« Régionales » et « départementales » : indices de discernement pour « bien voter »

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Vous les avez peut-être oubliées : les élections régionales et départementales auront finalement lieu en France les 20 et 27 juin 2021. Initialement prévues en mars 2021, elles ont été reportées de plusieurs mois en raison de la pandémie de Covid-19 en France, à la suite des préconisations de la mission Debré rendu le 13 novembre 2020.

Ces élections permettront de renouveler les conseils régionaux de 12 régions métropolitaines, de la Guadeloupe et de La Réunion, ainsi que les 95 conseils départementaux.

Disposant d’un statut différent de celui des régions, la Corse, la Martinique et la Guyane organiseront dans le même temps des élections territoriales destinées à renouveler leurs assemblées. 

Pour savoir « comment bien voter », il importe de bien comprendre de quelles élections il s’agit, et quelles sont les compétences des régions et des départements. Ainsi, si un candidat ou une candidate émet des promesses qui n’entrent dans aucun de ces domaines, il y a de fortes chances pour qu’il ne puisse pas les tenir s’il/elle est d’aventure élu(e).

C’est le cas, par exemple, des déclarations de certains candidats concernant « la sécurité » et la lutte contre la délinquance pendant la campagne des régionales, alors que la sécurité n’est pas une compétence du conseil régional. C’est même le seul échelon qui n’a quasiment aucune prérogative sur la question. La protection de la population sur le territoire dépend principalement de l’État. Mais le maire, qui est aussi officier de police judiciaire, a la possibilité de créer une police municipale. Les départements doivent, eux, gérer la police de circulation et la sécurité incendie(1). 

Ce sujet en appelant un autre : une autre candidate, à sa succession à la tête d’une des régions, entend créer « une agence des travaux d’intérêt général »…sauf que celle-ci existe déjà !

Il serait donc temps de savoir enfin à quoi « servent » votre région et votre département.

Ainsi les départements sont compétents dans trois grands domaines: la solidarité et la cohésion territoriale, l’éducation, l’aménagement et les transports, auxquels s’ajoutent certaines actions partagées (culturelles, sportives, tourisme, langues régionales, éducation populaire) avec les autres collectivités territoriales. 

L’action sociale de solidarité représente souvent plus de la moitié du budget de fonctionnement du département et porte sur différents pôles, dont premièrement celui de l’enfance: aide sociale à l’enfance (ASE), protection maternelle et infantile (PMI), adoption, soutien aux familles en difficulté financière. Il y a aussi le pôle des solidarités personnes handicapées: politiques d’hébergement et d’insertion sociale, prestation de compensation du handicap (PCH), maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). A cela s’ajoute le pôle lié aux personnes âgées: création et gestion de maisons de retraite, politique de maintien des personnes âgées à domicile (allocation personnalisée d’autonomie). Enfin, il y a le pôle des prestations légales d’aide sociale, dont la gestion du revenu de solidarité active (RSA) au montant fixé par l’État.

En coordination avec l’État, le département élabore un schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services aux publics, dont l’objet est de réduire les zones marquées par un déficit d’accessibilité.

S’il est question d’éducation lors de ces « départementales », seuls les collèges sont concernés.

Les départements sont compétents pour la construction, l’entretien et l’équipement des collèges (Code de l’éducation, art. L. 213-1 et s.). Ils sont également responsables du recrutement et de la gestion des agents techniciens, ouvriers et de service (TOSpour les collèges. Ces agents ont pour mission d’entretenir et nettoyer les locaux, d’assurer la maintenance des installations et l’entretien des matériels de nettoyage. Ils s’occupent également de la restauration, du magasinage et des fonctions d’accueil.

