« Le seul avenir de l’abstention, c’est l’autocratie »

Abstention, danger !    

Le battage sondagier autour des législatives des 12 et 19 juin a pu semblé bien timide, comparé à celui de l’avant-présidentielle. Certes, l’exercice s’avère plus délicat sur 577 circonscriptions, mais parlons net : passée « l’élection reine »(sic), le scrutin parlementaire a-t-il aussi peu mobilisé qu’en 2017 (57,4 % d’abstention au second tour) ?   

Réponse : 52,5 % des personnes inscrites sur les listes électorales ne sont pas allées voter dimanche 12 juin. L’abstention atteint ainsi un niveau record pour un premier tour des élections législatives.

Il y a quelque chose de baroque dans cette « monarchie républicaine ». On s’y élève contre une concentration élyséenne indue – et réelle  – du pouvoir, mais on y mise tout sur ladite autorité « jupitérienne » [ce « degré zéro » de la politique se discerne même lors des appels au vote du haut de la chaire, en église, quand il y en a – en soi scandaleux et d’ailleurs interdit – exclusivement focalisés sur « la présidentielle », mais jamais sur les municipales, départementales, régionales, ou législatives, et encore moins européennes]. 

Curieuse manière d’en appeler à la fois à un rééquilibrage des pouvoirs prenant mieux en compte les réalités de terrain, et de bouder le moment d’y pourvoir.   Les députés portent, eux aussi, un double corps, en tant qu’élus d’un territoire et de la nation tout entière. Cette articulation est, par principe, nécessaire à la survie d’une démocratie décentralisée, comme le rappelaient Pierre Dharréville (député communiste depuis 2017 dans la 13ème circonscription des Bouches-du-Rhône) et Barbara Pompili (« marcheuse », ancienne ministre de la Transition écologique dans le gouvernement Castex, de 2020 à 2022) dans le dossier « En notre nom », troisième volet d’une série politique proposée par la Revue Projet.  

Le désamour parlementaire mêle en fait plusieurs aspects, quitte à les confondre. Une représentativité formelle défaillante (plus de 60 % de cadres supérieurs dans l’hémicycle, 39  % de femmes et 450 députés issus de la tranche d’âge 40-69 ans) et un reflet tronqué des fractures partisanes. De là, une légitimité jugée contestable, ajoutée à l’hostilité envers toute forme de représentation. Qu’on se souvienne des Gilets jaunes.    

Tout ceci appelle refonte institutionnelle, meilleure considération du citoyen et nouveau pacte politique. 

Tout, sauf le silence des urnes. Le seul avenir de l’abstention, c’est l’autocratie. 

En toile de fond des dernières élections, une crise de défiance historique entre les Français et leurs élus. Comment faire évoluer le système représentatif pour le rapprocher des attentes des citoyens ? Dans ce dossier à (re)découvrir, 3e volet de la série « Réinvestir la démocratie », la Revue Projet propose un état des lieux sans concessions et ouvre le débat sur les nouveaux enjeux à même de faire renaître la représentation.

Bonne lecture édifiante !

Quelles sont tes priorités dans le choix de ton député ?

Quelles seront nos priorités dans le choix d’un député ? Les mêmes que les siennes !

Que peuvent nous apprendre, pour le choix d’un député, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ?

Les 12 (premier tour) et 19 juin (second tour), tu seras une nouvelle fois appelé aux urnes, dans le cadre des élections législatives, pour élire ton député.

Bien sûr, je pourrais aussi te dire : « Tu veux aller voter ? Fais-le. Tu ne veux pas voter ? Ne vote pas. Le plus important c’est d’être en parfaite cohérence avec ce que l’on croit, que l’on expérimente, et que l’on décide ».

Justement, sur quels critères ? Quels sont les enjeux ?

C’est d’abord, pour le député, un grand privilège d’être élu : 6 293 candidats sont en lice pour les 577 sièges de député à pourvoir, soit une moyenne d’environ 11 candidats par circonscription. Lors des précédentes élections législatives de 2017, 7 882 étaient en lice pour le premier tour. En 2012, il étaient 6611(1).

Mais tout privilège comporte de grandes responsabilités : élus au suffrage universel direct, par tous les citoyens en âge de voter et en ayant le droit, pour un mandat de cinq ans renouvelable, les députés occupent en effet une place centrale dans notre démocratie dite représentative.

