La théologie pour les nuls : comment, pour le chrétien, jouer (et pas qu’aux jeux vidéo !) « pour la gloire de Dieu » ?

« Trop souvent, nous prêtons attention au jeu vidéo, mais pas du tout au jeu lui-même ». Et jouer est très naturel à l’être humain, puisque Dieu est lui-même joueur. Source : Pexels

Le jeu vidéo peut-il être « à la gloire de Dieu » ?

Sous ce titre faussement provocateur – car après tout, l’apôtre Paul ne nous dit-il pas que tout ce qu’on fait doit être pour la gloire de Dieu (1 Co 10.31) ? Pascal et Guillaume discutent avec Benjamin, ancien accro aux JV, de cet éternel sujet dans cette émission « Coram Deo » : « est-il possible de jouer à des jeux vidéo pour la gloire de Dieu? »

Voici les questions explorées lors de cette émission:

  1. La Bible a-t-elle quelque chose à dire sur un sujet aussi « moderne » ?
  2. D’emblée, un jeu vidéo peut-il être perçu positivement au regard des données bibliques ?
  3. Quels sont les bénéfices et les dangers avec ce divertissement?
  4. Quels principes peuvent nous guider dans l’analyse des jeux vidéo que nous pouvons ou non tolérer ?
  5. Quels conseils peut-on offrir aux parents chrétiens quant à l’usage de jeux vidéo par leurs enfants?
  6. Quels sont vos jeux vidéo favoris?

Ceci dit, pour ne pas paraphraser l’un des animateurs [« la question est mal posée »], cette obsession du « jeu vidéo à la gloire de Dieu » semble occulter un enjeu autrement plus fondamental encore.

Etienne [marié et jeune papa, blogueur – « Phileo-sophia » et « Par la foi »], à qui j’ai demandé son point de vue sur la question, estime que « ce qui est vraiment critiquable chez les jeux vidéo en fin de compte, ce sont les écrans et leur consommation, leur omniprésence. C’est là le vrai locus ». Et il va plus loin en soulignant que « trop souvent on prête attention au jeu vidéo, mais, curieusement, pas du tout au jeu lui-même. Or, le principe d’un jeu, c’est de mettre en place un espace et un temps où l’on peut faire et être tout ce qu’on veut. Personne ne s’est jamais offusqué que l’on devienne généralissime universel mégalomane dans le jeu de Risk, ni que je sacrifie des millions de troupes et de civils. On ne se scandalise pas non plus qu’une reine soit égorgée par un cavalier dans le jeu d’échec [pas plus de ruiner tout ou partie de ses adversaires, le temps d’un Monopoly]… C’est la nature même du jeu que de se projeter/construire une réalité alternative, parfois éthiquement douteuse, comme le jeu du gendarme et du voleur, ou du loup, [le Monopoly] ou le Risk.  Ce n’est pas illégal de jeter quelqu’un par terre au rugby ou de frapper avec une barre de 1 kg à l’escrime. Je ne sais pas exactement pourquoi il n’y a pas de mal à jouer le mal, mais cela doit être liée à la nature du Jeu.

Or, jouer est très naturel à l’être humain, puisque Dieu est lui-même « joueur » [Il a ainsi créé « les baleines et les dauphins » pour « jouer avec eux » cf Ps.104v26]. Mais le plus bel exemple de jeu dans toute l’Ecriture Sainte se trouve dans le livre des Proverbes, au chant de la sagesse, où la sagesse elle-même dit avoir été aux côtés de Dieu pendant la création : « Je fus maître d’œuvre à son côté, objet de ses délices chaque jour, jouant en sa présence en tout temps, jouant dans son univers terrestre ; et je trouve mes délices parmi les hommes » (Prov.8v30-31) ».

En somme, la fabrication fondamentale de l’univers s’est accompagnée d’une sagesse souriante. Le renfrogné, le savant qui ne rit pas [et qui ne joue pas], ne peut découvrir, ni imaginer le monde.

Joseph [23 ans, qui invite à « vivre sa jeunesse autrement »] également sollicité, n’a pas « un avis tranché » sur les jeux vidéo, bien qu’il en a été « un ancien adepte. A l’instar d’Etienne, il nous invite à nous « interroger plus globalement sur le divertissement », au-delà des problèmes liés la violence, l’addiction…

« Blaise Pascal l’a fait avant nous », explique-t-il. « Il ne faut pas que ce divertissement devienne une échappatoire de la réalité. On parle des jeux vidéo, mais aussi des séries TV, films qui peuvent facilement manger du temps…Après si on peut souligner les aspects positifs du divertissement, je pense que c’est un besoin humain, nous ne sommes pas que bons pour travailler. Puis, quand nous sommes adolescents, notamment, c’est un moyen de se socialiser à une culture / un univers. Ces protagonistes deviennent des « compagnons » du quotidien, on en parle avec nos amis, ça devient des références partagées. Encore récemment, j’ai été ému de la fin d’une série (12 saisons) que je suis depuis que je suis au collège. J’ai l’impression d’avoir grandi avec eux ! L’enjeu, il me semble, c’est d’avoir le discernement pour choisir nos divertissements : ce qui va nous édifier et non nous souiller, ce qui va nous stimuler et non nous léthargiser. D’où l’importance pour les chrétiens d’amener la culture du Royaume dans la culture séculière, d’investir les industries culturelles. 

