Le Défi biblique de l’été : Jérémie, par Nicolas

Un livre qui nous met au défi de répondre quand « Dieu a parlé » : ici, Dieu a parlé à Jérémie par cette Parole semblable à « un feu, un marteau qui brise le roc » (Source image : Le feu par Petr Kratochvil)

Nicolas, que je remercie pour son texte et pour avoir relevé le défi biblique, nous présente le livre de Jérémie, le prophète solitaire malgré lui, d’une solitude imposée par la Parole de Dieu.

 

Quel est ce livre ?

Un film, qui n’a rien à voir (ou presque) avec le livre dont il est question, a plagié son titre.

Ce livre est celui d’un prophète appelé très jeune par Dieu pour transmettre un message franchement impopulaire au peuple infidèle. Pendant 40 ans, Jérémie n’aura de cesse, sans succès, d’appeler le peuple à la repentance, et de l’avertir du jugement qui le menace s’il ne revient pas à Dieu : la destruction de Jérusalem et du temple, avec la déportation à Babylone.

Voir notamment cette scène stupéfiante en Jér.7v1-7, où Dieu ordonne à Jérémie de se tenir à la porte de Sa propre Maison (« la Maison du SEIGNEUR ») pour y clamer cette parole à tous ceux qui y entrent pour se prosterner devant le SEIGNEUR – non pas « Dieu vous aime », « vous êtes une race choisie », « nous allons de gloire en gloire », « Dieu est bon », etc…mais plutôt : « Ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers, le Dieu d’Israël : Améliorez votre conduite, votre manière d’agir, pour que je puisse habiter avec vous en ce lieu. Ne vous bercez pas de paroles illusoires en répétant « Palais du SEIGNEUR ! Palais du SEIGNEUR ! Palais du SEIGNEUR ! Il est ici. » Mais plutôt amendez sérieusement votre conduite, votre manière d’agir, en défendant activement le droit dans la vie sociale ; n’exploitez pas l’immigré, l’orphelin et la veuve ; ne répandez pas du sang innocent en ce lieu ; ne courez pas, pour votre malheur, après d’autres dieux ; je pourrai alors habiter avec vous en ce lieu, dans le pays que j’ai donné à vos pères depuis toujours et pour toujours ».

Pourquoi sa lecture est-elle un défi pour moi ?

Parce qu’il s’agit d’un livre très long – l’un des plus longs de la Bible – parfois ardu à lire et difficile à suivre, du fait de son caractère désordonné et confus.

Parce que cette lecture me met au défi d’éprouver et de discerner la parole authentique de Dieu, particulièrement à notre époque où semblent fleurir toutes sortes de paroles d’hommes, se revendiquant d’une certaine autorité divine, en mode « ainsi dit l’Eternel » ou « Dieu m’a dit ».

Et parce que je suis mis au défi de répondre quand « Dieu a parlé » : ici, Dieu a parlé à Jérémie par cette Parole semblable à « un feu, un marteau qui brise le roc » (Jer.23v29 ; 20v9) et qui le fait « trembler comme un homme ivre » (23v9).

Qu’est-ce qui m’a bousculé/interpellé/impressionné ?

Jérémie, c’est le prophète seul contre tous (y compris même les membres de sa propre famille), qui se distingue malgré lui, et lié au destin tragique de son peuple qu’il aime. Il finit sa vie en exil en Egypte où il a été entraîné par le peuple, sans jamais renoncer à être fidèle à Dieu.

De là ce critère d’appréciation de Dieu, qui n’est heureusement pas le nôtre, de l’authenticité d’une vocation prophétique : non pas le rendement ou la réussite du ministère (car à vue humaine, Jérémie « a échoué » et d’un point de vue social, Jérémie reste celui « qui reste à l’écart »), mais plutôt la fidélité, à l’instar de ce Seigneur dans une parabole racontée par Jésus : « c’est bien, bon et fidèle serviteur…viens te réjouir avec ton maître » (Matt.25v21 et ss)

Et le fait que le Seigneur veille à la fois sur Sa Parole pour l’accomplir et sur son prophète, qu’il appelle et équipe pour sa mission (Jer.1v1-11, 17-19)