Bien qu’ils soient élus dans une partie du pays (une circonscription), les députés représentent l’ensemble des Français, qu’ils résident dans l’Hexagone, dans les départements ou collectivités d’Outre-mer, ou encore à l’étranger. Quelque soit leur sensibilité politique ou leur parti d’appartenance, les députés représentent l’intérêt général de la nation, et non les intérêts de groupes particuliers/privés.

Les députés votent les lois et peuvent en proposer. Ils travaillent en commissions (lesquelles examinent les projets ou propositions de loi et préparent les débats en séance publique). Ils contrôlent l’action du gouvernement : ils peuvent ainsi interpeller les ministres pour leur demander de travailler sur certains sujets qu’ils estiment importants pour le pays, lors des « questions au gouvernement », les mardi et mercredi de la période parlementaire ; ils peuvent également renverser le gouvernement, si celui-ci n’a plus leur confiance.  Ils tissent des liens solides avec les assemblées des autres pays, tentent de répondre aux problématiques sociétales en allant à la rencontre des acteurs de terrain, reçoivent les citoyens à leur permanence, bureau d’accueil pour tous les citoyens, pour résoudre leurs problèmes quotidiens.

Le député bénéficie d’une immunité parlementaire : l’irresponsabilité, qui le protège de toute poursuite pour des actions accomplies dans l’exercice de son mandat ; et l’inviolabilité, pour éviter que son action ne soit entravée par des actions pénales visant des actes accomplis par les députés en tant que citoyens. Cela les protège contre les intimidations et les pressions politiques et privées et c’est censé être une garantie d’indépendance et de liberté d’action dans l’intérêt général.

Le député dispose de moyens matériels et financiers attachés à sa fonction : une indemnité parlementaire de 5000 euros par mois, une indemnité représentative de frais de mandat de 6000 euros par mois (frais de déplacement, d’habillement, de restauration…) et un crédit collaborateur (allant jusqu’à 9500 euros par mois) pour rémunérer ses collaborateurs (cinq maxi). Il a enfin à sa disposition un bureau personnel dans l’un des bâtiments de l’assemblée.

Quelles devraient être tes priorités dans le choix du député ? Les mêmes que ce dernier !

Que peuvent nous apprendre, à ce sujet, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ? Ils ont trait aux critères de choix, comme aux devoirs et responsabilités, de tout responsable. Un responsable est celui qui a une position d’influence. Et un député est un responsable.

Tes priorités (dans le choix du député), comme les priorités du député, sont en rapport avec ses convictions (ce qu’il croit ou ce dont il est convaincu), son caractère (ce qu’il est), sa réputation (ce qu’on pense de lui) et ses compétences (ce qu’il sait faire).

Certes, « si quelqu’un aspire à la charge (de député), c’est une belle tache qu’il désire »(1 Tim.3v1). Notre pays a besoin de députés. C’est une tâche noble que de vouloir servir ainsi (et non pas se servir de) son pays. Pour paraphraser Jacq.3v1, nous ne devrions pas « être nombreux à vouloir être député, car nous serons jugés plus sévèrement. De fait, « on demandera davantage » à ceux qui se (re)trouvent sous les projecteurs.

1) Son caractère et sa réputation : Selon 1 Tim.3v2 et Tite 1v6-7, il est premièrement attendu d’un député qu’il soit « irréprochable ». Et plus encore d’un député se revendiquant « chrétien ». Une telle confession publique « doit impliquer non seulement une irréprochabilité pénale, mais également morale. Les discordances et les contradictions seront passées au scanner du jugement du monde, qui en évaluera la vérité et la cohérence ». La responsabilité de ces candidats n’en est que plus grande (Rom. 2v21), car s’il advenait que leur parole de chrétien ne soit qu’une posture religieuse ou politique, et que leur morale sois prise en défaut … alors leur réprobation serait aussi publique et retentissante que leurs déclarations. Elle rejaillirait non seulement sur eux et leurs familles, mais aussi et surtout sur le christianisme et sur le nom de Jésus, qui pourrait par ce moyen être davantage blasphémé qu’il ne l’est déjà.»(2).

Que veut dire irréprochable ? Sans reproche. Cela ne signifie pas qu’il soit parfait, mais plutôt qu’il est impossible d’avoir prise sur lui pour l’accuser, pour le critiquer ou pour l’attaquer. Cela signifie aussi qu’il a une bonne réputation et qu’il est digne de confiance (1 Tim.3v7).

