« La pollution et la mort de l’homme » : un point de vue chrétien sur l’écologie

La pollution et la mort de l’homme : un « classique » qui garde toute sa pertinence et son actualité, Plus de 40 ans après…

Lisez ce livre ou la planète va mourir !

 Pourquoi (re) parler d’un livre sur l’écologie, écrit pour la première fois en 1971 et réédité fin 2015(1), au moment où la COP 21 se déroulait à Paris, en France ?

Il y a plus d’un an, et parce qu’elle connaît ma sensibilité particulière sur le sujet, la blogueuse Ludivine(2) m’a mis sur la piste d’une réédition par BLF (sortie en octobre) : « la pollution et la mort de l’homme : un point de vue chrétien sur l’écologie » de Francis Schaeffer, philosophe et théologien calviniste (1912-1984).

Comme me l’a expliqué Ruben, directeur de BLF éditions, que je remercie pour sa disponibilité et pour m’avoir envoyé gracieusement le livre par la suite, « ce projet est né au Canada, chez notre partenaire Cruciforme. Ils avaient l’opportunité de rééditer quelques livres de Francis Schaeffer dont La Pollution et la mort de l’homme. À BLF Éditions, nous apprécions beaucoup l’auteur et le sujet abordé était on ne peut plus actuel. C’est pour cela qu’on l’a pris dans notre catalogue à la veille de la COP21. Entre les climato sceptiques et ceux qui ont une vision très humaniste de la Création, il nous semblait pertinent de porter une voix évangélique qui présente une vision biblique de la Création. Elle se résume très bien dans la citation de Francis Schaeffer : Nier la valeur de la création revient à insulter le Créateur ».

 Voilà une excellente initiative, de nature (sans jeux de mots !) à contribuer à promouvoir les enjeux écologiques !

Ecrit au moment des premières prises de conscience pour la cause écologique(3), La Pollution et la mort de l’homme reste toujours aussi actuel sur un sujet qui n’a jamais cessé de l’être (Plus de 40 ans plus tard, les premières alertes se sont malheureusement avérées exactes !), et le relire aujourd’hui se justifie pour ses multiples intérêts : historique, sociologique, philosophique et théologique. Il est également révélateur de l’intérêt des protestants évangéliques aux questions environnementales, et ce, depuis quarante ans, contrairement à ce qu’une vision caricaturale pourrait laisser entendre.

Le titre est explicite : il s’agit d’une question de vie ou de mort ! « La mort de l’homme ». Car, prévient Francis Schaeffer, « si l’homme est incapable de résoudre ses problèmes écologiques, ses ressources vont disparaître » et même « il n’aura plus tout l’oxygène nécessaire à sa respiration si l’équilibre des océans est trop dérangé » (p 11).

 Or, tout le monde (ou presque) s’en moque : Francis Schaeffer rappelle avec pertinence qu’ « à l’approche de sa mort, Darwin reconnut à plusieurs reprises dans ses écrits que deux choses auraient perdu de leur intérêt à mesure qu’il vieillissait » : la perte des plaisirs de l’art et de la nature. Et Francis Schaeffer déclarer être convaincu « que ce qui affecte aujourd’hui toute notre culture n’est rien d’autre que ce que Darwin avait vécu en son temps » (op. cit., p 10)(4). Les protestants évangéliques, pourtant « attachés à la saine doctrine » mais qui ne montrent pas « le bon exemple aux incroyants » en ne se préoccupant pas de nature et de culture, [là, c’est moi qui souligne] seraient-ils donc « darwinistes » sans le savoir ?

Dans le même ordre d’idée, Francis Schaeffer soulève, pour mieux la réfuter, une erreur d’interprétation relative au mandat créationnel de l’homme, commise depuis l’universitaire Lynn White en 1967 : le commandement donné par Dieu à l’Homme en Genèse 1 de « dominer » signifie-t-il « permis d’exploiter sans mesure » des ressources susceptibles d’être « infinies » ? Le Christianisme serait-il responsable de la pollution et de la crise écologique ? S’appuyant sur les Ecritures, Francis Schaeffer répond non : au contraire même, la foi chrétienne bibliquement fondée, bien comprise et vécue avec authenticité, conduit à garder (protéger) la terre et non à la détruire.

