« Interview avec Dieu » : un film sage

Avant de pouvoir parler « directement » à Dieu via l’interview, le journaliste, diplômé en théologie, est formé pour parler de Dieu, mais sera-t-il capable de parler à Dieu, de le tutoyer, de l’interpeller…?

« Rentré d’un reportage en Afghanistan, Paul Asher a du mal à surmonter les séquelles de cette expérience. Son mariage est en perdition et sa foi est mise à l’épreuve, lorsqu’il se voit proposer une interview avec un homme qui prétend être Dieu. Si vous pouviez interroger Dieu, quelles questions lui poseriez-vous ? »

 

Vu récemment, « interview avec Dieu » est un film original par son sujet et plein de promesses, sans être nécessairement LE film à voir absolument au cinéma. Mais il aura réussi l’exploit de faire se déplacer en salles, un dimanche après-midi, un public majoritairement chrétien, certains habitués aux standards hollywoodiens, pour voir un film, certes bien joué, mais antispectaculaire au possible, et en VOST, qui plus est.

Ceci dit, « interview avec Dieu » s’avère plutôt décevant sur le fond et le choix du point de vue de Paul Asher, personnage principal de journaliste croyant, ne garantit pas l’identification du spectateur. Celui-ci, quoiqu’en « crise », est déjà acquis à l’existence de Dieu. Comble pour un journaliste professionnel, ses questions bien « trop sages » ne « malmènent » pas trop « le personnage de Dieu », lequel apparaît dans le film comme un père bienveillant en costume cravate, non dénué d’humour, mais plutôt consensuel.

De là cette question : pour qui ce film est-il ? A qui s’adresse-t-il ? Pour celui « qui se croit croyant », aurai-je envie de répondre.

En effet, le film nous invite à réfléchir sur ce qu’est être croyant, pointant deux obstacles majeurs nous empêchant de l’être vraiment : l’incapacité à parler à Dieu et de pardonner [la surprise du film vient de l’identité de qui doit pardonner à qui].

Ainsi, la foi est présentée dans le film comme un don de Dieu et « un processus » : le croyant est donc celui qui renouvelle sans cesse son acte de foi, de croyance (envers Dieu), qui le renouvelle régulièrement – sinon tous les jours – avec l’insistance du participe présent : « croyant »(1).

Le « croyant » est aussi celui qui sait s’adresser à Dieu et ne saurait s’étonner que Dieu puisse répondre à sa prière (2), à l’inverse de Paul Asher !

Avant de pouvoir parler « directement » à Dieu via l’interview, le journaliste, diplômé en théologie, est sans doute formé pour parler de Dieu, mais se montre incapable de s’adresser vraiment à lui, de le tutoyer, de l’interpeller, ne serait-ce pour récriminer ou blasphémer, comme le fait Job.

Paradoxalement, là est sans doute la limite du film (mais aussi sa force involontaire ?) pas tout à fait réussi, en nous donnant à voir cette incapacité. Et rarement sous-titre n’aura été aussi ironique : « Si vous pouviez interroger Dieu, quelles questions (meilleures que celles posées par le journaliste dans le film)  lui poseriez-vous ? »

 

En résumé :

Interview avec Dieu, de Perry Lang (USA, 2018). Avec Brenton Thwaites, Yael Grobglas, Charlbi Dean Kriek , David Strathairn. Distribué par SAJE.

Note d’intention du scénariste
Ken Aguado, scénariste et producteur du film a témoigné des raisons qui l’ont poussé à écrire et produire Interview avec Dieu.

« C’est la 1ère fois que j’écrivais un scénario, et probablement comme beaucoup de scénaristes débutants, je voulais écrire quelque chose de marquant, qui soit le fruit du coeur. J’ai été inspiré après un voyage en Israël. J’avais des idées très précises sur ce que je voulais aborder, alors j’ai voulu être authentique dans mon écriture. J’ai écrit mon script en six semaines environ, principalement pendant la période de Thanksgiving jusqu’au nouvel an où le travail est plus calme.

Je suis un professionnel d’Hollywood et je m’étais fait la promesse que ma version d’un film sur la foi contiendrait les valeurs narratives qui me tiennent à coeur. J’ai été particulièrement attentif à ne pas laisser mes convictions personnelles prendre le dessus sur ma créativité. Je pense que le message est altéré lorsque le spectateur est amené à trop réfléchir plutôt qu’à se laisser faire face au divertissement. Toutefois, cela permet aussi de pousser le spectateur à être concentré sur des personnages convaincants et à vouloir en savoir plus, scènes après scènes. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Interview avec Dieu. Et si le film vous fait aussi réfléchir, j’en suis heureux. » (3)

 

 

 

Notes :

(1) https://www.la-croix.com/Archives/2009-08-13/Dossier.-Entretien-Erri-De-Luca-ecrivain-Je-reste-incapable-de-donner-le-tu-a-la-divinite-_NP_-2009-08-13-351360

(2) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/09/06/prier-est-un-acte-dangereux/

(3) https://www.sajedistribution.com/files/saje/films/Interview%20avec%20Dieu/DP-INTERVIEW%20AVEC%20DIEU.pdf

 

PEP’S CAFE a vu « Jésus l’enquête » de Jon Gunn

Mike Vogel est Lee Strobel dans « Jésus l’enquête »

J’ai vu « Jésus l’enquête », il y a quelques semaines. Inspiré du best-seller « The Case for Christ » (« Jésus : la parole est à la défense ») publié en 1998, et de la vie de son auteur, Lee Strobel, le film est réalisé par Jon Gunn et est sorti aux USA en avril 2017. Il est produit par Pure Flix, une société américaine ciblant un public de chrétiens évangéliques (qui a notamment produit « Dieu n’est pas mort » en 2014, mais en beaucoup moins réussi). Distribué en France par SAJE, il est en salles depuis le 14 février 2018.

