« Je respecte infiniment la liberté de conscience, mais il n’y a pas d’indifférence chrétienne »

« L’indifférence tranquille n’est-il pas ventre trop fécond du fleurissement des extrêmes ? »

Le simple fait de constater un stupéfiant niveau de tensions et de confusions autour des propos de « chrétiens en campagne », dans le cadre de cette élection présidentielle, devrait être de nature à nous interpeller : l’une invite à « un vote révolutionnaire » en faveur de la candidate d’extrême-droite, se persuadant qu’il ne s’agit pas d’un « vote d’adhésion » ; d’autres mettent Macron et Le Pen sur le même plan (au risque de banaliser celle-ci), appelant à « voter blanc » ou à glisser un bulletin « Jésus » dans l’urne (mais « son royaume » est-il « de ce monde » ? Peut-on « voter » pour Christ, comme s’il n’était qu’un « candidat », une « option », parmi d’autres ? ), parce que voter l’un ou l’autre serait dans tous les cas « soutenir (un) projet politique estampillé par la marque de la Bête, quel que soit son visage » ou « sceller une alliance inique pour la France »….Comment a-t-on pu en arriver là ?

Au milieu de toute cette agitation, « Zabou the terrible », une jeune blogueuse catholique au nom étrange, nous interpelle et nous fait part de ses incompréhensions, dans ce très beau texte intitulé « Pas l’indifférence ». Mais qu’est-ce que l’indifférence ? C’est un trouble de la perception ou « l’incapacité de distinguer les différences ».

Et « Zabou » de s’interroger, au lendemain d’élection :

(…) Banalisation de la violence,

Banalisation de l’exclusion,

Banalisation d’une politique qui semble trop lointaine ?

Banalisation du drame d’une France divisée.

Je ne mets pas tout sur le même plan,

Mais je m’interroge.

En 2002, j’étais lycéenne,

La présence d’un extrême au 2nd tour avait été choc

… Et réaction !

Une France dans la rue : des craintes, des « plus jamais ça »…

C’était maladroit mais c’était heureux.

Et aujourd’hui ?

Indifférence.

 

Malgré son nombre croissant de voix,

Je ne peux faire du FN un parti comme un autre,

Je ne peux pas dire : on a juste à choisir entre l’extrême-droite, le centre gauche fan de gros sous, le vote blanc ou l’abstention,

Je ne peux pas le dire en oubliant que, dans un des possibles, il y a « extrême »,

Je ne veux pas de la banalisation de l’extrémisme,

Je refuse cette indifférence crasse face à l’inacceptable !

Qu’on se le dise : je ne juge pas ceux qui le font,

Mais je ne parviens pas à comprendre comment on peut être chrétien et voter FN.

 Je respecte infiniment la liberté de conscience

Mais il n’y a pas d’indifférence chrétienne :

Comment ne pas réagir ?

(….) L’indifférence tranquille n’est-il pas ventre trop fécond du fleurissement des extrêmes ?  

La suite ici.

 

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Face à ceux qui (se) disent « pourquoi pas Le Pen », comment expliquer pourquoi « pas Le Pen »

La bonne question n’est pas « pourquoi pas Le Pen » mais pourquoi « pas Le Pen »

Le présent article n’a pas pour but de « stigmatiser » les électeurs de Le Pen (qui sont aussi nos parents, grands-parents, cousins, voisins, collègues de travail, amis, frères et sœurs en Christ…) mais de tenter de rompre le lien entre les angoisses et le mal-être quotidien (qui existeront toujours) et ce vote de la peur.

Une première chose m’interpelle, à l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle française 2017 : Marine Le Pen est au second tour, mais nous sommes désormais bien loin du choc ou de la dramatisation du 21 avril 2002. Le FN, banalisé, ne fait plus vraiment peur. C’est inquiétant. Surtout quand des chrétiens (ou supposés tels) manifestent de plus en plus ouvertement leur vote pour ce parti, et ce, de manière décomplexée, par naïveté, calcul ou cynisme. Plus inquiétant encore est le climat actuel (tendu), qui empêche une réflexion commune, saine et sage, pour ne pas dire spirituelle et bibliquement fondée, sur la justification du vote (ou du non vote) FN. Une nouvelle « pensée unique » se mettrait-elle en place, sous prétexte d’en chasser une autre ?

Dans ce contexte tendu, il est sidérant de constater que plusieurs sites s’affichant « chrétiens » aient pris la responsabilité de mettre les pieds dans le plat et de faire des appels du pied « directs », appelant clairement et/ou de façon hypocrite, à voter pour un parti xénophobe et raciste (voir l’éphémère successeur de Marine Le Pen à la tête du FN, un négationniste !), dont le programme reste toujours le même : « vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». 

Ainsi ce texte stupéfiant, publié sur « infos chrétiennes »(1) par le biais de Nicolas Ciarapica (2) et relayé par ce dernier en commentaire sur le blog du sociologue et historien Sébastien Fath , en se justifiant maladroitement : « Peut-être pas la meilleure contribution à ce débat, mais voici un point de vue venu d’Amérique sur un aspect que l’angélisme forcené de nos élites omet de mentionner. On ne peut PAS l’ignorer. Merci de le lire, 7,7 millions de personnes ont soutenu Mme Le Pen en partie à cause de cela. M. Fillon avait un point de vue assez similaire… », et sous prétexte que l’on entendrait « plus rien d’autre » que le « Gauchisme omniprésent », « nulle part ».

Et en effet, il a raison, Nicolas Ciarapica : ce n’est « pas la meilleure contribution à ce débat ». C’est même la pire et on peut l’ignorer, pour plusieurs bonnes raisons données par Sébastien Fath lui-même, qui, condamnant sévèrement cet article, l’estime d’une « malhonnêteté intellectuelle et d’une ignorance crasse », « laid et mensonger », « plein de haine et de peur », qui « mélange TOUT et promeut sans vergogne une candidate hostile aux Églises, favorable au principe d’inégalité selon l’origine, fortement soupçonnée de détourner l’argent des institutions européennes, et boostée par DAECH qui n’attend que son élection pour passer à l’étape « guerre civile », que les djihadistes espèrent tant ».

Ceci dit, comme le souligne Dominique Lachosme, du réseau « Agir contre le chômage »,  dans un article paru dans « La Décroissance » d’avril(3), « d’excellents esprits ne cessent de se lamenter des votes très élevés pour le FN. Comment un parti xénophobe peut-il se trouver aux portes du pouvoir en France ? Nombre d’opposants anti-FN n’ont pourtant pas manqué de travailler leurs arguments pour contrer ses idées. Sans succès aucun à ce jour. Peut-être pour la raison qu’ils font partie du problème ».

En effet, l’erreur serait peut-être de tenter de répondre au FN, comme le font certains politiques, économistes, éditorialistes ou même certaines associations intersyndicales, en l’attaquant sur son programme économique pour en conclure que celui-ci « est irrationnel ». Ce qui signifie que les programmes des autres grands partis, dont le petit nouveau « En Marche », ne méritant pas une telle vigilance, ne le seraient donc pas, « irrationnels » ? Or, serait-il « raisonnable » de poursuivre la croissance économique à l’origine de la débâcle écologique et de la destruction des civilisations humaines ? Ou de casser droit du travail et sécurité sociale, soit disant « pour libérer les richesses de ce pays » ? Voudrait-on faire progresser le FN que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Car, lorsque nous dénonçons « la déraison économique du FN », nous le désignons ipso facto digne d’intérêt à des millions de personnes que les politiques qu’elles défendent ont été broyées matériellement et spirituellement.

Or – et c’est sans doute une (première ?) erreur de M. Macron, qui a accepté de débattre mercredi avec Mme Le Pen, sous prétexte d’une « normalisation du FN » « on ne débat pas avec l’irrationnel. Les électeurs de Le Pen n’ont pas voté pour un programme — quel programme? On ne répond pas à quelqu’un qui vous insulte parce que votre voiture ne redémarre pas au feu vert : il n’y a pas à argumenter. On ne répond pas au FN, comme tentent de le faire certains : “si la France sort de l’Europe, le franc sera aussitôt dévalué et les taux d’intérêt vont monter” : qui a compris ? Qui va se dire “si les taux d’intérêt montent, mon Dieu, c’est vrai, il ne faut pas voter Le Pen” ? Le programme du FN, c’est : vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires. Qui peut argumenter contre cela ? Tenter de démonter le programme du FN, c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable. La seule chose qu’on peut faire contre l’irrationnel, c’est de  rappeler [à l’instar d’un ancien président de la république française] que chaque fois que l’extrême-droite a eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé »(4).

Malheureusement, est opposé au FN, pour le combattre, une simple vision du monde « utilitariste » et « pragmatique », pour laquelle l’homme serait « un animal industrieux, doué de raison et de capacité de calcul, indéfiniment améliorable par la science et l’économie », ce qui est insuffisant. En comparaison, une autre vision du monde (biblique) rappelle que l’homme est créé « à l’image et selon la ressemblance de Dieu », corps, âme, esprit.

Certes, relève Dominique Lachosme dans l’article pré-cité plus haut, « la victoire du libéralisme [et du néolibéralisme depuis 1970-1980] en Europe a permis de grands progrès matériels, mais elle a aussi – et surtout – profondément dégradé l’esprit (et la dignité) humain(e). Même si nous préférons oublier cette vérité en nous étourdissant ou en nous abrutissant dans des sensations toujours plus modernes, on ne saurait vivre « que de pain seulement » ou de pouvoir d’achat. Or, toutes les formations politiques ne parlent plus pour l’essentiel qu’économie et technique, se disputant sur les moyens, tout en étant d’accord sur les finalités.

« Le FN, à l’inverse, [prétend être] le seul à parler d’abord à « notre part spirituelle », s’inscrivant dans un grand récit national, brassant Jeanne d’Arc, l’amour de la patrie, la laïcité ou l’amour des (« vrais ») français (« de souche ») dans l’adversité. Il ne s’embarrasse donc aucunement de « réalisme économique ». Il parle à notre âme et à notre esprit, à ce qui est à la fois intime et nous relie collectivement en nous ancrant dans une histoire commune, à la différence des spiritualités ou des philosophies « hors sol » ou déconnectées du réel. Il berce notre âme de la grandeur bientôt retrouvée de la France. Et des millions d’entre nous, dévastés par le matérialisme ambiant, ont désespérément besoin d’y croire. Bien davantage que d’écrans plats, de smartphone ou même d’un emploi « pour gagner sa croûte ». D’autres choisissent naïvement ou cyniquement d’y croire par calcul ou intérêt.

