Les Evangéliques face au piège du fantasme et du « deal »

« Et pourtant, ils (certains Evangéliques) votent Trump ! »(Montage publié en 2016 sur ifunny.co)

À quelques jours de l’élection présidentielle américaine, les jeux sont loin d’être faits. Une nouvelle victoire de Trump n’est pas à exclure. Sylvie Laurent, historienne, analyse les ressorts d’une popularité dont les racines sont constitutives de l’histoire américaine. Entretien sur Bastamag avec l’auteure de « Pauvre petit blanc »(1).

Selon Sylvie Laurent, le « pauvre petit blanc », qui a donné son titre à son ouvrage, « n’existe pas ». C’est un personnage fantasmé, créé de toutes pièces par les néoconservateurs américains, blancs des classes moyennes et supérieures, pour conserver leur pouvoir. Lors de l’entretien, elle revient sur cette construction idéologique. Elle souligne également que « Trump continue à séduire en dépit de la réalité. Pour (elle), c’est la preuve que ce qui plaît, c’est ce qu’il dit, et non ce qu’il fait. Une large partie des américains blancs aiment s’entendre dire qu’ils sont spoliés par d’autres et que quelqu’un va arriver pour les sauver. « Comptez sur moi, leur dit Trump. Je vais chasser les noirs, je vais chasser les Mexicains, je vais renvoyer les femmes au foyer, et vous irez mieux. » C’est un discours hyper fondamentaliste de l’identité blanche qui s’est en fait normalisé, et qui est aujourd’hui très prégnant aux États-Unis ». Une telle normalisation des discours fondamentalistes se vérifie aussi de ce côté-ci de l’Atlantique….(1)

 

Et du côté des Evangéliques ? Aiment-ils aussi qu’on leur « raconte des histoires » ?

Le soutien des « 81 % d’évangéliques » (blancs- les évangéliques noirs ou hispaniques ayant majoritairement soutenu H. Clinton.) a été jugé comme étant décisif lors de l’élection de Trump il y a 4 ans. Aujourd’hui, ils ne seraient plus que 78 % à le soutenir, selon le Pew Research Center(2).

Comme le prévoyait le chercheur en géopolitique Chady Hage-Ali et blogueur sur Stratpolitix, interviewé sur notre blogue(3), « les chrétiens évangéliques conservateurs (je ne parle pas des évangéliques de gauche), choisiront tout sauf un candidat de gauche progressiste/libérale, relativiste et internationaliste …» et « seront prêts à accepter en dernier ressort un “clown” dès lors qu’il se montre patriote, s’aligne personnellement, inconditionnellement sur la politique coloniale et sécuritaire d’Israël (…) ». Alors, bien sûr, « Trump n’est pas un “candidat chrétien” (…) d’ailleurs, dans l’absolu, il n’y en a aucun. Mais la vision qu’il promeut est ostensiblement celle d’une Amérique plus centrée sur elle-même. Son discours anti-islam peut plaire aux évangéliques les plus conservateurs voire aux fondamentalistes ».  Dans ce contexte, « le vocable “valeurs chrétiennes” est, sous ce rapport, très élastique(4). Il y a les valeurs mais il y a aussi les intérêts. Et les intérêts chrétiens et étatiques bien compris et bien défendus (à l’intérieur et à l’extérieur) se mélangent entre eux, et peuvent aussi contribuer à préserver ces mêmes valeurs ». En définitive, conclut Chady Hage-Ali, « les évangéliques, en majorité à droite, [agissant plus par pragmatisme et utilitarisme que selon les principes bibliques], reviendront toujours à l’essentiel qui est, politiquement et religieusement : la fiscalité, l’état minimal, le soutien indéfectible à Israël, la lutte antiterroriste et l’endiguement de l’islam. Ils ne sont pas tous forcément partisans de l’interventionnisme (l’aventure irakienne les a douchés). Si les promesses de Trump leur semblent crédibles sur ces cinq points[en y ajoutant l’avortement], leurs voix lui seront acquises ». Et c’est ce qui s’est passé il y a 4 ans, semble-t-il !

