Le pseudonymat n’est pas un anonymat

« On the Internet, nobody knows you’re a dog » (de l’anglais : « Sur l’Internet, personne ne sait que tu es un chien ») : un adage trouvant son origine dans ce dessin de presse de Peter Steiner paru dans le New Yorker du 5 juillet 1993

Certains blogueurs se fixent une règle personnelle, qui consiste à toujours commenter avec ses vrais prénom et nom. Ceci pour se souvenir « qu’Internet est un lieu public et que ce que l’on dit est dit pour toujours. Ça calme un peu ». Effectivement.

Cependant, il convient de nuancer un peu le propos, sans remettre en cause la nécessité d’écrire et de publier de façon responsable. Car, comme le rappellent les juristes Marie Bastian et Justine Pate-Koenig, dans un fort intéressant document consacré au « pseudonymat sur internet », « l’anonymat numérique est toujours utile, et il l’est même plus que jamais. Mais encore faut-il savoir de quoi on parle. L’anonymat sur le web n’est pas le fait de ne pas signer ses propos tel un vulgaire corbeau. L’anonymat sur le web est en réalité un pseudonymat, soit le fait de signer d’une identité qu’on s’est choisi, qui individualise les écrits et en identifient l’auteur ». Pour le dire autrement, « le pseudonymat est le fait de masquer sa véritable identité par un procédé d’avatarisation, là où l’anonymat repose sur le fait de ne laisser aucune trace de son passage ». Mais pour l’internaute lambda, monsieur « A. Nonym » se définit avant tout par la création d’un faux profil.

« L’anonymat dans la vie réelle comme sur Internet devient de plus en plus difficile », constatent encore Marie Bastian et Justine Pate-Koenig. « Les notions de «protection de la vie privée», «d’intimité», « de droit à l’image » s’effacent. Tout devient public. La transparence est le maître mot. Si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez pas à vous inquiéter », dit-on. « Or, il faut être capable de se justifier pour tout et tout le temps, et votre « jardin secret » n’a pas de raison d’être selon les tenants de la transparence ». Sauf que, relèvent fort à propos Marie Bastian et Justine Pate-Koenig, « l’anonymat est aussi un moyen utile pour libérer la parole. Quid des forums dédiés à certaines maladies, aux employés en souffrance ou aux débats politiques si l’anonymat disparaît ? » Et quid d’un droit à l’oubli vis à vis de l’internet où tout ce qui est publié est indexé et archivé, avec la possibilité offerte de se rattraper si l’on se plante, pour avoir posté un commentaire vieux de dix ans ou un commentaire à l’époque de notre adolescence, que l’on peut regretter par la suite ? Je dirai même plus : comment manifester un esprit chrétien sur le web, et ce, alors que Celui dont nous sommes les disciples supposés a dit à la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » ?

Cette nouvelle « théoulogie » [de : « t’es où ? »] qui promet, de façon illusoire, un monde sans vie privée est peut-être l’un des plus grands dangers qui nous menace, à l’instar des déluges contemporains médiatiques. Voir l’excellent « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains »(Seuil, 2008 et en édition de poche chez « Points seuil », 2013) de Marc-Alain Ouaknin.

Pour ma part, j’ai choisi et défends « le pseudonymat », qui n’est pas un anonymat.

En effet, je ne profite pas de mon pseudonymat pour écrire des choses que je n’assumerais pas, ou pour m’inventer un personnage. Voici quelques bonnes raisons de justifier une telle pratique :

A une certaine époque, chaque participant au Tigre magazine (2006-2014), occasionnel ou régulier, signait sous un pseudonyme de son choix. Le Tigre s’était expliqué sur ce choix, à partir des remarques entendues ici et là :

RQ 1 : « J’aime bien savoir qui écrit (…) quand j’aime le travail de quelqu’un »
Par le biais du pseudonyme « fixe », les lecteurs peuvent s’attacher à une “plume” régulière du journal, sans pour autant lier leur jugement à la notoriété publique de la personne.

RQ 2 : « Quand on assume ses propos, on les signe ».

Le pseudonyme est une signature. Le pseudonyme ne dispense en rien de ne pas assumer ses propos. Lorsqu’on dit « j’aime Johnny Halliday » (…), on parle d’une personne, alors qu’il s’agit de pseudonyme. Les lecteurs peuvent s’adresser à tel ou tel auteur de la publication en écrivant à la rédaction qui fera suivre.

RQ 3 : N’y a-t-il pas de conflits d’intérêts entre la déontologie journalistique et l’usage du pseudonyme ? Le pseudonyme ne peut-il pas servir à « cacher » qu’on ne parle pas d’un point de vue « neutre » ?
Le cas le plus flagrant serait de faire une critique positive d’un ouvrage par un ami de l’auteur de cet ouvrage (voir l’auteur lui-même) (…) On ne parle jamais d’un point de vue « neutre ». Si « monsieur Dupont » défend tel point de vue, que « monsieur Dupont » soit ou non un pseudo ne change rien à la qualité de son point de vue. La confiance que l’on accorde à un journal se fonde sur l’écriture de ses articles, non sur les sonorités des noms au bas de ces articles. Le Canard est très largement anonyme et nourri de sources anonymes, et pourtant, les lecteurs lui font confiance, alors qu’on pourrait imaginer une publication mensongère « avec signatures » qui publie n’importe quoi. Si l’anonymat peut parfois générer le soupçon, c’est dans des publications à but injurieux ou partisan (…) C’est la tonalité globale qui fait le sérieux d’un journal, non la signature au bas d’un article. Mieux vaut alors être un journal sous pseudo qui précise constamment ses sources qu’un journal « nominatif » qui reprend [sans les vérifier] et fait enfler des choses dites ici et là, en tablant sur la confiance aveugle que lui accordent ses lecteurs.

RQ 4 : « On peut écrire n’importe quoi ».
C’est faux. Un pseudonyme ne dispense pas un article d’être sourcé : au contraire, il rend parfois le lecteur plus exigeant sur ce qu’il lit (…) une écriture sous pseudonyme ne (dispense) en aucun cas de faire usage de déontologie journalistique (…) Aujourd’hui encore, l’hebdomadaire britannique The Economist allie anonymat total, succès notable et sérieux reconnu : « En cette période narcissique, être différent est un atout. L’absence de signature rend le magazine cohérent, constant dans le style et évite d’être associé à des points de vue partisans de chroniqueurs particuliers »(…)

En ce qui concerne les enquêtes, un pseudonyme protège en effet la personne qui écrit l’article. Il ne s’agit pas de lâcheté, mais d’exercice du journalisme (…) Là encore, seule la qualité rédactionnelle finale et l’exactitude des faits relatés comptent.