Ensuite, il lui faut être « sobre, modéré, réglé dans sa conduite, hospitalier »(1 Tim.3v2). Sobre veut dire qu’il est vigilant, notamment quant à sa conduite et concernant les dossiers à traiter, l’action du gouvernement, la situation de notre pays. Etre hospitalier, c’est d’être disponible, à l’écoute et accueillant, surtout pour accueillir tout étranger.

Il ne doit être « ni adonné au vin, ni violent, mais indulgent, pacifique, désintéressé »(v3), et pas soumis à des lobbies/pris dans des conflits d’intérêt.

Prov.31v3-5 rappelle que le responsable ne doit pas « livrer sa vigueur aux femmes », et « ses voies à celles qui perdent » (les responsables). « Ce n’est point aux (responsables) de boire du vin, ou de rechercher des liqueurs fortes, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi, et ne méconnaissent les droits de tous les malheureux ». Car le député doit servir l’intérêt général et le bien commun, avec le souci constant de refuser toute stigmatisation de personnes, avant tout les plus faibles et les plus précaires : il « ouvrira sa bouche », non pour déplorer « le cancer de l’assistanat », mais « pour le muet, pour la cause de tous les délaissés ». Il « ouvrira sa bouche » pour « juger avec justice, et défendre le malheureux et l’indigent »(Prov.31v8-9).

2) Il doit aussi avoir des convictions claires et solides, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse et justice.

Ainsi, par exemple, estime-t-il que « la défense de la dignité humaine » se limite aux deux extrémités de la vie, ou intègre tout ce qu’il y a entre les deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 67 millions de citoyens vivants ?

Considère-t-il les changements climatiques comme une question sociétale, éthique et spirituelle, posant un défi majeur aux générations présentes et à venir, en particulier du fait de l’interdépendance des causes ?

Pense-t-il que bâtir des hôpitaux, des routes, des écoles, c’est « dépenser de l’argent » ou qu’il est essentiel de refonder le lien social, pour régénérer nos communautés dévitalisées ?

Pense-t-il qu’il n’y ait « rien qu’on puisse appeler la société » et « qu’il n’existe que des individus » ? Et donc qu’il n’y a pas non plus de problèmes « sociaux » mais seulement « des problèmes individuels », des individus aux prises avec certaines difficultés, « des assistés » ayant certaines faiblesses mais sans le courage ou la volonté de les résoudre ?

Justifie-t-il une « responsabilisation » absolue de l’individu et un désengagement de l’État de plusieurs de ses missions ? Ou alors estime-t-il que « le principe de subsidiarité donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, tout en exigeant en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir » ? (3)

3) Enfin, sans être un « politicien professionnel », il devra être compétent et connaître les dossiers qu’il traite, en étant capable de comprendre les lois qui lui sont soumises et qu’il vote.

Prions donc pour les candidats-députés, qui aspirent et prétendent nous représenter au niveau national : qu’ils aient ce désir d’être irréprochables et de servir le bien commun, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse. Et prions pour nous-mêmes, que nous fassions de preuve de discernement, en prenant en compte le caractère, la réputation, les convictions et les compétences du candidat-député !

Et toi ? Quels sont tes critères de choix d’un candidat ?

Pour aller plus loin :

Que peut nous apprendre ce discours de Paul aux responsables de la communauté d’Éphèse (Actes 20v17-38), dans lequel l’apôtre fait un bilan de son activité et livre son testament spirituel ?

Sans justice, pas de paix

Deux mots sont essentiels aux yeux de Dieu pour retrouver la paix, laquelle est l’établissement de ce qui est bon : le droit et la justice.

« Je déteste, je méprise vos fêtes, je n’ai aucun goût pour vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je ne les accueille pas ; vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde même pas. Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ; que je n’entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! » (Am 5v21-24)

Initialement publié le 09/06/17 et mis à jour pour l’occasion.

Notes :

(1) Cf https://www.vie-publique.fr/en-bref/285221-legislatives-2022-la-liste-officielle-des-candidats

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/04/21/pour-le-nouveau-directeur-de-la-cia-de-trump-jesus-christ-est-la-seule-solution-pour-notre-monde-un-temoignage-public-a-double-tranchant/

(3) Voir « Laudato si » du Pape François, paragraphe 196

Quand les Protestants interpellent les candidats à la présidentielle 2022 sur 10 thèmes essentiels

Les chrétiens auront-ils cette prudence de Joseph, qui a su fuir la proposition indécente de la femme de Potiphar, pour privilégier un vrai débat citoyen, avec des enjeux essentiels ? (Source image : public domain picture)

L’actuelle injonction obsessionnelle et fétichiste « #DebateMe [« débattez avec moi »] de certains polémistes sur les plateaux des chaînes de télévision d’opinion ou les réseaux a@sociaux, me rappelle le « viens coucher avec moi » de la femme de Potiphar à Joseph (Gen.39v7).

