Vivre l’esprit de la Pâque

Lire Exode 12v1-14 et ss

La Pâque, c’est manger l’agneau pour prendre des forces, en vue d’un long voyage, et « sortir » d’une situation d’esclavage, d’angoisse, d’oppression, pour entrer dans la vraie liberté.
C’est aussi « faire sortir » de chez soi tout élément de compromis de nature à nous faire retomber dans la servitude.
La liberté, ce n’est plus être possédé. Et comme l’écrit Marc-Alain Ouaknin, « l’être libre est disponibilité au-delà des préoccupations et des affairements. Etre libre, c’est vivre en échappant à la volonté de maîtrise et de possession, qui pourrait se confondre-et est souvent confondue de fait-avec la définition de l’humain. »(Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains. Points essai, 2013, p 391)
Etre réellement libre, c’est donc être disponible.  Pour servir Dieu, Notre libérateur(Ex.7v16).
En Exode 12, « la sortie » du « pays » ou de « la maison de servitude » est le début de l’histoire d’un peuple, devenu véritablement « un peuple », le peuple de Dieu. Celui que Dieu a Lui-même libéré « à main forte et à bras étendu », et a protégé d’une manière particulière, lors d’une nuit particulière, préfiguratrice d’une meilleure et plus grande délivrance encore :
 « Christ, notre Pâque » (1 Cor.5v7-8), « le Dieu véritable »(Jean 5v18 ; 1 Jean 5v21) et celui qui nous libère pour que nous soyons véritablement « libre »(Jean 8v31-36)
Pour vous, aujourd’hui, cette sortie de l’esclavage est aussi le commencement d’une nouvelle histoire. D’un nouveau départ dans la vie. Et se souvenir d’où l’on a été « tiré » et d’où l’on est sorti a des conséquences éthiques : Deut.5v6, 15 ; Ex.20v2 ; Lévit.23v5-7
 
 Autres lectures proposées : Rom.6v23 (qui parle du don gratuit); Hébr.2v14-15 ; Jean 1v29, 36

Au coeur du Pentateuque : une invitation redoublée à « chercher »…

Dans « Bibliothérapie »*, Marc-Alain Ouaknin nous propose « un voyage au coeur du livre », soit celui de « la loi »(ou la Torah, le Pentateuque), en ayant recours au comptage classique des mots de cette section**. « Le nombre de mots étant pair, le coeur du livre est l’espace vide qui sépare les deux mots au milieu du livre », explique-t-il. Le milieu du livre se trouve alors en Lévitique 10v16, un verset qui semble parfaitement anodin en français, mais dont Marc-Alain Ouaknin souligne l’étrangeté de la formule originale en hébreu. Dans ce chapitre, il y est question de la mort de deux fils d’Aaron, le souverain sacrificateur et frère de Moïse. Sont également énoncés les prescriptions aux prêtres de manger les sacrifices(appelés « choses saintes ») dans un lieu saint.
Le v16 dit : וְאֵת שְעִיר הַחַטָּאת דָּרֹשׁ דָּרַ שׁ מֹשֶׁׁה וְהִנֵה שֹרָּ ף (ou « Veèt seïr hahatat daroch darach moché vehiné soraf « . En français, mot à mot, cela donne : « Et le bouc du péché, cherché il a cherché Moïse, et voici qu’il était brûlé »***).
Cette répétition, suffisamment rare pour être signalée, est au cœur du Pentateuque. Elle est toutefois bien mal rendue dans la plupart de nos traductions françaises (à part la Chouraqui).
Le mot « darach » est répété deux fois : « daroch darach », « cherché il a cherché ». C’est entre ces deux mots identiques que se situe précisément le coeur du pentateuque ou de la Torah. Le coeur du livre est un vide séparant deux mots identiques (chercher : דּרש) qui signifient précisément « interprétation ». Le mot « darach » signifie en effet « interpréter » et a donné le mot « Midrach », soit les différents recueils des interprétations rabbiniques de la Bible (op. cit., pp234-235). Cette répétition est une forme verbale qui intensifie l’action, avec un impératif : « cherche ! » ou « interprète ! ». Marc-Alain Ouaknin y lit une invitation du verset à l’interpréter.