Quelles conséquences spirituelles et morales peut-on craindre d’un tel soutien ? [autant de signaux pour nous aussi, chrétiens, en Europe]  Le soutien d’ »un homme fort » dont « la nature » est « de faire des deals » risque de décrédibiliser les Evangéliques, en les entraînant dans une « économie du deal », du compromis et de la compromission, bien éloignée du véritable Evangile, qui est « grâce et paix », et en les enfermant dans un « christianisme moralisateur », « identitaire », « de club » ou « exclusif », « partisan ».

Pour le dire autrement sans langue de bois,  Jean-René Moret estime, sur le site « Questions suivantes »(5), qu’il est à craindre que « beaucoup d’évangéliques aient cédé à la tentation de vendre leur âme pour obtenir du pouvoir. Trump leur fait miroiter d’être de leur côté sur des questions jugées importantes, et certains se montrent prêts à renier des valeurs qui leur sont chères pour obtenir ce résultat.

À témoin, un sondage montrant qu’en 2011 seul 30 % des évangéliques pensaient qu’une personne immorale dans sa vie personnelle pouvait remplir des fonctions publiques de manière éthique, mais qu’ils étaient 72 % en 2016 ! » Et « changer de principe pour justifier de voter pour un certain candidat revient à vendre son âme. C’est un des effets pernicieux de la politique partisane : tout devient acceptable chez son candidat, tout devient intolérable chez son adversaire. Dans tout cela, les évangéliques américains ont voté comme des êtres humains, confrontés à des options limitées. Paradoxalement, la volonté de façonner une Amérique à l’image de leurs idéaux peut les avoir conduits à transiger sur certains de ces idéaux. La focalisation sur un faisceau de valeurs ou une idée de leur identité nationale leur a peut-être fait oublier ou négliger d’autres valeurs chrétiennes, tels que l’accueil de l’étranger et le respect dû au plus faible[cf Deutéronome 10v19, Matt.25v35…]. D’une manière, le grand danger où je les vois est de penser que le « salut » pour leur nation peut venir d’une politique particulière(6), et de faire de l’obtention du pouvoir politique nécessaire un objectif en soi. La conviction chrétienne fondamentale doit rester que le secours doit venir de Dieu, et que s’attacher à la justice prime l’obtention du pouvoir ».

D’autre part, soutenir un homme « qui fait des deals » et qui s’est fait connaître par ses outrances verbales et injures (publiques) conduit à décrédibiliser la puissance de la parole. Et ce, d’autant plus qu’il est une évidence pour les contemporains du texte biblique qu’il n’y a pas « de paroles en l’air ». Genèse 1 montre que l’acte créateur de Dieu passe par la Parole : quand Dieu dit, la chose arrive. Il n’y a donc pas, comme dans notre culture occidentale ou en politique, une mise en opposition entre les paroles et les actes.

Ensuite, le chrétien, tout en veillant au poids de la parole donnée, est appelé à « bénir » et non à « maudire ». Et maudire, c’est dire « de mauvaises choses », pas dans un sens « moral ou moralisant », mais dans le sens de dire une chose qui n’est pas la vérité » [cf Matt.5v44, Luc 6v28, Rom.12v14]

Enfin, il est à craindre que « le problème » le plus important des Evangéliques[qui n’est pas que celui des Américains »] soit un « problème » (ou une crise) d’identité. Souvenons-nous que nous avons été créés « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (cf Gen.1v26-27, cf Col.1v15). Or, quand on nous regarde, que voit-on ? Que Dieu règne sur la création ? Ou que Trump (ou un autre, ou une puissance, une idéologie….) « règne » ? Nous saurons qui nous sommes, si nous savons à qui nous appartenons !  La priorité est donc bien « la restauration de notre image », de notre identité profonde d’enfants de Dieu. « Reconstruisons le temple en chassant les marchands » (Jean 2v14 et ss) – et nos corps sont « le temple du Saint-Esprit » (1 Cor.3v16,  1 Cor.6v19): Christ y est-il adoré ? Est-il « le Seigneur de tout » ? A moins qu’il ne subsiste des « zones de non-droit », « des autels » à Mammon(l’argent), la peur, la colère, la haine…. ? Si c’est oui, alors c’est que nous tolérons une Seigneurie autre que « Christ seul », et confessons que Christ fléchit les genoux devant d’autres puissances.

