Brésil : La vision non neutre du monde éducatif de Bolsonaro et de l’Ecole Sans Parti

Le projet de réforme éducative de « l’Ecole Sans Parti », actuellement en débat au Brésil, est-il « bien parti » ?

« Brésil : Le futur ministre de l’Education est un théologien évangélique », tel est le titre d’une dépêche parue le 27/11/18 sur le site « Evangéliques info »(1) et relative au programme éducatif de Bolsonaro, le nouveau président du Brésil et de son prochain ministre de l’Education, Ricardo Vélez-Rodriguez :

« …Tout comme Jair Bolsonaro, il entrera en fonction en janvier 2019. Ce théologien évangélique est un défenseur du projet «école sans parti», qui a pour objectif de limiter «l’abus de la liberté d’enseigner». Selon un article de La Croix, il affirme vouloir instaurer des conseils éthiques, qui s’assureraient que les élèves brésiliens reçoivent «une éducation moralement correcte». Professeur de philosophie à l’université de Juiz de Fora, le futur ministre de l’Education dénonce sur son blog Rocinante le système éducatif actuel qui, selon lui, «prend en otage les Brésiliens et leur impose une doctrine ancrée dans l’idéologie marxiste». Un choix essentiel pour le président brésilien, pour qui « la question de l’éducation a été au coeur de la campagne électorale » et qui « souhaite faire adopter un projet de loi stipulant que «les valeurs familiales doivent prévaloir sur l’enseignement scolaire pour ce qui est de l’éducation morale, sexuelle, et religieuse».

Cette dépêche est très exactement une reprise d’un article de La Croix (2) et d’un autre paru sur le « 20 minutes »(3). Elle nous donne à penser que le programme éducatif du Président Bolsonaro et de son futur ministre serait « évangélico-compatible » et empreint de « bonnes valeurs ». Cependant, cette reprise s’avère malheureusement partielle, ne tenant pas compte d’autres éléments importants, pourtant bien présents dans l’article-source de La Croix, et de nature à nous permettre de mieux évaluer ledit programme.

Ainsi, informer, c’est (toujours) choisir : choisir de parler d’un fait et pas d’un autre ; ou encore choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information. D’autre part, informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur. Informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant, tandis que s’informer consiste à se donner les moyens de comprendre ce que l’on nous transmet.

Ainsi, une lecture plus complète de l’article-source (2) nous permet d’apprendre qu’ « après que les députés évangéliques [aient] posé leur veto (…) sur une autre personnalité du monde de l’éducation, pressentie pour le poste, mais jugée trop modérée, Jair Bolsonaro a finalement choisi ce théologien [catholique et non pas « évangélique ». NDLR] de 75 ans, diplômé en philosophie à l’Université pontificale Javeriana en 1964, et en théologie au séminaire conciliaire de Bogotá, en Colombie, avant de poursuivre ses activités au Brésil. (…) Inconnu de la communauté éducative, l’homme a été recommandé dans une vidéo Youtube par l’idéologue adulé par l’extrême droite brésilienne, Olavo de Carvalho, qui a lui-même refusé le poste (…). Dans un post publié sur son blog en 2017, Ricardo Vélez-Rodriguez juge aussi « patriotique et nécessaire » de commémorer la date du 31 mars 1964 (date du coup d’état militaire).…..il défend même l’instauration, dans toutes les écoles, de conseils d’éthique, qui viseraient à surveiller [je souligne] que les élèves brésiliens reçoivent bien « une éducation morale correcte ».

Cependant, poursuit l’article de La Croix (2), si les députés évangéliques ont été « enchantés » par cette nomination, beaucoup s’inquiètent. Qualifié « d’ayatollah » par l’éditorialiste Clovis Rossi, comparant ses conseils d’éthique à la « police morale de l’Iran », ce nouveau ministre « annonce un futur ténébreux pour l’éducation de notre pays », a réagi la Confédération des fonctionnaires municipaux (Confetam) dans un communiqué…… ».

Il est singulier qu’Evangéliques.info n’ait pas estimé fondamental de nous informer sur ces réalités-là….

Une telle nomination est toutefois logique, après examen du plan d’éducation du futur gouvernement Bolsonaro, lequel plan, estimé plutôt vague sur certains points, présente certaines priorités en la matière.

Au coeur de ces priorités, la volonté affichée de combattre ce que le Président nouvellement élu présente comme « l’un des plus grands maux [de l’éducation] aujourd’hui », lequel serait « le fort endoctrinement », mis en œuvre, d’après lui et ses partisans, par le Parti des travaileurs (PT) sous leur gouvernement (2003–2016, Lula puis Dilma Rousseff (4).

La vision éducative de Bolsonaro s’appuie sur « l’Ecole sans parti » (« Escola Sem Partido »), un projet de réforme de l’enseignement datant de 2004, actuellement examiné au Parlement fédéral et faisant l’objet d’un débat intense au Brésil, au point de diviser au sein même du corps enseignant et des familles. Les opposants l’appellent « Lei da mordaça » ou « loi de la muselière ». « À l’origine »peut-on apprendre sur le site bien documenté de « l’Observatoire Pharos du pluralisme culturel et religieux »(5), « il s’agit d’un mouvement civique de groupes de parents et d’enseignants inquiets de l’endoctrinement et de la pensée unique qu’ils constatent dans les écoles fréquentées par leurs enfants. De nombreux élèves, parents et enseignants se plaignent du fait que les enseignants imposent leur idéologie, leurs opinions politiques [souvent « de gauche »] ou religieuses. Le manifeste du mouvement réclame que soient affichés dans les écoles les « devoirs de l’enseignant ». Ce mouvement civique évolue ensuite aux stades politique et judiciaire, lorsqu’en 2014, certains partisans du mouvement déposent des projets de loi aux niveaux locaux ou nationaux, inspirés par le manifeste. Par la suite, certains parents font pression sur des enseignants ou portent plainte contre ceux qui ne respectent pas la nouvelle législation ».

