« Un chrétien ne jette pas de pierres »

Pour diaboliser, il suffit de traiter la question sous son angle le plus trouble (il y en a toujours un), en triant les infos pour ne conserver que ce qui est suspect, ou ne retenir que les erreurs. Une sorte de définition du faux témoignage. Source image : compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/12/18)

« Un projet de vaccin pour les pays en voie de développement prévoit « de joindre aux injections quelques gouttes d’un produit photosensibilisant, qui va pénétrer dans l’épiderme au moyen de petites pointes (comme un patch en velcro) et y demeurer quelques temps, pour qu’on puisse détecter si la personne a déjà été vaccinée ou pas », explique Jérôme Prekel en introduction à son article intitulé « une marque en forme de croix », publié sur son blogue Le Sarment(1).

« Ultérieurement, si on expose la peau à une certaine lumière, le dépôt apparaîtra, sinon il ne sera pas visible. Ce sera une marque en forme de croix (ou de rond). Cette idée, au stade expérimental, a été mise au point par des ingénieurs du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour une raison simple : en Afrique, par exemple, où existent de grands bassins de populations qui n’ont pas accès aux soins (soit parce qu’elles sont trop pauvres, soit parce qu’elles résident dans des régions reculées) vous pouvez rencontrer un grand nombre de personnes qui ne possèdent pas de papiers d’identité et encore moins de carnet de vaccination. Et s’ils en avaient un, il n’est pas certain qu’ils réussiraient à le garder en état plusieurs années. Un casse-tête pour les soignants ».

Or, « sur les réseaux sociaux, cette info a été l’occasion d’agiter le chiffon rouge de la conspiration et de la manipulation de masse. Elle est devenue virale après avoir été traitée sous un angle alarmiste par des collectifs appelés « antivax ». Beaucoup d’antivax sont conspirationnistes : globalement, ils estiment que les vaccins servent à enrichir le « big pharma » (au mieux), et qu’ils font partie d’une stratégie mondiale pour réduire l’humanité (au pire). Toutes les personnes opposées aux vaccinations ne sont pas conspirationnistes, mais avec la perspective possible d’une vaccination à grande échelle contre le coronavirus, leurs rangs vont sans doute grossir conséquemment.

Nous vivons à l’époque où il suffit d’un seul message posté sur les réseaux sociaux, par n’importe qui, pour former une vague qui fera le tour de la terre. Certaines rumeurs (hoax, fakenews) ont la vie dure et survivent plusieurs années, même après que la vérité ait été rétablie. Le mensonge revient, encore et encore, pour se nourrir de la crédulité, qui est une forme de foi.

Le mensonge a toujours existé, mais son rayonnement a pris de la force et de l’ampleur grâce à internet, qui peut produire des « effets de foule » électroniques. Des pics de mensonge auxquels un grand nombre de personnes croient, de manière irrationnelle. Comme dans les effets de foule, l’individu perd ses inhibitions et diminue son sentiment de responsabilité pouvant l’amener à adopter des comportements antisociaux à cause d’une désindividuation.

Au mois d’avril 2020, facebook a déclaré avoir signalé 50 millions de contenus classés comme de la désinformation. Ce qui signifie 1) qu’il en existe bien davantage en circulation et 2) que même étiquetés « suspects », voire faux, ils vont continuer d’exister. Parce que le mensonge est plus vendeur que la vérité.

Le présent article a peu de chance d’être partagé [parce qu’il ne fait pas peur], alors qu’une accusation absurde va enregistrer 10 000 vues en peu de temps. Et plus la ficelle sera grosse, et plus on la croira. Ainsi, une pandémie mondiale, avec l’anxiété qui l’accompagne, est l’occasion de faire des millions de victimes de la peur, du mensonge, qui va fonctionner exactement comme un virus, avec un taux de contamination extraordinaire.

Dans l’exemple de cet article, certains journalistes ont parlé d’un « carnet de vaccination implanté sous la peau », provoquant des pétitions de personnes probablement bien intentionnées, mais qui viennent alimenter la rumeur.

D’autres ont (évidemment) relié cette annonce à l’implantation d’une puce, pensant avoir découvert la preuve d’un complot caché pour détruire l’humaniténotamment parce que ces recherches sont financées par la fondation Bill et Melinda Gates ».

Notamment – incroyable mais vrai – ce « scoop » intitulé « prêt à être pucé ? », publié sur son site par un certain docteur Schmitz [lequel n’est pas virologue mais « pionnier de la santé naturelle »], que certains chrétiens évangéliques ont estimé « utile » de transmettre à des responsables d’églises et d’œuvres, ainsi qu’à « des chrétiens » jugés suffisamment « affermis ». Des « révélations » d’autant plus acceptées qu’elles font écho à certaines préoccupations de longue date….