Soyons conscients que l’ennemi de nos âmes a gagné, lorsque nous nous laissons gagner par la colère, la peur, la haine, la cupidité, pour mieux nous jeter dans les bras d’un autre « Seigneur »/ « expert »/ « Messie »(politique) !

 

 

 

Notes :

(1) Voir sur https://www.bastamag.net/election-presidentielle-US-Biden-Trump-pauvre-petit-blanc-neoconservateurs-Sylvie-Laurent

(2) https://www.pewresearch.org/fact-tank/2020/10/13/white-christians-continue-to-favor-trump-over-biden-but-support-has-slipped/ft_2020-10-13_religionparty_01/

(3) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(4) Il importe de comprendre, comme l’explique très bien le journaliste évangélique Henrik Lindell, qu’« aux Etats-Unis, le terme « conservateur » peut signifier plein de choses, mais il faut y entendre le respect absolu de ce qui est perçu comme une tradition américaine et particulièrement la Constitution de 1787 et la Déclaration des droits de 1791 censées donner un caractère « exceptionnel » au pays. D’où, par exemple, l’attachement extrême à la liberté religieuse et au « droit du peuple de détenir et de porter des armes » (premier et deuxième amendements de la Déclaration des droits). D’où, aussi, une façon particulière de prôner des valeurs judéo-chrétiennes – les libertés décrites dans la constitution proviendraient de Dieu lui-même, expliquent souvent les conservateurs américains – et de s’opposer au relativisme culturel et au « socialisme ». Les conservateurs promeuvent par ailleurs le libéralisme économique, s’opposent aux impôts élevés et détestent le concept d’un Etat centralisateur et omnipotent (comme dans certains pays européens). Depuis quelques décennies, les courants conservateurs sont traversés par différents débats, notamment en économie. Certains ont une vision quasi libertairienne et promeuvent un Etat minimal. C’est le cas du mouvement populaire Tea Party qui a profondément marqué le Parti républicain ces dernières années. Des candidats comme Ted Cruz tirent leur légitimité de ce mouvement (comme le faisait aussi Sarah Palin avant lui). En face, les autres conservateurs défendent le principe de régulation et des idées de justice sociale, n’hésitant pas à se référer à la doctrine sociale de l’Eglise catholique, par exemple. Ces autres conservateurs s’intéressent aussi à l’évolution sociétale. On les appelle les conservateurs sociaux. Ils militent généralement pour des causes précises et symboliquement chargées. On les trouve dans le mouvement pro-life, mais aussi parfois dans des associations de défense pour les immigrés. Ils sont massivement croyants et s’opposent généralement au mariage gay et à la légalisation du cannabis ».

Parmi les leaders évangéliques et personnalités politiques soutenant Donald Trump : Jerry Falwell Jr, Kenneth et Gloria Copeland, David Jeremiah, ainsi que Paula White ; Sarah Palin, candidate malheureuse à la vice-présidence des Etats-Unis de  2008….. Néanmoins, il existe des leaders évangéliques « perplexes », quand ils ne sont pas franchement hostiles à Donald Trump : ainsi Matthieu Sanders, pasteur baptiste franco-américain à Paris, Max Lucado, auteur et pasteur d’une importante Eglise dans le conservateur Etat du Texas, ainsi que Russell Moore, président de la Commission d’éthique et de liberté religieuse des baptistes du Sud, tout comme « l’évangélique de gauche » Jim Wallis.