Le verset qui m’inspire

« J’entends ce que disent les prophètes qui prophétisent faussement en mon nom en disant : « J’ai eu un songe ! J’ai eu un songe ! » Jusques à quand ! Y a-t-il quelque chose dans la tête de ces prophètes qui prophétisent faussement ? Ce ne sont que prophètes aux trouvailles fantaisistes ! Avec leurs songes qu’ils se racontent mutuellement, ils pensent faire oublier mon nom à mon peuple, comme leurs pères avec leur Baal ont oublié mon nom. Que le prophète qui a un songe raconte son songe, mais que celui qui a ma parole proclame exactement ma parole ! Qu’y a-t-il de commun entre la paille et le froment ?
– oracle du SEIGNEUR. Ma parole ne ressemble-t-elle pas à ceci : à un feu – oracle du SEIGNEUR –, à un marteau qui pulvérise le roc ? » (Jer.23v25-29)

Et aussi celui-ci, pour les fins gourmets : « Dès que je trouvais tes paroles, je les dévorais. Ta parole m’a réjoui, m’a rendu profondément heureux ». (Jer.15v16)

 

« Ma Parole est comme un feu et comme un marteau qui brise le roc », dit le Seigneur…

Dans sa lettre à Oskar Pollak, Franz Kafka écrit qu’ « …un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous ».

Une citation qui m’en rappelle une autre, du prophète Jérémie. Ce dernier compare les songes(de ceux qui se prétendent prophètes, dans le passage qui suit) à « de la paille » et la Parole de Dieu « à du froment » ou du grain, ainsi

Ammonite et rockhammer par Jennifer P

Ammonite et rockhammer par Jennifer P

qu’à « un marteau qui brise le roc » :

« Moi, le Seigneur, j’ai entendu ce que disent les prophètes. Ils prétendent parler de ma part, mais c’est faux. Ils annoncent : «J’ai eu un rêve, une vision !» Jusqu’à quand en sera-t-il ainsi ? Qu’y a-t-il dans l’esprit de ces prophètes, quand ils proclament ce qui est faux, ce qui n’est qu’invention trompeuse ? Avec leurs visions, qu’ils se racontent l’un à l’autre, ils ne visent qu’à faire oublier à mon peuple qui je suis, comme ses ancêtres, qui m’avaient oublié au profit du dieu Baal. Si un prophète a un rêve, eh bien, qu’il raconte son rêve ! Mais s’il a un message de moi, eh bien, qu’il le proclame fidèlement !

Il ne faut pas confondre
la paille avec le grain,
déclare le Seigneur.

Le feu par Petr Kratochvil"Ma Parole n'est-elle pas comme un feu...?"

Le feu par Petr Kratochvil
« Ma Parole n’est-elle pas comme un feu…? »

Ma parole est comme un feu,
comme un puissant marteau
qui brise le rocher ».

(Jér. 23v25-29 – Français courant)

A ce sujet, Neil Anderson explique, dans son livre Le Libérateur, que « Dieu a souvent parlé à des personnages de la Bible [Note : et parle même encore aujourd’hui] par des songes. Mais comparés au froment nourrissant de sa Parole, les songes ne sont que de la paille. Si vous donnez à manger uniquement de la paille à du bétail, il mourra. Il se couchera dessus, mais il n’en mangera pas car elle ne contient pas d’éléments nutritifs. De même, les songes ont une certaine valeur, mais ils ne doivent jamais être mis sur un pied d’égalité avec la Parole de Dieu, ni servir de base à notre foi. Ce sont les songes qui doivent être en accord avec la Parole de Dieu- jamais l’inverse.

Et de Jérémie de poursuivre, au nom de l’Eternel : Ma parole n’est-elle pas comme un feu, et comme un marteau qui fait éclater le roc ? » (v29)

Et qu’est-ce que cette parole de Dieu, qui est comme un feu et comme un marteau qui fait éclater le roc ? Une parole qui vient vraiment de Dieu aura pour effet d’inciter le peuple de Dieu à marcher dans la justice, et non de le tranquilliser dans un péché caché, non confessé.

Car « Dieu se soucie plus de la pureté de l’Eglise que de sa croissance, car la pureté de l’Eglise est une condition préalable à sa croissance. Le réconfort est apporté uniquement à ceux qui souffrent et qui sont persécutés à cause de la justice. »

(Neil Anderson op. cit. pp 213-214)

Moralité : ne confondons pas la paille avec le grain !