Coronavirus : et si demain, votre église était « empêchée » de se réunir ?

« Et si votre Eglise était empêchée de se réunir ? Plus de programmes/de réunions, mais davantage de temps pour les contacts interpersonnels et les rencontres en tête à tête…. »( Source : Pixabay)

Quelle est la priorité dans notre église ? « La vigne » (Les personnes et le progrès de l’Evangile) ou son « treillis » (les structures et les programmes) ? C’est à partir de cette image parlante que Colin Marshall et Tony Payne nous proposent une réflexion dérangeante, voire limite provocatrice, mais dans un soucis constant de fidélité scripturaire, dans un ouvrage(1) paru aux éditions clés en 2014, et, pour ma part, lu il y a 4 ans environ.  Ce livre garde toute sa pertinence aujourd’hui, nous encourageant à nous concentrer sur « l’essentiel dans l’église » : consacrer du temps dans la formation de personnes pour les rendre aptes à travailler à leur tour dans « la vigne » – témoigner, accompagner, visiter et aider d’autres à grandir….

Ce type de priorité conduit les communautés à réfléchir, par et pour elles-mêmes, aux changements radicaux à envisager. Pour nous aider à faire le premier pas, et en guise de conclusion, les auteurs nous invitent à imaginer « une situation inattendue » (2) qui pouvait l’être au moment de la parution de leur livre, mais qui prend une soudaine actualité en ce moment.

Imaginons donc  la chose suivante : « au moment où nous écrivons ces lignes, les premiers signes inquiétants d’une pandémie de grippe porcine font les gros titres des bulletins d’informations partout dans le monde [actuellement, c’est le coronavirus]. Imaginez que la pandémie atteigne votre région et que, par mesure de prévention et de santé publique, tous les rassemblements de plus de trois personnes soient interdits par arrêté gouvernemental pour une durée de dix-huit mois. Comment votre communauté de 120 [300, 500 ou +] membres pourrait-elle continuer à fonctionner sans rencontre régulière d’aucune sorte dans les locaux de l’Eglise, ni groupes de maison de plus de trois personnes ? »

Cela serait-il un drame ? Pas forcément, soulignent les auteurs, suggérant des pistes nouvelles.

« Si vous étiez le pasteur, que feriez-vous ? Vous enverriez régulièrement lettres et courriels aux gens sous votre responsabilité, vous téléphoneriez, vous enregistreriez un podcast. Mais comment le travail régulier d’enseignement, de prédication et d’accompagnement pastoral serait-il assuré ? Comment la communauté serait-elle encouragée à persévérer dans l’amour et dans les œuvres bonnes en des circonstances si éprouvantes (….) ? » [sans compter les cultes hebdomadaires, les réunions de prière/de louange et toutes les activités périphériques nombreuses et variées]. Il n’y aurait plus de réunions (…), plus de cours (…). Plus rien.

Bien sûr, vous pourriez revenir à l’ancienne pratique (sic) des visites des membres de votre communauté de maison en maison et faire du porte à porte dans votre quartier, à la recherche de nouveaux contacts, mais comment, en tant que pasteur, rencontrer et enseigner chacun des 120 adultes de votre communauté, sans compter leurs enfants et les nouveaux contacts rencontrés lors du porte-à-porte ? Vous auriez besoin d’aide. Vous commenceriez par rencontrer [ou passer du temps] régulièrement [avec une dizaine de personnes] parmi les plus mûr(e)s de votre communauté [les membres du conseil spirituel/d’église/conseil presbytéral seraient déjà prioritaires], deux par deux, pendant les deux premiers mois, tout en restant en relation avec les autres par téléphone, par courriel [ou tout autre moyen de communication à distance]. Vous formeriez [ou chargeriez, si elles sont déjà formées] ces personnes] pour [l’accompagnement pastoral de leur propre famille et la formation régulière de deux ou trois personnes à faire de même]. Pendant que ce travail relationnel battrait son plein, vous choisiriez un autre groupe de personnes à former [par exemple, pour le suivi de nouveaux contacts].

Les contacts interpersonnels et les rencontres en tête à tête seraient nombreux. Toutefois, il n’ y aurait ni cultes à assurer, ni comités, ni rencontres du conseil d’église, ni séminaires/réunions/programmes, ni groupes de maison – en fait, aucune activité de groupe à gérer, ni événement à organiser, ni fonds à trouver [le pied !]…..seulement un enseignement personnel et une formation [de « disciples faiseurs de disciples »] qui se poursuivraient malgré tout ».

Et les auteurs de conclure par « la question vraiment intéressante » : au bout des dix-huit mois, une fois la situation « revenue à la normale » et l’interdiction gouvernementale levée, les programmes et autres activités de l’église doivent-ils nécessairement repartir de plus belle ? Que ferions-nous différemment ?

La balle est dans notre camp. Mais n’attendons pas une épidémie/pandémie pour y réfléchir !

 

Pour aller plus loin encore, à lire sur Pep’s café! : Comment décourager/favoriser l’engagement bénévole des « laïcs » ?

