« Inculture au poing » : Qu’est-ce que la Bible ? Un moyen de grâce

La Bible est « un moyen de grâce », « dans la logique de l’incarnation ; « un moyen terrestre, de notre réalité ici-bas par lequel Dieu lui-même agit » (Source : Rawpixel)

« Qu’est-ce que la Bible, et comment comprendre sa nature spécifique qui, selon les confessions chrétiennes, lui donne un rôle unique parmi tous les autres livres ? » questionne Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique à la Faculté de théologie protestante (Strasbourg), lors du 4ème Forum annuel des Attestants qui s’est déroulé à Paris, le 2 février 2018, sur le thème : Qui parle ? Quand nous lisons la Bible… « Pour (nous permettre d’)avancer », il nous pose « une autre question, plus facile peut-être : dans une dogmatique chrétienne, où placer notre question, à savoir celle de la Parole de Dieu ? Dans les « prolégomènes » ? dans la pneumatologie ?

Les prolégomènes traitent des méthodes de la dogmatique. Ils présentent l’Écriture Sainte comme critère de la dogmatique, étudient la relation Parole-Écriture et proposent une réflexion herméneutique.

La pneumatologie parle de l’Esprit Saint comme un sujet agissant qui opère ses œuvres dans le croyant.

Si nous plaçons la réflexion sur la Bible dans le cadre de la pneumatologie, nous indiquons toute de suite que la Bible est un moyen par lequel l’Esprit de Dieu s’exprime. Les anciens dogmaticiens parlaient à cet endroit de certains moyens de l’Esprit : les moyens de grâce »

Une telle expression ne se trouve pas dans la Bible mais, précise Jean-Philippe Bru, professeur-coordinateur de théologie pratique à la Faculté Jean Calvin (Aix-en-Provence), « elle est utilisée pour désigner les moyens extérieurs (« humainement perceptible ») que Dieu a choisis pour communiquer sa grâce à son peuple ». Et « bien qu’une définition large puisse inclure des moyens comme l’Église, la prière ou la communion fraternelle, la définition traditionnelle en limite le nombre à trois : la Parole et les sacrements (c’est-à-dire le baptême et la cène). Cette définition stricte fait une distinction entre « moyen » de grâce et « fruit » de la grâce ». En effet, « bien que Dieu puisse se servir de la prière et de la communion fraternelle pour nous fortifier, elles sont d’abord des fruits de la grâce, alors que la Parole et les sacrements sont d’abord des moyens par lesquels Dieu fortifie son peuple ». Une distinction pertinente, vu que, selon Jean-Philippe Bru,« chez les évangéliques, ce n’est pas le sacramentalisme qui menace la suffisance des moyens de grâce, mais une certaine confusion entre les moyens de grâce et les fruits de la grâce »

D’autre part, souligne Karsten Lehmkühler, ces « moyens de grâce que sont la Parole et les sacrements peuvent même devenir les notions clé dans la définition de l’Église, laquelle Eglise, selon l’article 7 de la Confession d’Augsbourg « est l’assemblée des saints, dans laquelle l’Évangile est enseigné dans sa pureté et les sacrements sont administrés dans les règles.» 

Un tel « moyen de grâce » est toujours une donnée de ce monde, accessible pour nos sens, comme l’eau du baptême ou le pain et le vin de la Sainte cène. Ainsi, les théologies luthérienne et calvinienne soulignent (toutes deux !) que dans le sacrement, une réalité corporelle devient véhicule d’une réalité spirituelle, à savoir porteuse de salut offert par Dieu. Les données de la création sont ainsi valorisées : la matière physique est nécessaire pour pouvoir célébrer le sacrement, puisque ce sont la matière (elementum) et une parole divine (verbum) qui se marient et qui constituent le sacrement : « Sacramentum est invisibilis gratiae visibilis forma », le sacrement est la forme visible d’une grâce invisible. Il en va de même pour la Bible comme Parole de Dieu : il s’agit d’un moyen de notre monde ici-bas, relevant du concret (un texte, un livre, et surtout une voix humaine qui lit ce texte ou qui fait une prédication sur ce texte : « viva vox »). C’est donc un moyen terrestre, de notre réalité ici-bas par lequel Dieu lui-même agit.