Cette vision juste, bonne et sage de la création reste le meilleur antidote, selon Schaeffer, aux impasses d’autres philosophies et visions du monde non bibliques de la nature : les  visions « romantiques » et panthéistes (« l’homme ne vaudrait pas plus qu’un brin d’herbe »), pragmatiques, techniciennes, utilitaristes et matérialistes (la nature n’aurait pas de valeur en elle-même, puisqu’elle ne servirait qu’à servir l’homme), lesquelles ne sauraient être de meilleures solutions pour résoudre les problèmes écologiques. Pas plus qu’un pseudo-christianisme « médiocre » et « platonique » (désincarné et déconnecté des réalités) ne saurait être une vision fidèle à la pensée biblique sur la création.

A l’inverse, selon Francis Schaeffer, « individuellement et collectivement », les chrétiens devraient être de ceux qui s’appliquent dans leur vie pratique à être, par la grâce de Dieu, un facteur de rédemption, de guérison et de réconciliation « entre Dieu et l’homme, entre l’homme et lui-même, entre l’homme et son prochain, entre l’homme et la nature et au sein de la nature elle-même ». (op. cit. pp77-78). Le chrétien qui connaît et aime le Dieu qui est amour et créateur, est censé agir avec amour, intégrité et respect envers ce que Dieu a créé.

Et à l’heure où le principe de précaution est sans cesse remis en question, quand il n’est pas dénigré(5), sous prétexte qu’il serait « un frein à l’innovation », le plaidoyer de Francis Schaeffer prend tout son sens et toute sa pertinence pour notre génération : le chrétien devrait être celui qui accepte de s’autolimiter, c’est-à-dire de « ne pas faire tout ce qu’il peut », pour en tirer un maximum de bénéfices. En toute cohérence, il saura dire « non » ou « stop » à tout abus de notre « sœur (la Terre) si pure, si belle », comme à toute tentative de traiter un homme « en objet de consommation, destiné à rapporter le plus de bénéfices possibles » (op. cit.pp 83-85).

Son devoir sera « de refuser aux hommes le droit de violer notre terre », comme il leur est refusé « de violer nos femmes » (op. cit. p 80). Loin de toute crainte de perdre, ce choix éthique, inspiré par une vision biblique, permettra au contraire à l’homme de recevoir « bien plus que cela », sur le long terme et de façon durable : l’amour et des relations authentiques, libératrices et porteuses de sens.

Conclusion : j’ai apprécié ce livre, reçu dans des circonstances particulières, et l’ai trouvé stimulant, fluide et facile à lire, quoique parfois répétitif. Mais cela reste un « défaut » mineur. Ceci dit, il me paraît tout à fait recommandable pour qui souhaite, avec « un cœur honnête (loyal) et bon »(Luc 8v15) examiner les bonnes raisons bibliques de se sentir concernés par l’écologie. D’autant plus que l’écologie, c’est la « bonne gestion » responsable et respectueuse de « notre maison commune », non pour notre seul intérêt mais aussi pour le bien des autres, avec le souci de « servir » la Terre comme nous servirions ou rendrions un culte à notre Dieu créateur(6).

 

 

 

Notes :

(1) La version anglaise fut publiée en 1971 et traduite en français en 1974 : Francis Schaeffer, La pollution et la mort de l’homme, Guebwiller, LLB, 1974. Réédition BLF, 2015.

(2) A lire, son excellente critique de l’ouvrage publiée sur son blogue.

(3) Nous pouvons dater le premier avertissement de la crise écologique, et peut-être le premier déclencheur du mouvement environnemental, en 1962, année marquée par la sortie du livre de la biologiste Rachel Carson, « le Printemps silencieux ».  C’est à ce moment que sont nés les mouvements comme « les verts » et que s’est développée une conscience écologique. En Europe, les premiers ministères de l’environnement datent de 1970(pour la GB) et 1971 (pour la France). Ensuite, la première conférence sur l’environnement a été organisée par les nations unies à Stockholm en 1972. Voir cette synthèse http://www.cemfrance.org/bibleecologie.pdf