 

 

 

Notes : 

(1) Marshall, Colin et Payne, Tony. L’Essentiel dans l’Eglise : apprendre de la vigne et de son treillis. Editions Clé, 2014 (Collection Réflexions IBG). Disponible ici ou dans toutes les bonnes librairies. Voir également ces recensions de l’ouvrage ici ou .

(2) op. cit., pp 179-180

(Les hommes ont-ils le) « virus »(de l’autodestruction) ?

La fin du monde ? On en débat ? Scène du film "Virus", avec Bo Svenson, à droite, et Masao Kusakari, à gauche

La fin du monde ? On en débat ?
Scène du film « Virus », avec Bo Svenson, à droite, et Masao Kusakari, à gauche

Un film et un « débat ».

La fin des temps, on nous l’avait « prédit » pour le 21 décembre 2012, avec la conclusion que l’on sait(vous êtes toujours là, notamment pour lire ces lignes). Pourtant, les « effets d’annonce » ne semblent avoir, ni ridiculisé, ni épuisé le sujet*.
La fin des temps : ce que l’on ne sait pas, ou ce que la Bible ne nous dit pas, c’est « pour quand »(Matt.24v36). Mais ce que la Bible nous assure, c’est qu’elle est certaine, imminente.

Même s’ils ne croient ni en Dieu, ni en la Bible, les hommes sont conscients que les civilisations ne sauraient durer indéfiniment, puisqu’elles ne sont pas éternelles par essence** : elles ne peuvent s’étendre indéfiniment. Or, nous engloutissons toujours plus de ressources pour ne faire que maintenir un état stationnaire. Jusqu’à quand ?(Lire « Quand l’Expansion expire » IN La décroissance, octobre 2013, numéro 103)

« L’être humain a toujours vécu sous la menace de catastrophes, la première étant naturellement sa propre mort. Mais deux traits différencient les catastrophes présentes et futures des catastrophes passées : d’une part elles sont issues de l’homme lui-même(…), d’autre part elles ne sont plus locales, mais globales. La mondialisation est un phénomène total qui ne concerne pas seulement la technique et la finance, mais aussi les catastrophes : guerre mondiale, pandémie, accident nucléaire majeur (…..)Désormais, parce qu’ils dépendent de sources d’énergie elles-mêmes mises en réseau, les appareils sont inter corrélés, et ce à une échelle mondiale, et les hommes sont interdépendants. »
Dans ce contexte, que se passerait-il en cas de « panne » ou d’arrêt de fourniture d’énergie, telle que, par exemple, l’électricité ?
Que deviendrait une société humaine mondialisée dans un contexte de catastrophe globale, privée de ressources habituelles, désorientée dans son cadre de vie et incapable de s’adapter à une situation de grande pénurie ? s’interroge Christian GODIN,philosophe, lors d’un débat « Et quand la mégamachine s’effondrera » ? (Avec également Jacques BLAMONT, astrophysicien, Philippe GRUCA, philosophe et Alband VETILLARD, ingénieur)publié dans La Décroissance, octobre 2013, numéro 103, pp14-15)

Dans une perspective de « fin du monde », quelle réponse chrétienne et biblique ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, pour Michel JOHNER, professeur d’éthique à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence, « cette imminence de la fin des temps est une espérance qui, dans la pensée des écrivains bibliques, porte à un investissement prioritaire dans le domaine spirituel. L’urgence du temps porte effectivement à considérer l’évangélisation et le dénouement des blocages spirituels comme étant de première urgence dans la hierarchie des priorités ». Un investissement qui n’exlue pas d’autres formes d’investissements temporels, de nature culturelle, sociale, environnementale ou politique. 

Dans un monde instable et précaire, aux ressources finies, mais où les possessions matérielles sont pourtant idolâtrées comme le symbole-même de la réussite, les chrétiens, « artisans de paix », « lumière du monde » et « sel de la Terre », peuvent, bien entendu, prier, et également témoigner par 1)plus de sobriété, de détachement et de justice par rapport aux biens matériels et 2)par plus de vigilance, face aux séductions diverses. Et favoriser des débats publics sur des sujets d’éthique, économique et social, environnemental, énergétique…rappelant quelles sont les causes durables pour lesquels il importe de vouer sa vie.

Passages bibliques ou livres à lire et étudier : 2 Thes. ; 2 Pierre ; Jude ; Apocalypse ; Matt.5-7, 24-25

Enfin, afin d’alimenter une discussion éventuelle, je vous invite à visionner le film Virus (復活の日, Fukkatsu no hi – littéralement « Le jour de la résurrection ») : un film à mi-chemin entre le film catastrophe et le post-apocalyptique, réalisé en 1980 par Kinji Fukasaku, qui explore, avec une certaine minutie, l’effondrement de nos sociétés victimes d’un mal incurable, et imagine les difficultés auxquelles se retrouvent confrontés les derniers survivants regroupés et organisés en communauté.
La distribution internationale comprend Masao Kusakari, George Kennedy, Robert Vaughn, Chuck Connors, Olivia Hussey, Edward James Olmos, Ken Ogata, Sonny Chiba et Glenn Ford. Avec un budget de 16 millions de dollars, il fut au moment de sa sortie le film japonais le plus cher jamais réalisé. Il est désormais tombé dans le domaine public et peut donc(sauf erreur) être téléchargé ou visionné en toute légalité.

