Comment je suis devenu stupide

Quand devenir "un peu stupide" serait "intelligent", puisqu'"essayer d'être intelligent est stupide" ! (Première de couverture du roman de Martin Page)

Quand devenir « un peu stupide » serait « intelligent », puisqu' »essayer d’être intelligent est stupide » !
(Première de couverture du roman de Martin Page)

Enfin, pas moi….il s’agit du titre d’un roman de Martin Page(1), au éditions J’ai Lu (2002), découvert via le stand de l’ACSI, lors du dernier séminaire Mathurin Cordier, qui a eu lieu du 26 au 28 février 2016, en Alsace(2).

Une proposition particulièrement audacieuse, mais ô combien pertinente !

De quoi s’agit-il ?

 

« J’ai eu à cœur de connaître la sagesse et de connaître la folie et la sottise… » (Eccl.1v17)

L’intelligence fait-elle le bonheur ? Pour Antoine, 25 ans, diplômé d’araméen, de biologie et de cinéma, c’est non. Car selon lui, ce sont précisément son intelligence et sa lucidité qui lui gâchent l’existence. Aussi décide-t-il de renoncer à penser. Il envisage d’abord de devenir alcoolique, c’est-à-dire, « quelqu’un qui a une maladie socialement reconnue ». Car une fois « ivre », il n’aurait plus besoin de penser, il ne le pourrait plus ». Mais, dès le premier verre, il sombre dans un coma éthylique. Il s’intéresse ensuite au suicide, mais la mort ne l’attire décidément pas. Considérant qu’il a été « stupide d’essayer d’être si intelligent », il décide de devenir « un peu stupide » – ce qui serait, selon lui, « intelligent », et de nature à l’aider à mieux s’intégrer dans la société : il se fait prescrire de l’ « heurozac », remplace les parties d’échecs par le jeu du Monopoly, renonce à être un consommateur responsable, se rend au Mc Donald’s, s’achète des vêtements de marque, vide son appartement de tout ce qui peut stimuler son esprit et se procure une télévision. Puis, il devient trader….Jusqu’où ira l’expérience ?

 Ce petit roman malin et curieux (avec peut-être une pointe d’autobiographie) nous offre une critique lucide des travers notre société actuelle, à la manière de l’Ecclésiaste (mais sans la clé finale du chapitre 12), tout en « banalisant » ou « normalisant » certaines évolutions sociétales. Le livre est bien écrit, souvent drôle et facile à lire, mais pas simpliste pour autant. Il invite au recul et à la réflexion sur l’intelligence, les normes et standards de réussite et de bonheur, ou encore sur la place de celui qui est « hors-norme ». Il ne devrait pas non plus manquer d’ interpeller tout enseignant et pédagogue sur sa propre philosophie de l’éducation : quelle place donner à toutes les formes d’intelligence ? L’école doit-t- elle « préparer à la vie en société » ? Et si oui, à quelle société ? Comment découvrir qui l’on est vraiment et cultiver son individualité, en étant réellement heureux, libre et ouvert à l’autre, à mille lieux des impasses de l’égoïste aux comportements grégaires et suivant ses propres désirs? Face à l’utilitarisme pour qui toute vérité est « utile », et face au pragmatisme de la réussite personnelle qui choisit de sacrifier au passage la morale publique, le rôle de l’école ne serait-il pas, justement, d’apprendre à penser véritablement ?

A lire, en guise de prolongement : les livres de la Genèse, Job, des Proverbes, l’Ecclesiaste, et les Evangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean… Autant d’invitations à revenir de façon permanente à la source, pour se retrouver soi-même : soit par un retour et une réconciliation avec son créateur, « le Dieu véritable et la vie éternelle », « le Cep », le Dieu trinitaire, le Père Céleste et « la source des eaux vives ». Un préalable nécessaire à une réconciliation avec soi-même, les autres et toute création. L’individu saura qui il est s’il sait à qui il appartient véritablement, et s’il sait tisser du lien et (re)découvrir le sens de l’altérité.

 

Notes :

(1) Né en 1975, Martin Page passe sa jeunesse en banlieue sud de Paris. Étudiant dilettante, il ne fait que des premières années : il étudie le droit, la sociologie, la linguistique,  la psychologie, la philosophie, l’histoire de l’art et l’anthropologie. « Comment je suis devenu stupide » est son premier roman, paru en 2001.