RQ 5 : « Ah mais si *** écrit dans vos lignes et qu’on ne le sait pas ? »
Ah ben si **** écrit dans nos colonnes, et que le lecteur lambda ne s’en rend pas compte, de deux choses l’une : soit le lecteur est choqué par ce qui est dit, soit le lecteur est choqué par le fait que ce soit **** qui le dise. Tant mieux si le pseudonyme peut pousser le lecteur à être vigilant, et à se demander « est-ce que je suis vraiment d’accord avec ce que je lis ? » Un article de journal ne doit pas être une parole sacralisée. Tant mieux si l’usage du pseudonyme pousse le lecteur à avoir un regard critique sur ce qu’il lit. Les dérives médiatiques seraient plus rares !
(…)
RQ 7 : Alors, qu’est-ce qu’on perd ?
Sur les bandeaux télévisés et les encadrés journalistiques fleurissent les « M. ***, psychologue », « ***, expert », « ***, dernier livre publié chez *** », « ***, une des révélations de l’année ».

Alors oui, Le Tigre refuse ce support confortable du prêt-à-penser, en ôtant la facilité de la reconnaissance. Oui, Le Tigre complique la tache du lecteur qui ne peut pas s’appuyer sur le « il est connu » ou « j’en ai entendu parler » ou « c’est un ponte » ou « il publie aussi chez *** » pour en venir au fait : les propos tenus, les images proposées sont-elles dignes d’intérêt ? M’apprennent-elles quelque chose ? Et ce faisant, on met sur un pied d’égalité le jeune dessinateur débutant avec ****, reconnu. (…) En ces temps où chacun est prompt à critiquer l’égocentrisme et la vanité de l’époque, le Tigre propose juste un nouveau regard.
Une proposition parmi d’autres : créer un nouveau rapport aux textes pour le lecteur, qui peut poser un regard neuf et sans a priori sur ce qu’il lit.

En guise de conclusion :
La solution proposée par l’internaute « Francine » sur « Le Bon combat », « pour contenir la foire aux vanités évangélique dans des bacs à sable de dimensions raisonnables, tout en faisant un pied de nez à « Big Brother ». Cette solution, c’est l’anonymat obligatoire. Sous la boîte à commentaires, l’on pourrait remplacer la ligne habituelle : « Merci d’utiliser vos vrais noms et prénoms pour commenter » par : « Merci de garder privée votre identité en choisissant un pseudo ; nous n’acceptons pas de mélange entre le réel et le virtuel sur ce site ». Non seulement notre désir de gloriole se verra rogner les ailes par cette mesure, mais encore les discussions et les échanges y gagneront en profondeur, puisque les commentaires seront davantage jugés sur leur contenu que sur leur conteneur.

Voir aussi « Radicalement ordinaire », un livre d’un auteur…volontairement anonyme paru aux éditions BLF en avril 2017

 

 

 

L’Eglise vers le monde ou le monde dans l’Eglise ? (ou Blogueurs, « culture du débat » et Eglise)

Dans un billet récent publié sur son blogue, le sociologue du protestantisme Sébastien Fath rappelle ce que l’historien Pierre-Yves Kirchleger avait souligné en 2011 dans une synthèse publiée dans La Nouvelle France protestante(aux pages 353-369) : « entre stratégies informative, argumentative, expressive ou englobante, internet alimente une intense présence protestante ».

Présence protestante, qui n’est plus uniquement à la télévision depuis longtemps, mais prenant « un rôle croissant dans le débat ecclésial, y compris chez les catholiques », comme le fait observer l’hebdomadaire La Vie, dans une analyse de Marie-Lucile Kubacki (28/03/14) qui a pour titre : « Les blogueurs sont-ils en train de changer l’ambiance de l’Eglise ? » Analyse que je commenterai de façon indirecte.

Le rédacteur du site d' »Actus chrétiennes » (plus un blogue se livrant principalement à de l’agrégation de contenus, qu’un véritable « portail ») , qui reprend quasi intégralement ladite analyse de La Vie, donne d’ailleurs la conclusion suivante :
« Si le milieu évangélique ne craint pas le schisme en raison de sa constitution nébuleuse, l’émergence de nouveaux médias comme Actu-Chretienne.Net (qui attire désormais plus de 200.000 visites par mois), d’un certain nombre de blogs, et l’utilisation massive des réseaux sociaux, changent profondément la conception de l’Eglise ».
Et lequel « rédacteur » de se réjouir de ce qu’il considère comme un « nouveau pouvoir médiatique (fonctionnant) comme un formidable contre-pouvoir face à un institutionnel qui en avait guère l’habitude »(sic). Chaque église locale ne se résumerait ainsi plus « à son cercle de fidèles », mais se retrouverait « de facto comme une composante du village mondiale (re-sic). La moindre dérive scandaleuse, mais également, la moindre innovation étonnante, (serait) rapidement exposée sur la place publique et (ferait) l’objet des commentaires de chacun, sans omettre d’influencer notre pensée ».
Ainsi, estime-t-il, « les pasteurs (qui)faisaient seuls office de «maître à penser» dans leur petite communauté… se trouvent désormais contrariés, d’une part, par les visions divergentes de leurs confrères dont les prédications sont écoutées par les fidèles de leur église, mais également par une nouvelle caste de penseurs qui jouent leur rôle de troublions(re-re-sic) : les chroniqueurs ! »

Faut-il se réjouir de cette « innovation » ?