C’est là que l’article de Jérôme Prekel se montre édifiant, en ce qu’il nous décortique la recette de la diabolisation, laquelle est simple : il suffit de traiter « la question sous son angle le plus trouble (il y en a toujours un) et en triant les infos pour ne conserver que ce qui est suspect, ou ne retenir que les erreurs. Une sorte de définition du faux témoignage (….)

Encore une fois, on ne s’étonne pas de trouver cette mentalité parmi les hommes sans Dieu, mais il est particulièrement affligeant de la trouver chez les chrétiens. Aux États-Unis, près de 40% de l’électorat Républicain  pense que le futur vaccin de Bill Gates contre le coronavirus, contiendra une puce de traçage, et on connaît la proportion de chrétiens évangéliques dans cet électorat ».

Or, « dans le monde de l’hystérie, nous ne sommes pas appelés à crier avec les loups et à jeter des pierres. Ni aux innocents, ni aux coupables… »

La suite ici.

 

Note :

(1) « Une marque en forme de croix », par Jérôme Prekel, publié le 27/05/20 sur Le Sarment

« Faux témoin »

« Sa parole à charge est un coup qui est porté à l’autre, à sa dignité, à son nom ».

« Le verset 13 du chapitre 20 du livre « Shmot »(Les noms)/Exode, est le début de l’agglomérat le plus dense d’interdictions.

« Tu ne tueras pas,

Tu ne seras pas adultère,

Tu ne voleras pas,

Tu ne répondras pas dans ton camarade en témoin de faux » (vv13-16).

C’est une rafale que les tables de pierre scandent par quatre retours à la ligne et autant de mots de commandement. Ils sont côte à côte parce qu’ils se rapportent au mal que les personnes peuvent se faire, l’une envers l’autre. Ce sont des interdictions dressées comme des barrages.

En fin de verset, se trouve le délit de faux témoignage aux dépens d’un autre »(v16).

A ce propos, précisons qu’un témoin n’est pas celui qui donne son avis ou son opinion mais celui qui certifie ou qui peut certifier ce qu’il a vu ou entendu. Le témoin peut être « à charge » ou « à décharge », il peut être « fidèle et vrai » ou « un faux témoin ».

« Avec le mot « camarade », l’Écriture Sainte rappelle au témoin que l’accusé est, et reste, son prochain, un égal, et que lui-même pourrait se trouver à la place d’un autre. Elle emploie l’expression « répondre dans », tu ne répondras pas « dans » ton camarade, selon la formule légale d’une personne appelée à déposer devant les magistrats de son peuple.

Elle enseigne ainsi que sa réponse à leurs questions, posées en audience publique, va se graver dans une personne accusée et qu’elle produit toujours une lésion. Sa parole à charge est un coup qui est porté à l’autre, à sa dignité, à son nom. Elle n’est pas qu’un souffle, mais un fouet aussi. Maudit celui qui répond faussement « dans » son camarade.

Le livre des Proverbes, attribué à Salomon le roi sage en justice, a cette définition : « marteau et épée et flèche acérée est un homme qui répond dans son camarade en témoin de faux » (Prov.25v18).

Un grand commentateur hébraïque, le Gaon de Vilna, explique : « Pour éviter d’impardonnables erreurs, l’Ecriture Sainte exige du magistrat qu’il ne s’appuie pas uniquement sur la parole d’un seul témoin : « sur la bouche de deux témoins ou sur la bouche de trois témoins se lèvera la parole » (« Devarim/Deutéronome » 19v15). Un seul témoin n’est ni vrai ni faux, simplement il ne suffit pas. Dieu prononce ces lois ».

Ainsi, le tort d’un homme envers un autre ne regarde pas qu’eux deux, mais il foule aux pieds l’alliance entre créateur et œuvre. Ceux qui n’arrivent pas à voir les fautes humaines comme un sabotage de la création reconnaissent du moins la prudence juridique qui fonde un verdict sur plusieurs voix concordantes. C’est une mesure souvent négligée aujourd’hui. Et pourtant, le juge qui écrit une condamnation sur la parole d’un seul accusateur est aussi un témoin de faux ».

(D’après Erri de Luca. Le faux témoin IN Noyau d’olive. Folio, 2012, pp 71-73)

Voir encore sur cet inépuisable sujet : http://www.unlabo.net/dixcommandements9.htm