Melchisédek, le roi de « justice et de paix »*** ?

 

Répondras-tu comme Abram, lequel refuse, de la part du roi de Sodome, ne serait-ce qu’un « fil »(Gen.14v23) ? Un fil est un élément apparemment insignifiant, sauf qu’il peut devenir une corde, un lien. « Le fil de la compromission ».

Accueilleras-tu « le roi de justice et de paix, lequel te bénit et t’apporte le premier repas de communion de l’histoire : du pain et du vin ?

Esaïe 9v5 nous enseigne que Jésus-Christ, le Messie, est appelé « Prince de Paix ». Ouvrons-lui la porte lorsqu’Il frappe et Il « entrera souper avec nous »(ou « prendre la cène » avec nous, cf TOB), apportant lui-même le repas. Confions-nous dans le Dieu sauveur, qui nous peut nous délivrer de tous nos ennemis**** et donnons-lui « la dîme de tout ». Ce temps de communion avec Lui nous nourrit, nous équipe, nous éclaire et nous permet(au-delà des apparences) de discerner « le véritable »(1 Jean 5v18-21).

Ayons donc « la foi d’Abram », qui implique une relation personnelle, véritable et vivante avec « le Dieu véritable et la vie éternelle ». (cf 1 Jean 5v20, Jean 17v3) : « sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu, car il faut que celui qui s’approche croit que Dieu est, et qu’Il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent ».(Hébr.11v6)*****

 

 

 

Notes :

* D’après un enseignement du pasteur Claude Houde : « relevez le défi 10/30 » (ou 10 jours de prières-de la Bible-avec Claude Houde)

** On connaît l’histoire de Sodome(comme celle de Gomorrhe) grâce à Genèse 13v12-13, 18v20-21, 19v1-29(Chacun pourra vérifier qu’il n’y a aucun « ange ninja » dans cet épisode du récit biblique….)et aussi grâce à Ezéchiel 16v49-50.

*** C’est le sens du nom de Melchisédek (« roi de justice »), et celui de « Salem »(« paix », « salut ») cf Hébreux 7v1-3 et ss

**** Cf Luc 11v21-22 ; Hébr.2v14-15 ; Col.2v9-15 ; 1 Cor.15v20-28 ; 1 Jean3v8, 4v4, 5v4-5….

***** « Beaucoup disent avoir la foi » : certes, ils croient que « Dieu existe », mais « cette foi n’est ni plus moins qu’une virtualité, une construction mentale ». Ils n’ont pas de véritable relation avec Lui. Ils ne disent rien à Dieu ou alors ils monologuent dans la prière, sans se préoccuper de savoir si Dieu leur dit quelque chose en retour. Or, Dieu existe dans le sens « qu’Il est disponible pour une relation, qu’Il est là pour nous. C’est nous qui ne sommes pas là pour Lui, la plupart du temps. Nous disons que nous voulons de Dieu dans notre vie »…en réalité, nous aspirons à un dieu à notre image, « qui serait une construction mentale pour nous émerveiller, nous émoustiller, nous faire sentir qu’on est vivant parce qu’il y a du mouvement là, à l’intérieur ». Laissons le virtuel, le fantasme, la construction mentale et « commençons par exister. Et notre foi deviendra relation. Un amour partagé ». (D’après Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus, libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première partie, 2010, p 171)

Quelle est ta cuirasse ?

 « L’espace d’un instant, je me suis senti revêtu d’une cuirasse », écrivait Franz Kafka dans son journal, le 21 février 1911*, évoquant la sensation d’être enfermé dans son propre corps.

Et toi, quelle est ta « cuirasse » ?
De quoi est-elle faite ? Dans quel but ?

Les réponses à ces questions seront une source de révélations sur toi-même, tes propres relations avec les autres et…avec Dieu !

 

A lire, pour prolonger la réflexion :

Gen.3v6-11, 21

Exode 12

1 Jean 1v7
1 Pie.1v18-19

Ps.91v4

Eph.6v14
1 Thes.5v8

 

 

 

Notes :

*Kafka, Franz. Journal(Traduit et présenté par Marthe Robert). Le Livre de poche biblio, 1991, p 36.