Bien entendu, « le FN ment effrontément », puisqu’il ne cherche que le pouvoir[il suffit de voir ce qui se passe dans les municipalités FN et de scruter les votes des députés FN au parlement européen, par exemple], et « à propager la haine et la violence qui lui profitent, satisfaire les milieux d’affaire en relançant une croissance économique « bleue, blanche et rouge », produite par des « bons français »(« de souche »), avec de bons francs français (sortie de l’euro) et de bons capitalistes « français »(3).

Contrairement à ce que certains ont pu avancer, le programme du FN n’est pas « (national) socialiste » : « nous sommes de vrais libéraux, partisans sans ambiguïtés de l’économie de marché et de la libre entreprise. J’espère que cette rencontre sera l’occasion de rassurer les chefs d’entreprise», jure la main sur le cœur Bernard Monot, l’un des deux créateurs du programme économique de Marine Le Pen. L’extrême-droite arrive généralement au pouvoir comme recours des classes dirigeantes contre « le désordre social. L’ultime marche de sa progression sera inévitablement précédée d’un « modus vivendi » avec un MEDEF jusqu’à présent hostile. Or, les choses changent puisque de « crise des banlieues » en exaspération des « classes moyennes », la société française tanguera dangereusement ces prochaines années…. » (3)

Problème : face à Le Pen, il y a Macron, le candidat (objectif et explicite) de « Mammon » et du néo-libéralisme «décomplexé», sous un visage «cool», mais à la politique économique problématique.

Dès lors, par stratégie, dégoût ou désintérêt, les électeurs pourraient bouder le second tour ou donner leur voix au FN. Avec quelles conséquences ? Sachant que la partie est loin d’être jouée pour M. Macron (souvenons-nous du candidat malheureux Fillon, qui se voyait déjà président de la république, sous prétexte d’avoir remporté la primaire « de la droite et du centre »), qui contribue à banaliser le FN. Dés lors, on ne voit pas pourquoi il serait « urgent » et « vital » de le soutenir face à Le Pen.

L’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et la non stigmatisation des personnes, une préoccupation permanente du Nouveau Testament. (Dessin de « PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

En fin de compte, quoi faire ? Pour ma part, pour des raisons bibliques, je reste convaincu qu’il est impossible pour un chrétien de voter FN parce que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament (Voir, par exemple, ces passages clairs que l’on ne saurait ignorer : Deut.10v17-19, Ps.146v9, Lévit.25v23, Ex.22v21, Deut.27v19….) et parce que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Ainsi, par exemple, comme nous l’enseigne la généalogie de Jésus en Matt.1, « le Messie qui contient en lui les semences et la concorde de peuples hostiles se déclare ainsi loin de toute pureté de sang. Dans ce message d’accueil, le Nouveau Testament colle à l’Ancien et honore notamment Tamar et Ruth, filles de l’étranger, en les nommant à l’entrée de sa maison ». (Voir notre article à ce sujet). Voir aussi Luc 9v51-56, 10v25-37 ; Eph.2v11-18…..

Alors oui, Macron est objectivement (et explicitement) le candidat de «Mammon», ce qui a le mérite d’être clair, tandis que Le Pen avance masquée, tout en séduction, alors que la réalité est autre. Mais plus largement, la vraie question est celle-ci : quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ? Souhaitons-nous les voir grandir dans une société fermée, marquée par la peur et la haine de l’autre ? Que vaut-il mieux ? Pouvoir combattre certaines idées d’Emmanuel Macron ou subir l’idéologie frontiste ?

Nous seuls pouvons répondre. Le mieux qui nous reste à faire, sachant que le vote est une question de choix personnel et responsable(5), est de 1) refuser la polarisation, les discours partisans et clivants, pour nous encourager à veiller à l’unité en Jésus-Christ 2) « lever le nez » des discours/programmes politiques et des unes haineuses de certains périodiques brandissant la peur de « l’invasion migratoire » et du « grand remplacement » pour mieux se replonger dans les Ecritures, Parole de Dieu, 3) prier et 4) chercher à exercer notre discernement, le tout dans l’humilité.

 

 

Notes :

(1) « Info Chrétienne » se présente comme « un média d’actualité et d’information ». Il a été fondé en février 2013 par Guillaume Anjou, et s’appelait alors « Info Evangélique ». En Juillet 2015, Info Évangélique devient Info Chrétienne. Installé à Maurice, dans l’Océan Indien, sa vocation est « d’informer les chrétiens pour les encourager, les édifier et les mobiliser ». Le problème de ce site, dans le cadre de la question qui nous (pré)occupe, c’est qu’il met sur le même plan les idées des partis « de l’arc républicain » et les idées du front national, parti d’extrême-droite, contribuant à banaliser celles-ci, sous couvert de « soutenir la liberté d’opinion, d’expression, de conscience, le débat et la confrontation de points de vue contradictoires ».

Par ailleurs, l’on peut découvrir ces autres articles favorables à la candidate du FN, sur « l’observateur chrétien »,  fondé par David Houstin en 2016, et dont le but affiché est de proposer « une actualité d’un point de vue chrétien » : https://chretien.news/macron-vs-le-pen/ ; https://chretien.news/presidentielles-la-federation-protestante-de-france-roule-contre-le-pen/, https://chretien.news/presidentielles-macron-est-anti-famille-selon-la-manif-pour-tous/, https://chretien.news/presidentielles-et-erreur-canadienne/

L’on pense alors à « Actus chrétiennes », un autre blog qui faisait une même promo du FN en particulier et de l’extrême-droite en particulier il y a encore 5 ans. (https://actualitechretienne.wordpress.com/tag/marine-le-pen/ ; https://actualitechretienne.wordpress.com/tag/fn/ ;  https://actualitechretienne.wordpress.com/tag/fn/page/2/ . Le 06 mars 2012, Paul Ohlott, le responsable dudit blog déclarait, en réponse à des internautes : « A l’heure actuelle, l’extrême-droite ne représente pas un danger en France, donc non, je n’ai aucune raison de lutter contre eux. Si demain, la donne venait à changer, ma position à leur égard changera également » (6 mars) IN Présidentielle 2012 / Selon Marine Le Pen, “toute la viande distribuée en Ile-de-France est halal”(Rubrique « présidentielles », 19 février 2012 )

(2) Voir notamment https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/03/10/chretien-ou-cretin-le-pragmatisme-une-nouvelle-fausse-doctrine/

(3) Dominique Lachosme. Pourquoi Le Pen IN La Décroissance, Avril 2017, N° 138, p 11

(4) http://rdereel.free.fr/NON.pdf

(5) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/04/21/elections-presidentielles-2017-quels-reperes-pour-bien-choisir-notre-candidat/

 

Laisse la colère, « la » politique, mais n’oublie pas l’engagement…et « le » politique

« Pour voter d’une manière chrétienne, il faut donc faire cet effort d’amour pour tous les hommes, qui est celui de Dieu et s’élever au-dessus de notre intérêt particulier, ou communautaire, pour chercher le bien commun. »

Face au monde, écrivait John Stott, il existe deux attitudes pour les chrétiens : « la fuite ou l’engagement ».(« Le chrétien et les défis de la vie moderne », vol.1. Sator, 1987, p 26). Autant d’attitudes nourries par nos visions du monde, de l’homme, mais aussi de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, de ce qui est « spirituel » et de ce qui « n’est pas spirituel », « biblique » ou « non biblique », comme du sens de la vie. Sachant que nous sommes « dans le monde », quoique « pas du monde », il importe d’en être conscient et de nous évaluer nous-mêmes : quelles sont nos convictions sur des sujets aussi divers que l’éducation, la culture, l’environnement, l’économie, ou la politique ?  Sont-elles fondées sur la Bible, Parole de Dieu, ou sont-elles le fruit d’autres influences diverses ?

La question de l’engagement, comme de la façon, pour les chrétiens et l’Eglise, de rendre témoignage, reste d’actualité. Ainsi, par exemple, la commission éthique de la Fédération Baptiste et des Eglises Libres avait-elle eu « raison » de publier, le vendredi 11 décembre 2015, une « Lettre ouverte à nos frères et sœurs évangéliques qui votent FN » intitulé « Laisse ta colère! » ?

A l’époque, plusieurs internautes avaient bondi sur les réseaux sociaux, affirmant que les Eglises, les pasteurs et les théologiens n’ont pas à se mêler de la politique : «Qu’ils s’occupent de leur Eglise, d’enseigner la Bible» !
Pour Franck Meyer, président du Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine (CPDH), «Les Eglises n’ont pas à “faire de la politique” au sens politicien du terme, mais elles doivent avoir une parole publique qui contribue à la réflexion sociale et sociétale commune». En clair, le maire de Sotteville-Le-Val (76) juge que la priorité des Eglises est de participer à la formation du chrétien, pour qu’il puisse exercer ses responsabilités civiques de façon avertie. Lui-même se refuse de parler politique lors d’un culte. «Mais il ne me semble pas choquant de parler politique à l’occasion d’un café théologique, d’un Forum Veritas, d’une formation, d’un séminaire sur l’engagement citoyen ou lors d’une réunion de jeunes». Ensuite, chaque évangélique reste libre de donner sa voix au candidat de son choix: «Le vote est un acte libre à entreprendre en “son âme et conscience”. L’isoloir en est à la fois le symbole et la garantie», rappelle l’élu.