En réalité, « quoi de nouveau sous le soleil » ? En vérité, rien, semble-t-il. Et en vérité, je m’avoue déçu par le billet de Sébastien Fath qui me paraît manquer de profondeur, se contentant, d’une part, de publier des « avis de décès » ou « d’hibernation » de certains sites ou portails évangéliques*, et de l’autre, de faire la promotion d’un blogue en particulier, sous prétexte du « nombre » de visites par mois**.
Le Tigre magazine rappelait déjà, en septembre 2007, que « poster un commentaire sur un blog, réagir à des articles, classer la pertinence de liens, discuter de vidéos d’actualité » caractérisait ce que l’on appelle « le web 2.0 », soit la « deuxième version » d’Internet, où les hiérarchies habituelles de l’émetteur vers le récepteur du message sont abolies. Les internautes deviennent des acteurs à part entière ». Mais, précise « Le Tigre », « il ne faut cependant pas oublier que l’Internet « 1.0 » était déjà un outil ouvert, permettant à n’importe qui de créer un site ». Et de rappeler le cas du livre du docteur Gubler sur le cancer de Mitterrand (Le Grand Secret), interdit à sa sortie, « mis en ligne[en janvier 1996] par un anonyme qui avait tapé l’intégralité du texte… »
D’autre part, poursuit Le Tigre, « Le blog, forme la plus connue du web 2.0 n’est pas une révolution médiatique, mais tout simplement technique : les plates-formes apparues depuis quelques années permettent à quiconque n’y connaissant rien en informatique de publier du contenu sur Internet, ce qui était réservé, jusqu’à la fin des années 1990, aux courageux prêts à mettre les mains dans le cambouis ». Ensuite, « alors que se développaient les blogs, vint le « commentaire » : la possibilité, pour le lecteur, de publier un petit texte au pied de l’article »  et donc d’interagir avec l’auteur du billet.
La quantité(ou la profusion) de commentaires implique-t-elle de facto la qualité desdits commentaires publiés sur le web ? Des exemples choisis « au hasard » se passent de commentaires***. Mais si l’on veut commenter le phénomène, qu’en penser ? Loin de mettre en valeur l’essentiel ou « l’innovant », l’édifiant, il s’agit d’ « une forme de café du commerce à l’échelle d’Internet, où n’importe qui vient discuter de n’importe quoi, sans sens ni raison. Il ne s’agit évidemment pas de critiquer cette forme de discussion, qui en tant que telle a une évidente utilité, mais de montrer l’hypocrisie flagrante de médias classiques[ou même de certains blogueurs] prompts à dénoncer les ragots, rumeurs voire mensonges qui circulent sur Internet, en leur opposant leur sérieux, leur rigueur, leur sens de l’analyse — tout en laissant n’importe qui dire n’importe quoi au pied de leurs articles ».
« N’importe quoi », ou des propos antisémites et racistes, des vidéos choquantes, des rumeurs et diffamations(du lynchage public, sous prétexte de « transparence »), sans parler d’effet de sur médiatisation d’anecdotes sans intérêt/qui font « buzz »(ou même de sujets populistes).

D’autant plus, qu’aujourd’hui, parallèlement aux commentaires, relève le Tigre, s’ajoutent notations ou classements sur les sites en ligne…Car, sur Internet, « les articles les plus notés[les plus populaires et pas forcément les plus pertinents] sont les plus en vue, ils sont donc les plus vus, et donc les plus notés : vous avez dit démocratie ?

Cela s’appelle plutôt le libéralisme : une main invisible », en réalité « sans contre-pouvoir ni encadrement extérieur, classe et hiérarchise. Cette main invisible, c’est, par exemple, Google qui amplifie les phénomènes : une page « monte » d’autant plus dans le classement Google, et donc plus est visible, qu’un nombre plus important de pages renvoient vers elle… Or cette organisation de l’information souffre de présupposés idéologiques, à la manière de la presse traditionnelle mais sur des sujets différents ».

Cette illusion de démocratie participative, comme de « sacerdoce universel des croyants » soi-disant restauré à l’échelle du Web, où le rôle de « sacrificateur » ne serait plus réservé aux « spécialistes », masque l’existence d’une nouvelle « caste » de « maîtres du prêt à penser », une nouvelle « aristocratie », tyrannique : celle des « chroniqueurs » ou des « Editocrates », qui disent ce qu’il faut penser plutôt que d’encourager à penser, à l’instar de ceux que l’on peut lire dans la presse généraliste quotidienne ou hebdomadaire.
Mais, au-delà de l’établissement de ce que l’on croit être un « contre-pouvoir », ce qui semble peut-être le plus réjouir le rédacteur d' »Actu », c’est la perspective d’introduire « la (nouvelle)culture du débat »**** dans l’Eglise, à l’image de ce qui règne sur son propre blogue.

« Nouvelle culture du débat, stylistique transversale et désormais obligatoire », que dénonce fort opportunément le pasteur Gilles Boucomont dans un récent billet, car en lien « avec la banalisation du libéralisme théologique[de même que le libéralisme sociétal, économique et social ?] ». Une « culture » que Gilles Boucomont définit selon « les 10 commandements suivants » :

1.Il n’y a pas de Vérité supérieure
« Il n’y a pas de Vérité ultime, mais seulement des vérités »(…) Il y a pourtant, malgré la diversité des points de vue, une Vérité particulière, en Christ… »
2. La Vérité naît de la discussion
Soit « que la Vérité sortirait non de la bouche des enfants mais de la discussion, du débat. Comme si l’acte même de la discussion et du débat était sacramentel. (…)Toute parole ne se vaut pas, les commentaires des stars du football sur les remaniements ministériels ne suffisent-ils pas à le prouver ?
3. L’opinion du peuple est la moyenne des opinions ou l’opinion médiane
La culture du débat pose que l’opinion générale est l’opinion de la majorité, ce qui est une première altération. Elle pose ensuite que l’opinion moyenne est la moyenne des opinions — deuxième altération ; voire qu’elle est l’opinion médiane (…) — troisième altération. En Eglise, elle pose implicitement que cette opinion médiane serait, de surcroît, l’opinion de Dieu lui-même…