Enfin, le département partage certaines compétences avec les communes, les régions et les collectivités à statut particulier. C’est notamment le cas des compétences culturelles (financement de manifestations culturelles et artistiques; bibliothèques; musées; services d’archives; conservation du patrimoine), sportives (animations sportives; accessibilité pour tous; financement et promotion du sport amateur et à haut niveau), de tourisme (comité départemental du tourisme; élaboration, promotion et commercialisation de produits touristiques), de promotion des langues régionales (signalétique et documents touristiques bilingues; apprentissage dans les écoles primaires, collèges, lycées et instituts d’études) et d’éducation populaire (aides à la formation d’animateurs; Contrats territorialisés de jeunesse et d’éducation populaire; aides aux associations locales et fédérations d’éducation populaire).

Autant de secteurs sinistrés par la crise sanitaire, et sur lesquels on attend beaucoup des départements comme des autres collectivités territoriales(2).

La région, quant à elle, est un rouage essentiel du “développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique de la région, le soutien à l’accès au logement et à l’amélioration de l’habitat, le soutien à la politique de la ville et à la rénovation urbaine et le soutien aux politiques d’éducation et l’aménagement et l’égalité de ses territoires, ainsi que pour assurer la préservation de son identité et la promotion des langues régionales” selon le Code général des collectivités territoriales (art. L 4221-1). L’économie régionale passe donc par le soutien aux entreprises et les infrastructures de transport régionaux, l’aménagement numérique, ou encore le “soutien à l’internationalisation”, les “aides à l’investissement immobilier et à l’innovation des entreprises, ainsi que les orientations relatives à l’attractivité du territoire régional” (art. L 4251-13).

Promulguée le 7 août 2015, la loi portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe) confie de nouvelles compétences aux Régions et redéfinit les compétences attribuées à chaque collectivité territoriale.  

Moins nombreuses mais plus fortes, les Régions sont en charge de la coordination sur leur territoire de toutes les actions en faveur de l’économie et de l’animation des pôles de compétitivité. Elles sont seules compétentes pour définir les aides et les régimes d’aides générales (subventions, prêts, avances remboursables, etc.) en faveur de la création ou de l’extension d’activités économiques ou des entreprises en difficulté.

L’aménagement du territoire et environnement compte encore parmi leurs compétences exclusives. Elles pilotent toutes les politiques en matière de transport par trains express régionaux (TER), ainsi que les transports inter-urbains.

Elles disposent de l’autorité de gestion des fonds européens depuis 2014. Elles sont pleinement responsables en matière de formation professionnelle, apprentissage et alternance depuis le 1er janvier 2015.

Depuis les premières lois de décentralisation, la Région s’occupe de la construction, de l’entretien et du fonctionnement des lycées d’enseignement général, des lycées professionnels et des établissements d’enseignement agricole. Depuis 2004, elles sont chargées des formations sanitaires et sociales (infirmier, aide-soignant, ambulancier, sage-femme, masseur-kinésithérapeute, assistant de service social, éducateur spécialisé, etc.).

 Enfin, les régions partagent les compétences suivantes avec les autres collectivités : Sport et Culture, tourisme, logement, éducation populaire, lutte contre la fracture numérique, et santé(3).

Ceci dit, en quoi ces élections très « terre à terre », et bien « peu fun » de prime abord, peuvent-elles intéresser le citoyen lambda – ou même le chrétien (qui est aussi citoyen) « engagé en politique » ?

Vous l’avez compris, savoir qui sera élu au sein des exécutifs départementaux et régionaux a une très grande importance, puisque le champ de compétence de ces derniers est en rapport avec notre réalité (très) quotidienne. 