Aujourd’hui, la proposition de réforme de l’enseignement – en discussion au Parlement fédéral – propose, entre autres, de proscrire l’enseignement de matières traitant du genre ou de l’orientation sexuelle. Elle prévoit aussi d’imposer à l’enseignant le devoir de « neutralité » en lui interdisant la promotion de ses préférences idéologiques ou religieuses en classe, ou de rendre obligatoire l’affichage dans les salles de classe d’ une plaque (de 90 centimètres de haut sur 70 de large) décrivant les « six devoirs du professeur » du manifeste initial – comme le respect du droit des parents pour que leur enfant reçoive une éducation morale et religieuse en accord avec leurs convictions – avec un numéro de téléphone anonyme pour que les élèves puissent dénoncer les enseignants qui chercheraient à les « endoctriner »(sur les questions politiques, religieuses ou liées à l’orientation sexuelle).

L’on peut comprendre toute la légitimité des préoccupations des parents, soucieux du respect de la liberté de conscience de l’élève et de l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. Les partisans du projet considèrent par ailleurs que « l’école est un lieu de transmission d’un savoir, qui doit viser autant que possible la neutralité. Considérant que toute interférence est une violation du droit des parents à élever leurs enfants suivant les principes qui leurs sont chers, ils accusent les enseignants de ne pas respecter la liberté d’opinion, de croyance et de conscience des familles et des élèves ». Sauf que l’enseignant n’est pas un simple « instructeur » ou « une machine » ayant pour seule vocation de « recracher » un contenu « neutre et objectif », sans aucune interaction avec ses élèves.  D’autre part, pour de nombreux observateurs, si les excès commis par des enseignants sont réels, ils demeurent marginaux (5).

Ceci dit, ce projet de « l’Ecole sans parti » s’avère en réalité dangereux et pervers, pour plusieurs raisons :

– Parce que le fond de ce projet se résume à :« vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». Etantfondé sur « une crispation identitaire autour de questions de mœurs, de croyance et de sécularisation », il risque de provoquer « une judiciarisation des rapports enseignants-parents »(5), nourrissant un climat de peur et de méfiance mutuelle.

– Parce qu’il vise à neutraliser les professeurs – présentés non comme des acteurs de la formation des élèves mais comme « une menace à contenir » – en instaurant un état de censure et de chantage permanent, de nature à affaiblir leur autorité et à remettre en question leur droit constitutionnel à exercer leur liberté pédagogique. En outre, il est à craindre que, du fait de l’interdiction d’aborder certains sujets en classe [tels que liberté et orientation sexuelle, darwinisme], au nom du respect des opinions politiques, morales ou religieuses, et pour mieux combattre certaines idéologies sous-jacentes, il devienne difficile, voire impossible, de parler d’autres sujets, tels les droits des minorités et des femmes, le racisme, la violence, les inégalités/injustices, la dictature, les croyances…..

– Parce qu’il encourage la délation d’un enseignement dénoncé comme « politisé » : « Depuis cinq ans, on reçoit de plus en plus de témoignages de professeurs menacés, exposés sur les réseaux sociaux ou renvoyés », rapporte Diogo da Costa Salles, professeur d’histoire de 26 ans au primaire et au collège à Rio, et l’un des coordinateurs de « Professeurs contre l’École sans parti », un mouvement créé contre la loi « Escola sem partido » (École sans parti). La tendance s’est accentuée depuis la récente campagne électorale, d’autant plus qu’au lendemain de l’élection de Jair Bolsonaro, une députée de son parti a appelé dans une vidéo à filmer les professeurs qui « endoctrinent » pour dénoncer leurs « discours politico-partisan ». Un appel repris par Jair Bolsonaro quelques jours plus tard…..»(6)

–  Parce que sous couvert d’imposer « la neutralité » dans l’enseignement, ce programme éducatif favorise en réalité un nouvel endoctrinement à l’école, sous prétexte d’en extirper un autre. D’autant plus que choisir/imposer d’être « neutre », ou ne pas parler de certains sujets, est déjà en soi un acte politique ! (6)

Dans ce « package idéologique », nous trouvons une vision utilitariste et marchande, avec la volonté de faire de l’école un lieu de transmission d’une idéologie économique et sociale (le libéralisme) et un lieu de formation d’une main-d’oeuvre bon marché, plutôt qu’un lieu de stimulation d’une pensée critique, de pluralisme et de diversité. Cette volonté est illustrée par cette déclaration à l’agence de presse Agência Brasil du Président Bolsonaro lui-même – qui a nommé comme « super ministre » de l’économie Paulo Guedes, formé à la très libérale « école de Chicago » – comme quoi l’école devra être «un lieu où l’on apprend la physique, les mathématiques et la chimie pour faire en sorte d’avoir, à l’avenir, de bons emplois, de bons patrons et de bons libéraux »(3).

Un autre souhait du futur gouvernement est le retour aux programmes scolaires de l’éducation morale et civique, matière abolie après la fin de la dictature militaire. Ainsi, le général Aléssio Ribeiro Souto, l’un de ceux nommés par Bolsonaro pour élaborer le plan d’éducation, remet en question la théorie de l’évolution pour défendre le créationnisme dans l’enseignement scientifique. Mais il prêche aussi un révisionnisme historique de la période dictatoriale dans les cours d’histoire, exigeant que la «vérité» sur le régime soit dite. A noter que contrairement au matériel didactique utilisé par les écoles militaires brésiliennes [dans lesquelles est intervenu Aléssio Ribeiro Souto], qui parlent du coup d’Etat de 1964 comme de l’«évolution de 1964», les livres du Ministère de l’éducation définissent le régime comme une dictature ».

Autre priorité de Bolsonaro et de ses partisans « effacer l’idéologie de Paulo Freire » (1921-1997), en référence à l’une des grandes figures de l’éducation dans le pays, connu pour sa théorie de la pédagogie de l’opprimé. Sauf qu’à l’heure actuelle, ni les programmes de base ni les programmes de l’école secondaire ne se réfèrent aux méthodes de Freire – pas plus qu’ils ne contiennent le mot «genre», qui a déjà été retiré des plans d’éducation en raison de pressions politiques. En réalité, selon Daniel Cara, coordinateur de la campagne nationale pour le droit à l’éducation et ancien candidat au Sénat pour le PSOL, « le rejet de Paulo Freire est une stratégie parce qu’il symbolise la stimulation de la pensée critique. Ce que Freire défend est accepté dans le monde entier….».(4)

Bref, l’Ecole semble bien « mal partie » sous Bolsonaro, pour qui la mise en œuvre d’un tel plan éducatif ne sera pas aisée, puisque le Président brésilien se heurtera, l’an prochain, au Conseil national de l’éducation, un organe indépendant qui accompagne les décisions du ministère.