A l’instar du jeune hébreu, qui a su refuser – et même fuir – cette « proposition indécente » (Gen.39v8, 12), la députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez a su flairer le piège tendu par Ben Shapiro, la star de la télévision alt-right et ex-animateur de Breitbart. Celui-ci lui ayant offert publiquement 10.000 dollars pour débattre avec lui, après sa victoire remportée à la primaire démocrate de 2018 à New York, elle répond sèchement sur Twitter: «Just like catcalling!» (« c’est juste du chahut») : «Je n’ai pas à répondre à des invitations à débattre venant d’hommes mal intentionnés.».

C’est pour cette même raison qu’en 2009, l’universitaire et journaliste George Monbiot a refusé le défi d’un débat en direct sur le changement climatique anthropique avec le géologue Ian Plimer, expliquant qu’il «Il faut trente secondes pour faire une déclaration scientifique trompeuse et trente minutes pour la réfuter». C’est ainsi que, comme le souligne Christian Salmon dans sa chronique sur Slate, que « les climato-sceptiques exigent un débat sur le changement climatique et font de cette revendication non satisfaite la preuve de l’existence d’un complot scientifique. Les suprémacistes blancs revendiquent un débat sur le grand remplacement. Et les machos qui pullulent dans les talk-shows, un débat sur l’infériorité intellectuelle des femmes (…..) Le débat d’idées est le format roi de l’ère du clash et c’est pourquoi il ne cesse d’envahir l’espace public. C’est l’espace non pas de la libre expression mais de la libre circulation des trolls qui aspirent, comme toute marchandise, à être libérés de toute entrave à la circulation et refusent d’être soumis au contrôle de la preuve qui accompagne les arguments écrits ».

Et comme il n’y a pas que les obsessions identitaires, ou le fantasme du « grand remplacement » dans la vie, la Fédération Protestante de France (FPF), souhaitant « prendre sa part » dans un vrai débat citoyen, quelques jours après l’épiscopat catholique, présente 10 thèmes essentiels sur lesquels son expertise est notoire (1), dans une adresse aux candidats à la présidentielle (mais aussi aux législatives) française 2022.

Plus précisément, depuis le 2 février, et ce, pendant 10 semaines jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle, la Fédération protestante de France aborde tous les mardis une de ces 10 thématiques : Laïcité et place des religions ; Autonomie et handicap ; Pauvreté ; Europe et justice sociale ; Écologie et justice climatique ; Égalité femmes-hommes ; Exil et accueil des réfugiés ; Racisme et xénophobie ; Solidarité internationale ; Jeunesse et éducation.

L’ordre des thématiques n’est pas un hasard, puisqu’il est choisi en fonction de rendez-vous du calendrier et de la complémentarité des thématiques qui se suivent. C’est ainsi que, par exemple, l’adresse concernant l’Égalité Femmes-hommes sera présentée le mardi 8 mars, journée internationale des droits des femmes.

Les 10 thèmes de l’Adresse sont sélectionnés par le conseil de la FPF et portés par des experts de ces questions : présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts qui viennent énoncer des questions vives sur un thème sur lequel ils sont acteurs légitimes.

Chaque thème comporte la même construction éditoriale : des éléments contextuels, 3 points-clés, une question aux candidats, un encart sur l’impact de la crise sanitaire sur la thématique.

L’ensemble de l’adresse sera transmis aux candidats et aux parlementaires et attendra des réponses écrites ou sous forme de rendez-vous en visioconférence avec les signataires et le président de la Fédération protestante de France.

« Citoyens engagés et responsables, les protestants veulent faire entendre leur voix, leurs convictions et leurs questionnements dans l’espace public, explique le président François Clavairoly en préambule du document de quinze pages. Ils veulent faire confiance au politique qui nous tient ensemble en démocratie. Ils portent sur bien des sujets un regard lucide et critique. ».

Nous pouvons retrouver chaque semaine à la Une de protestants.org le focus sur une des 10 thématiques, avec une vidéo, ainsi qu’une émission radio tous les 15 jours croisant deux thématiques qui se suivent.