(5)Voir sur http://www.foienquestions.eu/?p=1988#fnref-1988-4

(6) Certains attendent et espèrent en ce « messie politique » :

Ainsi, vu non pas sur Le gorafi, mais sur la page FB d’un chrétien évangélique qui ne représente que lui-même : « Ne cherche pas plus loin que ça : Trump ne fait pas « de la politique » pour être réélu. Milliardaire, retraité, il defend la Vie, il est un rempart, un Cyrus contre les satanistes et leur culture de MORT. Converti ou pas, il est surtout l’homme du combat spirituel de l’heure : le respect de la Vie et la lutte contre les pédophiles internationalistes et leur culture de MORT. Le débat se résume à ça, même si les incrédules veulent te faire croire autre chose : es-tu pour la lumière ou pour les ténèbres ? Si Trump s’écroule, tu verras un accroissement du déchaînement des ténèbres et de la culture de la mort partout dans le monde et surtout en Europe – tu les sens déjà, alors imagine leur déchaînement ! Trump est un Cyrus, un « roi paien » utilisé par le vrai Dieu pour offrir au monde un parenthèse salutaire pour revenir à Lui. (Images : la prescription de Trump, qui ne contenait PAS le Remdesivir, les médias ont menti. Le logo du médicament miracle. Une médaille commémorant les 70 ans de l’Etat d’Israël : Trump y est représenté avec Cyrus, car c’est ainsi qu’il est vu là-bas, comme un Cyrus.) »

Pour un autre, sur un blogue évangélique théologique, les chrétiens qui soutiennent Trump seraient des « chrétiens solidement bibliques et ayant nettement plus de discernement spirituel que les autres ».

 

 

« Viens, toi, règne sur nous » : la leçon de la parabole des arbres (Juges 9v8-15)

« Qui est le chef ? » Une telle demande est le reflet d’un certain état spirituel, comme de (l’in)conscience collective, d’un peuple

« Comment puis-je impacter » est une préoccupation qui peut être légitime, mais susceptible de s’avérer angoissante sur le long terme.

Si vous vous posez, comme moi, ce type de question, voici une étonnante et percutante parabole (ou fable) pour nous. Écoutons :

« Les arbres partirent pour oindre un roi et le mettre à leur tête. Ils dirent à l’olivier : ‘‘Règne sur nous.’’ Mais l’olivier leur répondit : ‘‘Comment pourrais-je renoncer à mon huile, qui me vaut l’estime de Dieu et des hommes, pour aller m’agiter au-dessus des arbres ?’’ Les arbres dirent alors au figuier : ‘‘Viens, toi, régner sur nous.’’ Mais le figuier leur répondit : ‘‘Comment pourrais-je renoncer à ma douceur et à mon excellent fruit pour aller m’agiter au-dessus des arbres ?’’ Les arbres dirent à la vigne : ‘‘Viens, toi, régner sur nous.’’ Mais la vigne leur répondit : ‘‘Comment pourrais-je renoncer à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller m’agiter au-dessus des arbres ?’’ Alors tous les arbres dirent au buisson de ronces : ‘‘Viens, toi, régner sur nous.’’ Et le buisson de ronces répondit aux arbres : ‘‘Si vous voulez vraiment me sacrer roi et me mettre à votre tête, venez vous réfugier sous mon ombrage. Sinon, un feu sortira du buisson de ronces et dévorera les cèdres du Liban. (Juges 9v8-15)

« Les Arbres partirent pour oindre un roi et le mettre à leur tête… » (v8)(1). Une bien drôle d’idée, d’ailleurs : pourquoi les arbres chercheraient-ils un roi, alors qu’ils sont heureux et libres ?

Pas fous, ceux qui sont sollicités refusent, ayant d’autres priorités que « d’aller planer sur les arbres » : 

L’Olivier, parce qu’il ne veut pas renoncer à « son huile, qui lui assure les hommages [ou l’estime] de Dieu et des hommes »  (v9) ;

Le Figuier, parce qu’il ne veut pas renoncer à « sa douceur et à son excellent fruit » (v11) ;

La Vigne, parce qu’elle ne veut pas renoncer à son vin, « qui réjouit Dieu et les hommes » (v13).