Les chrétiens, quant à eux, ne doivent pas réduire leur participation citoyenne à la seule « présidentielle » (ou même aux seules législatives). Engagés « en politique », dans l’esprit de leur Seigneur, qui a dit être venu, « non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs », ils doivent témoigner qu’ils ne réclament pas le pouvoir suprême – la Présidence de la République – mais plutôt se concentrer à viser les exécutifs départementaux et régionaux (comme locaux), pour être en mesure de montrer sur le terrain comment et pourquoi leurs solutions dans l’esprit de l’Evangile changent la vie et contribuent à améliorer (et non à rendre plus compliqués) les quotidiens des citoyens. Ils gagneront ainsi en crédibilité et en efficacité avec un tel programme et/ou en soutenant de tels candidats qui ne se tromperont pas d’élection ! (4)

Notes :

(1) « La sécurité au coeur de la campagne mais quelles sont réellement les compétences des régions ? » (sur France 3) et « quelles promesses les candidats pourront-ils tenir aux départementales ? » (« Les Surligneurs »). Voir aussi les professions de foi des candidats aux régionales et aux départementales 2021.

(2) Voir « quelles promesses les candidats pourront-ils tenir aux départementales ? » (« Les Surligneurs »)

(3) Sur les compétences des régions, voir ici et ou .

(4) D’après cet article de Claude-Marie Vadrot publié dans « Politis », initialement en rapport avec les écologistes, mais qui m’a paru aisément transposable du côté des chrétiens engagés « en politique ».

Entre-deux tours : le temps des choix difficiles

La voix de Dieu est toujours la plus puissante. Pour couvrir celles de ceux qui hurlent...

La voix de Dieu est toujours la plus puissante. Pour couvrir celles de ceux qui hurlent…

L’homme a un très pouvoir, dit-on : celui de disposer de « la liberté de choix ».

Ainsi, chacun est libre. De choisir. Ou, par exemple, de voter. Ou de ne pas voter, par exemple au deuxième tour des élections régionales de dimanche 13/12.

Dans ce cas précis, un tel pouvoir peut nous apparaître comme une véritable « malédiction », pour ne pas dire « un fardeau », plus que comme un réel avantage. En effet, la plupart auront des choix difficiles-très difficiles- à faire, selon les régions où ils se trouvent*. Et l’on peut comprendre pourquoi.

Chacun est libre, donc. Mais notre liberté n’est jamais exempt de responsabilité, et elle n’est jamais, quoiqu’on en dise, « liberté des conséquences de nos choix »(cf Rom.14, qui illustre assez bien cette idée)

Mais comment, dans nos choix, et notamment nos choix électoraux, rendre notre témoignage chrétien ? Soit de laisser voir Jésus-Christ et manifester le fruit de l’Esprit : « amour, joie, paix, maîtrise de soi, bienveillance, bonté… »(Gal.5v22. Comparer avec 1 Cor.13) ? Surtout dans une situation où « le libre choix » nous semble « maigre »(par exemple, où il peut nous sembler que l’on nous demande de choisir « entre la peste ou la grippe »)…..

Dans cette situation, comme dans d’autres, le chrétien est appelé à être sage et « saint »(soit de manifester ce qu’il est), parce que Son Dieu est « Saint ». Et le sage, le saint, est celui qui sait faire la différence et user de discernement, loin de tout amalgame (cf Lévit.20v25-26).

L’enjeu, en ces temps d’incertitudes et de confusions, est de vivre avec foi les psaumes 46 et 93. Soit de manifester sa confiance en Dieu, dont la puissante voix couvre la voix « des océans [ou les chutes du Niagara) qui hurlent de fureur »(Ps.93v3. BFC). Il n’est pas besoin de vous faire un dessin.

Et pour chaque homme intègre, l’enjeu est, non de garder le silence (à l’instar du « silence d’Adam »**), mais de faire entendre sa voix. Soit, à l’instar de Son Dieu(qui « est lumière »), dès le commencement, de manifester la lumière et de proclamer une parole de vie, au milieu des ténèbres, de la confusion, et de l’instabilité (cf Gen.1v2-3. Comparer avec Eph.5v6-11, 2 Cor.4v6).

Ce n’est donc pas le temps de se taire, mais de faire face, avec courage, amour et sagesse(ou de « sobre bon sens », cf 2 Tim.1v7).