(4) Bien avant lui, Hannah Arendt faisait ce même rapprochement troublant entre la nature et la culture : le mot « culture », d’origine romaine, vient de « cultiver », « demeurer », « prendre soin », « entretenir », « préserver », dans le sens « de culture et d’entretien de la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine » (« la crise de la culture »; Folio essais, 2014, p 271). Mais alors que « les Romains tendaient à considérer l’art comme une espèce d’agriculture, de culture de la nature, les Grecs tendaient à considérer même l’agriculture comme un élément de fabrication, comme appartenant aux artifices techniques ingénieux et adroits, par lesquels l’homme, plus effrayant que tout ce qui est, domestique et domine la nature ». Les Grecs comprenaient l’activité de labourer la terre-« ce que nous considérons comme la plus naturelle et la plus paisible des activités humaines »-comme « une entreprise audacieuse, violente dans laquelle, année après année, la terre, inépuisable et infatigable, est dérangée et violée. Les Grecs ne savaient pas ce qu’est la culture parce qu’ils ne cultivaient pas la nature mais plutôt arrachaient aux entrailles de la terre les fruits que les dieux avaient caché aux hommes »….(op. cit., pp 272-273).

(5)Le principe de précaution a intégré la Constitution française en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement. Il y a bientôt vingt ans, le Conseil d’État s’appuyait sur le principe de précaution pour empêcher la culture de maïs transgénique en France. Depuis, le principe de précaution est invoqué pour tenter de freiner la banalisation de produits toxiques, des pesticides aux perturbateurs endocriniens, en passant par les nanoparticules.

(6) En effet, j’ai été frappé de découvrir qu’en hébreu, les verbes du travail et de la garde de la terre, avad et shamar, sont les mêmes que celui du service (ou du culte) dû à Dieu : laavod et haadama, « servir le sol » (Genèse 2v5) et laavod et Yod Elohenu, « servir Dieu notre Elohim » (Exode 10v26).

 

« Pendant la COP21 »(1) : pour « sauver la Terre », faut-il espérer du « développement durable » et raisonner avec une cervelle de colibri ?

Car, ne l’oublions pas, à la fin de l’édifiante histoire racontée par Pierre Rahbi, la forêt brûle….

L’écologie et les questions relatives aux enjeux climatiques intéressent-ils les évangéliques, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes ? Je serai tenté de répondre « oui », puisque nous bénéficions d’au moins 30 ans de contributions évangéliques sur le sujet*. Mais c’est plutôt la perplexité qui m’emporte, après examen-par contraste-de certains sites ou blogues théologiques actuels, que j’aime parfois consulter, vu que les articles sur la question me paraissent-sauf erreur- plutôt rares, quand ils ne sont pas inexistants.

Sensible aux enjeux écologiques et environnementaux, je suis donc toujours intéressé par toutes les réflexions-surtout quand elles émanent d’évangéliques-sur ce sujet, chaque fois que j’en trouve. C’est ainsi que j’ai lu avec intérêt ce billet publié sur La Rebellution, intitulé : « COP21 et développement durable : Sauvons la planète ? »

J’aimerai « positiver », car cette contribution a au moins le mérite d’exister sur un site de (et pour) jeunes, même si ladite contribution n’a recueilli, à ce jour, aucun commentaire depuis sa publication. Mais je conclurai que l’article m’a malheureusement laissé sur ma faim, me paraissant « pécher » sur trois points, et notamment sur des questions de vocabulaire, présentées comme des évidences.

1)L’article débute par une introduction consacrée à la COP21, avant d’enchaîner avec « le sujet du développement durable », comme si ce concept était à lui seul synonyme de problématique écologique. L’auteur, Nicolas B., souligne que « dans les milieux évangéliques, le sujet du développement durable est abordé avec des pincettes. C’est un sujet parfois mis de côté en soutenant  qu’il y a quand même des choses plus importantes… ». Mais le plus exact serait de dire (et je serai d’accord avec l’auteur sur cette formulation) que les questions environnementales sont abordées « avec des pincettes dans les milieux évangéliques »(ou « certains », « de manière générale » ?), comme s’il y avait « mieux à faire » (Ou pour des raisons idéologiques, ajouterai-je). D’autre part, Nicolas B. relève également à juste titre d’autres extrêmes pour des raisons idéologiques, qu’il s’agisse de dégrader la planète « pour hâter le retour de Jésus » ou « de mettre l’accent d’une manière démesurée sur ce thème ». Ce qui est tout aussi démesuré que de négliger les thématiques environnementales et écologiques.