Ces trois arbres, absolument essentiels dans la Palestine de l’époque, sont conscients de ce qu’ils auraient le plus à perdre en acceptant une telle demande. Ils sont unanimement soucieux de servir et non d’être servi (Marc 10v45) – et encore moins d’asservir – et « de porter beaucoup de fruits », non pour eux mêmes mais pour le bien de tous, la joie et la gloire de Dieu (cf Jean 15v8).

Un seul accepte sans hésiter de « régner sur les arbres » : le buisson d’épines !(v15). Celui-ci n’a que « le refuge de son ombrage » à proposer à ceux qui veulent bien, « de bonne foi »(rire), l’oindre pour leur roi. Son seul « fruit » est un feu destructeur pour ceux qui estimeront que ses ordres sont des options discutables. « There is no alternative » : « acceptez ma domination totale ou mourez », tel est la condition (et la loi impitoyable) du buisson d’épines. Celui-ci n’a d’ailleurs rien à perdre/ à renoncer, puisqu’il ne porte (et n’apporte) rien.

En fin de compte, nous ne devrions pas nous obstiner à rechercher un homme/une femme providentiel(le) « pour régner sur nous ». Cela ne devrait pas être notre prière. Nous ne devrions pas mieux accepter de « régner » ou « dominer » sur les autres, pour ne pas perdre ce que nous portons de plus précieux : notre fruit, manifestation visible de ce que nous sommes. Le fait que les trois arbres susceptibles d’apporter le plus à la communauté aient refusé « le job » devrait nous alerter sur le caractère vain de cette démarche [4 demandes, la 4ème étant la bonne, alors que les deux premières réponses négatives étaient déjà en elles mêmes éloquentes].

Nous ne devrions pas nous préoccuper de savoir « qui sera (notre) chef ? » [une telle demande et un tel choix sont révélateurs de l’état spirituel d’un peuple] mais plutôt de la manière d’entrer collectivement dans notre appel et notre vocation : vivre un authentique esprit de service, joyeux, doux et paisible, dans l’amour et la confiance, à l’image de notre Seigneur, « le Roi Serviteur »(cf Marc 10v42-45, Luc 22v24-27, Jean 13v12-17), afin de recevoir de ce dernier la seule estime qui vaille : « c’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t’établirai ; viens te réjouir avec ton maître » (cf Matt.25v20-23)

 

 

 

 

Note : 

(1) Contexte : le texte de la parabole est tirée du livre des Juges, dans l’Ancien Testament, lequel nous décrit la période d’Israël qui suit immédiatement la conquête de Canaan par Josué. A cette époque, « il n’y avait pas de roi en Israël, et chacun faisait ce qui était bon à ses yeux »(Juges 21v25). Cette période trouble de déclins spirituels est marquée par plusieurs cycles d’abandons de Dieu/idolâtries, entraînant jugements, oppressions et servitudes pour le peuple, livrés aux mains de leurs ennemis.  Seule la repentance à Dieu et l’abandon du mal conduisent à la délivrance et à la restauration, incarnée par l’envoi d’un « juge » (ou « chef »), une personne ayant reçu de Dieu une onction spéciale de libérateur, puis de gouverneur (pour un temps court) d’une ou plusieurs tribus d’Israël.

Cet extrait fait partie de l’épisode de la malédiction de Jotham contre son frère Abimélec. Abimélec est le fils du juge Gédéon, qui avait libéré Israël de la domination du royaume de Madian. À la mort de son père, Abimélec fait tuer tous les autres fils de Gédéon, à l’exception du plus jeune d’entre eux, Jotham, qui parvient à s’échapper. Puis, alors que Gédéon avait déclaré : « Je ne dominerai pas sur vous et mes descendants non plus : c’est l’Éternel qui dominera sur vous » (Juges 8v23), Abimélec se fait proclamer roi de Sichem (ville au centre d’Israël). Cet épisode marque la première apparition du pouvoir royal en Israël et c’est également la première fois qu’une autorité n’est pas consentie par l’Eternel. Face à cette prise de pouvoir d’Abimélec, le jeune rescapé Jotham lance une malédiction du haut du mont Garizim (le mont qui surplombe la ville de Sichem et normalement le lieu d’où sont prononcées les bénédictions cf Deut.11v29)….

