« Watch it (again) » : « La leçon » de Ionesco

Un professeur timide et bégayant domine peu à peu (jusqu’à commettre l’irréparable) son élève, une jeune fille à l’innocence pleine d’assurance et de sottise, qu’il préparait au « doctorat total ».

Il y a quelques mois, j’ai eu l’occasion de voir « La Leçon » d’Eugène Ionesco(1), avec mon épouse, au théâtre de La Huchette, à Paris. Cette pièce en un seul acte, représentée pour la première fois en 1951, et jouée sans interruption dans ce même théâtre depuis 1957, est un « drame comique », appellation qui est déjà en soi un non-sens.  Cela n’est guère étonnant puisque cette pièce est représentative de ce que l’on appelle « le théâtre de l’absurde », qui apparaît dans le contexte de l’après-guerre (1939-1945). A l’issue de ce conflit mondial, l’homme découvre avec ivresse son plein potentiel en matière de « destruction massive ». Mais ce qu’il a « gagné » en pouvoir – semble-t-il illimité- se paye au prix lourd de la perte de son humanité, suite à la découverte des camps de la mort et aux bombardements nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki. Cette déshumanisation se perçoit, comme Ionesco veut le démontrer dans son théâtre, dans cette incapacité à communiquer, à user de la parole – d’une parole dont les mots fassent sens –alors même que « le langage est le propre de l’homme », « animal pas comme les autres ». S’inscrivant dans cette réflexion, cette « leçon », paradoxalement, ne nous enseigne « rien » : elle veut nous montrer à quel point le langage, censé servir à communiquer – et donc à créer du lien – se retrouve détourné en instrument du pouvoir et d’asservissement. Témoignages du langage comme instrument du pouvoir, les règles de prise de parole à l’Assemblée Nationale ou au Sénat ; ou encore la situation classique du dîner ou de la réunion, où les présents n’ont pas « droit à la parole », sauf celui d’acquiescer au monologue du maître de céans/président de réunion.

Ici, le professeur, censé exercer une profession vouée à la transmission du savoir, s’empare peu à peu de la parole et la leçon devient cours magistral délirant et incohérent, noyant et subjuguant l’élève. Nous sommes bien loin du projet initial de Dieu, lequel est un Dieu qui ne se laisse pas voir mais qui parle. Et ce Dieu de la Parole aurait pu garder celle-ci exclusivement pour Lui. Sauf qu’Il a choisit de la partager à l’Homme exclusivement, Lui faisant même don de Celui qui est « la Parole faite chair »(Jean 1v1 et ss), soucieux de restaurer et d’entretenir une relation durable pour l’éternité avec nous.

 

Où voir « La Leçon » ? Par exemple à Paris, au théâtre de la Huchette, où elle est jouée sans interruption depuis 1957, avec « la Cancatrice chauve » ! A moins qu’elle ne soit jouée près de chez vous.

Sinon, le texte est disponible chez Gallimard, collection folio.

Extrait :

LE PROFESSEUR

(…) Arithmétisons donc un peu

L’ÉLÈVE
Oui, très volontiers, Monsieur.

LE PROFESSEUR
Cela ne vous ennuierait pas de me dire…

L’ÉLÈVE
Du tout, Monsieur, allez-y.

LE PROFESSEUR
Combien font un et un?

L’ÉLÈVE
Un et un font deux.

LE PROFESSEUR, émerveillé par le savoir de l’ÉIève.
Oh, mais c’est très bien. Vous me paraissez très avancée dans vos études. Vous aurez facilement votre doctorat total, Mademoiselle.

L’ÉLÈVE
Je suis bien contente. D’autant plus que c’est vous qui le dites.

LE PROFESSEUR
Poussons plus loin: combien font deux et un?

L’ÉLÈVE
Trois.

LE PROFESSEUR
Trois et un?

L’ÉLÈVE
Quatre.

LE PROFESSEUR
Quatre et un?

L’ÉLÈVE
Cinq.

LE PROFESSEUR
Cinq et un?

L’ÉLÈVE
six.

LE PROFESSEUR
Six et un?

L’ÉLÈVE
Sept

LE PROFESSEUR
Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit.

LE PROFESSEUR
Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit… bis.

LE PROFESSEUR
Très bonne réponse. Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit ter.

LE PROFESSEUR
Parfait Excellent. Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit quater. Et parfois neuf.

LE PROFESSEUR
Magnifique Vous êtes magnifique. Vous êtes exquise Je vous félicite chaleureusement, Mademoiselle Ce n’est pas la peine de continuer. Pour l’addition vous êtes magistrale. Voyons la soustraction. Dites-moi, seulement, si vous n’êtes pas épuisée, combien font quatre moins trois?