Il est temps, ayant reconnu la voix de votre Seigneur et Sauveur, de se jeter à l’eau(Jean 21v7), et de se souvenir de ce que « l’Eternel attend de moi » : « pratiquer la justice, aimer la miséricorde(ou la loyauté)et marcher humblement avec mon Dieu »(Michée 6v8. Cf Prov.31v8-9). Mon Dieu qui ne fait pas de favoritisme, et qui est le Dieu des veuves et des orphelins, aimant l’étranger, lui donnant la nourriture et le vêtement.(Deut.10v17-19)

A écouter : cette version du chant inspiré de Michée 6v8.

 

Notes :

*Ainsi, par exemple, refuser de voter à gauche, au prix de laisser passer le FN. Sachant que la problématique inverse se pose aussi : refuser de voter à droite, au prix de laisser passer le FN…. Et ce, au nom d’un refus-légitime-de ne pas être pris en otage. Ce ne sera toutefois pas le choix de l’économiste Jean Gadrey, dimanche. Voici sa réponse à des « ami-es et proches on ne peut plus respectables et souvent militants qui semblent s’orienter vers un vote blanc dans (sa) région, avec des arguments » : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2015/12/08/laisser-passer-le-fn-en-refusant-de-voter-a-droite/

http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2015/12/10/je-persiste-faire-barrage-au-fn-seul-parti-raciste/

Voir aussi : http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN.html

 

** D’après le livre éponyme de Larry Crabb.

Entre deux tours : le temps des analyses

Vous disposez d'un grand pouvoir, en tant que citoyen : le pouvoir de vote. Qu'en ferez-vous ? (Première de couverture du roman "La Lucidité" de José Saramago)

Vous disposez d’un grand pouvoir, en tant que citoyen : le pouvoir de vote. Qu’en ferez-vous ?
(Première de couverture du roman « La Lucidité » de José Saramago)

Note : merci de ne pas « zapper » trop vite ce qui suit, car, même si « vous n’êtes pas du monde, vous êtes tout de même « dans le monde ». Et vous votez. Des études bibliques sont proposées en fin d’article, pour nourrir votre réflexion.

« La déferlante FN[en tête dans six régions*] du premier tour était annoncée, attendue(…)La seule chose surprenante, c’est la surprise officielle à l’annonce de ce résultat », observe le journaliste Patrice de Plunkett sur son blogue. Il estime que « la classe médiatico-politique », qui « ne comprend pas pourquoi cinq millions et demi de Français dont 95 % ne semblent pas extrémistes (si l’on en croit les reportages eux-mêmes !) se sont tournés dimanche vers le vote FN » devrait « changer de lunettes ».

