T’es brouillon ? Facebook le voit ! (Ou quelques bonnes raisons de se passer de Facebook)

Prendre une gamelle

A quand un bouton « j’aime pas », pour dire « j(e ne t)’ aime pas, Facebook » ?

Certainement, chacune et chacun a de bonnes raisons d’être sur Facebook.
Néanmoins, il existe aussi de tas d’autres bonnes raisons « de ne pas y être », ou même « de ne plus être ».

Par exemple, cette « bonne raison »-là, que je viens d’apprendre via « Arrêt sur images »* :

Parce que  Facebook espionne les brouillons de vos messages : « il sait quand que vous décidez de ne pas publier une partie du message que vous avez tapé »*.

 
Ou encore, selon Le Tigre magazine,
Parce que Facebook a réussi « le plus incroyable hold-up de l’histoire », en incitant 1,2 milliard d’individus de faire d’eux-mêmes « le choix de s’y inscrire et de l’utiliser majoritairement pour communiquer »**.

 
Parce que Facebook fonctionne sur un principe faussement vertueux : « plus de gens s’inscrivent chez eux, plus ils sont incontournables, et donc plus de gens s’y inscrivent »**.

 
Parce que « si des passerelles existent encore vers le web (un simple lien vers un bon vieux site), Facebook fait tout pour les minimiser : plus les utilisateurs restent sur Facebook, plus leur valeur auprès des annonceurs est forte ».**

 
Parce que « cliquer sur un bouton « J’aime » relié à Facebook, donne accès à cette société, outre à toutes les informations que vous avez publiées, à l’ensemble de l’historique de votre navigation web. Là encore, le profit pour eux est évident : vos centres d’intérêt étant mieux connus, il sera plus facile de vous exposer à de la publicité ciblée »**.

 
Parce que Facebook échappe à toute forme de contrôle : c’est une société privée, qui fait ce qu’elle veut : c’est ainsi que « tout ce qui est publié sur ce site lui appartient de facto. En effet, les conditions d’utilisation précisent que toute personne qui s’inscrit sur Facebook accorde à l’entreprise « une licence non-exclusive, transférable, sous-licenciable, sans redevance et mondiale pour l’utilisation des contenus de propriété intellectuelle ». En clair, Facebook peut faire ce qu’il veut du contenu posté sur son site**.

 
Parce que, selon Philippe Rivière pour Le Monde diplomatique, « en permettant à chacun de polir sa marque personnelle, Facebook est le miroir magique de notre époque égotiste et publicitaire. L’expérience Facebook procure à l’utilisateur la sensation d’être en permanence en représentation devant cent trente personnes (nombre moyen d’amis) applaudissant chaque geste et chaque bon mot. Plus la projection électronique de notre être reflète la vérité de notre personnalité – ou de notre désir -, plus on se laisse griser par son reflet »***.

 
Et enfin, parce que Facebook repose sur un gros mensonge : comment croire , en effet, que l’on puisse avoir « plus de 200 amis » sur ce réseau dit « social » ?

Pour ma part, je n’ai pas à me poser la question, puisque je n’y suis pas et que je ne veux pas y être.

 

Notes :
* http://www.arretsurimages.net/breves/2013-12-15/Facebook-espionne-les-brouillons-de-vos-messages-id16574

Facebook s’intéresse à ce que vous choisissez de ne pas mettre en ligne explique en détail « Auto-Censure sur Facebook » une étude (PDF), très sérieuse signée de Sauvik Das (étudiant en doctorat à l’université Carnegie Mellon) et Adam Kramer (ancien de Carnegie Mellon, docteur en psychologie sociale, acutuellement Data Scientist chez Facebook où il travaille depuis juillet 2010sur « emotion expression, psycholinguistics and statistical methods »).
Cette étude est signalée par Jennifer Golbeck (directrice de l’Human-Computer Interaction Lab, et professeur associée à l’université du Maryland) qui la commente, par ailleurs.
Les auteurs de cette étude ont travaillé sur les données de 3,9 millions d’utilisateurs américains ou anglais de Facebook sur une période de 17 jours (du 6 au 22 juilet 2012). Ils ont constaté que 71% d’entre eux avaient au moins une fois censuré une partie d’un message ou d’un commentaire avant de le poster sur Facebook.
Ils précisent qu’un message ou qu’un commentaire était considéré comme censuré, s’il n’avait pas été publié dans les dix minutes suivant sa composition.