Or… il s’avère que le peuple s’égare dans sa conviction majoritaire, notamment quand il demande de mettre fin au système collégial des Juges pour instaurer la Royauté. C’est enfin la vox populi, vox dei qui a crucifié le Christ. 
4. La Raison est souveraine pour trancher
La culture du débat prône que la discussion permettra à chacun d’exercer son libre arbitre pour trancher, et établir, notamment quant à l’éthique, une opinion individuelle. Mais elle étend le raisonnement aux soubassements de la foi. Il n’y a donc plus de Vérité qui s’impose, mais bien le bon vouloir de la raison individuelle, possiblement éclairée, ou habilement aveuglée, par différentes instances.
5. La Bible depuis le Monde
Et non plus la lecture de toutes les Ecritures depuis le roc solide de Christ, pour pouvoir jeter un regard sur le monde….
6. Le refus du christocentrisme
Pour la culture du débat, le christocentrisme est un exclusivisme. Toute pensée universaliste est suspecte car elle est le terreau des totalitarismes. Un christocentrisme trop fort serait donc une forme d’intolérance, car il préconiserait une voie unique pour accéder au divin alors que tous les chemins autour de la montagne permettent d’accéder à son sommet.
Or… Christ semble être le seul chemin vers le Père, si l’on donne encore un peu de valeur à la parole biblique. Il semble aussi être le seul chemin vers la Vie éternelle, la Vie majuscule.
7. Respect et temps de parole
La culture du débat est un démocratisme égalitariste drastique prêt à fantasmer que toute opinion doive être exprimée. Qu’importe qu’une opinion soit celle de 80% des gens, elle sera exprimée comme UNE opinion. (…)Or… si quelqu’un doit avoir une parole qui a plus de poids, c’est celui qui parle selon l’Esprit de Dieu. (…)C’est la personne qui est sacrée, pas ses opinions.
8. Le primat de l’émotion
Comme toutes les paroles ont la même valeur, l’émotion fait foi. Elle permet de refuser l’idée qu’un péché soit un péché. Elle permet de donner une valeur intrinsèque à une expérience vécue parce que le seul fait qu’elle ait été vécue la sacralise.
Or… la psychologie des foules montre à quel point l’émotion est un phénomène manipulatoire. On peut retourner une foule sur un seul témoignage ému, fût-il le comble d’une manifestation idolâtrique ou démoniaque. Le primat de l’émotion interdit toute espèce de prise de recul.
9. Malheur à ceux qui pensent hors du présent cadre
La culture du débat se veut un rempart aux universalismes étroits et exclusifs[ou à la pensée dite « unique »]. Or elle est le point d’apogée de l’hégémonie culturelle occidentale. Le relativisme est une idolâtrie. Si tu n’es pas relativisme, tu es le Mal incarné.
Donc… le relativisme est en réalité le pire des absolutismes. Il est le fruit de la supériorité occidentale et du triomphalisme post-colonial. Il produit les intégrismes en les excluant de la zone de bienséance.
10. L’unité au prix du mensonge
Il s’agit souvent d’un système paradoxalement autoritaire, ou toute voix différenciée, fondamentalement et profondément différente, est sommée de se taire. Il faut rester dans le cadre, ne pas choquer, taire des vérités pour maintenir l’unité.
La culture du débat est donc un produit paradoxal d’une culture de chrétienté en fin de vie, en cela qu’elle est l’inverse symétrique du projet divin exprimé dans la collégialité et la circulation de la Parole régulée par l’Esprit de Dieu. Autant la dérive césaropapiste est lisible pour les protestants comme étant un sous-produit paradoxal d’une Eglise fondée par un homme dont l’autorité et le Royaume n’étaient pas de ce monde, autant nous avons plus de mal en milieu luthéro-réformé à voir à quel point la culture du débat est tout aussi idolâtrique et dangereuse dans son absolutisation telle que nous l’avons connue dans les décennies précédentes.
Il faut débattre, mais ne pas idolâtrer le débat ! »

Et Gilles Boucomont de conclure : « La culture du débat est un paravent de vertu pour se dérober à l’autorité profonde des Ecritures telle que nous la révèle le témoignage intérieur du Saint-Esprit. Continuerons-nous longtemps à jouer avec les projets de Dieu pour son Eglise ? »

Conclusion :
Bref, il est essentiel de veiller et de garder ce que nous avons reçu, pour que l’Eglise reste l’Eglise, pour être corps de Christ, « lumière et sel » dans ce monde, et non réduite à un gigantesque et futile « café du commerce » ou « talk show » où l’on s’empoigne pour faire le buzz. Il est essentiel que l’Eglise aille vers le monde(comme Jésus nous envoie)et non que le monde entre dans l’Eglise. Il est enfin essentiel que les pasteurs et enseignants soient réellement pasteurs et enseignants pour l’édification du corps de Christ, plutôt que de vulgaires polémistes ou « éditocrates ».
Enfin, il me paraît aussi inquiétant de considérer que le numérique, les réseaux sociaux, seraient LA réponse à une dérive « césaro-papiste » de l’Eglise. Car si cette innovation technique favorisait la communion réelle des membres du corps de Christ(« Actu » parle d’ailleurs de « village global »-un village où l’on cancane ?)cela se saurait ! Car si les réseaux sociaux permettent et facilitent une certaine communication, ces derniers exacerbent en réalité un individualisme farouche, où l’on est replié, isolé, sur lui-même. En tout cas, ils ne sauraient se substituer à la communion réelle et véritable du corps de Christ, qui est un organisme vivant et non une organisation  ou une structure désincarnée.
 Vivons donc cette communion réelle, selon les principes de la Parole(1 Cor.12-14, Rom.12-15, Ephésiens…..), plutôt que par procuration, et redécouvrons(plutôt que de réinventer)ce qu’est véritablement l’Eglise.
Car l’Eglise n’a pas besoin de (ou de plus de) »débat », mais de communion, de relation, et d’édification sur un fondement unique, qui a déjà été posé : Jésus-Christ(1 Corinthiens 3v11).
Dans ce cadre, les blogues chrétiens***** pourront être utiles(je ne boude pas les blogues, puisque, après tout, j’en tiens un), s’ils se distinguent par la qualité, le dialogue(et non le mépris) et contribuent(fondés sur Christ) à l’édification du corps de Christ, en lien avec celui-ci.

 

Notes :
*« Pour durer et peser, il n’y a décidément pas de formule magique, web ou pas », conclue Sébastien Fath dans le billet cité plus haut. En réalité, il n’y a pas lieu de s’étonner de l’échec de certains sites, quand « la formule » de ceux-ci se résume à de l’agrégation d’un même contenu toujours identique et sans cesse remâché, rabâché, et de toute façon relayé ailleurs. Et ce, sans apporter de « valeur ajoutée » : une information réellement édifiante, éclairée et éclairante ; des reportages, des articles de fond, des analyses sérieuses et étayées….bref, un véritable journalisme de qualité(qui ne s’improvise pas)libéré des logiques commerciales et publicitaires, pour des lecteurs exigeants.
**Mais combien de visiteurs réels par mois ? Calculer leur nombre n’est pas simple, selon Le Tigre magazine, « car changer d’adresse IP n’est pas très compliqué : si on n’a pas une IP fixe, il suffit de redémarrer son modem ADSL. Si on a une IP fixe, on peut facilement pirater les connexions wifi non-protégées de ses voisins. Et il y a encore plus simple : demander à ses amis de commenter ou de voter pour ou contre un article.
Cette « nouvelle démocratie électronique » est en fin de compte illusoire : on peut plutôt parler d’une aristocratie déguisée. Une poignée de votants bien organisés font très facilement basculer le vote, vu le faible nombre de suffrages exprimés. On ne saurait mieux montrer la fragilité de l’outil. Et rappeler que les commentaires qui pullulent sont souvent truqués ».
Enfin (c’est aussi vrai pour Internet que pour la presse papier ou la radio), « les lecteurs qui écrivent des commentaires (même si le geste est beaucoup plus simple) sont minoritaires. Il suffit pour s’en convaincre de comparer le nombre de visiteurs au nombre de messages postés ».
 ****  Dans mon « dictionnaire des idées reçues », je proposais les définitions suivantes des termes « débat » et « culture du débat » :
Débat : mot magique, prétexte, justification (à l’instar de l’ «  Art »). Ne vise pas toujours l’accord. Lui préférer le dialogue et la discussion. A Pep’s café ! on aime tellement le débat qu’on lui a consacré une page et un billet
Culture du débat : c’est le « donnez-nous de la viande » moderne. Jugé urgent, prioritaire, pour l’Eglise.
***** Il existe par ailleurs d’excellents blogues, dont nous avons déjà parlé dans nos « foire aux médias » : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/03/07/foire-aux-medias3-blogues-et-sites/

Foire aux médias(4) : journaux, magazines ou sites « non chrétiens »

Suite et fin de notre « Foire aux médias », débutée ici, et poursuivie ici, et .