Mais souhaite-t-on véritablement « changer de lunettes » ?
Pour le juriste-blogueur catholique « Thomas More », qui redevient régulier sur la toile, « nombreux sont ceux qui refusent de faire un diagnostic honnête de l’état de la société française par peur de ce qu’ils y découvriraient ». Un « déni de la réalité sociale » qui conduit notamment « à jeter l’anathème sur des auteurs tels que Laurent Bouvet ou Christophe Guilluy ». Et l’on aurait tort, estime le juriste blogueur, qui nous propose son intéressante analyse de l’ouvrage de L. Bouvet, « Le sens du peuple ». On peut, à l’instar de « Thomas More », ne pas rejoindre l’ « esprit laïc trop étroit » de ce premier auteur, mais on appréciera si son diagnostic est juste ou non. Même si « la politique » n’est « pas trop votre truc » (mais plutôt la théologie, par exemple), ne zappez pas trop vite ce qui suit, car il y a matière à vous faire réfléchir sur comment « être chrétien dans la cité ».
Le point de vue est le suivant :
Pour Laurent Bouvet, il importe, pour la gauche « d’abandonner le progressisme pour reconquérir le peuple » et « retrouver le sens du peuple ». Une « invitation » qui devrait être « adressée à l’ensemble des mouvements politiques, y compris de droite, même si c’est au prix d’une dose de populisme »**. Ce « populisme de gauche » impliquerait de « renoncer au libéral-multiculturalisme », d’ « écouter la révolte du peuple contre les élites », de « réviser la position de la gauche à l’égard de la mondialisation », et de « réaffirmer l’importance d’une laïcité stricte***… sans pour autant adopter les valeurs conservatrices et autoritaires et la xénophobie de certains populistes de droite ». Un élément intéressant : Laurent Bouvet propose également « de détacher l’individu moderne de sa réduction libérale à l’homo œconomicus pour lui redonner son plein pouvoir (empowerment), c’est-à-dire les moyens de peser sur sa destinée de citoyen libre, autonome et autodéterminé, individuellement et collectivement ». En gros, il invite chacun à reprendre son autorité légitime de citoyen, plutôt que de se résigner à n’être qu’un consommateur….Mais les notions de « liberté », d' »autonomie » et d' »autodétermination » sont autant d’éléments nécessitant à eux seuls toute une analyse, qui ne saurait être réduite en une simple allusion de deux lignes. Nous y reviendrons ultérieurement(notamment, sur la question de la liberté), dans un prochain billet.

Voilà pour « le populisme de gauche ». Et quel serait un « populisme modéré de droite », selon « Thomas More » ? Un populisme « moins étatiste et plus modeste que son homologue de gauche », « plus ouvert à la société civile (y compris dans sa composante religieuse) et défendre scrupuleusement le principe de subsidiarité ». Il devrait également « cesser de soutenir que le libéralisme et la mondialisation sont bénéfiques pour tout le monde[et peut-être aussi arrêter de clamer que l’austérité serait un programme]. Ce serait donc une forme de conservatisme populaire qu’il faudrait garantir contre toute forme de xénophobie ».
A noter qu’un autre blogueur catholique, le naturaliste « Phylloscopus », rappelle, dans sa recension de l’encyclique papale « Laudato si », que la subsidiarité consiste « à régler un problème au plus bas niveau disposant des moyens pour le faire », et « certainement pas en un blanc-seing accordé, en toutes circonstances, à la liberté individuelle ».**** On lui laissera d’ailleurs « le mot de la fin », en vous invitant à aller consulter son excellente analyse « globale » intitulée : « l’écologie(et la foi)contre la peur ». Encore un catholique ? Si vous en trouvez d’autres pertinentes, sur de tels sujets, et qui soient évangéliques, faites-moi signe. Ceci est aussi un appel à vocation.
Etudes bibliques : les devoirs de tout responsable, comme ceux du peuple : Prov.31v8-9 ; Ezéch.34 ; Juges 8v22-23 ; Juges 9 ; 1 Rois 12v3 et ss ; Luc 22v22-27. Voir aussi ce que le Seigneur Jésus a toujours refusé de faire, surtout « pour prouver quelque chose », en Matt.4v1-11 et Matt.12v38 et ss.

 

 

Notes :

*Les décodeurs du Monde : résultat, commune après commune, de la liste arrivée en tête : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2015/12/07/regionales-2015-commune-par-commune-la-liste-qui-est-arrivee-en-tete_4826510_4355770.html ; comportement électoral par sexe, âge, qualification et domaine d’activité :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/12/07/regionales-le-front-national-premier-parti-chez-les-jeunes-qui-votent_4826431_4355770.html

** Et puisque l’on parle de « populisme », voir l’analyse du sociologue des religions Raphaël Liogier : http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui ; https://blogs.mediapart.fr/remy-p/blog/271213/ce-populisme-qui-vient-de-raphael-liogier-ou-les-dangers-du-populisme-liquide ; http://www.slate.fr/tribune/82831/populisme-liquide

*** A propos de la laïcité, voir les travaux du sociologue et historien Jean Bauberot https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog/091215/la-laicite-110-ans-apres-la-loi-de-1905 ; https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog

****cf « Laudato si », paragraphe 196 : « le principe de subsidiarité…donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, mais qui exige en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir ». Et pour une contribution protestante importante à ce sujet, voir les thèses de Johannes Althusius(1556-1637).