(2) Le séminaire « Mathurin Cordier », organisé par l’AESPEF(Association des Etablissements Scolaires Protestants Evangéliques Francophones), rassemble les différents acteurs des écoles protestantes évangéliques en francophonie, mais aussi les éducateurs les parents, les enseignants chrétiens dans le public.

L’ACSI est l’Association Internationales des Ecoles Chrétiennes. Elle est la plus grande organisation protestante-évangélique d’écoles chrétiennes dans le monde. Elle propose une assistance sans ingérence et offre des services sans obligation de la part des écoles membres. Son but est de fortifier les écoles chrétiennes et d’équiper les éducateurs chrétiens.

 

 

 

Tout ne se vend pas

« Tout se vend », dit-on.

Or, le sage dit : « Acquiers la vérité, et ne la vends pas, La sagesse, l’instruction* et l’intelligence ».(Prov.23v23)

« Ne la (re)vends pas ». Même si tu te trouves un jour dans l’extrémité. Même si quelqu’un te promet un gain(ou une rentabilité)plus grand(e), ou prétend « t’en offrir plus ».

Car, « tout ne se vend pas » et « tout ne se vaut pas »**.

Justement, comment « acquérir » ce qui « en vaut la peine » : la vérité, la sagesse, l’instruction et l’intelligence ? Certainement pas par « des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or »(1 Pie.1v18), mais en connaissant « Celui qui est la vérité »(Jean 14v6), « le seul vrai Dieu »( Jean 17v3), « le Dieu véritable »(1 Jean 5v20-21), et en connaissant la Parole de Dieu, « qui est la vérité »(Jean 17v17)

De même, Dieu dit encore « que celui qui veut se glorifier se glorifie d’avoir de l’intelligence et de (le) connaître…. »(Jér.9v24). Lui  « qui donne la sagesse »(Prov.2v6), dont le commencement est la crainte de l’Eternel(Prov.9v10)…sagesse qui « vaut mieux que l’or », de même que l’intelligence vaut mieux que l’argent.(Prov.16v16)

Bref, si tu acquiers la vérité, ne la vends pas, « de même que la sagesse, l’instruction* et l’intelligence ». L’une et l’autre sont sans prix.

Vraiment, « tout ne se vend pas » et « tout ne se vaut pas » !**

Notes :

* Ici, instruction se dit « muwcar » en hébreu, soit : discipline, châtiment, correction. Traduit généralement par corriger, instruction, enseigner, ceinture, outrager, avis, leçon, science, exemple.

** Une histoire de la Bible, où il est question de quelqu’un qui « ne voulait pas vendre », dans 1 Rois 21v1-29.

« Ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence »

Excès de vitesse de taxi par Bobby Mikul Démesure

Excès de vitesse de taxi par Bobby Mikul
Démesure

« Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles »(1 Pie.5v5)

« …se disant sages, ils sont devenus fous. »(Rom.1v22)

Certains parlent naturellement de la crise. Comme si ses causes étaient naturelles….

Dimanche dernier, je feuillette un vieux numéro de « Promesses »(juillet-septembre 2008), que l’on m’a rendu depuis peu et ayant pour thème « intégrité et corruption ». J’y redécouvre un excellent article intitulé « regard sur la crise financière actuelle » . Son auteur, Nathanaël Bourgeois, loin de considérer la crise comme un phénomène naturel, explique « que la cupidité est à l’origine de la crise ».

Personnellement, j’ai longtemps cru que la cupidité était la cause de la crise. Je le crois toujours en partie. En réalité, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence.

Ou la démesure. Ou l’orgueil.

La démesure, ou l’orgueil, la Bible en parle. Valable hier, son message est toujours actuel pour notre temps.

L’orgueil, c’est le péché de celui ou celle qui a déjà beaucoup et qui veut « toujours plus » : c’est celui de Lucifer(Es.14v12-15), d’Eve et d’Adam(Gen.3), du roi Ozias(2 Chron.26v16-23)…..

L’orgueil se termine toujours de la même façon : par la chute.

L’orgueil touche tous les domaines et personne(à part le Seigneur Jésus-Christ) n’est à l’abri de succomber à une telle tentation.