Goldbeck souligne que l’étude indique que Facebook n’envoie qu’une information permettant de savoir si oui ou non vous avez auto-censuré un message, mais pas le texte de la partie non-publiée de ce message. Elle ajoute que c’est techniquement possible de lire ce que vous avez supprimé avant d’envoyer le message final sur Facebook, même si ce réseau social assure ne pas le faire.
** http://www.le-tigre.net/Et-nous-assistames-les-bras.html

*** http://toutsurlachine.blogspot.fr/2010/11/analyse-facebook-miroir-magique.html

Assisterons-nous « les bras ballants » à la mort des associations en France ?

Bientôt, une France « privée »….de ses associations ?

En France, une simple circulaire peut menacer la liberté d’association, pourtant garantie par la constitution.

En l’interdisant purement et simplement ? Plus subtilement, en se livrant à une interprétation extensive(abusive ?) de la réglementation européenne.

C’est ainsi que la discrète circulaire Fillon (du nom de celui qui était premier ministre à l’époque) de janvier 2010(toujours en vigueur à l’heure actuelle) affirme que puisqu’elles exercent parfois des « activités économiques », les associations pourraient se voir soumises au droit commun de la concurrence et privées de subventions. Elles deviendraient alors de simples et banales entreprises, réduites à l’état de « prestataires de services », comme l’avait révélé Didier Minot en janvier 2011, dans un article intitulé « De la « concurrence libre et non faussée  : Menace sur la liberté d’association en France », pour « Le Monde diplomatique ».

« En signant cette circulaire, le gouvernement franchit une nouvelle étape, décisive, dans une politique qui vise à affaiblir et à banaliser les associations », dénonçait encore monsieur Minot, par ailleurs Président de Réseau des écoles de citoyens (RECIT) et animateur du Collectif des Associations Citoyennes (CAC).
Il a publié « Des associations citoyennes pour demain », aux Editions Charles Léopold Mayer, en septembre 2013.

Cette initiative gouvernementale est d’autant plus singulière « que la réglementation édictée par Bruxelles laisse à chaque Etat une marge d’interprétation que le gouvernement français se garde bien d’utiliser », explique l’article du « Diplo ». En effet, « elle ne s’adresse qu’aux services économiques d’intérêt général (SIEG), c’est-à-dire aux structures qui exercent régulièrement une activité commerciale sur un marché de biens ou de services. Ce n’est évidemment pas le cas de la plupart des associations ni, pour celles que cela concerne, de la totalité de leurs activités.

L’initiative du gouvernement touche particulièrement les 130 000 associations qui emploient entre un et neuf salariés, et au total 180 000 personnes, qui sont loin de toutes mener des activités économiques : la gestion d’un foyer rural, la défense du patrimoine ou le soutien à des malentendants ne consistent pas à « vendre régulièrement des produits sur un marché ». Il s’agit souvent d’un travail désintéressé effectué par des bénévoles.
En outre, la circulaire met en place un modèle unique de convention » qui pénalise les petites et moyennes associations. En revanche, les « grosses » associations »-environ 3000 qui emploient plus de 100 salariés (et 330 000 salariés au total), fonctionnant souvent comme des entreprises(…)sont avantagées par le dispositif gouvernemental.

Bref(…) c’est la définition même des associations, fondée sur la gestion désintéressée et l’engagement des membres, qui est niée(…) Sont frontalement remis en cause le principe de libre administration des collectivités locales (article 34 de la Constitution) – qui distribuent la plupart des subventions – et la liberté d’association garantie par la loi du 1er juillet 1901. Ce droit a été solennellement réaffirmé par le préambule de la Constitution de 1958 et il est singulier qu’une simple circulaire (peu médiatisée) puisse y porter atteinte ».

Cela, c’était « hier ». S’il y a eu et s’il y a encore des mobilisations* pour défendre cette liberté essentielle, on est en droit de s’étonner qu’elles soient si peu médiatisées. **

Et demain ?