 2)Nicolas B. retient également l’analyse d’un article de Pierre Barthélémy, découvert sur « passeur de sciences », un des blogs du journal Le Monde, et jugé par lui « très intéressant ». L’auteur, un journaliste, estime que « la Terre a déjà subi tellement de cataclysmes que peu importe ce qui arrive, elle survivra toute seule d’une manière ou d’une autre. En fait, l’Homme, en détruisant son habitat est en train de s’autodétruire ». Pour Francis Schaeffer, dans « la pollution et la mort de l’homme »(Réédition BLF, 2015-nous en parlerons bientôt), c’est là une vision purement « pragmatique et égoïste » : la terre, création de Dieu, a une valeur en elle-même, et ne saurait être « une chose » aux ressources illimitées que l’on pourrait exploiter à sa guise. « L’Eglise devrait refuser aux hommes le droit de violer notre terre, comme on leur refuse le droit de violer nos femmes », ajoute crûment Francis Schaeffer(op. cit., p80, 87).

Or, sans expliquer pourquoi, Nicolas B. juge que « cette manière de penser » (est-elle biblique ?) du journaliste serait de nature à « recentrer le débat » (et sur quoi, d’ailleurs ?), et susceptible de « changer notre engagement envers le développement durable ». Mais envers le développement durable, ou envers la planète ? Il ne s’agit pas de confondre, mais de bien comprendre de quoi l’on parle. Qu’est-ce que « le développement durable » ?

Le développement durable est un concept présenté comme une réponse au défi de trouver dès aujourd’hui des solutions agricoles, industrielles et urbaines, susceptibles de nuire le moins possible à l’environnement, tout en permettant de nourrir et d’abriter au mieux le plus grand nombre d’individus. Et ce, bien entendu, sans freiner le progrès économique, technologique, et scientifique. Cette expression forgée par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature(IUCN) en 1980 (traduction maladroite de « Sustainable development » ou « développement soutenable ») est entrée dans le vocabulaire courant lorsque fut publié le rapport** de Mme Brundtland en 1987, qui était à l’époque Premier ministre de Norvège et Présidente de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement. Ledit rapport précise que le développement actuel doit aussi permettre aux générations futures de vivre dans des conditions de confort optimales. Il a été popularisé lors du Sommet de la Terre de Rio, en juin 1992.

Frédéric Baudin, directeur de « Culture Environnement Médias » (CEM : association « ancrée dans le protestantisme », qui a pour objet de promouvoir les valeurs chrétiennes dans les domaines de la culture, de l’environnement et des média) et auteur d’un document important (« La protection de l’environnement dans une perspective chrétienne. Pour une éthique de la Création : Bible et écologie »)estime que ce concept de développement durable pose un problème de cohérence : « l’idéal ainsi défini et les ambitions sont élevés, mais ils sont contrariés par les appétits humains les plus irrationnels et les moins maîtrisables » dénoncés dans la Bible »(op. cit., p 16). Je rajouterai également que le concept « développement durable » se heurte à une contradiction entre les rapports entre « développement » et « environnement », lesquels  renvoient à ceux, non moins problématiques, entre l’économie et l’écologie.

Comme mentionné plus haut, l’expression française « développement durable » est un dérivé(une dérive ?) de la version anglaise « développement soutenable » : « soutenable » renvoit aux capacités limitées de la Terre, tandis que « durable » est signe qu’un développement peut durer. Mais jusqu’à quel point ?

Est-il possible de prétendre atteindre un développement illimité dans un monde limité, aux ressources non moins limitées ? Est-il « souhaitable », « soutenable » de faire de l’économie (qui ne devrait être qu’un moyen) une fin en soi ?

Le développement durable serait-il alors « une imposture » ?

Certains le croient***. Il est temps pour les chrétiens évangéliques de s’arrêter pour réfléchir, pour évaluer la pertinence de ce qui pourrait bien être un mythe moderne.

3) En fin de compte, la réponse serait-elle dans « la sagesse (ou « l’espérance ») du colibri », récemment mise en avant par la commission d’éthique protestante évangélique, partenaire du CNEF ?