Ceci dit, Olavo Nogueira Filho, directeur du mouvement Tout pour l’Education, très critique envers le manque de profondeur des projets de Bolsonaro, regrette que le débat sur la politique éducative n’ait pas eu lieu durant la campagne électorale. Il espère que le nouveau gouvernement sera « disposé à écouter les nombreuses propositions à l’étude dans la sphère interpartis, afin de rechercher des progrès durables dans ce domaine.»(4)

Et quant à l’historienne Lilia Schwartz, elle regrette aussi, dans une tribune pour le journal en ligne Nexo, qu’autant d’énergie soit mobiliser à discuter d’un projet si obscurantiste, qui fragilise les maîtres et retire aux élèves le droit à une éducation critique ». Pour elle, le « problème majeur n’est pas “l’endoctrinement”– qui n’a d’ailleurs jamais été sérieusement étudié », mais « l’éducation défaillante que nous proposons. » (6)

Or, à l’inverse d’une telle conception « autoritaire » et « régressive » de l’éducation, laquelle fait de façon contradictoire « la promotion de l’endoctrinement à l’envers », l’école devrait être le lieu où l’on apprend à aimer la vérité et où l’on apprend à penser, pour penser par soi-même. Non seulement pour devenir un être responsable et autonome, mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que le petit d’homme va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. Et non en s’enfermant dans un univers clos, fantasmé et idéalisé. L’école devrait aussi être un lieu de vie et d’apprentissage, où enfants et adultes apprennent à vivre réconciliés – avec eux-mêmes, les autres et leur environnement – bâtissant des relations de confiance, dans la paix et le respect.

Prions pour que de bons choix éducatifs soient faits au Brésil, pour de belles écoles où l’on ferme la porte au rejet, à la haine et à l’ignorance, et où l’on ouvre l’horizon des enfants.

 

 

Notes : 

(1) http://www.evangeliques.info/articles/2018/11/27/bresil-le-futur-ministre-de-l-education-est-un-theologien-evangelique-19138.html

(2) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/theologien-tete-ministere-bresilien-leducation-2018-11-25-1200985390 [Ricardo Vélez-Rodriguez sera finalement limogé et remplacé, début avril 2019, par Abraham Weintraub, venu de la finance cf http://www.lefigaro.fr/flash-actu/bresil-bolsonaro-limoge-un-2e-ministre-celui-de-l-education-20190408 ]

(3) https://www.20minutes.fr/monde/2378723-20181123-bresil-nouveau-ministre-education-bolsonaro-philosophe-theologien

(4) https://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-bolsonaro-lance-la-bataille-contre-les-ideologies-nocives-dans-le-systeme-educatif.html

(5) https://www.observatoirepharos.com/pays/bresil/reforme-de-lenseignement-renforcer-ou-limiter-le-pluralisme-dopinions-pt/ (Voir aussi : https://journals.openedition.org/bresils/2856). Rappelons qu’au Brésil, l’État ne gère directement qu’une minorité des écoles. Les écoles sont en majorité privées ou semi-privées. Les programmes scolaires existent, mais peuvent varier d’un État à l’autre. Les manuels également. La marge de manœuvre pédagogique, didactique et idéologique des écoles est très grande. La religion est une matière enseignée dans le cadre scolaire. Les enseignants ont également le droit constitutionnel d’exercer leur liberté didactique. Ils doivent cependant respecter les principes de la Constitution qui protègent l’enfant de tout endoctrinement et qui garantissent la liberté éducative des parents.

(6) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Au-Bresil-enseignants-sinquietent-detre-places-surveillance-2018-11-28-1200985996 

« Intégration biblique » dans les écoles chrétiennes : quelles finalités ?

L’école est le lieu où l’on apprend à penser (…) par soi-même, non seulement pour devenir un être responsable et autonome mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que « le petit d’homme » va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel.

L’une des questions que la plupart des personnes (chrétiennes ou non-chrétiennes) posent à Renaud (1) concerne l’enseignement de la Bible et la place de Dieu dans son enseignement et dans sa salle de classe. Une question tout à la fois primordiale pour lui et complexe, sur laquelle il revient régulièrement pour tenter « de la formuler, de la comprendre, et de l’approfondir ». Il a d’ailleurs écrit à ce sujet un article intitulé « l’intégration biblique » dans les écoles chrétiennes, paru le 09 février 2018 sur Le Bon Combat et dans lequel il tente de nous expliquer ce que l’intégration biblique n’est pas, tout en proposant des pistes pour nous aider à mieux discerner, en pratique, ce qu’elle pourrait être véritablement.

Voici quelques réflexions suscitées par son article. L’enjeu étant d’anticiper les écueils à éviter lorsque nous abordons la question de l’intégration biblique dans les écoles chrétiennes en particulier, ainsi que la question de la finalité de telles écoles (qui sont avant tout des écoles, ne l’oublions pas) en général :

Ainsi, Renaud estime que « Les matières académiques viennent en renforcement du temps biblique pour qu’ils apprennent à véritablement connaître qui il est. Il faut donc toujours partir de Dieu et rechercher les principes bibliques qui se trouvent derrière chaque matière scolaire. Pourquoi étudions-nous l’histoire ? Parce que Dieu est le Dieu qui agit par le biais de sa Providence au milieu de l’histoire des hommes. Il est le Dieu trinitaire qui s’est incarné et qui, à un moment bien précis, est carrément entré dans notre histoire. Pourquoi faire de l’art plastique ? Parce que Dieu est celui en qui se trouve la beauté absolue. Cette beauté qui se reflète dans la diversité de sa Création et dans les instructions qu’il a données à Salomon pour la construction du Temple, etc ».