 

« Interpellant » ou « scandalisant », les Evangéliques ?

Les Évangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans la société » ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit », cf 1 Cor.13v1 ? Source : Pixabay.

J’ai déjà entendu ce dicton : « ne pose pas de question sur la foi mais vis de telle façon que ta vie pose questions ». Justement : quelles questions ?

L’on a pu déplorer le niveau de tensions et de bêtises autour des propos de « chrétiens en campagne », durant la présidentielle ou juger, à l’instar de Yannick Imbert, que ladite campagne a été, du côté chrétien[Évangéliques, en tout cas !], un relatif désastre, au point où les chrétiens ont pas été vraiment des « lumières du monde »(1)… Les Évangéliques se prépareront-ils mieux aux prochaines, à savoir les législatives ?

Dans cette perspective, voici quelques exemples de nature à inspirer une bonne (et intelligente) mobilisation politique des protestants évangéliques :

1) Dans la continuité avec son action auprès des candidats à la présidentielle, Michée France encourage les églises à écrire aux candidats aux élections législatives de leur circonscription. Son objectif est de faire entendre la voix des « sans voix » aux prochains députés afin qu’ils prennent des décisions en considérant la situation des plus démunis. Les propositions de Michée France faites aux candidats à la présidentielle seront jointes à cette lettre. Elles concernent 5 domaines d’action importants pour la lutte contre la pauvreté au niveau national et international :

L’aide publique au développement

La lutte contre la corruption

L’économie sociale et solidaire

Le respect de l’environnement

L’accueil des plus fragiles (SDF, handicapés, migrants, …)

La suite à lire ici sur le site de Michée France.

Inspiré par l’Évangile, Michée France œuvre pour mobiliser les protestants, notamment évangéliques, à lutter contre la pauvreté et les injustices ET pour leur donner les moyens d’interpeler les décideurs, en particulier politiques, sur les engagements qu’ils ont pris.

 

2) Si les Évangéliques choisissent de ne pas « interpeller » les puissants, de façon spirituelle et biblique, ils courent le risque d’être « interpellés » eux-mêmes, pour leur comportement estimé « interpellant » ou « scandalisant », comme en témoigne ce « rappel à l’ordre politique » du CNEF aux évangéliques français(2) :

Dans son allocution prononcé lors de l’Assemblée plénière du Conseil national des évangéliques français (Cnef), mardi 30 mai à Paris, [qui a notamment lancé à cette occasion Cnef Solidarité, qui regroupe toutes les actions sociales des chrétiens évangéliques]  son président Étienne Lhermenault  a regretté que la dernière campagne présidentielle ait révélé l’évolution politique de certains évangéliques vers l’adhésion à des « discours de rejet et de haines ».

Il a aussi déploré « une focalisation sur les questions de sexualité au détriment des questions sociales », assurant que nous devons être alertés par « les relais que trouve ce genre de propos sur les réseaux sociaux. Il circule dans notre milieu évangélique des discours trompeurs qui caricaturent la foi, ridiculisent l’Évangile et entraînent bien des nôtres dans de vains combats ». Au sein d’une société très sécularisée, certains« vibrent dès qu’ils perçoivent (ou imaginent) une inspiration vaguement chrétienne » susceptible de défendre des « valeurs » chrétiennes. Mais cette notion même de « valeur » est, à ses yeux, « ambiguë » car si une valeur « n’a plus Dieu », elle peut se transformer en « idole » et produire une « morale rigide asservissante ».

Une « idée folle, parce que naïve et toujours démentie, selon laquelle il suffirait qu’un chrétien emporte la magistrature suprême pour changer durablement la face d’un pays » (Dessin d’Andy Singer).