Ainsi la Parole de Dieu peut être comparée à l’incarnation et aussi aux sacrements. On pourrait parler ici d’une logique de l’incarnation : Dieu assume la concrétude du monde créé ; il s’en sert pour entrer en relation avec nous ».

Question subsidiaire : si la Bible est « un moyen de grâce, dans la logique de l’incarnation », est-il cohérent et pertinent de la lire sur téléphone/en ligne, pratique dématérialisée et désincarnée s’il en est ? 😉

A vous la parole !

 

Retour sur le forum 2019 des Attestants : « qui parle, quand nous lisons la Bible ? »

« La Bible a été écrite par plusieurs et inspirée par un seul. Quand nous la lisons, nous l’interprétons différemment. Comment retourner aux Écritures en repérant et levant ensemble des obstacles à l’accueil d’une Parole de Dieu ? »

« Qui parle, quand nous lisons la Bible ? » « Nous », quand nous la faisons parler et dire ce que nous voulons qu’elle (nous) dise ? Ou « elle », quand nous la laissons (nous) parler et faire autorité dans nos vies ? 

Tel était le thème du 4ème Forum des Attestants qui a eu lieu le samedi 2 février 2019 au Palais de la Femme (Armée du Salut) à Paris, et auquel j’ai eu la joie de participer en tant que « sympathisant ». 170 personnes représentant une cinquantaine de paroisses EPUDF (Eglise Protestante Unie de France), plus quelques attestants belges [« l’Unio Réformata » de l’EPUB], étaient réunis. Nous nous sommes entretenus ensemble dans la convivialité, la joie et la simplicité au sujet de la problématique suivante : 

La Bible a été écrite par plusieurs et inspirée par un seul. Quand nous la lisons, nous l’interprétons différemment. Comment retourner aux Écritures en repérant et levant ensemble des obstacles à l’accueil d’une Parole de Dieu ? 

Un thème qui ne saurait étonner, quand on sait que le Mouvement des Attestants « est né en 2015 du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ».

De fait, les Attestants « enracinent leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne n’exclut pas mais implique une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie »

L’orateur invité et principal intervenant était Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique à l’université de Strasbourg, faculté de théologie protestante.  Ses thèmes de recherche sont en rapport avec Anthropologie théologique, Questions de bioéthique, « Amélioration de l’homme » (Human enhancement), Théologie comparée des religions, La théologie de Dietrich Bonhoeffer, Ethique de la parole.

Il a donc été question de la Bible, à la fois « parole d’hommes » et « Parole de Dieu », laquelle Bible n’est pas un objet de recherche mais « un moyen de grâce », dans la logique de l’incarnation, avec ses faiblesses et limites, utilisé par le Saint-Esprit pour se faire connaître.

Il a été notamment rappelé que la Bible est « loi et Evangile », en ce qu’elle « interpelle, exige, accuse, encourage et console », et qu’elle est claire et efficace en tant que Parole de Dieu.

En tant que chrétiens confessants, nous avons été également encouragés, outre à discerner « les désaccords [d’interprétation] que nous pouvons supporter sans nous séparer », à rester ensemble, dans le cadre de la communauté – l’Église – pour lire la Bible, ces textes inspirés qui nous forgent, et pour chercher ensemble ce qui est clair dans les Ecritures.

En cela, Les Attestants, qui ont choisi de rester au sein de l’EPUDF, plutôt que d’en partir pour rejoindre les Evangéliques ou fonder une nouvelle dénomination, illustrent ce cheminement possible.

Enfin, lors d’un temps d’atelier où nous avons été invités à discuter ensemble de « La Bible dans ma vie et dans mon (église) locale », il est ressorti du mien la stimulante piste de dialogue suivante : et pourquoi ne pas exposer sa compréhension personnelle des Écritures bibliques – comment me fait-elle vivre – en sollicitant le témoignage de mon interlocuteur sur ce point, plutôt que de rester dans un seul débat dogmatique et de doctrine ?

 

Découvrir le programme détaillé du forum sur le site des Attestants.

Le forum en vidéos sur la page Facebook des Attestants.

Prédication de Michel Block lors du culte du forum : « Dans notre rapport aux Ecritures, quel type de serviteurs sommes nous appelés à être ? Fidèles ou… inutiles ? » Un texte de l’Evangile « pas compliqué » mais « difficile » à entendre !

Le texte complet de la prise de parole du professeur Karsten Lehmkühler ici.

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