Si l’on admet l’axiome comme quoi « Tout vient de Dieu », ce que je partage personnellement mais qui ne sera pas le cas du lecteur non croyant par exemple, je rejoins l’idée qu’étudier les matières académiques permet de « connaitre » Dieu. Et je dirai même plus : « aimer » Dieu (il serait d’ailleurs bon d’expliquer ce que veut dire « connaitre » au sens biblique mais la place nous manque pour le faire ici). Mais ce que je veux surtout souligner, c’est que les études académiques n’ont pas cet unique but. Elles ont aussi pour but de connaitre le monde dans lequel l’homme vit au passé, présent et futur : le monde physique, géographique, politique, pour s’émerveiller, certes, mais aussi pour mieux le préserver.

Elles ont aussi pour but de se connaitre soi-même – sur le plan physique, psychique, psychologique, « pour naître de nouveau », mais aussi devenir un homme ou une femme responsable, bienheureux – et de connaitre les autres dans toutes leurs diversités personnelles et culturelles, pour devenir un être socia(b)l(e) capable de s’adapter, d’aller à la rencontre de celui qui lui semble étranger, en vue d’être un facteur de changement tout au long de sa vie.

D’autre part, si l’on admet encore que le but principal de l’école – ou des études – serait de « connaitre », ce n’est pas le seul. La connaissance à elle seule « enfle mais n’édifie pas »[d’après 1 Cor.8v1], y compris quand l’objet de notre connaissance serait, ô paradoxe, Dieu lui-même. Je dirai que l’école est le lieu où l’on apprend à penser, pour penser par soi-même, non seulement pour devenir un être responsable et autonome mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que « le petit d’homme » va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. C’est ainsi l’encourager à proposer des solutions, lesquelles, si elles sont inspirées de Dieu et « christocentrées », seront comme du sel dans un plat, pas forcément ostentatoires mais bien présentes.

Par ailleurs, l’auteur constate que les jeunes « abandonnaient la foi et l’Église après leurs études. Pourquoi ? Parce que ces jeunes n’apprenaient que des versets par cœur, mais ne connaissaient pas Dieu ni leur Bible, même après toutes ces années. Ils n’avaient pas reçu ce tissage de vérités et de principes bibliques qui leur auraient permis de tenir ferme lors de leur retour dans le monde. Ils n’étaient pas équipés pour l’envoi. Cela ne veut pas dire qu’ils ne reviendront jamais à Dieu si ce dernier les a choisis, mais une meilleure intégration biblique leur aurait probablement évitée beaucoup de dérives ».

« Le but final de cette intégration biblique est que les enfants puissent naître de nouveau, entrer dans leur vocation, prendre des responsabilités dans l’Église, devenir des disciples du Christ. Chaque matin, je me dis qu’en face de moi j’ai peut-être de futurs pasteurs, de futurs missionnaires, de futurs théologiens, de futurs coiffeuses ou garagistes qui amèneront des dizaines de personnes à Christ. Et tout cela pour la gloire de Dieu ».

Je rejoins en partie la première moitié de ce paragraphe mais voudrais nuancer la seconde pour que le lecteur lambda – ne connaissant pas les écoles chrétiennes ou pire en ayant déjà une idée peu flatteuse – ne fasse pas le raccourci suivant qui consiste à croire que les écoles chrétiennes forment de petits théologiens dans un univers clos (hors monde) comme des écoles coraniques peuvent bourrer le crâne des petits, pour ne pas dire : les endoctriner.

Autant il est important, en effet, que les professeurs qui enseignent la Bible fassent des études de théologie pour ne pas enseigner des inepties, ni des points d’interprétation personnels comme la sélection divine ici évoquée, autant il est crucial que les professeurs soient également formés aux sciences de l’éducation et aux pédagogies pour ne pas avoir une approche seulement pastorale (ou évangéliste) de leurs élèves, comme dans une église. Oui, il faut dénoncer le rabâchage (qu’il soit biblique ou autre) de versets déconnectés de leur sève, comme il convient de dénoncer le « faire » se retrouvant déconnecté de « l’être » : c’est en cela qu’il est juste de rappeler qu’une école est avant tout un cadre de vie (« un laboratoire » ?) pour apprendre à apprendre et pour apprendre à penser, à douter, à observer, à découvrir, à interroger, à avoir une démarche scientifique, à vivre, à aimer…et la liste est longue. Et ces écoles ne sont pas « des sanctuaires », retirées du monde duquel les élèves seraient à nouveau « envoyés » une fois formés : ils y sont déjà ! Pour avoir écouté le témoignage d’anciens élèves d’une école chrétienne, devenus jeunes adultes, sur les choses à y changer, je sais qu’ils ont répondu unanimement que tout était à garder sauf…. le fait de ne pas avoir été assez préparé à vivre dans CE monde-là.

 

 

Note : 

(1) Renaud est enseignant dans une école chrétienne privée et évangélique où il a la charge d’une classe multi-niveau de CE2-CM1-CM2. Il est également titulaire d’une licence en théologie de l’éducation à l’Institut Supérieur Protestant Mathurin Cordier en Alsace. Il lui arrive également d’écrire pour le blogue Le Bon Combat.

Ecologie et accueil de réfugiés en Auvergne-Rhône-Alpes : ou comment renier tout un héritage et un enseignement

Accueillir le réfugié, c'est "chrétien" ? (Dessin de "PrincessH", pour "La Croix", octobre 2016)

Accueillir le réfugié, c’est « chrétien » ? (Dessin de « PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

Comment est-il possible de renier un héritage ? Un héritage historique, spirituel et moral, par exemple ? Ou même tout un enseignement et l’esprit de cet enseignement ?

Voici deux faits récents, particulièrement révélateurs, en guise d’illustration : l’un ayant trait aux migrants et l’autre à l’écologie.