A l’inverse, le pasteur Florent Varak, de Lyon, estime, quant à lui, dans « laisse ta colère…et la politique ? » (Un billet initialement paru sur le blogue TPSG il y a un an et republié le 17 avril 2017, actualité électorale oblige), qu’un tel positionnement est de nature « problématique ». Même s’il assure que sa réponse « ne parle pas du FN », il lui semble que « dénoncer ou favoriser un parti politique n’est pas le rôle d’un pasteur ni la mission de l’Église ». De sa perspective, « c’est une erreur d’inviter l’Église dans ce débat » (Une position sage, sachant que d’autres pasteurs-ne parlons pas de certains blogueurs-n’ont pas ce genre de scrupules, invitant du haut de la chaire à voter pour tel candidat-celui « des valeurs chrétiennes »). Et il donne « quelques raisons », certaines fort pertinentes et intéressantes, et d’autres me paraissant plus discutables(1) :

1) L’évaluation d’un parti suppose une norme politique biblique (du moins pour nous évangéliques). D’une part cette norme sera difficile à définir. Ensuite, elle ne sera jamais suivie parfaitement, nécessitant des prises de positions toujours plus fréquentes. L’Église sera de plus en plus connue pour « ses normes » sociétales. C’est d’ailleurs ce qu’on reproche aux évangéliques américains. Est-ce l’image que l’Église évangélique doit donner? Est-ce son message? Et comment dès lors évoquer la séparation de l’Église et de l’état ?

2) La caractérisation d’un mouvement politique selon le degré d’adhésion de ses membres à des idées païennes est troublante. Les cadres des autres partis politiques ne sont-ils pas également tenus par des spiritualités étrangères au christianisme ? Est-ce là un critère de vote du Chrétien ?

3) En prenant position contre un parti (cad, selon une opposition de principe, idéologique, et non de la désobéissance que nous devons tous opposer à un ordre injuste et contraire à la loi de Dieu), on se prive de l’opportunité d’accueillir les membres de ce parti à nos tables. Nous les privons du banquet de l’Evangile en créant une frontière qui ne se fonde pas sur l’Evangile ni sur la croix. Or pour nous, c’est l’Evangile qui change un cœur, qui apaise et réoriente le disciple. C’est l’Evangile notre matière, notre propos, en tant que pasteur, en tant qu’église. [Remarque : qu’est-ce que l’Evangile ? Qu’est-ce qu’être « cohérent » ?]

4) Enfin, si les évangéliques se battaient contre un parti, et que ce parti venait au pouvoir, ils seraient vus comme une opposition. Un opposant politique. Un tel positionnement est-il souhaitable ? [Remarque : la posture « je ménage la chèvre et le choux » pour avoir la paix est-il défendable ? Qu’on le veuille ou non, des positionnements courageux et cohérents, sur la base de notre foi, nous catalogueront « dans l’opposition »]

A l’inverse, voilà comment il perçoit le rôle des responsables et des représentants de l’Église :

1) Prêcher l’Évangile. A tous les hommes. Sans distinction(…)Il serait préférable que nos églises soient (éventuellement) haïes à cause de leur amour de Jésus, à cause de la prédication de la croix, plutôt que par une position politique.

2) Prier pour la liberté de conscience.

3) Vivre les valeurs de l’Évangile dans l’Église pour faire envie.

4) Avoir confiance que Dieu nomme les rois. Le programme de Dieu est étrange. Dieu a nommé Neboukadnetsar à son poste de dictateur pour accomplir une triste volonté: le jugement de son peuple par la captivité. Qui peut connaître les méandres de la providence de Dieu? Qui peut savoir ce que Dieu veut faire pour secouer notre monde immoral et insensible à sa propre mort humaine et spirituelle? Qui dira à Dieu quoi faire pour maximiser sa gloire et le nombre des âmes sauvées ?

[Certes, c’est toujours vrai, mais de là à dire que si Le Pen accède au pouvoir, ce serait « la volonté de Dieu pour accomplir une triste volonté »…. Et quid de Macron, Fillon, Hamon, Mélenchon ? De tels propos peuvent dériver en fatalisme de mauvais aloi, mais rappelons que dans nos sociétés démocratiques, les citoyens que nous sommes ont le privilège et la responsabilité de choisir nos dirigeants, en connaissance de cause-et certainement pas la peur, la haine, la colère, la cupidité, etc…. Et tout vote a des conséquences. A noter que Neboukadnetsar a été sévèrement jugé par Dieu, pour s’être élevé et avoir oublié d’où il tenait son pouvoir]

5) Encourager les membres engagés, qui « agissent selon leur conscience chrétienne, même s’ils ne peuvent se réclamer de l’Église ».

Néanmoins, l’angle choisi me semble réducteur, oubliant certains critères-présents dans la Bible. D’autre part, l’intervention de F. Varak pose le problème de la justice et de l’injustice, comme du mandat initial donné à l’homme et à l’Eglise : sachant que l’homme est créé à l’image de Dieu, et que l’Eglise est celle de Jésus-Christ, appelée à être « lumière et sel », peut-on envisager de rester silencieux face à l’injustice, sachant que Dieu est juste ? Il importe plutôt de clarifier les choses, à l’heure d’une certaine confusion sémantique/incohérence éthique(où il est possible de se dire « chrétien » ou de déclarer « prôner les valeurs chrétiennes » tout en professant la haine de l’étranger ou en stigmatisant le pauvre)

Ainsi, l’Eglise gagnerait à avoir une posture plus claire, notamment face à certaines interventions de la part de personnalités jugées abusivement représentatives « des valeurs chrétiennes », et ce, alors que beaucoup se réclament d’un FN décomplexé, notamment sur les réseaux sociaux/sites dits évangéliques.

A ce sujet, le pasteur et éthicien Luc Olekhnovitch, de la commission éthique de la Fédération Baptiste et des Eglises Libres, estime que si « les chrétiens n’ont pas de GPS électoral », « ils ont une boussole: c’est l’amour. Or l’amour chrétien «ne cherche pas son intérêt». Pour voter d’une manière chrétienne, il faut donc faire cet effort d’amour pour tous les hommes, qui est celui de Dieu et s’élever au-dessus de notre intérêt particulier, ou communautaire, pour chercher le bien commun [c’est ce que l’on appelle le politique, ou la conscience d’un « nous » qui « dépasse les particularités »  cf le Conseil Permanent de la Conférence des évêques de France dans Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique]. Ce bien commun n’est pas l’idéal du Royaume de Dieu mais évite le pire du nationalisme haineux, qui crée un climat de guerre civile, ou d’un libéralisme qui détruit des vies au nom de l’argent roi.
Alors pourquoi voter, en dépit du fait que je ne suis qu’un résident temporaire et d’une offre politique décevante? Par reconnaissance pour cette paix dont je jouis dans cette terre d’accueil et qui manque à tant d’êtres humains. Le prophète Jérémie a invité ses compatriotes à rechercher la paix de la cité où ils étaient exilés. Un bulletin de vote est une expression parmi d’autres de cette recherche de paix ».

 

 

Note :

(1) Voir, parmi d’autres, ces deux commentaires à l’article de Florent Varak :
Nathan : Question complexe. Pour le coup je n’étais pas très à l’aise avec le document « laisse ta colère », mais pour des raisons différentes. Je ne l’ai pas devant moi mais j’ai le souvenir de l’avoir lu et de m’être dit qu’il n’attaquait pas le problème de fond ou que les arguments n’étaient pas bien solides.
Mais ayant dit cela, je ne suis pas contre le fait que des églises ou unions d’églises prennent explicitement position contre un parti qui a un historique de racisme assez effrayant, et qui se positionne dans une approche nationaliste et souverainiste. On peut débattre du bien fondé biblique de la démocratie, des valeurs de la république et même de la séparation de l’église et de l’état (invoquée dans cet article – et qui m’est personnellement chère aussi). Ce sont des points bibliquement défendables sans que ce soit nettement tranché ; des « moins pires » dans un monde déchu. Mais le supériorisme national invoqué par le FN ne trouve aucun écho possible et est donc indéfendable. Sachant, historiquement, le mal commis par les partis nationalistes en Europe au siècle dernier, je pense qu’il est judicieux pour les personnes qui ont un rôle de père au sein de leurs églises ou unions d’église de prévenir contre de telles lignes politiques (quitte à ce que cela nous coûte si ces partis venaient à être élus). Je ne pense pas que le parallèle entre le FN et les nazis soit tiré par les cheveux, et personnellement, je considère Bonhoeffer comme un défenseur de l’Evangile dans sa génération, en particulier à cause de son attaque ouverte de son gouvernement, et je considère ceux qui ne l’ont pas fait comme des aveugles ou des lâches (sans prétendre que, à leur place, j’aurais fait bien mieux).