Avec mes nièces et neveux, au-delà de les protéger de contenus inappropriés (ce qu’il faut faire), j’essaye de stimuler leur autonomie, leur habilité à discerner par eux-mêmes. On ne pourra pas les protéger à 100%. Ils doivent être armés 🙂 Et en même temps, ma démarche, c’est de ne pas les empêcher de connaitre les références culturelles partagées par leurs pairs, mais de les accompagner – visionner avec eux, écouter avec eux… – pour avoir la vigilance nécessaire, et réajuster si besoin ».

Etienne et Joseph, merci à vous deux !

En résumé, et sous l’éclairage des réflexions précédentes, l’enjeu du jeu me paraît être de savoir :

1) Si cette pratique est vraiment utile, et utile pour « la gloire de Dieu ». La gloire de Dieu, c’est Dieu tel qu’il est en vérité. Glorifier Dieu, c’est montrer/donner à voir Dieu dans sa vérité et dans sa réalité. Aussi curieux que cela puisse paraître, nous pouvons donc donner à voir Dieu en jouant ! En d’autre terme, notre façon de jouer contribue-t-elle à l’accomplissement du dessein de Dieu en Jésus-Christ dans ce monde ? Ce n’est pas un privilège mais un pouvoir assorti d’une très grande responsabilité.

Notons encore que Dieu ne glorifie jamais l’homme et qu’il « ne donne » d’ailleurs « pas sa gloire à un autre » (que lui). Cependant, quand il glorifie Jésus, il ne fait que manifester qui est Jésus en vérité (cf Hébr.2Jean 12v28 et Jean 17v1)

Il n’y a pas de règle unique, mais une vocation exceptionnelle pour chacun, pour reprendre une expression de Jacques Ellul : dans certains cas, ce sera jouer qui sera à la gloire de Dieu ; dans d’autres situations, ce sera ne pas jouer qui sera à la gloire de Dieu. Il nous faut faire preuve de discernement à ce sujet.

Voici encore cet autre enjeu (« qui lui est semblable » ?) :

2) « que tout se fasse pour l’édification » : ma propre édification ou l’édification mutuelle, soit privilégier, avant mon propre plaisir, ce qui me construit ou construit l’autre, ce qui m’aide ou aide l’autre à grandir…

Un autre élément à garder à l’esprit : ne pas redevenir esclave ou ne pas (se) replacer sous un joug d’esclavage cf 1 Cor 6v12, 7v23, et Gal.5v1, ce qui exclue les rapports de domination et d’infantilisation dans un jeu [Ex : l’on peut dire : « on se marre bien avec X ». Sauf si « X » ne rigole pas, lui…]

L’en-jeu est de taille ! Alors, au-delà de la théologie du jeu, à quand une véritable théologie de la liberté en Christ, face à la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes ?

Et vous ? Qu’en dites-vous ?

Watch it (again) : le Flambeur de Karel Reisz

« Flamber », c’est se consumer. Un « flambeur » est un joueur qui joue particulièrement gros.

« Le Flambeur » (The Gambler), libre adaptation du roman « le joueur » de Dostoïevski, est un film rare sur le sujet de l’addiction, réalisé en 1974 par Karel Reisz (1926-2002). « Dans la forme, c’est un thriller américain », confie le réalisateur britannique d’origine tchécoslovaque(1), qui trouve son « film réussi »(2). Le spectateur pourra en juger lui-même et même juger de l’originalité du propos, puisqu’il est possible de le (re)voir en version restaurée en salle depuis le 12 juin 2019. Mon frère en Christ Pierre-Louis et moi l’avons vu récemment. Nous vous partageons ici nos remarques.

« Le Flambeur », c’est Axel Breed, un professeur de littérature obsessionnel névrosé. Joué par James Caan, ce personnage est « épris – pas de façon rationnelle – d’une sorte de conception dostoïevskienne de la liberté existentielle »(2) – une liberté sans Christ et donc misérable – et pris par le démon du jeu, jusqu’au risque absolu (jouer sa propre vie dans un final sidérant).