30.000 à 40 000 suppressions d’emplois sont prévues en 2014 : c’est le « plan social invisible qui frappe le secteur associatif » qui compte plus d’un million d’emplois, nous informe Nadia Djabali dans un article paru sur Basta mag le 18 novembre 2013.
« Les raisons de cette gigantesque vague de licenciements ? La baisse des budgets des collectivités locales, qui n’ont plus les moyens de soutenir les associations. Et la politique de l’État, dans la continuité de la circulaire Fillon, qui oriente ses subventions et ses appels d’offre vers les plus grosses structures, transformées en prestataires de services. Une politique jugée « aveugle et suicidaire » par nombre de représentants du secteur. »

Un exemple éloquent de l’absurdité de cette politique, en parfaite continuité avec le précédent gouvernement, relevé dans l’article : les structures associatives les plus subventionnées en France se trouvent au ministère des Finances. En effet, la cantine de Bercy, comme le comité des œuvres sociales du ministère, bénéficient, en tant qu’associations, un total d’aides de 67 millions d’euros. Si l’on retire le demi-milliard d’euros ainsi consacré à des organismes para-publics ou de cogestion, il reste 700 millions pour les associations, orientés en priorité vers les plus grosses, les mieux à même de répondre à un appel d’offre.

Une politique(« donner plus à ceux qui ont déjà beaucoup ») contraire à ces principes bibliques : Nombres 35v8 et 1 Cor.12v23-24

L’enquête dans le détail à lire ici.

Celle-ci lue, que faire ?
On peut estimer qu’il y a des problèmes plus importants (famille, éthique, éducation…) dans notre pays, et dans le monde, que ce type de bouleversement. Et que l’on ne peut pas être sur tous les fronts. C’est sans doute vrai. Mais assisterons-nous « les bras ballants » à la perte de la liberté associative (dans son principe et son essence) et à la désagrégation, voire à la disparition du tissu associatif en France ? Assisterons-nous « les bras ballants » à une « France privée »…de ses associations ?

En attendant, le CAC, qui les mesure bien, lui, les conséquences, ne baisse pas les bras. Il poursuit et multiplie les actions, recense les associations en difficulté et a lancé un appel à mobilisation qui a recueilli 7 500 signatures dont une centaine de réseaux nationaux, 200 associations régionales et départementales, et plus de 700 associations locales. Et les signatures continuent d’affluer.

Sinistre perspective pour un secteur associatif déjà sinistré !

Sinistre perspective pour un secteur associatif déjà sinistré !

Une preuve de plus que le secteur associatif sinistré a un sinistre avenir devant lui ?

 

 

 

 

 

 

A lire :

La fameuse circulaire Fillon ;

Son analyse, par Didier Minot, qui souligne que le contenu du texte, et notamment ses annexes, nous montre que le gouvernement procède par antiphrases : le titre d’un texte énonce l’inverse de son contenu.
Une interview de Didier Minot, présentant l’initiative menée contre la mise en place de cette circulaire.

 

 

Notes :

* Ainsi, le CAC (Collectif des Associations Citoyennes), créé en 2010.

** « Relais médiatiques » en 2013.

L’APT : le traité transatlantique qui n’est pas notre AMI

Privé No Entry par George Hodan

Privé No Entry par George Hodan

« Imagine-t-on des multinationales traîner en justice les gouvernements dont l’orientation politique aurait pour effet d’amoindrir leurs profits ? Se conçoit-il qu’elles puissent réclamer — et obtenir ! — une généreuse compensation pour le manque à gagner induit par un droit du travail trop contraignant ou par une législation environnementale trop spoliatrice ? Si invraisemblable qu’il paraisse, ce scénario[qui ne fait guère la une des grands médias] ne date pas d’hier »,  explique Le Monde diplomatique dans un article* publié le 15 novembre 2013 et intitulé Le traité transatlantique un typhon qui menace les Européens :
Ce scénario « figurait déjà en toutes lettres dans le projet d’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) négocié secrètement entre 1995 et 1997 par les vingt-neuf Etats membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Divulguée in extremis, notamment par Le Monde diplomatique, la copie souleva une vague de protestations sans précédent, contraignant ses promoteurs à la remiser. Quinze ans plus tard, la voilà qui fait son grand retour sous un nouvel habillage.

L'APT, une menace "sous-marine" ?

L’APT, une menace « sous-marine » ?