Premièrement, un reportage de France 3 Auvergne, diffusé en septembre 2016, rappelle que Le Chambon-sur-Lignon(43), 2500 habitants, seul village d’Auvergne à avoir été reconnu comme « Justes parmi les Nations », a été depuis des siècles une terre d’accueil pour tous les persécutés.  En effet, depuis le Moyen-Âge, il « n’a cessé d’accueillir la misère du monde. Des protestants persécutés par les catholiques, aux républicains espagnols ; des orphelins, aux enfants juifs cachés ici et dans toutes les communes environnantes pendant la guerre, les habitants du Haut-Lignon ont fait preuve de générosité ».

Or, si la majorité du conseil municipal, tout comme les élus de l’opposition, ont déclaré leur volonté d’accueillir des réfugiés et, notamment, ceux qui sortiront de Calais après le démantèlement de sa « Jungle », madame la maire de cette petite commune auvergnate, Eliane Wauquiez, préfère temporiser : elle refuse de soumettre l’accueil des réfugiés au vote du conseil municipal, « (souhaitant) au final que le procès-verbal n’enregistre pas cet engagement [d’accueillir des migrants] et ne le manifeste pas », a ainsi expliqué sur France 3 Auvergne Hervé Routier, conseiller municipal de l’opposition.

Elle s’aligne ainsi sur la position de son fils, Laurent Wauquiez, qui préfèrerait ne pas voir un seul (migrant) arriver en Auvergne Rhône-Alpes. Le président de la Région avait ainsi déclaré qu’il aiderait les maires à trouver des solutions juridiques pour ne pas avoir à accueillir de réfugiés sur leurs communes(1)…

Selon Alain Jakubovitz, le président de la LICRA, Laurent Wauquiez (par ailleurs, agrégé d’histoire)  renie l’héritage du Chambon sur Lignon, en refusant d’accueillir 1784 migrants (aux frais de l’Etat)en Auvergne Rhône Alpes, la deuxième région plus riche de France, peuplée de près de 8 millions d’habitants…..(2)

 

"Pardonnez-moi, Seigneur, car j'ai surpêché", dit ce "grand pêcheur" devant l'Eternel... (Dessin de Patrick Chapatte)

« Pardonnez-moi, Seigneur, car j’ai surpêché », dit ce « grand pêcheur » devant l’Eternel…
(Dessin de Patrick Chapatte)

Deuxièmement, on note, à l’instar de Mahaut Herrmann, dans la revue d’écologie intégrale « Limite », la multiplication de déclarations insultantes et outrancières contre les écologistes, par le même Laurent Wauquiez  : En décembre 2015, une lettre aux agriculteurs dénonçait les dangereux alliés du PS, les « ayatollahs écologistes ». Sitôt élu, il promettait d’évincer « toutes ces structures doryphores qui vivent sur la bête et ne se préoccupent que de la beauté du paysage, mais se moquent de l’agriculture », comprendre les associations de protection de l’environnement. Et pour justifier la suppression des fonds alloués par conventions aux associations de protection de l’environnement et la convention à trois millions d’euros signée avec les chasseurs, son vice-président délégué à la chasse et à la pêche déclarait sans vergogne : « il y a deux façons de voir la ruralité, la préservation de la biodiversité, l’aménagement du territoire : soit on le voit du côté des bobos des villes, soit on discute avec les acteurs du monde rural qui connaissent le territoire parce qu’ils le pratiquent tous les jours et tous les week-ends lorsqu’ils chassent ». « Terroristes, insectes ravageurs des pommes de terre, et non des moindres, « les doryphores » étaient aussi, pendant la dernière guerre, le surnom de l’occupant allemand : voilà de quoi un président de région qui est allé draguer le vote catholique traite ceux qui se consacrent à la sauvegarde de la maison commune ».

Bref, c’est tout un héritage, mais aussi tout un enseignement, qui est ainsi renié par celui qui est généralement présenté comme un « catholique engagé avec réalisme dans le monde tel qu’il est », dont « les idées politiques (seraient) ancrées dans une foi chrétienne pleinement assumée avec intelligence », mais dont le discours se résume à : « vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ».

 Pourtant, le rôle de Laurent Wauquiez,  en tant que responsable politique et élu, devrait être de rassurer, d’expliquer, d’engager les gens à agir. Son rôle, en tant que chrétien convaincu, devrait être de démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de discours « twittables ». La peur nourrit la peur. Un chrétien(qui suit le Christ et son enseignement) responsable devrait, au contraire, 1) expliquer que le plus célèbre des jeunes réfugiés en Egypte a dit : « j’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli » (Matt.25v 43-45  cf Jean 1v11), et 2) rappeler qui a (re)commandé « d’aimer l’étranger… » et de « ne pas porter atteinte à ses droits »( Lév 19v33, Deut 10v18-19 ; Deut 24v17, 27v19)

Un chrétien responsable devrait aussi rappeler que, lorsqu’il créa le monde, Dieu a confié à l’Homme la responsabilité de « cultiver, garder » et protéger la terre(Gen.2v15). L’homme devait se comporter en sage et responsable intendant. Et vu que seul Dieu est le propriétaire de toute chose, nous ne sommes chez Lui qu’en tant qu’ « émigrés et hôtes » (Lévitique 25v23 ; 1 Chron.29v14-16 ;  Ps.50v9-15… cf 1 Pie. 1v1 ; 1 Pie.2v11). Comme le souligne Erri de Luca dans « Noyau d’olive », les verbes du travail et de la garde de la terre, « avad » et « shamar » sont les mêmes que celui du service[ou du culte] dû à Dieu (cf Exode 10v26). D’autre part, « le verbe shamar est traduit par « garder » quand il s’agit de la terre et « observer » quand on se réfère aux commandements de Dieu. De fait, La terre nous est confiée, comme Ecriture transmise. Or, le nombre d’espèces en voie d’extinction ou la dégradation manifeste de l’environnement trace un sombre bilan. Sans conteste, l’être humain s’est éloigné du mandat originel et a lamentablement « raté la cible ». Et « rater la cible », c’est pécher.