Le film raconte l’histoire vraie (mais romancée) de Lee Strobel, un journaliste d’investigation athée, qui vit dans un univers maîtrisé : marié avec Leslie, il a une petite fille et est bientôt papa d’un deuxième enfant ; il bénéficie d’une réputation flatteuse de professionnel, pour qui « le seul chemin vers la vérité ce sont les faits, les faits sont notre plus grande arme contre la superstition, contre l’ignorance et contre la tyrannie », et au début du film, il reçoit un prix le récompensant pour son travail…. Jusqu’au jour où cette vie et son couple se retrouve perturbés par la conversion de sa femme au Christianisme, suite à un événement dramatique.

Lee entreprend alors de démonter la foi nouvelle de sa femme, qu’il aime, pour la retrouver, en tentant de prouver que Jésus-Christ n’est pas réellement ressuscité (cf 1 Cor.15v17). Au final, il se laissera trouver par le Sauveur, en finissant par voir ce qu’il n’avait pas su voir : l’innocence d’un homme, l’amour du père et l’amour de sa femme.

Sur le plan formel, le film, très linéaire et démonstratif, présente quelques tics de mise en scène, par exemple, en nous montrant des personnages systématiquement en train de faire autre chose lorsqu’ils parlent de la foi avec le héros (se lever, bouger, se déplacer, ou déplacer des objets…). En cela, il n(e d)étonne pas. Néanmoins, il est plutôt bien joué, crédible et nous offre une reconstitution réussie du Chicago des années 70-80, une époque où un journaliste doit travailler avec des moyens qui paraîtraient limités (pour ne pas dire « impossible ») aux « digitals natives », c’est à dire « sans internet », en se déplaçant sur le terrain pour rencontrer des gens, en téléphonant (sans portable !) sans bouger de son bureau ou, pire, en consultant de la documentation « papier ».

Concernant son contenu, « Jésus, l’enquête », est….une enquête, celle d’un homme qui finit par en découvrir les limites, quand bien même il aurait toutes les preuves qu’il recherche, se trouvant lui-même interpellé sur ses motivations et le sens de son entreprise : en clair, lorsque nous cherchons, que souhaitons-nous vraiment trouver ?

Paradoxalement, l’intérêt du film ne me paraît pas résider dans sa dimension d’apologétique, via l’enquête et les entretiens – instructifs-  de Lee Strobel avec différents spécialistes (bibliste, médecin, psychanalyste…), pourtant au cœur du récit.  Son véritable intérêt, susceptible de toucher un public bien plus large qu’un simple « segment chrétien » (évangélique ou non), réside plus dans ses récits parallèles : une autre enquête menée par le journaliste sur l’agression d’un policier, qui se trouve bâclée(car reposant sur une seule source) ; l’absence de relation entre Lee et son père, le premier reprochant au second son manque d’amour et de reconnaissance….Mais, surtout, ce qui retient notre attention, c’est l’évolution d’un couple en crise, en désaccord sur la foi, avec deux enfants au milieu, et dont on se demande jusqu’au bout s’il sortira renforcé ou éclaté du conflit.

Renoncer d’être « au contrôle »

Plus encore, le film nous montre également en parallèle l’époux et l’épouse du couple Strobel, conduits l’un et l’autre à accepter de lâcher prise et à renoncer d’être « au contrôle », face à l’évidence et à ce qui les dépasse.

« Moralité » : il est vain d’attaquer le christianisme, lequel n’a pas besoin d’être défendu. C’est Dieu qui appelle l’homme et change son cœur « de pierre » en « cœur de chair », lui donnant un cœur nouveau. Nous ne pouvons, ni nous sauver, ni sauver les autres nous-mêmes. L’Évangile est « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit… » (Rom.1v16), une bonne nouvelle, qui exige une réponse immédiate. Notre foi n’est donc pas fondée « sur la sagesse humaine, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor.2v5), la puissance de l’amour de Dieu, lequel nous pousse à rejoindre l’autre et à nous laisser rejoindre.

En fin de compte, « Jésus, l’enquête », film de « genre » apologétique, serait-il en train de nous dire que l’apologétique ne sert à rien ? 😉

A voir avec vos amis non-chrétiens, pour en discuter avec eux, notamment pendant la période de Pâque, où l’on annonce que « le Christ est réellement ressuscité ! »

 

En bref : 

« Jésus l’enquête », de Jon Gunn (USA, 2017. Sortie en France en 2018). Avec : Mike Vogel (Lee Strobel), Erika Christensen (Leslie Strobel), Frankie Faison (Joe Dubois), et avec Faye Dunaway (Dr. Roberta Waters), Robert Forster (Walt Strobel)……Scénario: Brian Bird d’après le livre autobiographique de Lee Strobel « The Case For Christ ».

 

Bande annonce du film