Eau turbulente par Daniele Pellati Suivre le courant, au risque de se laisser emporter...ou vivre à contre-courant ?

Eau turbulente par Daniele Pellati
Comment être une presse ou un média « à contre courant » ?

Au menu, des journaux, magazines et sites « non chrétiens » : Certains spécialisés dans le décryptage/ »observatoire des médias » et d’autres, représentatifs d’une curieuse presse « pas pareil » à observer, notamment par le choix de ligne éditoriale, le traitement de l’information, le graphisme, le style et le modèle économique (sans pub) de la plupart.

 

24 heures dans une rédaction : Depuis 2013, un outil simple et pédagogique pour connaître le métier de journaliste. Co-réalisé par l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille et Canal France International, l’agence française de coopération médias à destination notamment de l’Afrique, il propose 4 séries de 24 fiches pratiques sur l’exercice du journalisme. Ces documents rédigés par des journalistes confirmés en télévision, radio, web et presse écrite sont destinés aux journalistes, et formateurs en journalisme, mais aussi pour le grand public.

Acrimed : ou Action-CRItique-MEDias. Sur un mode très différent d’« Arrêt sur image » (lequel n’échappe pas toujours au piège du racolage, à mon goût), une association née en 1996 du mouvement social de 1995, qui se veut un « observatoire des médias ». Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante. Depuis octobre 2011, Acrimed publie par ailleurs une revue papier trimestrielle, le magazine Mediacritique(s)

L’Age de faire : Sympathique périodique national « grand public », paru pour la première fois en octobre 2005(aujourd’hui mensuel) et créé par un ancien entrepreneur dans le BTP. L’Age de faire propose « des outils pour réinventer le monde » : « savoir » et « comprendre », pour « agir », dans les domaines de l’écologie, la citoyenneté et la solidarité, au niveau local comme international. Mais surtout, le journal promeut un mode de vie écologiste « responsable » assez radical. Son indépendance financière (ni subventions, ni publicité) repose sur ses abonnements et sur ses lecteurs : un mode de diffusion original, basé sur des « coopérateurs » qui s’engagent à acheter un certain nombre de numéros par mois et à les diffuser.
Il est possible de trouver l’Age de faire dans les biocoop, épiceries équitables, associations écologiques, stands de producteurs, et même certains cinémas indépendants(tels le réseau « Utopia »). Il est animé depuis fin 2011 par une Sarl Scop (Société coopérative de production). Les six salariés détiennent la majorité des voix et du capital au sein de l’entreprise. Ils décident ensemble du contenu et de la gestion du journal.

Basta Mag : Pure player se voulant « alternatif », Basta ! veut offrir un autre regard sur l’actualité : sur les problématiques sociales et environnementales(qu’il veut décloisonner et traiter de manière transversale), sur la solidarité internationale et l’engagement citoyen. Par la production d’articles, reportages, enquêtes, interviews, vidéos, Basta ! décrypte les crises qui rongent le monde actuel : crise économique, crise sociale, crise de la démocratie, crise environnementale. On aime sa volonté de « ne pas se contenter d’évidences », de creuser et d’essayer de comprendre le fond des sujets, comme sa volonté de ne pas faire le même traitement médiatique que d’autres médias. « Engagé »(avec une production journalistique qui se rapproche parfois du contenu des sites associatifs ou syndicaux), mais pas « partisan ». Excellent. A suivre de près, pour son sérieux.

CQFD : mensuel « de critique et d’expérimentation sociale », distribué tous les premiers vendredi du mois.  Basé à Marseille, son comité de rédaction est composé essentiellement de chômeurs. Il est certes souvent « en colère » mais traite avec professionnalisme des sujets locaux, nationaux et internationaux, liés à la pauvreté, aux mouvements sociaux, aux résistances sociales parmi les salariés, dans les périphéries urbaines et aussi dans le milieu agricole. Car il n’est pas question pour lui de ne publier que des billets d’humeur ou des éditoriaux, ni de faire du « journalisme Google ». Sa ligne éditoriale : « faire un Charlie mieux informé et un Diplo plus accessible. » Sans publicité, il est gratuit pour les personnes incarcérées. A noter que ses numéros d’été traitent le plus souvent de sujets pointus et exigeants (les langues, l’éducation…), quand d’autres médias se laissent aller à la facilité.

Les Dossiers de l’Actualité : « L’actu décodée » – Idéal pour les lycéens et étudiants. Conçus par les journalistes de La Croix (un des quotidiens français de référence) et de Phosphore (mensuel pour les jeunes), Les Dossiers de l’Actualité proposent un temps pour faire le point, chaque mois, de façon pédagogique et éclairante, sur trois sujets qui comptent : politique, économie, culture, environnement, société…

L’Eléphant : une revue trimestrielle qui revendique cette idée jugée désuète, à l’heure où toute la connaissance du monde est à portée de clic : « La culture générale et l’éducation contribueront à sauver le monde ». 

e-media.ch : l’indispensable site suisse romand d’éducation aux médias, qui me paraît beaucoup mieux conçu que celui de son homologue du CLEMI français. On y trouve d’importantes ressources pédagogiques consacrées à la presse papier et audio-visuelle, au cinéma (avec des fiches films détaillées), la publicité, l’internet, les technologies de l’information et de la communication, et la littérature jeunesse.

Le Gorafi : pour ceux qui en ont assez de certains « pure players », ce site se livre à une parodie(en faisant preuve d’ironie) jouissive des sites de presse. Comme le dit si bien la journaliste « Aliocha », « des gens capables de concevoir un article qui dit que « 79% des français refusent de répondre aux sondages » [ou « À l’encontre de son code de déontologie, un journaliste pose une question économique au président »] mériteraient d’être élevés au rang d’antidépresseur recommandé par la faculté de médecine ». A quand la recommandation « sur les chaines d’information continue et des sites de presse de la lecture du Gorafi, au même titre que la consommation de 5 fruits et légumes par jour » ? Certaines personnalités (notamment politiques) s’y sont d’ailleurs laissé prendre, en relayant une « infaux » du « Gorafi », la croyant « vraie ».