De prime abord, le rapport entre un bouc expiatoire que l’on cherche avec insistance et l’invitation d’un texte à l’interpréter ne semble pas évident. Mais l’impératif unique demeure : « cherchons, cherchons ». Que(ou qui) faut-il donc chercher ?
L’objet de la quête est une victime expiatoire, un animal en vue du sacrifice pour le péché. Cette quête est celle d’Isaac, qui questionne ainsi son père Abraham : « où est l’agneau pour l’holocauste ? »(Gen. 22v7), pour obtenir cette réponse du patriarche : « Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau pour l’holocauste »(v8). La réponse est donnée en filigrane dans les Ecritures– des tuniques de peau d’animal faits par Dieu lui-même pour « couvrir » Adam et Eve après leur désobéissance, de façon bien plus efficace que leurs feuilles de figuier(Gen.3v21) ; une offrande d’Abel « le juste », agréée par Dieu même(Gen.4v4 cf Matt. 23v35, Luc 11v54, Hébreux 11v4 et 12v24) ; « l’agneau pascal » en Exode 12 ; un mystérieux agneau que l’on conduit à la boucherie (Es 53v7), qui « s’est livré lui-même à la mort, mis au nombre des malfaiteurs », qui « a porté les péchés de beaucoup d’hommes, et qui a intercédé pour les coupables »(v12)….jusqu’à la pleine révélation donnée par Jean : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ! » (Jean 1v29, 36 cf Act. 8v30-35)

L’invitation redoublée à « chercher » est donc une invitation redoublée à « Le chercher », en « sondant les Ecritures »(Jean 5v39 ; Luc 24v27, 44), puisqu’ « elles témoignent de Lui ». Lui qui nous ouvre l’intelligence afin que nous comprenions les Ecritures (Luc 24v45). C’est aussi une invitation à « interpréter », soit à « traduire », « exécuter », « donner du sens », « vivre » ces paroles, données pour nous aujourd’hui.

 

 
Notes :

* « Bibliothérapie : lire c’est guérir ».Seuil, 2008(Points)

** Les sofrim(ou « scribes ») ont compté dans le Pentateuque 669 paragraphes, 5845 versets, 79 976 mots et 304 805 lettres consonnes. Sachant que « les textes hébraïques ne comportent que des consonnes. C’est une langue purement consonantique au niveau de l’écriture. Ni voyelles, ni ponctuation : seuls « comptent » les espaces de séparation entre les chapitres et les espaces un peu plus grands entre les livres »(« Bibliothérapie », p 233).
*** Ou encore : « Au sujet du bouc expiatoire, Moïse fit des recherches (daroch), et il se trouva (darach) qu’on l’avait brûlé. »

 

 

Pour ne pas être « à côté de la P(l)âque »…

Pâque (ou Pessah) commence ce soir…..

 

Chaque année, en cette circonstance, la communauté juive fait disparaître tout levain des maisons, et durant 8 jours, ne mange plus que du pain azyme. Les plus anciens racontent également une très belle histoire aux plus jeunes : d’où ils viennent et ce que Dieu a fait(cf Exode 1-15). « Pessah »(l’institution se trouve en Exode 12) est donc la célébration d’un « passage »(c’est le sens du mot « Pâque »), d’une libération et d’une renaissance, comme vous pourrez le découvrir à la lecture de ces chapitres du livre de l’Exode cités plus haut.
Ce premier soir a lieu le « séder », célébré en famille.