Bref, il nous faudrait aujourd’hui un nouveau prophète Jérémie, pour se tenir « à la porte de la maison de l’Eternel » et proclamer : « Ecoutez la parole de l’Eternel, Vous tous, hommes de Juda, qui entrez par ces portes, Pour vous prosterner devant l’Eternel! Ainsi parle l’Eternel des armées, le Dieu d’Israël: Réformez vos voies et vos oeuvres, Et je vous laisserai demeurer dans ce lieu. Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant: C’est ici le temple de l’Eternel, le temple de l’Eternel, Le temple de l’Eternel! Si vous réformez vos voies et vos oeuvres, Si vous pratiquez la justice envers les uns et les autres, Si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve….. » (Jer.7v2-6)

Et un nouveau prophéte Osée, appelant à écouter la parole de l’Eternel, et à faire le lien entre l’activité humaine et le désastre écologique : « Parce qu’il n’y a point de vérité, point de miséricorde, Point de connaissance de Dieu dans le pays. Il n’y a que parjures et mensonges, Assassinats, vols et adultères; On use de violence, on commet meurtre sur meurtre. C’est pourquoi le pays sera dans le deuil, Tous ceux qui l’habitent seront languissants, Et avec eux les bêtes des champs et les oiseaux du ciel; Même les poissons de la mer disparaîtront »(Osée 4v1-3)

En attendant, comme le relève encore Mahaut Herrmann dans « Limite », c’est, entre autres, le blogueur Koz, hérissé par la multiplication des discours politiques anti-réfugiés et inquiet de leur succès auprès des chrétiens, qui choisit de monter au créneau : « Un homme politique n’est jamais obligé de se présenter comme croyant. S’il décide de le faire, il doit assumer une certaine cohérence pour lui-même et parce qu’il n’engage pas que lui », juge-t-il. « Cette cohérence n’est certes facile pour personne, et il faut accepter des divergences d’interprétation. Mais quand un politique cherche manifestement à bénéficier de la bienveillance politique des catholiques et prend des chemins qui s’écartent visiblement de la doctrine sociale de l’Eglise, il faut à un moment donné refuser de suivre, et faire comprendre que le catholicisme n’est pas un argument de campagne. C’est aussi à nous, simples fidèles, de ne pas laisser préempter la doctrine sociale de l’Église. »

"Ce dont cet homme a besoin" ou le point de vue du dominant-bis, par Andy Singer

« Ce dont cet homme a besoin » ou le point de vue du dominant, par Andy Singer

Dans le cas de Laurent Wauquiez , celui-ci « a clairement choisi, par pur souci de communication, de rechercher le vote des catholiques. Il a également manifestement choisi d’occuper un créneau, en se faisant connaître au moyen d’interventions publiques dénonçant les migrants et l’assistanat », poursuit le blogueur. « On peut certes avoir une position réservée sur la question difficile de l’accueil des migrants, on peut diverger sur le traitement social du chômage. Mais voir avant tout des assistés quand on voit des pauvres ou des chômeurs, voir avant tout une nuisance quand on voit des migrants[ou des écologistes], tout en se revêtant soi-même d’une onction catholique, ça n’est plus acceptable. Il nous appartient de dire que nous ne sommes pas dupes, et que nous ne cautionnons pas. »  L’association Sœur Emmanuelle a elle aussi haussé le ton après la tentative de Laurent Wauquiez de placer ses propos intransigeants sous le patronage de celle qu’on surnomme « petite sœur des chiffonniers ». Le communiqué ne laisse aucune place au doute : « étant donné sa faible connaissance de Sœur Emmanuelle, Monsieur Wauquiez n’est pas autorisé à parler à la place de celle-ci »(3). Et pas mieux à la place des pauvres…

 

Pour aller plus loin sur cette thématique des migrations et des étrangers, par ailleurs centrale et presque omniprésente dans la Bible, voir :

Sur le site catholique interbible, quelques textes bibliques à lire et à étudier, avec ces questions : Lesquels des textes bibliques vous inspirent le plus ? Devant l’étranger, la Bible prescrit diverses attitudes : du génocide à l’amour. Quelle est l’attitude biblique dominante selon vous? Quel est votre rapport à l’étranger? Et pourquoi ?

Et sur le même site, un quizz sur cet inépuisable sujet.

Deux articles évangéliques :
– Celui d’Emile Nicole : « L’attitude à l’égard de l’étranger d’après l’Ancien Testament », dans « Promesses », revue de réflexion biblique.

– Cet autre d’Eric Lemaître sur l’accueil de l’étranger, paru sur le site « Info Chrétienne ».

Et sur l’écologie :

« Bible, création et écologie » de Scott Mac Carty, dans la revue « Promesses ».

Ces autres ressources sur le site « Ethique sociale chrétienne ».

Et ces autres, sur Pep’s café, dont quelques livres : « La pollution et la mort de l’homme », de Francis Schaeffer ; « Dieu, l’écologie et moi », de Dave Bookless ; « Laudato si », du Pape François.

 

 

 

Notes :

(1) Cf http://www.rue89lyon.fr/2016/09/22/migrants-famille-wauquiez-fait-barrage-tradition-accueil-chambon-sur-lignon/. Laurent Wauquiez a lancé une pétition nationale pour « dire non au Plan Cazeneuve de répartition des migrants dans nos régions », invoquant le risque de la multiplication des « jungles » de Calais dans le pays. Argument réfuté par le ministère de l’Intérieur cité par Libération : « près de 6000 personnes de Calais ont déjà été orientées vers des CAO (centres d’accueil et d’orientation) depuis le 27 octobre 2015, parfois même dans la région de Laurent Wauquiez, sans même qu’il s’en aperçoive ! »( http://www.liberation.fr/france/2016/10/02/refugies-les-francais-les-bras-a-demi-ouverts_1518484 ) Et comme l’indiquait Le Dauphiné le 15 septembre dernier, la région que préside Laurent Wauquiez, a accueilli 1390 migrants ses 12 derniers mois et dispose au total de 8000 places d’accueil. http://www.ledauphine.com/politique/2016/09/14/1-784-migrants-iront-dans-la-region