Habilomedias : un autre site francophone, canadien, d’éducation aux médias et de litteratie numérique, sans but lucratif, et tout aussi riche que le précédent. Son objectif est de veiller à ce que les enfants et les adolescents développent une pensée critique, pour un usage « citoyen, actif et éclairé » des médias et du numérique. On y trouve quantité d’outils et de ressources pédagogiques destinés aux parents et aux enseignants.

La Décroissance : « le journal de la joie de vivre » et « premier journal d’écologie politique ».
Créée en 2004 par Vincent Cheynet et Bruno Clémentin, fondateur de « Casseurs de pub », La Décroissance est un mensuel critique qui veut incarner un projet d’écologie politique radical, sans compromis ni compromissions, et promouvoir une société basée sur « la décroissance soutenable »(sachant qu’une croissance perpétuelle est illusoire sur une planète aux ressources limitées). Un étonnant journal, particulièrement intransigeant(au risque de demeurer marginal), qui offre débats, chroniques, coups de gueule, interviews, articles de fond, dessins(d’Andy Singer, Colloghan…) et BD.

 

OWNI :  un média d’enquête, de reportage et de data-journalisme, dédié aux cultures numériques ainsi qu’aux nouveaux enjeux de société.Une référence. Leur charte éditoriale se découvre ici. Placé en liquidation judiciaire le 21 décembre 2012, le site est fermé depuis, mais toutes les archives restent en ligne. C’est un bien commun en « Creative Commons ».

Sciences Humaines : le magazine référence indépendant, sans annonceurs et pariant sur ses lecteurs, « pour comprendre l’humain et la société à travers l’actualité des sciences humaines et sociales ». Conçu, dès l’origine, comme un instrument de synthèse des connaissances.

Le Tigre magazine : un drôle d’animal « curieux » ayant réussi un temps à poser sa griffe dans la jungle médiatique, avant de disparaître en 2015. Découvert « par hasard » il y a quatre ans dans un cadre professionnel, il m’est devenu « familier » avec le temps. « Familier », mais pas « domestique » pour autant.
Fondé en 2006, Le Tigre était un mensuel généraliste, indépendant, éclectique, souvent imprévisible et sans publicité, distribué en kiosques et en librairies. C’était aussi une aventure de presse novatrice avec de petits moyens, à rebours de la logique économique actuelle : il proposait un journalisme inventif, curieux, ouvert au monde, exigeant et constructif, dressant des passerelles entre des secteurs d’ordinaire très éloignés.  On pouvait y découvrir des contributions de journalistes, photographes, dessinateurs, écrivains et universitaires.

Parmi ses choix : le refus« de ne pas faire ce que d’autres font déjà très bien »(comme les recensions de l’actualité culturelle-livres, films, disques, etc), au profit de créations d’auteurs contemporains (pages graphiques et dessins, photographies sans contrainte d’actualité…..) » ; l’ironie plutôt que le pamphlet et la diatribe ; le télescopage, le décalage et le recul aux lignes de fracture traditionnelles. Le Tigre était un animal solitaire : plutôt que la défense d’un groupe, ou de dire ce qu’il faut penser, Le Tigre avait l’ambition de faire réfléchir. Il réveillait en nous non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien.

Depuis 2006, Le Tigre a connu de nombreuses vies : hebdomadaire à sa création, il a été mensuel en 2007, bimestriel en 2008-2009, quinzomadaire en 2010, et mensuel début 2011, avant de cesser de paraître(définitivement ?) depuis 2015. Enfin, Le Tigre était le premier journal en France à être conçu uniquement avec des logiciels libres.

(U)chroni(qu)es métaphysiques

Si Nicolas Sarkozy n’avait pas existé, la démocratie existerait-elle encore ? (« Piqué » dans Le Tigre magazine-« curieux magazine curieux »-de Décembre-janvier 2014, numéro 036-037)

« Non, selon Henri Guaino : « sachez que s’il n’avait pas été là, il n’y aurait plus de démocratie en France, plus de démocratie en Europe et plus de démocratie dans le monde », a-t-il déclaré sur BFM TV, le 24 novembre 2013. C’est en réalité difficile à vérifier. Henri Guaino* voulant dire par là qu’un autre président de la république, par exemple Ségolène Royal, François Bayrou ou Hollande, ou qui vous voulez, aurait été incapable de faire face à la révolte qui n’aurait pas manqué de le submerger à cause de la crise de 2008. Quelle révolte, demandez-vous ? Celle qui aurait eu lieu si Nicolas Sarkozy n’avait pas été là. Comme tous les exercices d’uchronie**, celle d’Henri Guaino nous plonge dans les abîmes métaphysiques. »

Un « sauveur » ! Et nous ne le savions pas !

Plus sérieusement, la Bible raconte l’histoire d’« une petite ville, et peu d’hommes dedans ; et un grand roi vint contre elle, et l’investit(…)or il s’y trouva un homme pauvre et sage, qui délivra la ville par sa sagesse; mais personne ne se souvint de cet homme pauvre ».(Eccl.9v13-18)***

Plus récemment encore, une parabole moderne(illustrée dans le court métrage tchéco-américain « Most-un train vers le ciel »****) raconte l’histoire des passagers d’un train, qui ont tous eu la vie sauve grâce à un enfant. Ils ne l’ont jamais su…sauf celle, pour qui le fait de le savoir a changé la vie.

Plus important encore, Jésus-Christ est mort pour toi. Le sais-tu ?
Mais qu’est-ce que cela change de le savoir ?

Cela change beaucoup et durablement. Pour la vie.

 

Jean 3v16(le verset qui résumerait toute la Bible et qui est le sujet de « Most ») : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »

 

Eph.2v1-10 : « Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, selon le train de ce monde(…)
Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ(…)Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
Ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie.Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions ».

 
Rom.5v8 : « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous ».

 
2 Cor.5v14 : « Il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux ».

 

 

 

Notes :

* Henri Guaino : wikipédia précise qu’il s’agit d’un « haut fonctionnaire et homme politique français. Économiste au Crédit lyonnais (1982-1986) et chargé de cours à l’ESCP Europe et à l’École normale supérieure de Saint-Cloud (1984-1987), il devient chargé de mission à la direction du Trésor au ministère des Finances et adjoint au secrétaire général du Club de Paris (1987-1988), puis maître de conférences à l’IEP de Paris (1988-2003) et conseiller-maître à la Cour des comptes depuis septembre 20062. Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, président de la République française, du 16 mai 2007 au 15 mai 2012, il est l’auteur de ses principaux discours[dont celui de Dakar] pendant tout le quinquennat. Il devient ensuite député de la 3e circonscription des Yvelines ».