L’ÉLÈVE
Quatre moins trois?… Quatre moins trois?

LE PROFESSEUR
Oui. Je veux dire: retirez trois de quatre.

L’ÉLÈVE
Ça fait… sept?

LE PROFESSEUR
Je m’excuse d’être obligé de vous contredire. Quatre moins trois ne font pas sept. Vous confondez : quatre plus trois font sept, quatre moins trois ne font pas sept… Il ne s’agit plus d’additionner, il faut soustraire maintenant.

L’ÉLÈVE
s’efforce de comprendre. Oui… oui…

LE PROFESSEUR
Quatre moins trois font… Combien?… Combien?

L’ÉLÈVE
Quatre ?

LE PROFESSEUR
Non, Mademoiselle, ce n’est pas ça.

L’ÉLÈVE
Trois, alors.

LE PROFESSEUR
Non plus, Mademoiselle… Pardon, je dois le dire… ça ne fait pas ça… mes excuses.

L’ÉLÈVE
Quatre moins trois… Quatre moins trois… Quatre moins trois?… ça ne fait tout de même pas dix?

LE PROFESSEUR
Oh, certainement pas, Mademoiselle. Mais il ne s’agit pas de deviner, il faut raisonner. Tâchons de le déduire ensemble. Voulez-vous compter?

L’ÉLÈVE
Oui, Monsieur. Un…, deux… euh

LE PROFESSEUR
Vous savez bien compter? Jusqu’à combien savez vous compter?

L’ÉLÈVE
Je puis compter… à l’infini.

LE PROFESSEUR
Cela n’est pas possible, Mademoiselle.

L’ÉLÈVE
Alors, mettons jusqu’à seize.

LE PROFESSEUR
Cela suffit. Il faut savoir se limiter. Comptez donc, s’il vous plaît, je vous en prie.

L’ÉLÈVE
Un, deux…, et puis après deux, il y a trois… quatre…

LE PROFESSEUR
Arrêtez-vous, Mademoiselle. Quel nombre est plus grand? Trois ou quatre?

L’ÉLÈVE
Euh… trois ou quatre? Quel est le plus grand? Le plus grand de trois ou quatre? Dans quel sens le plus grand?

LE PROFESSEUR
Il y a des nombres plus petits et d’autres plus grands. Dans les nombres plus grands il y a plus d’unités que dans les petits…

L’ÉLÈVE
… Que dans les petits nombres?

LE PROFESSEUR
A moins que les petits aient des unités plus petites. Si elles sont toutes petites, il se peut qu’il y ait plus d’unités dans les petits nombres que dans les grands… s’il s’agit d’autres unités…

L’ÉLÈVE
Dans ce cas, les petits nombres peuvent être plus grands que les grands nombres?

LE PROFESSEUR
Laissons cela. ça nous mènerait beaucoup trop loin: sachez seulement qu’il n’y a pas que des nombres. il y a aussi des grandeurs, des sommes, il y a des groupes, il y a des tas, des tas de choses.telles que les prunes, les wagons, les oies, les pépins, etc. Supposons simplement, pour faciliter notre travail, que nous n’avons que des nombres égaux, les plus grands seront ceux qui auront le plus d’unités égales.

L’ÉLÈVE
Celui qui en aura le plus sera le plus grand? Ah, je comprends, Monsieur, vous identifez la qualité à la quantité.

LE PROFESSEUR
Cela est trop théorique, Mademoiselle, trop théorique. Vous n’avez pas à vous inquiéter de cela. Prenons notre exemple et raisonnons sur ce cas précis. Laissons pour plus tard les conclusions générales. Nous avons le nombre quatre et le nombre trois, avec chacun un nombre toujours égal d’unités; quel nombre sera le plus grand, le nombre plus petit ou le nombre plus grand?

L’ÉLÈVE
Excusez-moi, Monsieur… Qu’entendez-vous par le nombre le plus grand? Est-ce celui qui est moins petit que l’autre?

LE PROFESSEUR
C’est ça, Mademoiselle, parfait. Vous m’avez très bien compris.

L’ÉLÈVE
Alors, c’est quatre.

LE PROFESSEUR
Qu’est-ce qu’il est, le quatre? Plus grand ou plus petit que trois?

L’ÉLÈVE
Plus petit… non, plus grand.

LE PROFESSEUR
Excellente réponse. Combien d’unités avez-vous de trois à quatre?… ou de quatre à trois, si vous préférez?

L’ÉLÈVE
Il n’y a pas d’unités, Monsieur, entre trois et quatre. Quatre vient tout de suite après trois; il n’y a rien du tout entre trois et quatre!