Un autre des « pièges » relevé par Étienne Lhermenault pour « l’évangélisme mondial et à un moindre degré pour l’évangélisme français », est « celui de la conquête du pouvoir politique ». Et le président du Cnef de dénoncer l’« idée folle, parce que naïve et toujours démentie, (selon laquelle) il suffirait qu’un chrétien emporte la magistrature suprême pour changer durablement la face d’un pays ».

Enfin, a-t-il encore souligné, « notre combat en tant que corps de Christ n’est pas de conquérir le pouvoir politique, mais de garder les mains libres pour assumer notre rôle prophétique dans la société ».

Lire l’intégralité du discours d’Etienne Lhermenault, prononcé lors de l’assemblée plénière du CNEF, mardi 30 mai.

 

3) Enfin, à écouter sur « Coram Deo », l’émission hebdomadaire du blogue « Le Bon Combat » et de CFOI-FM (station de radio québécoise qui diffuse de la programmation religieuse) qui propose « un regard chrétien sur le monde ».  Son « épisode 34 » aborde la question du « fondamentalisme » dit « évangélique » ou « suis-je un fondamentalo-legalisti-messianico-pietiste ? »

Résumé : Il fut un temps où l’expression « fondamentaliste » revêtait une connotation très positive. Or, de nos jours, être fondamentaliste est rarement considéré positivement. Comment ce mot a-t-il pu évoluer aussi mal ? À quoi reconnaît-on les tendances fondamentalistes et légalistes ? Fondamentalisme et conservatisme sont-ils deux termes synonymes ? En quoi sont-ils similaires et différents ?

Pour répondre à ces questions, les théologiens, pasteurs et animateurs de blogues, Guillaume Bourin et Pascal Denault, lequel avait déjà écrit un court billet sur cette question en répondant à la question : « Réformé et fondamentaliste….synonymes ? »

 

 

 

Notes :

(1) Voir ses prises de positions sur TGC – Evangile 21 https://www.thegospelcoalition.org/evangile21/article/je-me-repens-de-la-campagne-presidentielle et son propre blogue https://landofthebluemoon.wordpress.com/2017/05/08/la-politique-du-faux-temoignage/

(2) A lire, cet article paru dans la Croix, daté du 02/06/17.

 

 

 

« Grand pouvoir = grandes responsabilités »

"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités" : un sage enseignement que "Spiderman" a appris à ne jamais oublier...

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » : un sage enseignement que « Spiderman » a appris à ne jamais oublier…

Y compris des ennuis….. C’est à prendre (en entier) ou à laisser….

 

Voici une prière, en Matt.9v37-38 que nous accompagnons volontiers du classique : « le Seigneur pourvoira ». Or, nous oublions souvent que Dieu sauve et bénit de façon incarnée. Mais qui fera le travail censé être fait par le corps de Christ si celui-ci ne le fait pas ? « Dieu pourvoira-t-il » ?

Lecture de Matt.10v1-33 (comparer avec Jacq.2v14-17) :

L’on note, dans ce passage, qu’après avoir demandé à ses disciples de « prier pour que le maître de la moisson pousse (à coup de pied)des ouvriers dans la moisson », le Seigneur Jésus-Christ envoie lui-même ses disciples, deux par deux.

Il leur donne un titre (« apôtre », c’est-à-dire : « envoyé »), un pouvoir(« guérir », « chasser les démons ») et une mission. « Cool », pourrait-on dire. Mais le moins « cool » est à venir, puisque Jésus leur recommande de ne prendre « ni argent, ni sac, ni chaussure », expliquant qu’ils dépendront de ceux qui les recevront. D’autre part, il leur faudra s’attendre à ce que leur message (« cool », en apparence) et eux-mêmes soient rejetés.

En gros, Jésus nous envoie, « avec des avantages » et des « privilèges », semble-t-il, mais « comme des agneaux au milieu des loups », avec une promesse de persécutions certaines plus que de résultats….