Jacques Nussbaumer : Voici quelques remarques que m’inspire cette prise de position en contraste avec la « lettre » proposée par la commission d’éthique protestante évangélique:
– L’invitation à « laisser la colère » m’a paru très utile pour faire réfléchir les chrétiens qui sont appeler à voter. Je crois que les « mouvements de l’âme » qui animent le geste citoyen du croyant méritent d’être sondés. Je regrette simplement que le texte de la commission d’éthique ne mentionnait pas dans sa lettre que ce principe a un réel intérêt au-delà du cas particulier de cette élection, tant je le crois juste et pertinent (particulièrement quand l’exaspération devant une majorité donne envie de voter de l’autre côté par réaction). On aurait pu souligner davantage que, sur le fond, il y a dans le texte de la commission un message important pour nous chrétiens (en rappelant d’ailleurs qu’il leur était destiné!).
– J’adhère à la réaction proposée ici par F.Varak sur un point: l’Eglise en tant que telle n’est en général pas appelée à se prononcer sur un parti politique ou un autre… Néanmoins, sur ce cas particulier, la réaction proposée ici semble impliquer que le FN serait un parti « comme les autres », ni pire, ni meilleur. Si le système démocratique ne nous donne jamais le choix entre le « bon » et le « mauvais », si le vote implique toujours certains renoncements et se situe dans un « gris » (pas le « noir ou blanc »), on peut plaider légitimement que l’histoire du XXè siècle nous invite à discerner certains « passage de ligne rouge », dangereux pour tous… Autrement dit, le texte proposé par la commission éthique ne relève à mon avis pas du « cas général » de la vie démocratique (l’Eglise ne choisit pas un parti) auquel les arguments de F. Varak s’appliquent probablement en partie, mais bien du discernement d’un cas assez particulier. Cela ouvre le débat, que je perçois comme délicat mais nécessaire au sein des églises évangéliques, sur les valeurs tirées de l’Evangile et leur hiérarchie dans la vie chrétienne individuelle et collective (certains chrétiens pourraient estimer certaines idées défendues par le FN comme biblico-compatibles)… Quitte à admettre peut-être, avec humilité et lucidité, que les chrétiens/les églises ne tirent pas forcément les mêmes valeurs de l’Evangile…
– Les points proposés à la fin du texte sont difficilement contestables (« prêcher l’Evangile », « vivre », etc), mais je regrette simplement qu’ils soient opposés à l’invitation de la lettre de la commission comme s’ils étaient incompatibles… On peut proposer les deux! La prédication de l’Evangile, au nom de « l’amour de Jésus » doit permettre d’accueillir les personnes de tous horizons, j’en suis en effet convaincu… Mais certaines « grandes lignes » de l’éthique que propose l’Eglise sont bien connues, et doivent l’être, au-delà de nos murs! Un athée doit être bien accueilli dans l’Eglise, mais il saura bien (pour le coup, il le sait normalement d’avance!) que nous ne pouvons cautionner la vision athée du monde, et que nous la croyons fausse! Le message de l’Evangile s’incarne dans la Parole et les actes, en interne (les points auxquels F.Varak nous rend attentif) et en externe par des positions verbales et des actes des chrétiens dans le monde, et de l’Eglise (p;ex. ne devait-elle pas prendre position sur l’esclavage dans la lutte pour l’abolition? Certains chrétiens pouvaient se contenter d’être de « gentils maîtres »…). Et il est juste de rappeler qu’ils (paroles et actes) peuvent attirer l’attention d’un futur parti au pouvoir qui le verrait d’un mauvais oeil… Ne faut-il pas l’assumer? Il me semble que cette réaction met dans un même « pack », sous l’appellation générale « politique », des questions qu’il conviendrait, d’un point de vue chrétien, de différencier: il y a des choses qui relèvent de lignes de séparation qu’implique l’Evangile (dans un contexte particulier, ici, le respect de l’autre), et d’autre moins ou pas du tout…
Ce texte laisse finalement entendre bien plus que le refus de se positionner contre un parti politique en particulier. Il semble impliquer que l’Eglise ne doit pas s’impliquer ou se prononcer sur les grandes questions de sociétés, de peur soit de heurter de potentiels futurs membres, ou de faire sourciller un éventuel futur pouvoir (qui plus est, de tradition « autoritaire »)… Cela nous rappelle qu’il y a à ce niveau de vraies divergences, au sein du protestantisme évangélique, à propos de la position du chrétien et de l’église dans le monde, dans le cadre de la première création… Si Dieu est souverain, ce dont nous ne doutons pas, sa souveraineté n’exclue pas forcément notre engagement dans la vie en tant que chrétien, NI en tant qu’Eglise… Pas en faveur d’un parti , j’en conviens bien avec F. Varak! Mais avec cette précision: s’opposer, comme c’est le cas ici, à un parti (très) particulier, ne peut pas être traité dans la même catégorie que le choix de favoriser un parti (l’exemple américain cité par F. Varak). Le geste n’est pas du tout le même, et n’a pas le même sens!
– S’aventurer dans la question de l’implication citoyenne implique le risque, c’est vrai, d’erreurs, tant ce qui est en jeu ici est l’affaire de discernement, et d’une sagesse difficile à déployer dans le « gris » du réel… qui est aussi bien souvent, à une autre échelle et dans une autre mesure, la réalité de nos églises. Notre désir légitime de lignes claires, d’un témoignage percutant ne pourrait-il pas provoquer chez nous cette démesure (l’hubris grecque!) de vouloir faire croire que l’église pourrait s’abstraire de l’engagement avec la réalité de la première création, de ses débats, ses contradictions? Ne serait-ce pas dans la MANIERE d’y faire face lucidement que l’Eglise peut communiquer quelque chose de l’Evangile? Pourquoi pas dans la manière dont elle invite à glisser un bulletin dans une urne, en « laissant la colère »?

 

 

Si Marine Le Pen l’emporte, les frontières françaises se fermeront-elles au bout de trois semaines ?

« Limiter à 10 000 par an le nombre de nouveaux immigrants légaux en France ». D’où vint ce chiffre ? De quoi parle le FN et qui est concerné ?

Limiter à 10 000 par an le nombre de nouveaux immigrants légaux en France. C’est le chiffre avancé par le FN depuis six ans, comme mantra de sa politique anti-immigration. Le programme du FN n’en dit pas plus. Les déclarations de ses responsables varient sur le sujet. D’où vient ce chiffre ? De quoi parle le FN et qui est concerné ? Les étudiants étrangers, les parents étrangers de Français, les immigrés, étrangers ou devenus Français, et les Européens en cas de sortie de l’Union… ? Si ce plafond est appliqué, tout séjour légal en France sera interdit au bout de quelques semaines. Explications sur Bastamag.

Entre deux tours : le temps des analyses

Vous disposez d'un grand pouvoir, en tant que citoyen : le pouvoir de vote. Qu'en ferez-vous ? (Première de couverture du roman "La Lucidité" de José Saramago)

Vous disposez d’un grand pouvoir, en tant que citoyen : le pouvoir de vote. Qu’en ferez-vous ?
(Première de couverture du roman « La Lucidité » de José Saramago)

Note : merci de ne pas « zapper » trop vite ce qui suit, car, même si « vous n’êtes pas du monde, vous êtes tout de même « dans le monde ». Et vous votez. Des études bibliques sont proposées en fin d’article, pour nourrir votre réflexion.

« La déferlante FN[en tête dans six régions*] du premier tour était annoncée, attendue(…)La seule chose surprenante, c’est la surprise officielle à l’annonce de ce résultat », observe le journaliste Patrice de Plunkett sur son blogue. Il estime que « la classe médiatico-politique », qui « ne comprend pas pourquoi cinq millions et demi de Français dont 95 % ne semblent pas extrémistes (si l’on en croit les reportages eux-mêmes !) se sont tournés dimanche vers le vote FN » devrait « changer de lunettes ».

Mais souhaite-t-on véritablement « changer de lunettes » ?
Pour le juriste-blogueur catholique « Thomas More », qui redevient régulier sur la toile, « nombreux sont ceux qui refusent de faire un diagnostic honnête de l’état de la société française par peur de ce qu’ils y découvriraient ». Un « déni de la réalité sociale » qui conduit notamment « à jeter l’anathème sur des auteurs tels que Laurent Bouvet ou Christophe Guilluy ». Et l’on aurait tort, estime le juriste blogueur, qui nous propose son intéressante analyse de l’ouvrage de L. Bouvet, « Le sens du peuple ». On peut, à l’instar de « Thomas More », ne pas rejoindre l’ « esprit laïc trop étroit » de ce premier auteur, mais on appréciera si son diagnostic est juste ou non. Même si « la politique » n’est « pas trop votre truc » (mais plutôt la théologie, par exemple), ne zappez pas trop vite ce qui suit, car il y a matière à vous faire réfléchir sur comment « être chrétien dans la cité ».
Le point de vue est le suivant :
Pour Laurent Bouvet, il importe, pour la gauche « d’abandonner le progressisme pour reconquérir le peuple » et « retrouver le sens du peuple ». Une « invitation » qui devrait être « adressée à l’ensemble des mouvements politiques, y compris de droite, même si c’est au prix d’une dose de populisme »**. Ce « populisme de gauche » impliquerait de « renoncer au libéral-multiculturalisme », d’ « écouter la révolte du peuple contre les élites », de « réviser la position de la gauche à l’égard de la mondialisation », et de « réaffirmer l’importance d’une laïcité stricte***… sans pour autant adopter les valeurs conservatrices et autoritaires et la xénophobie de certains populistes de droite ». Un élément intéressant : Laurent Bouvet propose également « de détacher l’individu moderne de sa réduction libérale à l’homo œconomicus pour lui redonner son plein pouvoir (empowerment), c’est-à-dire les moyens de peser sur sa destinée de citoyen libre, autonome et autodéterminé, individuellement et collectivement ». En gros, il invite chacun à reprendre son autorité légitime de citoyen, plutôt que de se résigner à n’être qu’un consommateur….Mais les notions de « liberté », d' »autonomie » et d' »autodétermination » sont autant d’éléments nécessitant à eux seuls toute une analyse, qui ne saurait être réduite en une simple allusion de deux lignes. Nous y reviendrons ultérieurement(notamment, sur la question de la liberté), dans un prochain billet.

Voilà pour « le populisme de gauche ». Et quel serait un « populisme modéré de droite », selon « Thomas More » ? Un populisme « moins étatiste et plus modeste que son homologue de gauche », « plus ouvert à la société civile (y compris dans sa composante religieuse) et défendre scrupuleusement le principe de subsidiarité ». Il devrait également « cesser de soutenir que le libéralisme et la mondialisation sont bénéfiques pour tout le monde[et peut-être aussi arrêter de clamer que l’austérité serait un programme]. Ce serait donc une forme de conservatisme populaire qu’il faudrait garantir contre toute forme de xénophobie ».
A noter qu’un autre blogueur catholique, le naturaliste « Phylloscopus », rappelle, dans sa recension de l’encyclique papale « Laudato si », que la subsidiarité consiste « à régler un problème au plus bas niveau disposant des moyens pour le faire », et « certainement pas en un blanc-seing accordé, en toutes circonstances, à la liberté individuelle ».**** On lui laissera d’ailleurs « le mot de la fin », en vous invitant à aller consulter son excellente analyse « globale » intitulée : « l’écologie(et la foi)contre la peur ». Encore un catholique ? Si vous en trouvez d’autres pertinentes, sur de tels sujets, et qui soient évangéliques, faites-moi signe. Ceci est aussi un appel à vocation.
Etudes bibliques : les devoirs de tout responsable, comme ceux du peuple : Prov.31v8-9 ; Ezéch.34 ; Juges 8v22-23 ; Juges 9 ; 1 Rois 12v3 et ss ; Luc 22v22-27. Voir aussi ce que le Seigneur Jésus a toujours refusé de faire, surtout « pour prouver quelque chose », en Matt.4v1-11 et Matt.12v38 et ss.