Pourquoi il ne faut pas oublier de voter dimanche

Comment "bien" voter, "haut la main" ?

Comment « bien » voter, dimanche, « haut la main » ?

Vous l’avez peut-être oublié, mais nous votons pour la dernière fois, dimanche 6 et 13 décembre…..avant la prochaine élection présidentielle de printemps 2017.

Il s’agit des « régionales », organisées à cette date dans le cadre des nouvelles régions redessinées par la loi du 16 janvier 2015(lesquelles passent de 22 à 13). Vous faites peut-être partie de ceux qui ignorent qu’elles ont lieu prochainement. Ou vous faites peut-être partie des chrétiens qui estiment qu’ « ils ne sont pas du monde », quoiqu’ étant « dans le monde »(Jean 17v14, 16), d’autant plus que le « royaume » de Jésus « n’est pas de ce monde »(Jean 20v36)-ce qui est tout à fait vrai-Et que, donc, non, un chrétien n’a pas à se préoccuper de ces questions.

Mais jusqu’à quel point « ne sommes-nous pas dans le monde » ? Par exemple, quand nous consommons, ou jouissons « des plaisirs du monde » ? Être citoyen n’est-il pas plus important que d’être un simple et pur consommateur ?

Et ne sommes-nous pas « envoyés dans ce monde » (Jean 17v18)appelés par le Seigneur Jésus à être « lumière et sel », « ses témoins », d’abord « à Jérusalem », puis « en Judée, à Samarie, et jusqu’au bout de la terre » ? (Actes 1v8). Et quelle est notre « Jérusalem », notre « Judée », sinon notre ville, notre région… ? Et notre mandat initial n’est-il pas de « servir » et de « garder », « protéger » notre terre ?(Gen.2v15)
Dans quelle mesure servons-nous, en ce monde ? Dans quelle mesure sommes-nous Ses témoins ? De quelle manière pourrons-nous l’être, notamment dans la manière d’exercer le pouvoir du droit de vote ?

D’autant plus que les « régionales » touchent au plus près notre quotidien : leurs compétences se sont renforcées par la loi NOTRe du 7 août 2015, même après la perte de la clause de compétence générale (cad leur donnant un pouvoir d’initiative). Les régions s’occupaient déjà du développement économique, de l’aménagement du territoire, de la formation professionnelle, de la gestion des lycées et des transports, des subventions des associations. Aujourd’hui, « le conseil régional a compétence pour promouvoir le développement économique, social, sanitaire[notamment avec l’enjeu de la lutte contre les déserts médicaux], culturel et scientifique de la région, le soutien à l’accès au logement et à l’amélioration de l’habitat, le soutien à la politique de la ville et à la rénovation urbaine et le soutien aux politiques d’éducation et l’aménagement et l’égalité de ses territoires, ainsi que pour assurer la préservation de son identité et la promotion des langues régionales, dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des départements et des communes ». Ce qui n’est pas mince*.

Elles ne sont donc à manquer sous aucun prétexte, à l’instar de toutes les autres élections, qu’il s’agisse de la présidentielle, des législatives, des européennes, des départementales, ou des municipales…. Chacune d’elles, complémentaire des autres, porte une partie des pouvoirs politiques, à un échelon divers.

D’autre part, vivant dans une démocratie représentative, nous bénéficions du droit de vote, qui est un acte citoyen simple, mais redoutable, car porteur de très grandes responsabilités. Nous sommes convoqués les 6 et 13 décembre 2015, appelés à élire ceux qui seront nos représentants, chargés de gérer et de décider à l’échelle régionale pour six ans. Tout choix doit donc être pesé et raisonné, et certainement pas sous le coup d’un coup de gueule…de la haine, ou de la peur.