Heureusement, ce qui compte le plus pour Jésus – qui nous avertit tout de même à l’avance de ce que cela coûte de le suivre et d’être envoyé par Lui, et de ne pas craindre les persécuteurs – c’est de faire preuve de fidélité et de savoir « qu’il suffit au disciple d’être comme son maître ». Ni plus, ni moins. Et ce Maître que nous servons est Celui qui « est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs » (Marc 10v45).

Qui peut payer le prix ?

Fond d'argent par George Hodan

Fond d’argent par George Hodan

« Texas »* fait partie de «ces très bons films que l’on a souvent du mal à voir dans de bonnes conditions », commente « Tepepa », un blogueur amateur de westerns spaghettis, et dont l’excellente critique m’a permis de découvrir le métrage.

Et pendant longtemps, il a été difficile de voir le film dans de bonnes conditions. Lors de sa sortie en France, « Texas » avait été complètement mutilé, écourté de 20 minutes et expurgé de tout ce qui permettait de comprendre les dessous politiques de l’intrigue.

Aujourd’hui, l’éditeur Artus lui rend justice, en nous le proposant (depuis le 07 mai 2013, date de sortie du DVD)dans sa version restaurée et donc intégrale. Cette édition nous permet de constater qu’effectivement, « Texas » est un très bon film.
Personnellement, j’ai beaucoup apprécié la musique, ainsi que l’intrigue complexe et originale, qui transpose l’assassinat de JFK (1963) dans l’Ouest (fragile) de l’après guerre de Sécession. Et ce, six ans après les faits. Et tout y est déjà : le complot des « trois » (finances, loi, politique) s’appuyant sur l’extrême-droite comme élément déstabilisateur et croyant contrôler celle-ci, le risque d’exploiter le « tous pourris », le faux coupable (noir), les deux tireurs, la ville de Dallas, la volonté de réduire le Texas « à l’état » de territoire(terrain de chasse, de jeu ?)en lieu et place d’état…y compris une réplique du président(sur le rêve « des choses qui devraient ou pourraient être », plutôt que de se contenter de regarder « les choses comme elles sont »**), que l’on retrouvera dans la bouche d’un autre personnage de président d’ « I comme Icare », le film d’Henri Verneuil.

A cela s’ajoute la thématique de l’égalité des blancs et des noirs, de la (remise en) question de l’indépendance de la presse-soumise au pouvoir de l’argent, et des rapports du pouvoir fédéral et du Texas, que certains notables voudraient réduire au statut de « territoire »(espace de non-droit et de profit)plus que d’état véritable.

Texas est donc un « western spaghetti » à voir,  principalement en VOST(italien sous-titré français), le doublage français étant, pour une fois, très discutable. Et ce, d’autant plus que les doubleurs français ont jugé bon de transformer le Président des Etats-Unis en… simple gouverneur !)

On relèvera encore que le titre original italien est « Il Prezzo del Potere » , « le prix du pouvoir ».

Solide fond rouge par Junior Libby

Solide fond rouge par Junior Libby

Ainsi que l’obsession du « rouge sang ». Comme pour mieux illustrer « le prix(élevé)du pouvoir », trop grand pour que l’on succombe à cette tentation ?

Mais la Bible nous parle d’un autre prix, que seul peut payer le Seigneur Jésus-Christ : celui du rachat de notre « vaine conduite qui (nous) avait été enseignée par nos pères, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, , mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, préconnu dès avant la fondation du monde… »(1 Pie.1v18-20)

Notes :

* Western italien, réalisé en 1969 par Tonino Valerii, par ailleurs auteur du bien plus connu « Mon nom est personne ». Musique de Luis Bacalov.

**En fait, il s’agissait déjà une reprise d’une citation de Robert Kennedy, elle-même empruntée à Georges Bernard Shaw : « Certaines personnes voient les choses comme elles sont et se demandent : pourquoi ? Moi, je vois les choses comme elles pourraient être et je me dis : pourquoi pas ? »