 

 

Notes :

*Les décodeurs du Monde : résultat, commune après commune, de la liste arrivée en tête : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2015/12/07/regionales-2015-commune-par-commune-la-liste-qui-est-arrivee-en-tete_4826510_4355770.html ; comportement électoral par sexe, âge, qualification et domaine d’activité :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/12/07/regionales-le-front-national-premier-parti-chez-les-jeunes-qui-votent_4826431_4355770.html

** Et puisque l’on parle de « populisme », voir l’analyse du sociologue des religions Raphaël Liogier : http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui ; https://blogs.mediapart.fr/remy-p/blog/271213/ce-populisme-qui-vient-de-raphael-liogier-ou-les-dangers-du-populisme-liquide ; http://www.slate.fr/tribune/82831/populisme-liquide

*** A propos de la laïcité, voir les travaux du sociologue et historien Jean Bauberot https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog/091215/la-laicite-110-ans-apres-la-loi-de-1905 ; https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog

****cf « Laudato si », paragraphe 196 : « le principe de subsidiarité…donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, mais qui exige en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir ». Et pour une contribution protestante importante à ce sujet, voir les thèses de Johannes Althusius(1556-1637).

« Expliquer » ou « promouvoir » les idées d’extrême-droite auprès des ados ? Un numéro controversé de « L’Actu »…

Et qui n’est pas un « poisson d’avril ».

« Comment parle-on » aux ados ? De tel ou tel sujet ?
Après la laïcité, pour le journal « Le 1 », « L’Actu » se fait fort de nous expliquer pourquoi des jeunes « choisissent Marine Le Pen et le Front National ».
« L’Actu » est un quotidien édité par « Play Bac », qui paraît six jours par semaine (du lundi au samedi). Il se présente comme étant « le seul journal quotidien dédié aux jeunes, de 13 à 17 ans ». Il est vrai, que depuis la disparition des « Clés de l’actualité »(hebdo jeunesse) début 2009, le champ est plus qu’ouvert sur ce créneau. Et l’on peut s’en étonner, à défaut de s’en inquiéter. « En 8 pages », nos ados sont ainsi assurés de « s’ouvrir sur le monde chaque jour : décryptage d’événements marquants, tour de l’actualité dans le monde et en France, interviews de personnalités… En bref, un savant dosage d’infos pour comprendre le monde et de rubriques sur ses passions ». Il nécessite, non pas « 20 », mais « 10 minutes » de lecture.

 

Comment "expliquer le FN" aux jeunes, par L'Actu

Comment « expliquer le FN » aux jeunes, par L’Actu

Le 1er avril 2015, le quotidien destiné aux 13-17 ans décroche la une avec un sujet qui fait polémique* : « ces jeunes qui choisissent Marine Le Pen et le F. N.». En quoi ce choix serait-il contestable, critiquable ?
Le rédacteur en chef de « L’Actu » s’en est expliqué : « Nous l’avons fait en Une car ce témoignage intéresse nos lecteurs ados abonnés au quotidien.(…) Sur l’ensemble de cette double-page, le témoignage est remis dans son contexte, 100% factuel »**.
Sauf qu’informer, c’est choisir. Choisir de parler de tel fait et pas d’un autre. Choisir tel aspect ou tel angle (point de vue)…Justement, quels sont les choix de « L’Actu » pour traiter ce sujet ? L’info initiale a été « pêchée » sur ACRIMED, mais j’ai tenu à de me procurer un exemplaire du numéro pour me faire ma propre idée et approfondir certains points.

 
Description :

Le dossier est composé d’une photo de Une, de deux articles avec un dessin et une photo, étalés sur une double-page centrale, à l’intérieur. A cela s’ajoutent un bandeau « contexte », des « chiffres clés » et des mots clés.
Page 2, en haut de la page, « le contexte » est présenté en trois étapes : 
1) Ce qu’est le FN : « un parti politique d’extrême-droite ».
2) Le discours du FN : L’Actu le présente comme étant « centré sur les dangers de l’immigration (sic, sans guillemets), l’insécurité, le chômage et la corruption des autres partis politiques ». Il est relevé que son fondateur et ancien président a été « condamné plusieurs fois pour des propos racistes », mais qu’il a accédé au second tour de la présidentielle de 2002.
3) La succession (à la tête du parti) : « Marine Le Pen a succédé à son père en 2011. Elle s’emploie à « dédiaboliser » le parti. Depuis, le FN a amélioré ses résultats électoraux ».

Expliquer ou promouvoir ?

Expliquer ou promouvoir ?

Ensuite, toujours en page 2, un grand dessin de Bridoulot, occupant une demi-page, suivi, en dessous, d’un portrait (article principal du dossier) : celui de « Mohamed, 15 ans, habitant de banlieue parisienne, et qui, faisant de la politique, a adhéré au FN ».
Suit un deuxième article, page 3, consacré aux « enfants de la crise tentés par le vote FN ».

 

 
Réaction :
Dans un sens, le numéro tient ses promesses : il parle bien de « jeunes qui choisissent Marine Le Pen et le FN ». Un thème qui n’est pas une mauvaise idée en soi. Mais « L’Actu » est malheureusement tombé dans un double écueil : traiter un parti comme le FN d’une façon banale (voire plus), sur le mode « premier degré », sans recul. Et ce, d’autant plus que ses lecteurs sont des jeunes de 13-17 ans, en construction.
La bonne question est bien : Mais pourquoi le choisissent-ils ? Et, d’ailleurs, pourquoi le choisirait-on ? Parce que l’on peut être légitimement attiré ou séduit par ce parti et par la personnalité de sa nouvelle présidente [qui s’emploie d’ailleurs à « dédiaboliser » son parti], laisse entendre « L’Actu ». Mais d’une manière premier degré, semble-t-il, comme l’illustre le choix de la photo de Une, montrant une Marine Le Pen souriante au milieu d’enfants visiblement emballés et séduits à l’idée d’être à ses côtés.
Ce « premier degré » est confirmé par le dossier intérieur. Ses pièces maîtresses sont constituées, en page 2 :
du dessin qui illustre les thèmes de la victimisation des adhérents du FN(récurrent) et, surtout, de l’insécurité(omniprésent dans le dossier), avec un raccourci facile : «Insécurité = des noirs et des arabes»***.
– du témoignage qui suit, celui de « Mohamed, 15 ans »****, un jeune militant du Front national, présenté comme un profil type. Un choix « qui n’est pas anodin », selon ACRIMED : « Mohamed, 15 ans qui « vit dans une cité » [non précisée par l’Actu, mais il semble qu’il soit du Val d’Oise], appartient au « Rassemblement Racine-Lycées ». Pas très difficile à retrouver sur Twitter[et sur le site du Rassemblement], Mohamed Boudia, décrit dans l’Actu comme simple « membre d’un collectif de lycéens » en a, en réalité, été le fondateur. Il pense « qu’il faut retrouver la souveraineté nationale », est pour « une police municipale armée » et « pour la peine de mort, comme Marine ».
Or, un « témoignage unique » est un « témoignage nul ». « L’Actu » aurait du respecter la règle des « deux ou trois témoins » (au moins) différents, qui ne se connaissent pas, pour offrir une pluralité de points de vue.
Une autre demi-page(p 3) est consacrée « aux enfants de la crise tentés par le vote FN ». « Immigration, insécurité, refus de l’Europe, chômage…sont des thèmes qui leur parlent » et que l’on croirait sortis du programme du FN. Il aurait été plus pertinent de comparer ces thématiques (« immigration, sécurité, « tous pourris » »), en y ajoutant la crise économique, avec les années 20-30.
Il est aussi permis de s’interroger sur les choix des mots-clés « à expliquer ». Le plus parlant est, d’abord, ce qui n’y figure pas :
L’expression « dédiabolisation » n’est pas expliquée, sans doute parce qu’elle est jugée évidente à comprendre pour des ados de 13-17 ans. Et ce, d’autant plus que le journal se retrouve paradoxalement accusé de participer « pleinement (peut-être de façon involontaire, maladroite) à l’entreprise de dédiabolisation du FN », comme le dénonce ACRIMED…. !
Quant au terme « Extrême-droite », employé pour qualifier le parti, les jeunes lecteurs de 13-17 ans ne sauront pas mieux ce qu’il signifie, puisqu’il ne sera, ni repris, ni expliqué par la suite.
« Racisme », « antisémitisme », « xénophobie » n’y figurent pas non plus, mais on trouve expliqués : « Mondialisation », « Période de sûreté », « Préférence nationale »…

« Souveraineté nationale » (mot utilisé par le jeune Mohamed) est définie avec une énorme confusion entre les termes : « Ici, capacité du peuple (la nation) à décider pour lui-même, sans être soumis à des contraintes extérieures ou à un pouvoir tyrannique ». Or, « La souveraineté nationale est plutôt le principe selon lequel la souveraineté appartient à la nation qui est une entité collective abstraite, unique et indivisible. (…)Elle s’oppose (et n’est pas à confondre) avec la souveraineté populaire. La souveraineté nationale ne pouvant gouverner directement, elle implique un régime représentatif. Les représentants de la nation sont titulaires d’un mandat représentatif et œuvrent dans l’intérêt de la nation toute entière. Chacun représente la nation entière et non ses seuls électeurs ».*****
D’autres éléments sont présentés comme des évidences ou des faits : « les dangers de l’immigration », écrit sans guillemets, qui est une reprise sans recul d’une thématique FN. Certes, on trouve la mention des condamnations pour racisme de Jean-Marie Le Pen. Mais celles-ci pourraient être considérées comme un dérapage « anecdotique », « accidentel », propre à la seule personnalité du fondateur du FN, sans que cela nécessite un réel examen sur le fond idéologique du parti et de ses cadres. D’ailleurs, le jeune Mohamed ne déclare-il pas :  «j’ai découvert que ce parti n’est pas raciste. Je suis d’origine étrangère, je ne peux donc pas être raciste !» Une affirmation classique du FN  qui appelle tout de même une nuance, ou du moins, des contre-points : ainsi, il aurait été bon de rappeler, au minimum, les récentes déclarations des candidats frontistes aux dernières départementales.