Au passage, le texte de la Commission éthique sur l’environnement et le climat est globalement très bon, soulevant bien le problème et les enjeux. Il souligne notamment avec justesse que « tout est lié », dans le sens d’une interdépendance des questions climatiques avec de nombreux autres aspects, conduisant à une réflexion plus globale susceptible d’ouvrir bien des horizons (y compris pour le comportement de chacun). Le lien est fait avec la responsabilité et la mission de l’Eglise, dans la proclamation et l’affirmation de l’Evangile.

Or, déclare Luc Olekhnovitch : « Face à l’énormité des problèmes écologiques et humains, ne nous résignons pas mais faisons notre part, c’est l’espérance du colibri, en attendant la venue de notre Seigneur qui établira une nouvelle terre où la justice habitera. »

Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette fable amérindienne, racontée par Pierre Rhabi, fondateur(2007) du mouvement…« Les Colibris », justement, voici de quoi il s’agit : « un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou tatillon, et agacé par cette agitation dérisoire lui dit : « hé, colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! ». Et le colibri lui répondit : « je le sais, mais je fais ma part. »

Tout cela est très joli, bien gentil et… « très sage », effectivement. Mais la parabole reste limitée.

A ce sujet, Frédéric Baudin déploreop. cit. p 38) que « nous nous contentons souvent de mesures « écologiques » individuelles [ « la goutte d’eau » du colibris-soit «faire notre part »] pour continuer à vivre de la même façon, tout en nous donnant bonne conscience. Nous sommes ainsi inondés de bons conseils visant à préserver notre environnement : fermer le robinet lorsqu’on se lave les dents, éteindre les lumières inutiles, préférer les douches aux bains, isoler nos maisons, etc. Toutes ces mesures, utiles et efficaces si l’on considère qu’elles ont un impact lorsqu’elles sont multipliées à l’échelle d’une population tout entière, restent toutefois superficielles sur le fond : elles semblent nous dispenser de choisir un autre mode de vie, plus respectueux des limites de notre planète, de ce qui la peuple et la compose, de l’être humain même. Ce sont des mesures en trompe-l’œil, sans relief, limitées à la dimension de l’homme et orientées vers lui seul »***.

Et il n’a échappé à personne que les petites gouttes d’eau que le gentil colibri dépose avec son bec n’y font rien, puisqu’à la fin, la forêt brûle…..

La légende pourrait avoir la suite suivante**** : alors arriva devant colibri, l’escargot qui lui tint à peu près ce langage : « dis donc colibri, comme disait Héraclite d’Ephèse, il faut mieux éteindre la démesure plus que l’incendie ! ». « Mais qu’est-ce que cela veut dire », demanda le colibri interdit ? « Cela veut dire que les solutions sont certes individuelles, mais aussi collectives, et qu’à le négliger on fait le jeu de l’individualisme forcené qui est justement la cause de l’incendie », répondit l’escargot. « Que faire, alors ? » demanda le colibri. « Eh bien, on pourrait s’arrêter pour réfléchir et ne pas réagir de manière impulsive…et faire appel à tous les animaux, qui pourraient, par exemple, faire la chaîne avec des seaux… » Et sans oublier de prévenir tout risque d’incendie à l’avenir.

A vous d’écrire la suite !

Conclusion provisoire :

Bref, au-delà de l’action « du » chrétien, de façon personnelle et individuelle***** (il faut effectivement bien commencer), il importe avant tout de penser « le témoignage » et l’action sur un plan global, collectif, communautaire, comme nous y invite le modèle du corps de Christ (cf 1 Cor.1214, Eph.4-6, Rom.12). Et, surtout, de penser de manière interdépendante, puisque tout est lié. C’est ainsi que nos actions paraîtront moins dérisoires.

 

Notes :

* Une bibliographie est prévue, prochainement. A noter que « La Terre, je gère » a été le thème de l’édition 2011 du grand rassemblement évangélique de Lognes(2000 personnes, cette année). De l’aveu des organisateurs à l’ouverture du colloque, à l’époque : « Écologie, environnement, développement durable » sont autant de questions qui prennent une importance croissante dans le débat public, mais qui restent peu abordées dans notre milieu évangélique francophone ». De fait, si des associations évangéliques (comme A Rocha France-qui organise une grande journée le 5 décembre prochain -avec le pasteur Frédéric Baudin) sont engagées sur le terrain en faveur de l’environnement, la théologie évangélique se fait jusqu’à présent peu entendre sur les questions d’écologie. Et maintenant ?