Sur la table, on réserve une coupe de vin à Élie(la coupe « messianique »), prophète dont l’histoire est racontée en 1 Rois 17-2 Rois 2v11. Ce dernier n’a pas connu la mort(à l’instar d’Hénoc cf Gen.5v21-24), puisqu’il a été enlevé au ciel par Dieu, dans un char de feu(2 Rois 2v11). Depuis cette ascension, le prophète Elie est considéré comme l’annonciateur de la venue du Messie(comparer avec Luc 1v13-17), promesse de libération définitive pour le peuple d’Israël(cf Malachie 4v4-6). Cette coupe pour Elie est une façon de souhaiter la bienvenue au prophète, ou bien à son prochain. Traditionnellement, la porte d’entrée est ouverte ce soir là pour l’accueillir*.

Les chrétiens, quant à eux, célèbrent, non seulement « la mort du Seigneur » Jésus-Christ, « notre Pâque »(1 Corinthiens 5v7 cf Matt.26-27 ; Marc 14-15 ; Luc 22-23 ; Jean 18-19), mais aussi, surtout, Sa résurrection**(Matt. 28 ; Marc 16 ; Luc 24 ; Jean 20). Ils attendent Son retour. Ils célèbrent eux aussi un « passage », celui de la mort à la vie(nouvelle) cf Romains 6v4. Ils se souviennent « d’où ils viennent »(ils étaient « esclaves…du péché »)et « de ce que Dieu a fait » en Jésus-Christ(1 Pie.1v18-21).
Ils sont également exhortés à faire disparaître de leur vie et de leur coeur « tout levain de malice et de méchanceté » (cf 1 Cor.5v8) ou tout ce qui viendrait s’ajouter à la vérité biblique ou qui n’aurait rien à voir avec Pâque(les oeufs, les lapins et les poules en chocolat, par exemple). Et « célébrer la fête » avec « des pains sans levains de la pureté et de la vérité »(1 Cor.5v8)

Vous-mêmes, vous êtes sans doute croyants(pratiquants, confessants ou de tradition) et Pâque a du sens(ou un certain sens)pour vous….Lorsque vous célèbrerez cette fête, la place d’honneur sera-t-elle réservée au Christ, au Messie ? « La porte d’entrée »(de votre coeur) sera-t-elle ouverte, ce soir-là, pour l’accueillir ? Attendez-vous Son(prochain, prompt) retour ? Le fait de savoir qu’Il est vivant a-t-il une conséquence réelle et pratique dans votre vie ?

 

Prochainement, seront publiés deux billets, l’un sur le sens de la mort de Jésus-Christ à la croix et l’autre sur une conséquence de Sa résurrection.

 

En attendant, je vous souhaite une « bonne Pâque » ou un « Christ est(réellement)ressuscité ! »(Luc 24v34)

 

Notes :

* http://www.rosee.org/rosee/page90.html ; http://www.chiourim.com/f%C3%AAtes/pessah/la_coupe_du_prophete_elie.html ; http://www.chiourim.org/paracha-pinhas/la-chaise-du-prophete-eli.php

** A noter que les chrétiens(orthodoxes) grecs se saluent de la sorte : (Le)Christ (est) ressuscité ! (Χριστός Ανέστη! Christos anesti).

Quelle est ta cuirasse ?

 « L’espace d’un instant, je me suis senti revêtu d’une cuirasse », écrivait Franz Kafka dans son journal, le 21 février 1911*, évoquant la sensation d’être enfermé dans son propre corps.

Et toi, quelle est ta « cuirasse » ?
De quoi est-elle faite ? Dans quel but ?

Les réponses à ces questions seront une source de révélations sur toi-même, tes propres relations avec les autres et…avec Dieu !

 

A lire, pour prolonger la réflexion :

Gen.3v6-11, 21

Exode 12

1 Jean 1v7
1 Pie.1v18-19

Ps.91v4

Eph.6v14
1 Thes.5v8

 

 

 

Notes :

*Kafka, Franz. Journal(Traduit et présenté par Marthe Robert). Le Livre de poche biblio, 1991, p 36.