D’autre part, le journal passe sous silence, outre le racisme avéré de certains des membres du FN, les affaires – quatre enquêtes judiciaires et une demande de commission d’enquête parlementaire – qui menacent aujourd’hui le parti ou ses dirigeants….qui dénoncent les « tous pourris » !

Bref, l’exercice(désolé pour la longueur) tend à montrer les limites ou les dangers, pour ne pas parler de l’illusion, de prétendre au « 100 % factuel », ou à de « l’info brut ».
D’ailleurs, à l’instar d’Acrimed, il est « utile de rappeler que l’éthique journalistique ne consiste pas uniquement à rester dans le « 100% factuel » mais de donner l’intégralité des éléments permettant aux lecteurs de se forger une opinion propre. Et lorsqu’on s’adresse à des adolescent-e-s, ce type de règle devrait s’appliquer de façon encore plus stricte ».
Ainsi, les auteurs du dossier se sont-ils posé la question essentielle : qui est mon témoin ? Pour quelles raisons me dit-il cela ? Quel intérêt a-t-il à le faire ?
Ont-ils pris le temps de chercher plusieurs sources, plusieurs témoins et même contre-témoins ?
Ont-ils su prendre de la distance, du recul nécessaire ? Se sont-ils contentés de rapporter telle quelle une information, un propos rapporté(avec le risque de « langue de bois », de manipulation…) ?
Ont-ils su faire la différence entre « informer » et « communiquer » ? Car l’un et l’autre diverge quant à leurs objectifs respectifs :
la communication fait la promotion d’un produit, d’une personne, d’une idée…auprès de consommateurs ou partisans potentiels, en les présentant sous leurs aspects les plus favorables, dans le but de séduire et de provoquer une réaction favorable : un acte d’achat, une adhésion…On dit qu’elle « arrange ».
– l’information, à l’inverse, montre la réalité dans toutes ses facettes et sa complexité, dans le but d’édifier et de permettre de prendre une décision de façon « éclairée », en connaissance de cause. On dit alors qu’elle « dérange »******.
Le choix de « L’Actu » de montrer Marine Le Pen et le Front National sous un jour favorable (sous couvert, paradoxalement, de « neutralité » ou d’être « à 100 % factuel »), « séduisant »(notamment ici auprès des jeunes)est déjà en soi un choix rédactionnel : celui de présenter une seule facette de la réalité. « L’Actu » en a le droit…sauf si d’autres aspects(négatifs ou « nocifs ») de la question, de nature à informer véritablement, sont volontairement écartés. C’est ce que l’on appelle du parti pris. Mais nous ne sommes plus dans le registre de l’info.

Pourquoi les malheureux votent-ils FN ? Par Charb

Pourquoi les malheureux votent-ils FN ?
Par Charb

Promotion, donc, sous couvert d’explication et du « factuel », d’un parti qui promet le miracle, sous couvert du « bon sens » et de répondre aux attentes légitimes des gens. Mais dont le programme se résume à « vous avez peur ? Vous avez raison d’avoir peur. On vous comprend. Voilà le problème. Voilà ceux qui sont le problème. Voilà les boucs émissaires. »*******
Se laisser prendre à ce qui frappe les yeux semble rassurant-« l’autre », c’est le problème-et sécurisant-s’abandonner à un « (vrai)chef »… « dont je suis proche », « qui me connaît » et « qui m’appelle par mon prénom… »********
Pourtant, pousser à prendre une décision(« donnez-nous le pouvoir »)par la peur est dangereux, car la peur pousse à des actes irrationnels.
A l’inverse, le véritable « bon sens » serait plutôt d’examiner le fond idéologique et l’esprit du FN : est-il le mieux placé pour répondre à un besoin de ce qui relie pour contrer ce qui divise ?

Alors, « non », il ne s’agit pas de s’en prendre « aux électeurs de Le Pen (qui sont aussi nos parents, grands-parents, cousins, voisins…) », mais « oui », il s’agit « de rompre le lien entre les angoisses et le mal-être quotidien (qui existeront toujours)et ce vote de la peur ». Et à ce sujet, l’on attend d’un journaliste [et plus encore d’un journaliste de la presse-jeunesse] qu’il « rassure, explique, engage les gens à agir, et démonte les discours de la peur. Et non d’alimenter cette dernière à coup de reportage. »*******

 

Notes :
* la secrétaire nationale du Parti de gauche Raquel Garrido est montée au créneau, annonçant sur Twitter qu’elle allait «désabonner ses enfants de L’Actu». Alexis Corbière, son conjoint et secrétaire national du Parti de gauche chargé notamment de la lutte contre l’extrême droite lui a emboité le pas en dénonçant, toujours sur Twitter, la une du quotidien sur laquelle on voit «Marine Le Pen souriante au milieu d’enfants». Des centaines de personnes n’adhérant à aucun parti ont aussi manifesté leur incompréhension sur Twitter –le tweet de Raquel Qarrido a été retweeté plus de 800 fois, pas seulement par des politiciens (cf http://www.slate.fr/story/100031/front-national-enfants )

** A propos de cette une, s’il n’y en avait qu’une….Mais déjà, au moins, en 2011, L’Actu se faisait fort d’expliquer le FN aux ados : « Et si Marine Le Pen était présidente, à quoi ressemblerait la France ? » 
Le dossier s’étale sur une double page avec trois entrées : le programme du FN, l’interview de Marine Le Pen (« comment décririez-vous le Front national à un ado ?… ») et l’expert, Nicolas Lebourg, en contrepoint.
François Dufour, le rédacteur en chef de l’Actu, s’expliquait sur le traitement donné à ce sujet : « Les faits, toujours les faits(…)Nous avons traité le sujet, sans jamais donner d’opinion. Le FN est un parti comme un autre.…. ».
Jean-Yves Camus, spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe, estime que pour traiter un tel sujet, de sorte d’éviter les écueils, « l’important, c’est le décryptage(…) le tout est d’induire une distance critique à l’égard de ce que les adolescents lisent. »

***Il y a un an, L’Actu s’était distingué par une autre Une controversée sur les cambriolages par des « voleurs des pays de l’Est ». Avec le même dessinateur.(http://pix.toile-libre.org/upload/original/1428148746.png et http://pix.toile-libre.org/upload/original/1428148323.jpg )
**** « Mohamed expliquait déjà, il y a un an, à l’hebdo « Le Point », en mars 2014, que le FN « n’est pas raciste ».

*****Cf http://www.cours-de-droit.net/cours-de-droit-constitutionnel/la-theorie-de-la-souverainete-populaire-et-de-la-souverainete-nationale,a4072797.html ; http://www.toupie.org/Dictionnaire/Souverainete_nationale.htm

****** D’après « Décryptez l’information » de Jean-Luc Martin-Lagardette. Dangles éditions, 2014(chap. 7 : information et communication : deux faux amis, pp 73-80)
******* http://rdereel.free.fr/NON.pdf

******** « Les jeunes militants se sentent proches de Marine. Je l’ai vue dix fois en deux ans ! Elle me connaît… » dit Mohamed, en page 2 de l’Actu.

Face à la haine décomplexée, « prudence » ?….ou vigilance ?

 

Agen : un quartier ciblé couvert de tags racistes et antisémites, rapporte La Dépêche, datée du 25/03/14.

« Atmosphère nauséabonde et réveil violent hier matin dans le quartier Floréal qui borde la route de Toulouse à Agen.
Les habitants ont découvert avec stupeur une série de tags xénophobes et antisémites aux messages explicites d’incitation à la haine raciale : «Les Arabes et les Juifs dehors ! Tous au four !».

«C’est une honte !», commentait, révoltée, une dame qui promenait son chien.  Elle s’est insurgée contre ce sentiment haineux envers les immigrés véhiculé par ces graffitis laissés un peu partout.
À l’unanimité, les riverains se montraient atterrés par ce raid nocturne et les agressions visuelles ressenties devant un spectacle choquant de croix gammées, de références récurrentes à Hitler et aux «SS» inscrites en rouge sur des portes de garages derrière la cité Floréal(…) L’auteur semble avoir suivi un itinéraire bien précis(…) Le choix de ce quartier populaire, point de convergence de la jeunesse des cités Sud-Est d’Agen, ne paraît en rien innocent. Le reste de la ville n’a pas été touché(…)
Pour sa part, un résidant du quartier Floréal n’hésitait pas à relier ces dégradations aux élections de la veille et au terrain gagné par le FN. Le commissariat a procédé aux constatations ».

Il appartiendra bien entendu aux enquêteurs de déterminer, en plus de l’identité du ou des auteurs, si ces inscriptions ont un rapport direct avec la soirée électorale de dimanche.

Néanmoins, face à cette forme de haine raciste et xénophobe « décomplexée »(avec un sentiment d’impunité ? Comme quoi le geste pourrait être « légitimé » ?), quelle posture choisir ? « Prudence » ? Ou « vigilance » ?

Eph.5v6-17 semble clair :

« Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c’est à cause de ces choses que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion.
N’ayez donc aucune part avec eux.

"Dieu est lumière...vous êtes lumière...marchez comme des enfants de lumière !"