** Voir https://fr.wikisource.org/wiki/Notre_avenir_%C3%A0_tous_-_Rapport_Brundtland ou http://wwwv1.agora21.org/dd.html

*** Voir :

Christine Partoune, Michel Ericx, « Le développement durable – analyse critique », in « Diversité culturelle », répertoire d’outils créés par les formateurs de l’Institut d’Eco-Pédagogie (IEP), actualisé en septembre 2011 URL : http://www.institut-eco-pedagogie.be/spip/?article59

« Le Mythe du développement durable », un article de Florence Rodhain et Claude Llena, publié dans la revue Entropia, en janvier-février 2006 : http://www.entropia-la-revue.org/IMG/pdf/pre_ventique_RodhainLlena.pdf

Le site du réseau ACDD, qui rassemble des chercheurs et acteurs ayant une approche critique du développement durable / ville durable : http://www.reseaucritiquesdeveloppementdurable.fr/axe-5-durabilite-techniciste/presentation-2

Un hors-série d’Alternatives économiques consacré au « développement durable » (http://www.alternatives-economiques.fr/les-critiques-de-la-croissance-et-le-developpement-durable_fr_art_339_27569.html )

Latouche Serge, « L’imposture du développement durable ou les habits neufs du développement. », Mondes en développement 1/2003 (no 121) , p. 23-30 URL : www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2003-1-page-23.htm. DOI : 10.3917/med.121.0023.

« Comment peut-on encore croire au développement durable ? » Le débat du mensuel « La Décroissance », novembre 2015, numéro 124, pp 18-19

*** comme le relève le journaliste et éditeur Pierre Thiesset : « Paradoxalement, le changement collectif, la solidarité procéderaient donc de l’addition d’une multitude de choix individuels(…), d’une juxtaposition de comportements atomisés, et non plus d’un élan national… ». Et il n’y aurait plus de société, « seulement des individus qui font des petits gestes ». Ce n’est sans doute « pas un hasard si la rhétorique de Pierre Rabhi rencontre un tel succès à la fois dans les rangs d’écolos sincères, mais aussi auprès (…) de publicitaires comme Séguéla ou de libéraux trans-humanistes comme Attali, qui tous l’écoutent avec bienveillance…. »(La Décroissance de novembre 2014. Relayé ici)

Du même Pierre Thiesset, interviewé par Mahaut Herrmann, pour la revue « Limite » : « Il y a un risque à tout miser sur les petits gestes individuels et la construction d’alternatives « par en bas ». Bien sûr, il est indispensable d’opter pour la simplicité volontaire, d’effectuer un travail sur soi et de chercher à construire des rapports sociaux libérés de la marchandise, ici et maintenant, si l’on désire vraiment se défaire de l’emprise de l’économie et de la technique sur nos vies. Mais, comme l’écrit Harald Welzer dans son livre Les Guerres du climat, « il est politiquement irresponsable de donner l’impression qu’on pourrait résoudre par des précautions prises individuellement des problèmes qui sont dus au principe économique de la croissance par exploitation des ressources ». Le mot d’ordre des Colibris, du « chacun fait sa part », peut parfaitement se couler dans l’idéologie libérale actuelle : comme s’il n’y avait pas de société, comme s’il suffisait de changer les comportements de consommateurs atomisés pour lutter contre le changement climatique. Pour prendre un exemple parlant : ce n’est pas parce que 200 000 personnes achètent un panier dans une Amap pendant que 98 % de la population s’alimente en grande distribution que cela ressuscitera la paysannerie, aujourd’hui laminée….».

**** Suite imaginée par le mensuel « La Décroissance », dans une BD intitulée « Colibri le décroissant » (Numéro de février 2014n 106, pp 10-11)

*****  Voir une très intéressante discussion entre un internaute, le blogueur « Tribonien » et Philippe Viguier, co-auteur de « L’Evangile et le citoyen » (Ed. Clé) en commentaire de cet article paru sur Le Bon Combat : http://leboncombat.fr/comment-etre-a-la-fois-chretien-et-citoyen/