LE PROFESSEUR
Je me suis mal fait comprendre. C’est sans doute ma faute. Je n’ai pas été assez clair.

L’ÉLÈVE
Non, Monsieur, la faute est mienne.

LE PROFESSEUR
Tenez. Voici trois allumettes. En voici encore une ça fait quatre. Regardez bien, vous en avez quatre j’en retire une, combien vous en reste-t-il? On ne voit pas les allumettes, ni aucun des objets, d’ailleurs, dont il est question; le professeur se lèvera de table, écrira sur un tableau inexistant avec une craie inexistante, etc.

L’ÉLÈVE
Cinq. Si trois et un font quatre, quatre et un font cinq.

LE PROFESSEUR
Ce n’est pas ça. Ce n’est pas ça du tout. Vous avez toujours tendance à additionner. Mais il faut aussi soustraire. Il ne faut pas uniquement intégrer. Il faut aussi désintégrer. C’est ça la vie. C’est ça la philosophie. C’est ça la science. C’est ça le progrès, la civilisation.

 

Note :

(1) Dramaturge d’origine roumaine, d’expression française (1912-1994). Père roumain et mère française. Il passe son enfance en France et son adolescence en Roumanie. Inquiet de la montée du fascisme et du nazisme dans son pays, où il voit tous ses amis y succomber, il regagne la France où il s’installe définitivement en 1942.

Qui est Jésus ? Que veut-il ?

Nous sommes un 4 décembre.

Le premier dimanche de l’Avent est passé. Vous vous préparez sans doute à Noël.

Noël est, semble-t-il, une période « idéale » pour parler, ou entendre parler, de Jésus.

Néanmoins, parmi toutes les questions que vous pourrez vous poser ou poser sur Jésus, deux seulement valent la peine d’être posées. Ou que vous(vous)les posiez :

Qui est Jésus ?

Que veut-il ?

Pour l’anecdote, ce sont deux questions posées par celui qui était à ce moment le plus grand adversaire de Jésus…avant de devenir son plus grand serviteur(Lire Actes 9v56).

Qui est Jésus ?

Que veut-il ?

Si l’on ne se pose pas la deuxième question, il est inutile de se poser la première !

Qui est Jésus ? Jésus est Seigneur !

Que veut-il ? Etre le Seigneur de ta vie !

Mais qu’est-ce que la Seigneurie de Jésus sur ma vie ?

Est « Seigneur de ma vie » est tout ce qui exerce un pouvoir, une autorité ou une domination sur moi. Ou ce que je sers. Par exemple, si je recherche la puissance, l’argent, ou l’approbation, j’ai la puissance, l’argent ou le regard des autres pour seigneurs ou maitres.(Voir Rom.6v16)

Que nous le voulions ou non, nous avons tous un maître. L’important est de savoir lequel.

Si c’est Jésus, alors c’est à Lui que revient l’autorité supérieure dans notre vie. C’est à Lui que nous confions les rênes de notre vie et que nous obéissons.

A ce stade, certains diront peut-être ; « j’ai le choix d’accepter ou non Jésus-Christ comme Seigneur, non ? »

Sans doute. Mais cela ne change absolument rien au fait que Jésus est Seigneur. En revanche, ce choix déterminera durablement et radicalement l’orientation de votre vie.

Pourquoi Jésus est-il Seigneur ?

Il est Seigneur en raison de sa nature même :

– Il est Dieu incarné(« La Parole faite chair », « Christ venu en chair », « l’empreinte de la substance » de Dieu…) : Col. 1v15, 2v9 ; Hébr.1v 3 ; Jean 1 et 1 Jean 4v2

– Le Seigneur de la création : Col.1v16-17, Hébr.1v3 ; Marc 4v35-41

– Le Maître de la vie : Jean 10v1-29

Il nous connaît parfaitement et peut sympathiser avec nous : Hébr.4v15

Son autorité s’exerce dans de nombreux domaines : Marc 1v27, 31 ; Marc 2v1-12 ; Marc 5v35-43

 

 

Par amour, Il est mort pour nous.

Il a toute légitimité pour guider notre vie.

 

 

 

« Qui es-tu Seigneur ? »

« Que veux-tu que je fasse ? »

Telles sont les questions essentielles que vous pourrez Lui poser, même si(et surtout), à l’heure actuelle, vous ne (re)connaissez pas(encore)Jésus comme Seigneur.

L’une de ces questions ne va pas sans l’autre, et il est inutile de se poser la première, si l’on ne s’est pas posé la seconde…

Sur ce, bonne préparation de Noël, avec ce chant : « Jésus est Seigneur ! »

Cette version, avec des « effets spéciaux », ou celle-ci, plus « décoiffante » !