« Dieu est lumière…vous êtes lumière…marchez comme des enfants de lumière ! »

Autrefois vous étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière !
Car le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.
Examinez ce qui est agréable au Seigneur ;
et ne prenez point part aux oeuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les.
Car il est honteux de dire ce qu’ils font en secret ;
mais tout ce qui est condamné est manifesté par la lumière, car tout ce qui est manifesté est lumière.
C’est pour cela qu’il est dit : Réveille-toi, toi qui dors, Relève-toi d’entre les morts, Et Christ t’éclairera.
Prenez donc garde de vous conduire avec circonspection, non comme des insensés, mais comme des sages ;
rachetez le temps, car les jours sont mauvais.
C’est pourquoi ne soyez pas inconsidérés, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur ».(cf 1 Thes.5v5-8 )

Pas de « prudence » de mauvaise aloi, donc, au risque de minimiser, d’excuser ou de banaliser cette forme de violence,

Clandestins pour un aller simple

Ne cherchons pas de « boucs émissaires » : un seul(Jésus) l’a été pour nous….(Dessin de L.L. de Mars)

nourrissant la recherche de boucs émissaires. Mais vigilance, bienveillance et compassion envers ceux qui sont victimes de cette haine décomplexée. Comme bienveillance et compassion envers ceux qui souffrent(de la crise, du chômage…)
« Quand tout est obscur, une lumière se lève pour l’homme droit. Le fidèle est bienveillant et compatissant. » cf Psaume 112.4.
Soyons porteurs de « la bonne nouvelle », cette « bonne nouvelle » qui dit que « Dieu est lumière et qu’il n’y en point en lui de ténèbres » (1 Jean 5v5-7), lequel Dieu « aime l’étranger », ne fait pas de favoritisme et n’est pas corruptible (cf Deut.10v17-20)

Soyons vigilants, en faisant preuve de discernement, sans donner plus d’importance à un mouvement qu’il n’en a réellement. Cherchons à comprendre les mécanismes et les raisons d’une crise et ne cherchons pas les habituels boucs émissaires.

Ayons cette autre prudence face aux « hoaxs » et rumeurs racistes, plutôt que de les relayer sans discernements.

Soyons comme cet « homme prudent », dont parle Jésus et qui est celui qui bâtit « sur le roc »(Matt.7v24). Comme le rappelle Jésus, lequel a dit avoir été sur cette terre comme « l’étranger »(Matt.25v35).

Soyons vigilants et « soyons des hommes », comme nous y invite 1 Cor.16v13-14

Vous êtes chrétien : et au milieu de vous certains rêvent de « matin brun »….

….ou de « grand soir »*.

Apologue pour une lecture citoyenne(pas en diagonale) des programmes politiques.

Vous êtes chrétien et au milieu de vous, certains affichent, de façon de plus en plus décomplexée, leur attachement aux idées défendues par le Front national et autres partis ou mouvements d’extrême-droite, les présentant comme « du bon sens », au risque de les banaliser**.

Vous êtes chrétien en particulier (et croyant en général) et vous avez certainement été choqué par le renouvellement de la commission d’éthique.***

Vous êtes chrétien et vous avez été également sans doute indigné par « l’affaire Nadine LALANE ».

Vous êtes chrétien et vous faites peut-être partie des lecteurs de « Christianisme Aujourd’hui » ayant trouvé l’accroche de l’article d’Eric DENIMAL, intitulé « la Bible bientôt interdite », « exagérée », « déplacée » ou « peu crédible »****.

Vous êtes chrétien, et, à l’instar de  « Sylvain »(18 septembre 2013 • 16 h 44 min, sur un site d' »actualités chrétiennes ») vous seriez « surpris de voir le nombre de chrétiens qui votent FN… » ou de constater que tant de personnes puissent déclarer voter FN sur un site s’affichant évangélique.

Vous êtes chrétien, ou peut-être pas, et à l’instar de l’internaute « Exhine »*****,  vous savez lire ou vous prenez la peine de lire(une vraie lecture, sérieuse, citoyenne, « pas en diagonale ») le programme du FN,

plutôt que de relayer sans recul des slogans simplistes******.

Ainsi, voici ce que comprend le volet « laïcité » du programme du FN(qui est public et accessible sur leur site-dont je ne donnerai pas l’adresse ici) :

« Tous les baux emphytéotiques et autres facilités accordés à des cultes en contradiction avec la loi du 9 décembre 1905 seront désormais interdits. Les fidèles devront construire leurs lieux de culte avec leur propre argent, quelle que soit la religion concernée. Afin de limiter toute infiltration d’une idéologie politico-religieuse, il ne sera pas possible non plus de faire appel à de l’argent provenant de l’étranger.
Les subventions publiques, y compris celles des collectivités locales, ne pourront être accordées qu’aux associations respectant scrupuleusement l’esprit et la lettre de la loi de 1905.
Les subventions publiques aux associations communautaristes seront interdites.
Les services publics administratifs dépendant de l’Etat ou des collectivités territoriales doivent être les garants des principes républicains et de la laïcité. Dès lors, à l’instar de ce qui s’applique aujourd’hui pour les agents de ces services publics, toute manifestation communautaire y sera proscrite pour l’ensemble des usagers, notamment le port du voile ou de tout autre signe religieux ostentatoire. Une réflexion sera engagée pour étendre cette disposition aux transports publics. « 

Et l’internaute « Exhine » de questionner : « Je me demande ce que les églises protestantes, qui bénéficient d’un bail emphytéotique, vont faire? Dans le cas de Nadine Lalanne, sa manifestation religieuse serait encore plus poursuivie? Le FN alourdirait il la sanction, vu la sévérité prônée ?*******(…..)

Nous sommes sur un webzine chrétien qui fait un article sur le FN, je prends donc la position exprimée par le FN sur la laïcité sur son site, comme base de débat(….)

vous n’ignorez pas, je présume, qu’en votant pour un parti, vous votez aussi pour son programme et pas seulement contre les autres partis ? Il me semble plutôt pertinent d’aller voir et analyser ce qu’un parti politique a comme programme, avant de le soutenir, quel que soit ce parti, d’ailleurs.
(…)Je trouve le concept de « manifestation communautaire » un peu flou et risqué, surtout pour des religions moins organisées hiérarchiquement que le catholicisme. Les évangéliques d’origines caraïbéennes ou africaines sont regroupés dans certaines régions et assimilés par les autorités politiques à des communautés, le terme « manifestation communautaire » pourrait leur être attribué et nuire à leur liberté religieuse, pour exemple.
Si quand vous lisez ‘interdire les financements étrangers », vous comprenez interdire le financement des mosquées par le Qatar, vous oubliez qu’un américain ne pourra plus financer un culte évangélique non plus »********.

Un « scoop » ? Une découverte ? Il suffit, comme nous le disions plus haut, de prendre la peine de lire attentivement ce qui est public et non de relayer bêtement ce qui est vulgarisée(ou ce qui est vulgaire ?)par certains médias ou les tribunes politiques. Ou comment redécouvrir les vertus de la lecture citoyenne.

C’est simple. C’est du bon sens. Et les chrétiens sont sensés ne pas en manquer, puisqu’ils bénéficient de l’esprit de « sobre bon sens » ou de « bon sens équilibré ».

D’ailleurs, John STOTT écrivait fort justement, dans « Les chrétiens et les défis de la vie moderne »(Sator, collec. Alliance. Vol.1), ouvrage hélas épuisé : « nous chrétiens, nous l’avons l’habitude de nous lamenter sur la dégradation des valeurs de la société avec une indignation empreinte de propre justice. Nous critiquons la violence, la malhonnêteté, l’immoralité, le non respect de la vie humaine(…)Le monde va à sa perte ! nous exclamons-nous avec un mouvement de dégoût et un haussement d’épaules. Mais à qui la faute ? Qui est responsable ? Il est insensé d’accuser la maison pour l’obscurité qui y règne à la tombée du jour car c’est ce qui arrive lorsque le soleil se couche ! La question est la suivante : où se trouve la lumière ? Et il est stupide de reprocher à la viande de se gâter et de devenir immangeable car c’est ce qui se passe quand on laisse les bactéries se multiplier ! Où est le sel, voilà le vrai problème. De même, il n’y a aucune raison de blâmer la société pour son déclin et celui de ses valeurs et de l’accuser de se muer en nuit noire ou en poisson puant, car c’est ce qui arrive lorsqu’on abandonne les hommes et les femmes déchus à eux-mêmes en leur permettant de donner libre cours à leur égoïsme[ou à leur haine]. où est l’Eglise ? Telle est la vraie question Pourquoi le sel et la lumière de Jésus-Christ ne se mêlent-ils pas à la société pour la transformer ? toute notre indignation et tout notre étonnement peuvent n’être qu’hypocrisie. »(pp121-122)

C’est simple. c’est du bon sens.

 

 

Notes :

* Allusion faite, dans le titre de ce billet, au « Mâtin brun » de Frank PAVLOFF (Ed. Cheyne). Le texte peut être découvert ici. Ou écouté là.

** Idées, dont il était clair, ou évident, il y a 10 ans qu’elles ne pouvaient être « évangélico-compatibles ». Il semble aujourd’hui « que ce ne soit plus si évident que cela ». Au même titre que le mariage entre un homme et une femme, ou le fait de savoir écrire manuellement.
***Plus exactement, par le non-renouvellement du poste du pasteur Louis SCHWEITZER (Voir à ce sujet, la réaction de Claude BATY, ex-Président de la FPF, et celle du CNEF) et de celui du rabbin Michael AZOULAY. D’autant plus que, semble-t-il, les représentants des cultes concernés n’avaient pas été consultés par l’Elysée.