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/21/les-intox-de-laurent-wauquiez-sur-la-repartition-des-migrants-de-calais_5001453_4355770.html

http://www.lepoint.fr/societe/migrants-la-lettre-au-vitriol-de-jacques-livchine-a-laurent-wauquiez-20-09-2016-2069962_23.php



(2) A noter cette anecdote, partagée par LW à La Vie en 2012, et qui s’avère aujourd’hui savoureuse : Visitant le Mont-Saint-Michel, il découvre, « dans l’abbatiale, une statue montre l’archange saint Michel en lutte contre le diable. Ce qui lui inspire cette réflexion : « Satan n’est pas enraciné dans le mal. Il est d’abord un serviteur de Dieu, puis il fait le choix du mal. Le mal est dans la vie, inscrit dans notre diversité. Que l’on soit chrétien ou non, il faut toujours se rappeler ce choix. De même, la politique est dans un équilibre entre cynisme, dureté des affrontements, et idéal. Les deux sont liés. Il serait utopique de dire qu’il n’y a pas de rapports de force. Pour autant, il serait caricatural de penser qu’il n’y a pas d’idéaux et de convictions. Il faut réussir à trouver le juste équilibre entre les deux ». Ce qui n’est pas toujours aisé », conclut l’article de La vie (http://www.lavie.fr/actualite/france/laurent-wauquiez-le-catholique-engage-24-01-2012-23375_4.php ). En effet !

Interrogé par le même hebdomadaire, l’agrégé d’histoire estime que les risques pour une démocratie qui n’écoute par la détresse de ses classes moyennes restent « l’extrémisme, la haine de l’autre, l’intolérance », estimant que « l’exemple le plus marquant reste la république de Weimar » : le « premier régime démocratique en Allemagne dans l’entre-deux-guerres » a été « incapable de s’occuper de ses classes moyennes. Hitler a prospéré sur ce terreau d’inquiétude pour le transformer en vote nazi. Une société qui n’écoute pas la détresse de ses classes moyennes tourne le dos à son avenir ». Et que dire de celle qui n’écoute pas la détresse des migrants ? Et écoute ceux qui « prospère sur (cet autre) terreau d’inquiétude » pour le transformer en vote ? http://www.lavie.fr/actualite/france/laurent-wauquiez-je-ne-veux-pas-d-une-droite-des-riches-27-01-2012-23529_4.php

 

(3) http://www.lexpress.fr/actualite/politique/migrants-laurent-wauquiez-rappele-a-l-ordre-par-l-association-soeur-emmanuelle_1835272.html

 

 

 

 

« Veille sur toi-même et sur ton enseignement » : une exhortation pour tout enseignant, moniteur et parent

(Ce qui suit a été reçu le 05/02/10. A la base, il y a eu une discussion avec un jeune adulte sur la parabole de l’ivraie. Laquelle discussion m’a, de fil en aiguile, conduit à toute une réflexion. Celle-ci, mise une première fois par écrit, a été reformulée le 27/10/11, synthétisée et transmise comme exhortation à des moniteurs d’école du dimanche et parents le 13/05/12. Je la publie ici en espérant qu’elle sera utile)

Pourquoi une telle exhortation ?

Mare et poulains par Karen Allen

Mare et poulains par Karen Allen

Parce que tout enseignant est confronté au défi suivant en ces temps difficiles que nous vivons : répondre à un refus d’apprendre/d’être enseigné et à un rejet de ce qui nourrit.

Or, nous ne devons pas nous décourager et nous souvenir que Dieu nous dit qu’ «aujourd’hui est le jour du salut !»(2 cor.6v2) : nous devons être, à la fois actifs et persévérants pour le Seigneur, et actifs pour chercher, transmettre la vérité. Car, combien de temps encore pourrons-nous le faire ? Le Seigneur « revient bientôt », « promptement ». Nous, chrétiens, vivons dans cette espérance de son retour et comme si ce jour était le dernier.

Recentrons-nous sur les priorités : pour nous, enseignants, moniteurs, ou parents, ces priorités que nous avons choisis sont les enfants et la Parole de Dieu. Seules choses « durables » et éternelles.

Dans cette perspective, la présente exhortation se résumera à  : « veille sur toi-même » et « sur ton enseignement ».

Passages de référence : 1 et 2 Timothée ; 2 Rois 2, 4, 6(exemples d’Elisée)

I)« Veille sur toi-même »

Tout enseignant enseigne d’abord ce qu’il est. Nous, enseignants, moniteurs et parents,

Vigne par gabile gabile Soyons attachés au cep pour porter du fruit

Vigne par gabile gabile
Soyons attachés au cep pour porter du fruit

nous sommes ce que nous sommes, parce que nous sommes avant tout rattachés « au Cep », le Seigneur Jésus-Christ. Parce que nous connaissons Jésus-Christ comme sauveur et seigneur de nos vies.

A)Nous sommes exhortés à persévérer dans la fidélité et le témoignage.

Dans 1 et 2 Timothée (lettre de Paul à son disciple, Timothée), plusieurs verbes à l’impératif : « garde », « demeure », « tiens ferme ». Dieu nous demande « d’être » et de « vivre », plus que de « faire ».

« Garde-toi (ou conserve-toi) pur » (1 Tim.5v22), c’est-à-dire, « sans mélange », sans compromis.

« Sois un modèle…en paroles, en conduite, en amour, en foi, en pureté » (1 tim.4v12)

« Garde le bon dépôt » (2 Tim.1v13-14, 1 Tim.6v20)

« Combat le bon combat, en gardant la foi et une bonne conscience » (1 Tim.1v18)

Child and Book par George Hodan Demeurons dans un enseignement d'avenir

Child and Book par George Hodan
Demeurons dans un enseignement d’avenir

« Demeure dans les choses que tu as apprises et reconnues certaines » (2 Tim.3v14)

Nous sommes exhortés à « nous exercer » et « à rechercher » : ici, toujours dans Timothée, un mot-clé, qui revient avec une certaine insistance. C’est-là la clé, ce qui fait la différence. C’est le mot « piété » : ce qui plaît à Dieu. Cultivons donc l’amour et l’amitié de Dieu.