L’accord de partenariat transatlantique (APT) négocié depuis juillet 2013 par les Etats-Unis et l’Union européenne est une version modifiée de l’AMI. Il prévoit que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales pour le pays contrevenant, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros au bénéfice des plaignants.
D’après le calendrier officiel, les négociations ne devraient aboutir que dans un délai de deux ans. L’APT combine en les aggravant les éléments les plus néfastes des accords conclus par le passé. S’il devait entrer en vigueur, les privilèges des multinationales prendraient force de loi et lieraient pour de bon les mains des gouvernants. Imperméable aux alternances politiques et aux mobilisations populaires, il s’appliquerait de gré ou de force, puisque ses dispositions ne pourraient être amendées qu’avec le consentement unanime des pays signataires (…)
Rien ne doit filtrer. Instruction a été donnée de laisser journalistes et citoyens à l’écart des discussions : ils seront informés en temps utile, à la signature du traité, lorsqu’il sera trop tard pour réagir(…) L’impérieuse volonté de soustraire le chantier du traité américano-européen à l’attention du public se conçoit aisément. Mieux vaut prendre son temps pour annoncer au pays les effets qu’il produira à tous les échelons : du sommet de l’Etat fédéral jusqu’aux conseils municipaux en passant par les gouvernorats et les assemblées locales, les élus devront redéfinir de fond en comble leurs politiques publiques de manière à satisfaire les appétits du privé dans les secteurs qui lui échappaient encore en partie. Sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration  : pas un domaine d’intérêt général qui ne passe sous les fourches caudines du libre-échange institutionnalisé. L’action politique des élus se limitera à négocier auprès des entreprises ou de leurs mandataires locaux les miettes de souveraineté qu’ils voudront bien leur consentir(…) Sous un tel régime, les entreprises seraient en mesure de contrecarrer les politiques de santé, de protection de l’environnement ou de régulation de la finance mises en place dans tel ou tel pays en lui réclamant des dommages et intérêts devant des tribunaux extrajudiciaires.»

La suite et l’essentiel à lire ici.

Sans oublier de redécouvrir ce que pensait et disait le célèbre économiste Adam SMITH, qui apparaît aujourd’hui comme un visionnaire, et dont un rappel ne peut qu’être pertinent…surtout face à ceux qui passent leur temps à vénérer Adam SMITH, plus qu’à le lire :

Adam SMITH, connu comme l’apôtre du « laisser faire » et du « libre marché », savait aussi « que les marchés n’étaient pas parfaits. Ainsi, les marchés ne renforcent pas la loi, ne protègent pas les frontières et ne fournissent pas de biens publics, comme le nettoyage des rues, que tout le monde exige mais que personne n’est très enclin à effectuer ». Par ailleurs, « Adam SMITH ne pensait pas exactement que le gouvernement était dangereux pour les marchés. Il pensait que le danger venait des gros capitalistes qui dupaient le gouvernement pour que celui-ci leur accorde des faveurs »**.

Le message oublié d’Adam SMITH :

Le grand message oublié d'Adam SMITH. "Economix" de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

Le grand message oublié d’Adam SMITH.
« Economix » de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

 

 

 

 

 

 

Pour terminer, vous qui avez pris le temps de lire ce qui précède : vous êtes chrétien(ou non)et vous vous dites peut-être que vos priorités sont autres ou ailleurs que ce sujet « économique ».

Certes.

Mais resterons-nous « les bras ballants » face à la privatisation de l’Europe ? ***

Voir aussi :

http://www.contrelacour.fr/marche-transatlantique-le-projet-de-mandat-de-negociation-de-la-commission-europeenne-traduit-en-francais/ ; http://www.contrelacour.fr/marche-transatlantique-le-mandat-definitif-de-negociation-de-la-commission-europeenne-traduit-en-francais/ ; http://www.scoop.it/t/marche-transatlantique ; http://www.theorie-du-tout.fr/2011/09/billet-marche-transatlantique-synthese.html ; http://www.reporterre.net/spip.php?article5001

 

Notes :

*Article dont j’ai pris connaissance via une note du journaliste Patrice de Plunkett, intitulée Traité « transatlantique » : l’engrenage se met en marche, publiée le 11/11/13 sur son blog : http://plunkett.hautetfort.com/tag/libre-%C3%A9changisme

**D’après GOODWIN, Michael ; BURR, Dan E.. Economix. La Première histoire de l’économie en BD. Ed. Les Arènes, 2013, pp 26, 28

***Selon Le Tigre magazine, nous assistons déjà les bras ballants à la privatisation du web, voire même à celle du logement social….deux sujets dont bien peu de médias ont parlé, à l’instar du Traité transatlantique.