**** Parmi les réactions publiées sur le site de « Christianisme Aujourd’hui », au pied de l’article d’Eric DENIMAL :

Même si le FN est nocif et véhicule des idées dangereuses pour la démocratie, je suis déçu de voir Mr. Denimal l’utiliser comme un prétexte pour raconter un scénario pareil.(28.08.13 21:57. Jeremie Gachon)

J’avoue que j’ai aussi eu du mal à comprendre l’angle adopté par Monsieur Denimal dans cet article(…) Bref, autant j’ai apprécié la réflexion et la mise en garde d’une possible réduction de nos libertés d’expression et religieuses.  Autant je trouve la forme utilisée déplacée.(28.08.13 21:24 Audric Broux)

Bonjour. C’est plus facile d’attaquer le FN que le PS (28.08.13 19:18 Bbear73)

Le parti pris par M. Denimal dans cet article de tirer à boulets rouges sur le Front National et Marine Le Pen en particulier me mal à l’aise.  Il me semble beaucoup plus d’actualité de voir ce genre de dangers dans le P.S avec ce gouvernement derrière qui ne se cache même pas le Grand Orient de France, autrement plus redoutable ! Il aurait pu faire preuve de plus d’imagination ! (28.08.13 13:35 Serge Audisio)

***** 22 septembre 2013 • 13 h 43 min, sur le site d’Actus chrétiennes, en commentaire au billet d’humeur : « Jean ROUCAS : quand on est artiste, on est obligé d’être de gauche »(20 septembre 2013. 34 commentaires « seulement » à ce jour)

****** Exemple :  « ….le modèle biblique est bien plus raisonnable que le modèle socialo-communiste. Par exemple, les étrangers devaient se plier aux moeurs et coutumes du pays qui les accueillaient. Aujourd’hui, un certain nombre d’étrangers viennent pour nous conquérir, ne s’en cachent pas du reste, et on leur donne des subventions pour les aider à le faire. Cherchez l’erreur. Et concernant les pauvres, la Bible ne les confonds pas avec les fainéants, car la Bible est claire à l’encontre de celui qui cherche à être assisté plutôt que de bosser dur pour gagner son pain… Aujourd’hui on assiste un peu trop facilement les gens, mêmes ceux qui cherchent à profiter du système plutôt que de bosser dur. Cherchez l’erreur. Vu la situation économique actuelle, ne faut-il pas prendre certaines mesures au lieu de taxer toujours davantage ceux qui bossent ? Et ne faut-il pas protéger davantage la France de ceux qui ne l’aiment pas et qui veulent la transformer au nom d’une idéologie mortifère : l’Islam ? » (« Rédaction », soit le responsable d' »actus chrétiennes » . 18 septembre 2013 • 23 h 40 min). Est-ce là un regard « évangélique » ou « biblique » sur le pauvre et l’étranger ?

******* En réaction à ce « scoop », la seule réponse du responsable d' »Actus chrétiennes » a été : « Les évangéliques se sont toujours débrouillés pour financer leurs lieux de culte… »(Rédaction. 22 septembre 2013 • 14 h 12 min)

******** « Exhine ». Sur le site précédemment cité. 23 septembre 2013 • 11 h 46 min. Et ce, au milieu de nombreux « commentaires », qui se passent de commentaires !

Banalisation (de l’)extrême : séduction

Fascination, tentation, hésitation…

Bamboo Flute par Junior Libby

Bamboo Flute par Junior Libby

Les occasions d’être séduits sont nombreuses. La Parole de Dieu en donne plusieurs exemples, assorties d’autant de mises en garde.

« Prenez garde que personne ne vous séduise », dit Jésus(Matt.24v4), qui annonce la venue de ceux qui ne manqueront pas de venir soit-disant en son nom, « disant: Moi, je suis le Christ; et ils en séduiront plusieurs(…)il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes; et ils montreront de grands signes et des prodiges, de manière à séduire, si possible, même les élus. »(v5, 24)

« Plusieurs faux prophètes s’élèveront, et ils séduiront beaucoup de gens. Et, parce que l’iniquité se sera accrue, l’amour du plus grand nombre se refroidira. Mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé ».(v11-13)

« Prenez garde que vous ne soyez troublés », lorsque « vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres »[ou de crises]car il faut que tout arrive », dit encore Jésus… (v6)

« Que personne ne vous séduise en aucune manière », dit Paul, mettant en garde contre « l’inique qui viendra avec la puissance de Satan, « en toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonge, et en toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés ». (2 Thes.2 v8-10)

Sous l’Ancien Testament, il fallait aussi se garder de tout prophète, ou « songeur de songes », qui donnerait « un signe ou un miracle, et que le signe arrive, ou le miracle dont il (avait) parlé lorsqu’il disait: Allons après d’autres dieux, des dieux que tu n’as point connus, et servons-les. »(Deut.13v1-3)

Mis à part les faux prophètes, la Parole donne encore des exemples de démagogues qui ont su séduire le peuple et attirer des foules à eux : Abimélek(Juges 9) ou encore Absalom(2 Sam.15 et ss)

Pourquoi cette séduction, jusqu’à la tentation totalitaire ?

« …parce que l’iniquité se sera accrue, l’amour du plus grand nombre se refroidira… »

Un parti politique français, le Front national, séduit, semble-t-il. De plus en plus, si l’on en croit un nouveau sondage sur le sujet.*
Il séduit, promettant le miracle, lui aussi, sous couvert du « bon sens » et de répondre aux attentes des gens :

Chèvre par Charles Rondeau

Chèvre par Charles Rondeau

« vous avez peur ? Vous avez raison d’avoir peur. On vous comprend. Voilà le problème. Voilà ceux qui sont le problème. Voilà les boucs émissaires. »

Se laisser prendre à ce qui frappe les yeux semble rassurant-« l’autre », c’est le problème-et sécurisant-s’abandonner à un « (vrai)chef »…
Pourtant, pousser à prendre une décision(« donnez-nous le pouvoir »)par la peur est dangereux, car la peur pousse à des actes irrationnels.

A l’inverse, le véritable « bon sens » serait plutôt d’examiner le fond idéologique et l’esprit du FN (est-il le mieux placé pour répondre à un besoin de ce qui relie pour contrer ce qui divise ?), ainsi que de décoder ces énièmes sondages sur « la banalisation du FN »**.

Le « bon sens » serait aussi de refuser, et de séduire les électeurs du FN(sous prétexte que celui-ci « progresserait »), et de banaliser ses idées, en se persuadant « qu’il n’est pas un danger » ou en tentant de reprendre ses thématiques sous prétexte de répondre à « des besoins réels ».***

Et les chrétiens ? Seront-ils « séduits », « fascinés »(par des discours de puissance et sécuritaires sécurisants) ou hésiteront-ils longtemps avant de prendre clairement position ?

« Chrétiens ». « Petits Christ ». A l’origine, un surnom dérisoire.
« Chrétiens », disciples de Christ.

Comment, face à la montée(masquée)d’un parti extrême, réagiront ceux qui portent le nom de Celui qui a dit : « J’étais étranger, et vous m’avez recueilli » ? (Matt.25v35)

Lui, qui a été étranger, même parmi les siens(Jean 1v11).
Lui, dont « les compatriotes » savaient où il devait naître, mais qui ne se sont pas déplacés pour l’adorer. Alors que des savants étrangers, venant de loin, sans savoir où il était, se sont donné cette peine ou plutôt cette joie. (Matt.2v1-12)

Les « chrétiens », « petits Christs » se souviendront certainement qu’ils sont appelés, dans la Bible, « étrangers et voyageurs(ou en séjour)sur la terre ».(1 Pierre 1v1).
Et que le Dieu qu’ils adorent aime l’étranger, interdit d’opprimer celui-ci(Ex.22v21 ; Lévitique 19v33-34 ; Deut.10v17-19), et déclare « maudit celui qui porte atteinte au droit de l’étranger »(Deut.27v19).

Ils se souviendront que la recherche d’un bouc émissaire n’est pas neuve(Esther 3v8-9 et ss), et qu’un seul a pu être ce « bouc-émissaire » qui a expié nos péchés.

Ils se souviendront de la « solution »(jugée sans doute « courageuse » et « de bon sens », à l’époque) d’un Pharaon, « qui ne se sentait plus chez lui », face à un peuple étranger jugé trop nombreux…(Ex.1v8-22)

Ils se souviendront que c’est un éthiopien, un immigré, qui a tiré le prophète Jérémie de la fosse dans laquelle ses « compatriotes » l’avaient jeté(Jér.38v1-13)

Et que le prochain de l’homme israélite attaqué par des voleurs était un samaritain.(Luc 10v25-37)

Ils se souviendront ensuite que, même lorsque les étrangers sont éloignés, on trouvera toujours plus étrange(r)que soi, même parmi ses « compatriotes »(Juges 12v5-6)

Main, main, main par George Hodan

Main, main, main par George Hodan

Ils se souviendront qu’ils constituent le corps de Christ, caractérisé par l’unité, l’interdépendance des membres et la solidarité, surtout envers le plus faible et le plus insignifiant, en apparence…(1 Cor.12v12-27)

Et que Celui dont ils portent le nom est Celui qui « est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié. »(Eph.2v14 et ss)
Notes :

* 26% des Français « pourraient voter » pour le Front national à une élection nationale, et 29% « pourraient le faire » à une élection locale, « des proportions qui marquent des progrès de la formation d’extrême droite, selon un sondage BVA pour l’émission « CQFD » de i-Télé publié vendredi 21 juin ». Enquête réalisée par internet les 19 et 20 juin auprès d’un échantillon de 1.060 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, recruté par téléphone. Méthode des quotas ( http://www.lcp.fr/actualites/politique/149809-les-francais-de-plus-en-plus-nombreux-a-voter-fn-selon-un-sondage )

Mais « il se pourrait » à presque 100 % que ce soit encore un sondage qui confond  « les français » et les « sondés ». D’autre part, quid de sa pertinence, alors que les municipales auront lieu en mars 2014 et que les prochaines élections nationales sont prévues pour dans quatre ans ? D’autre part, j’aurai aimé retrouvé les questions posées sur BVA, ainsi que sur les conditions dudit sondage.

** A noter que la perversité de la méthode du sondage en ligne a été brillamment mise en lumière par Alain Garrigou, directeur de l’Observatoire des sondages, dans « Le sondage de trop » (publié sur son blog intitulé « Régime d’opinion » :  http://blog.mondediplo.net/2013-01-29-Le-sondage-de-trop )
Voir aussi http://www.rue89.com/2013/01/30/les-francais-pensent-ils-vraiment-comme-marine-le-pen-239111 ; http://3asseh.tumblr.com/post/41776444505/sondage-ipsos-remettre-le-commun-au-centre-de-la

Voir aussi : http://television.telerama.fr/television/une-vague-de-racisme-deferle-sur-france-2,95115.php

***Séduire et dé-diaboliser le FN? Certainement pas!
Par Véronique le Goaziou, sociologue (Laboratoire méditerranéen de sociologie, Aix-en-Provence). http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/250412/seduire-et-de-diaboliser-le-fn-certainement-pas

Voir aussi :

http://www.m2014.fr/17/la-strategie-en-deux-temps-du-front-national.htm

http://elections-municipales2014.fr/2013/06/20/et-si-le-fn-sortait-affaibli-des-municipales/