Je disais plus haut que la véritable cause de la crise était « l’intelligence ». Ou plutôt la démesure. Ou l’orgueil, qui se perçoit dans l’évolution de la finance, avec l’irruption d’acteurs non humains sur les marchés financiers : le « trading à haute-fréquence » *.  Cette (r)évolution d’une finance devenue automatisée, amorcée depuis des décennies « et en totale roue libre ces dernières années « **  est détaillée par Alexandre Laumonier, jeune éditeur belge et spécialisé dans l’anthropologie, dans son essai « 6 »***, que je n’ai pas encore lu, mais que j’ai découvert dans le numéro 12, de mai-juin 2013, du journal « Article 11 »(article consultable en ligne). Cette évolution est qualifiée par les critiques de « portrait vivant et atterrant » de « la course en avant démentielle qui agite les hautes sphères de la finance, entre soulèvement des machines, règne des algorithmes et dérèglements boursiers ».

A ce stade de la lecture, certains d’entre vous seront peut-être tentés de zapper cet article, s’estimant ou peu concernés par un sujet complexe et bien « peu spirituel », ou étrangers aux maths et aux algorithmes (c’est mon cas), ou les deux. A ceux-là, je me permets de leur dire que c’est parce que ce sujet est complexe, et même largement méconnu, qu’il mérite justement toute notre attention. Surtout si un tel système, progressivement livré à lui-même et devenu entièrement automatisé, a produit les fruits que l’on a vus en 2007-2008. Fruits que l’on mange encore aujourd’hui. Aussi, je remercie d’avance le lecteur de prendre le temps nécessaire de lire attentivement(en contrepoint avec cet autre sujet ) le contenu des différents liens.

En attendant, que faire ?

Nathanaël Bourgeois, dans l’article pré-cité, juge avec raison que des lois ne peuvent changer le comportement humain. Bien entendu, les lois sont utiles(cf Rom.13), telles celles contre le meurtre, le vol…car elles nous protègent. Mais il reste que l’homme n’est pas améliorable**** et Dieu ne veut pas l’améliorer : Il veut le changer, le transformer. Changer son cœur(Ezech.11v19, 36v26 ; Deut.30v6 ; Jér.24v7), parce celui-ci est « trompeur et incurable »(Jer.17v9).

De plus, le seul remède à l’orgueil et à la démesure est la grâce de Dieu. Cette grâce, nous pouvons, vous pouvez la recevoir si vous confiez votre vie à Dieu et si vous acceptez de vous soumettre à Lui. Et il sera alors manifeste que cette grâce agit dans vos vies, dans nos vies, si nous nous soumettons les uns les autres et si nous nous servons les uns les autres, en recherchant leur intérêt(1 Cor.13 et Jean 13)

Notes :

* Selon Wikipédia, « Les transactions à haute fréquence, ou trading haute fréquence, sont l’exécution à grande vitesse de transactions financières faites par des algorithmes informatiques. Ces opérateurs de marché virtuels peuvent ainsi exécuter des opérations sur les bourses en un temps calculé en microsecondes.  »  Voir également cet article sur « Basta mag ! »

**« En 2013, les algorithmes que l’on appelle ’traders à haute fréquence’ réalisent aux États-Unis plus de 70 % des transactions contre 10 % en 2001. ».

***« 6 ».  Editions Zones Sensibles, 2012(ouvrage signé du pseudonyme « Sniper ». Une critique peut être lue ici.

Extraits ici :

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence(p 11).

Jusqu’à la fin du XXe siècle, les marchés financiers baignaient dans une ambiance sonore faite de cris en tout genre. Puis, en moins d’un quart de siècle, le silence s’est peu à peu imposé : les humains ont été remplacés par des machines.(p14)

 En 1977, des premières réflexions sur l’importance croissante des machines eurent vite fait de convaincre tous les acteurs que l’avenir des marchés financiers reposait sur les machines. Grâce à la montée en puissance de la technologie, les Bourses allaient radicalement changer de visage.

Elles allaient même perdre tout visage.Il faudra pour cela faire sauter les filtres humains.

Libéraliser les marchés et déréguler la finance. Changer des règles qui remontaient parfois à deux siècles. Il faudra investir des centaines de millions de dollars, puis des milliards. Il faudra concevoir un algorithme capable de gérer la priorité de temps. Puis soumettre les humains à la temporalité des ordinateurs.

Ainsi débutera une nouvelle ère, celle du soulèvement des machines…(pp20-21)

****De même, est-il réaliste de prétendre « moraliser » un système économique immoral dans son essence, particulièrement à l’heure où ce système devient de plus en plus abstrait et financier ?