« Exerce-toi à la piété » (1 Tim.4v8, 6v6) ; « Recherche la piété » (1 Tim.6v11)

Une promesse :

« Le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux » (2 Pie.2v9) ; Dieu « aime la piété et non les sacrifices… » (Osée 6v6)

Dieu réclame de nous un élan du cœur, un don de l’être tout entier par amour : c’est ce qui motive aussi pour enseigner les (nos) enfants.

« Le mystère de la piété est grand » : l’incarnation et la glorification du Seigneur (1 Tim.3v16)

« La doctrine est selon la piété » (1 Tim.6v3)

B) Nous sommes exhortés à « déclarer », « exposer », « rappeler », «enseigner la vérité » (1 Tim.4v6, 11 ; 2 tim.2v14 ; 2 Tim.4v2)

« Présente-toi devant Dieu comme un homme éprouvé (…) qui dispense droitement la parole de la vérité » (2 Tim.2v15)

« Reprends », « exhorte » (1 Tim.5v20-21 ; 2 Tim.2v24-25 ; 2 tim.4v2)

« Applique-toi à la lecture…à l’enseignement. » (1 tim.4v13, 2 tim.3v15-17) : sois un homme (ou une femme) de la Parole de Dieu !

[Parenthèse pratique : mieux vaut une modeste lecture sur un temps court, mais régulière, systématique et suivie d’un livre – commencer par un « petit livre », comme 1 Jean, Galates, Philippiens…puis Jean, Deutéronome, Esaïe « le cinquième évangile ». Exemples de plans de lecture ici]

II) « Veille sur ton enseignement » (1 Tim.4v16)

Sur quoi ou sur qui se recentrer, recentrer ? Quel doit être le nœud de notre enseignement ?

Trois exemples avec Elisée, « un type de Christ » :

A)« Les eaux de Jéricho » (2 Rois 2v19-22) : la grâce de Dieu
B)« La mort dans la marmite » (2 Rois 4v38-41) : Christ, dans son humanité, son incarnation
C)« La cognée perdue » (2 Rois 6v1-7) : la croix qui libère

A)« Les eaux de Jéricho »

« les eaux sont mauvaises » et le pays « stérile » (2 Rois 2v19). Il est important de remonter à la source du mal (v21). Du sel est ajouté, « jeté » à la source des eaux, qui furent « assainies » et « il n’en proviendra plus ni mort, ni stérilité » (v21-22).

Cristaux pour le bain par Talia Felix

Cristaux pour le bain par Talia Felix

Le sel purifie et renvoie à la grâce de Dieu : « ayez toujours une parole pleine de grâce, assaisonnée de sel, pour communiquer la grâce… » (Col.4v6)

B)« La mort dans la marmite » 

Un contexte de famine (2 Rois 4v38) : que donner à manger ?
On décide de cuire un potage. Mais le contenu du potage est rendu amer par des « coloquintes sauvages », que « l’on ne connaissait pas » (v39). Nous tous, moniteurs, contribuons « à faire la soupe », mais veillons à ne rien apporter quoique ce soit de contraire à Christ et à la Bible.
A noter que la marmite n’a pas été renversée : de la farine a été ajoutée au contenu.
La farine renvoie au pain, donc au corps de Christ « donné  pour nous » (Luc 22v19).

Est-il prêt par Donna Cosmato

Est-il prêt par Donna Cosmato

Cela nous parle de Christ dans son humanité, son incarnation (cf 1 Jean 1v1-4. « Tout esprit qui déclare publiquement que Jésus-Christ est venu en chair est de Dieu », cf 1 Jean 4v1-3).

C)« La cognée perdue »(2 rois 6v1-7) 

« Elisée coupa un morceau de bois, le jeta à la place de la cognée perdue et fit surnager le fer ». Le bois « libère le fer » : de même, la croix nous a libéré de la mort qui nous retenait captif. (Comparer avec Exode 15v22-27).

Traverser par Radu Pasca

Traverser par Radu Pasca

Enseigner la croix est essentiel, car sans la croix on n’a pas enseigné l’évangile. C’est le seul chemin qu’a suivit le Seigneur, bien que le diable ait tenté (sans succès) de lui faire prendre « un raccourci », de même que Pierre sans doute bien intentionné(« surtout pas ce chemin-là, voyons, Seigneur »…)

Au centre de notre enseignement et de notre vie chrétienne : la grâce, la personne de Christ « parfaitement Dieu et parfaitement homme », la croix.

Nous devons donc enseigner une personne, car la vérité est une personne : « la vérité est en Jésus » (Ephésiens 4v21), qui se présente comme lui-même comme « le chemin, la vérité et la vie »(Jean 14v6).

Conclusion : Quelques mots-clés

Le mot du diable est toujours « demain », « plus tard ». De toute façon, il trouve toujours quelque chose à faire pour nous occuper…et nous rendre dépendants de choses qui nous asservissent.(alcool, drogue, jeu, travail, sport, divertissement…technologie !)

Le mot de Dieu est toujours « aujourd’hui », car « aujourd’hui est le jour du salut »(2 Cor.6v2). Demain sera sans doute trop tard.

Le Seigneur revient. Le temps est à l’urgence. Profitons-en pour être actif dans et pour le Seigneur.

Trois mots d’ordre :

"3 singes modernes"Ceux du monde (cf les 3 convoitises de 1 Jean 2v16)sont : « consomme », « amuse-toi » et « sois (reste) jeune ».

Ceux de Dieu (2 Tim.2v3-6), sachant que nous sommes exhortés à «se « fortifier dans la grâce qui est en Jésus-Christ »(2 Tim.2v1) et à « souffrir comme des bons soldats de Jésus-Christ »(2 Tim.2v3), à dire non à nous-même et oui à Dieu, car cela a été le chemin du Seigneur sur la terre :

Toujours Ensemble par George Hodan

Toujours Ensemble par George Hodan

« Plais » au Seigneur, sois loyal envers Lui (image du soldat) ; « respecte les règles »(image de l’athlète) et ne prends pas de raccourcis ; « travaille en prenant de la peine », si tu veux récolter les fruits(image du cultivateur)

Ne te décourage pas ! (2 Tim.4v5)