« Pour qui faut-il voter ? » me demanderez-vous peut-être ?

Si vous attendez une réponse à cette question ou une consigne « d’en haut », méfiez-vous. Ce n’est pas vous rendre service que d’y répondre à votre place, et vous n’avez pas besoin d’un gourou.

Le défi, et la responsabilité, pour tout citoyen, ou même chrétien-citoyen (et c’est également celui du débat démocratique), reste de juger/d’apprécier/d’évaluer la pertinence (et la portée) des mesures proposées dans les programmes des différents candidats** (à condition de les lire), de la même manière qu’en église, nous évaluons ceux ou celles qui prétendent parler au nom de Dieu (cf 1 Cor.14v29).
Évaluons également l’intégrité, le sérieux et la capacité des prétendants à l’élection à voir le long-terme (le souci de transmettre à la génération suivante) et à rechercher, non pas les intérêts d’un clan ou d’un lobby, mais l’intérêt général, dans le respect de la dignité humaine, comme dans le respect de l’environnement. Tirez des leçons du scandale sanitaire de « la viande de cheval » et méfiez-vous des étiquettes (« chrétien », « catholique », « protestante ») pour apprécier la réalité du contenu. « Pensez global » et cherchez l’interdépendance des différents domaines(famille, santé, éducation, environnement, éthique, économie, social…). Pensez également aux conséquences des actions proposées…
L’examen desdites mesures proposées, relatives à une petite échelle, permet de discerner ce qui pourrait être réalisé plus tard, sur une plus grande échelle.

A l’inverse, prévient Pierre Tourev, fondateur et animateur du site « Toupie »(qui se veut « éveilleur des consciences politiques des citoyens »), « se désintéresser des élections, c’est aussi clamer leur inutilité et donc faire le jeu de ceux qui voudraient les supprimer et avec elles toutes ces « coûteuses » assemblées d’élus (« Cela ferait des économies ! »). Un homme fort (ou une femme) au pouvoir leur suffirait. Mais nous pouvons encore voter et choisir nos dirigeants, ceux à qui l’on fait confiance, ceux dont les opinions sont les plus proches des nôtres ou, à défaut, d’écarter ceux que l’on ne veut absolument pas avoir comme élus ».

Les chrétiens seront-ils « les premiers » ou les derniers, « dans les bonnes œuvres » ?

Enfin, il a beaucoup été fait question des possibilités du Front national, parti d’extrême-droite, de conquérir trois régions à l’issue de ces élections : « Nord-Picardie, avec la liste emmenée par Marine Le Pen, Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec celle conduite par sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, et Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. En cas de victoire, la politique menée par le FN prendra-t-elle vraiment le virage social affiché dans les discours ? » Ivan Du Roy analyse pour Basta mag les mesures mises en œuvre par les maires frontistes, au sein de la vingtaine de villes qu’ils administrent, de nature à nous donner des éléments de réponses et à laisser entrevoir un programme à plus grande échelle : « austérité budgétaire, affaiblissement des services publics, abandon des populations les plus modestes (not. via la suppression de la gratuité de la cantine et des transports scolaires), vision néolibérale du travail… Entre les belles déclarations de ses leaders et son véritable programme tel qu’il est appliqué, il y a un abîme ». Lire l’article ici.

Sur ce, bon WE, et « bon vote ! »

 

Notes :

* Voir sur http://www.vie-publique.fr/actualite/dossier/elections-regionales-2015/competences-regions-apercu-apres-loi-notre.html ; http://www.vie-publique.fr/actualite/faq-citoyens/elections-regionales-2015/

Ainsi que la fiche mémo du CPDH sur les régions.

**En savoir plus sur le site revdem, repéré grâce au CPDH.