** « Uchronie » : néologisme formé par le philosophe Charles RENOUVIER en 1857 et illustré dans son ouvrage révisé en 1876. Le terme « Uchronie » ou « l’utopie dans l’Histoire »n est forgé sur le modèle d’« utopie », pour désigner l’histoire recommencée, celle qui s’exprime en général par « Et si … ? »

*** Idée que l’on retrouve dans « L’Homme qui tua Liberty Valence », de John Ford(1962, USA), avec James Stewart, John Wayne, Lee Marvin, Vera Miles.

**** « Most. Un train vers le ciel »(2003)tchéco-américain
Réal.  Bobby Garabedian
Avec Vladimir Javorsky, Ladislav Ondrej, Linda Rybova, Klara Issova, Ester Geisslerova
Durée : 33 min VOST(Tchèque, sous titré en Français).
Ed dvd Sephora, 2012

Most est un mot tchèque qui signifie « Le pont », et aussi le titre de ce court métrage racontant l’histoire d’un père aimant, de son jeune fils, et du jour fatidique où ils tentent d’éviter un désastre ferroviaire. Les centaines de passagers à bord du train arrivant à pleines vapeurs ne réalisent pas le danger auquel ils s’exposent à l’approche d’un pont-levis en position verticale. Alors qu’une jeune femme désespérée est témoin d’un acte de courage au-delà de toute imagination, sa vie est changée à jamais. A la fois déchirant et touchant, Most retrace une histoire de sacrifice, de pardon et d’espérance. Film inspiré de Jean 3.16  (http://www.maisonbible.net/sep3589/un-train-vers-le-ciel-most-2003-dvd-sous-titre-francais-et-hollandais ; http://librairie-7ici.com/dvd-film/3270-dvd-most-un-train-vers-le-ciel.html )

Stupéfiant d’émotion. Et désarçonnant dans sa façon de raconter une histoire, avec beaucoup de non-dits, de suggestions. Un film qui fait à la fois appel à l’intelligence et au coeur des personnes.
Bande annonce officielle : http://www.topchretien.com/toptv/view/18463/un-train-vers-le-ciel-most-bande-annonce-officielle.html

Regardable ici.

T’es brouillon ? Facebook le voit ! (Ou quelques bonnes raisons de se passer de Facebook)

Prendre une gamelle

A quand un bouton « j’aime pas », pour dire « j(e ne t)’ aime pas, Facebook » ?

Certainement, chacune et chacun a de bonnes raisons d’être sur Facebook.
Néanmoins, il existe aussi de tas d’autres bonnes raisons « de ne pas y être », ou même « de ne plus être ».

Par exemple, cette « bonne raison »-là, que je viens d’apprendre via « Arrêt sur images »* :

Parce que  Facebook espionne les brouillons de vos messages : « il sait quand que vous décidez de ne pas publier une partie du message que vous avez tapé »*.

 
Ou encore, selon Le Tigre magazine,
Parce que Facebook a réussi « le plus incroyable hold-up de l’histoire », en incitant 1,2 milliard d’individus de faire d’eux-mêmes « le choix de s’y inscrire et de l’utiliser majoritairement pour communiquer »**.

 
Parce que Facebook fonctionne sur un principe faussement vertueux : « plus de gens s’inscrivent chez eux, plus ils sont incontournables, et donc plus de gens s’y inscrivent »**.

 
Parce que « si des passerelles existent encore vers le web (un simple lien vers un bon vieux site), Facebook fait tout pour les minimiser : plus les utilisateurs restent sur Facebook, plus leur valeur auprès des annonceurs est forte ».**

 
Parce que « cliquer sur un bouton « J’aime » relié à Facebook, donne accès à cette société, outre à toutes les informations que vous avez publiées, à l’ensemble de l’historique de votre navigation web. Là encore, le profit pour eux est évident : vos centres d’intérêt étant mieux connus, il sera plus facile de vous exposer à de la publicité ciblée »**.

 
Parce que Facebook échappe à toute forme de contrôle : c’est une société privée, qui fait ce qu’elle veut : c’est ainsi que « tout ce qui est publié sur ce site lui appartient de facto. En effet, les conditions d’utilisation précisent que toute personne qui s’inscrit sur Facebook accorde à l’entreprise « une licence non-exclusive, transférable, sous-licenciable, sans redevance et mondiale pour l’utilisation des contenus de propriété intellectuelle ». En clair, Facebook peut faire ce qu’il veut du contenu posté sur son site**.

 
Parce que, selon Philippe Rivière pour Le Monde diplomatique, « en permettant à chacun de polir sa marque personnelle, Facebook est le miroir magique de notre époque égotiste et publicitaire. L’expérience Facebook procure à l’utilisateur la sensation d’être en permanence en représentation devant cent trente personnes (nombre moyen d’amis) applaudissant chaque geste et chaque bon mot. Plus la projection électronique de notre être reflète la vérité de notre personnalité – ou de notre désir -, plus on se laisse griser par son reflet »***.

 
Et enfin, parce que Facebook repose sur un gros mensonge : comment croire , en effet, que l’on puisse avoir « plus de 200 amis » sur ce réseau dit « social » ?

Pour ma part, je n’ai pas à me poser la question, puisque je n’y suis pas et que je ne veux pas y être.

 

Notes :
* http://www.arretsurimages.net/breves/2013-12-15/Facebook-espionne-les-brouillons-de-vos-messages-id16574

Facebook s’intéresse à ce que vous choisissez de ne pas mettre en ligne explique en détail « Auto-Censure sur Facebook » une étude (PDF), très sérieuse signée de Sauvik Das (étudiant en doctorat à l’université Carnegie Mellon) et Adam Kramer (ancien de Carnegie Mellon, docteur en psychologie sociale, acutuellement Data Scientist chez Facebook où il travaille depuis juillet 2010sur « emotion expression, psycholinguistics and statistical methods »).
Cette étude est signalée par Jennifer Golbeck (directrice de l’Human-Computer Interaction Lab, et professeur associée à l’université du Maryland) qui la commente, par ailleurs.
Les auteurs de cette étude ont travaillé sur les données de 3,9 millions d’utilisateurs américains ou anglais de Facebook sur une période de 17 jours (du 6 au 22 juilet 2012). Ils ont constaté que 71% d’entre eux avaient au moins une fois censuré une partie d’un message ou d’un commentaire avant de le poster sur Facebook.
Ils précisent qu’un message ou qu’un commentaire était considéré comme censuré, s’il n’avait pas été publié dans les dix minutes suivant sa composition.