Son entourage (sa mère, sa petite amie…) tente bien de le détourner de sa voie, mais il redouble de vice pour finalement « chercher à perdre le plus possible ».  En effet, plus addict au danger qu’au jeu en lui-même, Axel Breed « pense un court instant surmonter la logique naturelle des choses [voir ses cours à l’université sur le « 2+2 = 5 »] et la transcender par sa prise de risque. C’est cette adrénaline qui est recherchée par le parieur compulsif, la défaite est indispensable au plaisir des rares victoires et le gain n’a finalement que peu d’importance ». Le personnage joué par James Caan, dans sa fuite en avant, (…) prend des risques insensés alors qu’il est renfloué, défiant la chance à l’excès lorsqu’elle lui sourit enfin »(3). Un besoin de sensations fortes qui peut s’expliquer par la volonté de sortir de son milieu juif 100 % sécurisé, respectable et aisé, mais étouffant.

Quand finalement Axel Breed est emmené dans une cave par les maffieux à qui il doit une somme vertigineuse (on pense qu’il sera torturé), il joint les mains – en signe de repentance ? A moins qu’il ne s’agisse d’un signe d’espérance d’avoir « rien qu’une dernière » chance de se compromettre, nous ne le savons pas. Cette scène est suivie de deux nouvelles « histoires », avec l’affaire du match truqué de basketball et la scène finale lui offrant concrètement de perdre la face pour de bon.

Ce film nous offre une description fidèle et complexe d’un homme pris dans les chaînes, ignorant ou tenant pour folie l’Évangile du Christ, « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croît… » (Rom.1v16) et promesse de « vie abondante » (Jean 10v10). Mais le même Evangile nous annonce que rien n’a pu empêcher l’homme possédé par « la légion » de démons de s’approcher de Jésus (dont le nom signifie « Dieu sauveur » et « Dieu élargit »), pour être libéré (Marc 5v1-15).

A l’heure où le jeu en ligne nous est vendu à force de pub comme « cool » et urbain, Le Flambeur est une plongée hallucinante et oppressante dans l’enfer de l’addiction, doublé d’un sévère avertissement, et une fine analyse de ses répercutions morales et affectives, en attendant des études plus sérieuses sur son impact spirituel.

 

En bref :

Le flambeur (The Gambler), un film de Karel Reisz (USA. 1974). Avec : James Caan (Axel Freed), Paul Sorvino (Hips), Lauren Hutton (Billie), Morris Carnovsky (A. R. Lowenthal), Jacqueline Brookes (Naomi Freed), Burt Young (Carmine), Carmine Caridi (Jimmy) 1h51

 

 

Notes :

(1) Né en Tchécoslovaquie, il est arrivé en Angleterre à l’âge de 12 ans, pour fuir le nazisme qui décimera ensuite toute sa famille.

(2) http://www.jeunecinema.fr/spip.php?article1712

(3) http://www.dvdclassik.com/critique/le-flambeur-reisz

La neige : chute ! Mais pas les commentaires…

Source : Météo France

La neige tombe sur notre beau pays et bloque tout….sauf les commentaires « des grands de notre temps aux calamités météorologiques », constate Phylloscopus, naturaliste catholique, dans une surprenante mais hilarante note de blogue. Jugez en vous-mêmes et relevez le défi de cet jeu édifiant, propre à occuper nos longues soirées d’hiver (qu’il y ait de la neige ou pas) : « retrouvez la source de ces vraies fausses déclarations ! »

Ainsi :

Sylvain Maillard, député du parti La République en marche (LREM) de Paris et membre de la commission des Affaires sociales à l’Assemblée nationale : « La grande majorité des flocons choisissent librement de tomber. » 

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes : « Assurer l’égalité des droits des flocon.n.es à atteindre le point de chute de leur choix est une priorité du gouvernement. »

Christian Estrosi, maire de Nice: « Grâce à notre réseau de vidéosurveillance, le premier d’Europe, pas un flocon n’a pu frapper les rues de Nice. »

Christophe Barbier, éditorialiste de l’hebdomadaire l’Express : « Les Français doivent apprendre à renoncer à leur cinquième centimètre de neige et aller travailler. »

WeDemain, une revue trimestrielle « pour changer d’époque » : « Il invente un mode de transport sur neige révolutionnaire grâce à deux planches de récupération fixées sous ses pieds, reliées à une application météo »

Les Echos, quotidien français d’information économique et financière d’orientation libérale : « Les fonctionnaires qui vident les sacs de neige sur nos têtes sont-ils trop nombreux ? »

Grégory Coupet, footballeur international français: « Cette chute de neige, je l’aurais arrêtée. »

Etc….

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