L’histoire :

En 1982, un virus mortel échappé d’un laboratoire secret d’armes biologiques***, le MM88, extermine la totalité de l’humanité, à l’exception des scientifiques et techniciens des bases de l’Antarctique, épargnés du cataclysme par les températures polaires trop basses pour que le virus y soit actif. Les survivants(855 hommes et 8 femmes) s’organisent alors autour de la station américaine Palmer et tentent de recréer une société. Mais une nouvelle menace les attend, « héritage »**** que notre civilisation anéantie offre aux survivants  : le système de défense ARS (Automated Reaction System) a été activé par des militaires américains jusqu’au-boutiste, et un séisme majeur au large de Washington risque de l’enclencher. Le monde connaîtra alors une nouvelle apocalypse, nucléaire cette fois-ci, lorsque la riposte automatisée des deux blocs américain et soviétique entrera en jeu ! La base Palmer serait même sur la liste des cibles visées par la riposte russe… Décidés à tenter le tout pour le tout, nos survivants envoient un sous-marin jusqu’à Washington pour une mission-suicide afin de désactiver le système ARS. Les deux volontaires-Le major Carter, un ancien agent de la C.I.A. et Yoshizumi, un scientifique japonais-pour cette excursion en zone contaminée reçoivent également une dose d’un vaccin expérimental contre le MM88. Tous les espoirs de nos survivants reposent donc désormais sur eux*****. Aurons-nous droit à une fin « happy » ou « pas happy » ?

Un récit dense, des images fortes et certaines scènes qui suscitent le malaise : la décision du conseil de la communauté de l’Antarctique de couler un sous-marin et tout son équipage contaminé par le virus, ou de « réglementer » des relations sexuelles entre 855 hommes et 8 femmes. Les relations conflictuelles entre les membres de ce même conseil, issus des différentes nations désormais disparues, incapables de s’accorder sur la moindre chose, et qui sont pourtant amenés à décider du sort de millions de personnes. Les limites de la science, au service de l’armée. La folie destructrice d’une humanité prise dans la spirale de la course aux armements. Une efficacité sans cesse recherchée pour la destruction. Résultat :  un virus incontrôlé et incontrôlable, sanctionnant la démesure humaine, tel un « châtiment divin ».

En bref :

« Virus », film de science-fiction de Kinji Fukasaku(Japon, 1980) – 2h36 et des poussières, environ….

Scénario : Kinji Fukasaku, Kōji Takada,Gregory Knapp, d’après la nouvelle de Sakyo Komatsu

Acteurs principaux  :

Masao Kusakari (Yoshizumi)
Bo Svenson (Major Carter)
George Kennedy (Amiral Conway)
Olivia Hussey (Marit)
Glenn Ford (Président Richardson)
Robert Vaughn (Sénateur Barkley)
Henry Silva (Gen. Garland)
Chuck Connors (Cne. Mc Cloud)
Edward J. Olmos (Cne. Lopez)
Chris Wiggins (Dr. Borodinov)
Isao Natsuyagi (Dr. Nakanishi)
Cec Linder (Dr. Latour)
Stuart Gillard (Dr. Meyer)
Takigawa Yumi (Noriko)

 

 

 

Notes :

* en tout cas, le sujet est « rentable » : bande dessinée, films(au moins 5 pour 2013 : une « invasion extra-terrestre », une « apocalypse », deux « écologiques », un « virus »)

** « Les diamants sont éternels », titre un fameux « James Bond ».  Les hommes aussi-et c’est ce qui est important de ne jamais oublier.

*** dans le film, il s’agit du « projet Phénix », issu de recherches militaires secrètes américaines, visant à fabriquer une arme bactériologique d’une rare efficacité afin de prendre un peu d’avance sur l’U.R.S.S. dans la course aux armements.

**** Avec ses centrales vieillissantes et son industrie en plein déclin(la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée de 17 % en 2001 à 9 % aujourd’hui : http://energie.lexpansion.com/energie-nucleaire/de-moins-en-moins-d-electricite-nucleaire-dans-le-monde-_a-32-5270.html ;http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/07/15/20002-20130715ARTFIG00439-baisse-record-de-la-production-d-electricite-nucleaire-en-2012.phphttp://www.monde-diplomatique.fr/2011/07/DELBECQ/20791 ), le nucléaire peut-il être considéré comme une alternative énergétique crédible et rassurante pour notre civilisation ?
Enfin, on l’a peut-être oublié, mais Naoto Kan, premier ministre du Japon pendant l’accident de Fukushima(2011), expliquait que son pays « était proche » de faire évacuer 50 millions de personnes(plus que le nombre d’espagnols) après cet accident « d’origine humaine ».

***** D’après un résumé publié sur « Le Traqueur stellaire, blog science-fiction et culture ».