Goldbeck souligne que l’étude indique que Facebook n’envoie qu’une information permettant de savoir si oui ou non vous avez auto-censuré un message, mais pas le texte de la partie non-publiée de ce message. Elle ajoute que c’est techniquement possible de lire ce que vous avez supprimé avant d’envoyer le message final sur Facebook, même si ce réseau social assure ne pas le faire.
** http://www.le-tigre.net/Et-nous-assistames-les-bras.html

*** http://toutsurlachine.blogspot.fr/2010/11/analyse-facebook-miroir-magique.html

L’APT : le traité transatlantique qui n’est pas notre AMI

Privé No Entry par George Hodan

Privé No Entry par George Hodan

« Imagine-t-on des multinationales traîner en justice les gouvernements dont l’orientation politique aurait pour effet d’amoindrir leurs profits ? Se conçoit-il qu’elles puissent réclamer — et obtenir ! — une généreuse compensation pour le manque à gagner induit par un droit du travail trop contraignant ou par une législation environnementale trop spoliatrice ? Si invraisemblable qu’il paraisse, ce scénario[qui ne fait guère la une des grands médias] ne date pas d’hier »,  explique Le Monde diplomatique dans un article* publié le 15 novembre 2013 et intitulé Le traité transatlantique un typhon qui menace les Européens :
Ce scénario « figurait déjà en toutes lettres dans le projet d’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) négocié secrètement entre 1995 et 1997 par les vingt-neuf Etats membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Divulguée in extremis, notamment par Le Monde diplomatique, la copie souleva une vague de protestations sans précédent, contraignant ses promoteurs à la remiser. Quinze ans plus tard, la voilà qui fait son grand retour sous un nouvel habillage.

L'APT, une menace "sous-marine" ?

L’APT, une menace « sous-marine » ?

L’accord de partenariat transatlantique (APT) négocié depuis juillet 2013 par les Etats-Unis et l’Union européenne est une version modifiée de l’AMI. Il prévoit que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales pour le pays contrevenant, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros au bénéfice des plaignants.
D’après le calendrier officiel, les négociations ne devraient aboutir que dans un délai de deux ans. L’APT combine en les aggravant les éléments les plus néfastes des accords conclus par le passé. S’il devait entrer en vigueur, les privilèges des multinationales prendraient force de loi et lieraient pour de bon les mains des gouvernants. Imperméable aux alternances politiques et aux mobilisations populaires, il s’appliquerait de gré ou de force, puisque ses dispositions ne pourraient être amendées qu’avec le consentement unanime des pays signataires (…)
Rien ne doit filtrer. Instruction a été donnée de laisser journalistes et citoyens à l’écart des discussions : ils seront informés en temps utile, à la signature du traité, lorsqu’il sera trop tard pour réagir(…) L’impérieuse volonté de soustraire le chantier du traité américano-européen à l’attention du public se conçoit aisément. Mieux vaut prendre son temps pour annoncer au pays les effets qu’il produira à tous les échelons : du sommet de l’Etat fédéral jusqu’aux conseils municipaux en passant par les gouvernorats et les assemblées locales, les élus devront redéfinir de fond en comble leurs politiques publiques de manière à satisfaire les appétits du privé dans les secteurs qui lui échappaient encore en partie. Sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration  : pas un domaine d’intérêt général qui ne passe sous les fourches caudines du libre-échange institutionnalisé. L’action politique des élus se limitera à négocier auprès des entreprises ou de leurs mandataires locaux les miettes de souveraineté qu’ils voudront bien leur consentir(…) Sous un tel régime, les entreprises seraient en mesure de contrecarrer les politiques de santé, de protection de l’environnement ou de régulation de la finance mises en place dans tel ou tel pays en lui réclamant des dommages et intérêts devant des tribunaux extrajudiciaires.»

La suite et l’essentiel à lire ici.

Sans oublier de redécouvrir ce que pensait et disait le célèbre économiste Adam SMITH, qui apparaît aujourd’hui comme un visionnaire, et dont un rappel ne peut qu’être pertinent…surtout face à ceux qui passent leur temps à vénérer Adam SMITH, plus qu’à le lire :

Adam SMITH, connu comme l’apôtre du « laisser faire » et du « libre marché », savait aussi « que les marchés n’étaient pas parfaits. Ainsi, les marchés ne renforcent pas la loi, ne protègent pas les frontières et ne fournissent pas de biens publics, comme le nettoyage des rues, que tout le monde exige mais que personne n’est très enclin à effectuer ». Par ailleurs, « Adam SMITH ne pensait pas exactement que le gouvernement était dangereux pour les marchés. Il pensait que le danger venait des gros capitalistes qui dupaient le gouvernement pour que celui-ci leur accorde des faveurs »**.

Le message oublié d’Adam SMITH :

Le grand message oublié d'Adam SMITH. "Economix" de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

Le grand message oublié d’Adam SMITH.
« Economix » de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

 

 

 

 

 

 

Pour terminer, vous qui avez pris le temps de lire ce qui précède : vous êtes chrétien(ou non)et vous vous dites peut-être que vos priorités sont autres ou ailleurs que ce sujet « économique ».

Certes.

Mais resterons-nous « les bras ballants » face à la privatisation de l’Europe ? ***

Voir aussi :

http://www.contrelacour.fr/marche-transatlantique-le-projet-de-mandat-de-negociation-de-la-commission-europeenne-traduit-en-francais/ ; http://www.contrelacour.fr/marche-transatlantique-le-mandat-definitif-de-negociation-de-la-commission-europeenne-traduit-en-francais/ ; http://www.scoop.it/t/marche-transatlantique ; http://www.theorie-du-tout.fr/2011/09/billet-marche-transatlantique-synthese.html ; http://www.reporterre.net/spip.php?article5001

 

Notes :

*Article dont j’ai pris connaissance via une note du journaliste Patrice de Plunkett, intitulée Traité « transatlantique » : l’engrenage se met en marche, publiée le 11/11/13 sur son blog : http://plunkett.hautetfort.com/tag/libre-%C3%A9changisme

**D’après GOODWIN, Michael ; BURR, Dan E.. Economix. La Première histoire de l’économie en BD. Ed. Les Arènes, 2013, pp 26, 28

***Selon Le Tigre magazine, nous assistons déjà les bras ballants à la privatisation du web, voire même à celle du logement social….deux sujets dont bien peu de médias ont parlé, à l’instar du Traité transatlantique.