Les protestants pourront, s’ils le souhaitent, s’approprier et diffuser cette Adresse et inviter chacun au débat sur ces questions sensibles en famille, en paroisse (ou en église locale], dans les pôles de la FPF, en société auprès des élus et des pouvoirs publics etc.

Cette Adresse publiée en partenariat avec l’hebdomadaire Réforme est l’objet chaque semaine d’un article sur la thématique proposée.

Note :

(1) A la différence de ces chroniqueurs d’une émission de plateau, parodiés dans le célèbre sketch « L’Heure des pronos »(19/11/20), de Sébastien Thoen et Julien Cazarre, qui ne connaissent pas mieux que nous les sujets abordés, sauf qu’ils sont payés pour en parler.

« Interpellant » ou « scandalisant », les Evangéliques ?

Les Évangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans la société » ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit », cf 1 Cor.13v1 ? Source : Pixabay.

J’ai déjà entendu ce dicton : « ne pose pas de question sur la foi mais vis de telle façon que ta vie pose questions ». Justement : quelles questions ?

L’on a pu déplorer le niveau de tensions et de bêtises autour des propos de « chrétiens en campagne », durant la présidentielle ou juger, à l’instar de Yannick Imbert, que ladite campagne a été, du côté chrétien[Évangéliques, en tout cas !], un relatif désastre, au point où les chrétiens ont pas été vraiment des « lumières du monde »(1)… Les Évangéliques se prépareront-ils mieux aux prochaines, à savoir les législatives ?

Dans cette perspective, voici quelques exemples de nature à inspirer une bonne (et intelligente) mobilisation politique des protestants évangéliques :

1) Dans la continuité avec son action auprès des candidats à la présidentielle, Michée France encourage les églises à écrire aux candidats aux élections législatives de leur circonscription. Son objectif est de faire entendre la voix des « sans voix » aux prochains députés afin qu’ils prennent des décisions en considérant la situation des plus démunis. Les propositions de Michée France faites aux candidats à la présidentielle seront jointes à cette lettre. Elles concernent 5 domaines d’action importants pour la lutte contre la pauvreté au niveau national et international :

L’aide publique au développement

La lutte contre la corruption

L’économie sociale et solidaire

Le respect de l’environnement

L’accueil des plus fragiles (SDF, handicapés, migrants, …)

La suite à lire ici sur le site de Michée France.

Inspiré par l’Évangile, Michée France œuvre pour mobiliser les protestants, notamment évangéliques, à lutter contre la pauvreté et les injustices ET pour leur donner les moyens d’interpeler les décideurs, en particulier politiques, sur les engagements qu’ils ont pris.

 

2) Si les Évangéliques choisissent de ne pas « interpeller » les puissants, de façon spirituelle et biblique, ils courent le risque d’être « interpellés » eux-mêmes, pour leur comportement estimé « interpellant » ou « scandalisant », comme en témoigne ce « rappel à l’ordre politique » du CNEF aux évangéliques français(2) :

Dans son allocution prononcé lors de l’Assemblée plénière du Conseil national des évangéliques français (Cnef), mardi 30 mai à Paris, [qui a notamment lancé à cette occasion Cnef Solidarité, qui regroupe toutes les actions sociales des chrétiens évangéliques]  son président Étienne Lhermenault  a regretté que la dernière campagne présidentielle ait révélé l’évolution politique de certains évangéliques vers l’adhésion à des « discours de rejet et de haines ».

Il a aussi déploré « une focalisation sur les questions de sexualité au détriment des questions sociales », assurant que nous devons être alertés par « les relais que trouve ce genre de propos sur les réseaux sociaux. Il circule dans notre milieu évangélique des discours trompeurs qui caricaturent la foi, ridiculisent l’Évangile et entraînent bien des nôtres dans de vains combats ». Au sein d’une société très sécularisée, certains« vibrent dès qu’ils perçoivent (ou imaginent) une inspiration vaguement chrétienne » susceptible de défendre des « valeurs » chrétiennes. Mais cette notion même de « valeur » est, à ses yeux, « ambiguë » car si une valeur « n’a plus Dieu », elle peut se transformer en « idole » et produire une « morale rigide asservissante ».

Une « idée folle, parce que naïve et toujours démentie, selon laquelle il suffirait qu’un chrétien emporte la magistrature suprême pour changer durablement la face d’un pays » (Dessin d’Andy Singer).

Un autre des « pièges » relevé par Étienne Lhermenault pour « l’évangélisme mondial et à un moindre degré pour l’évangélisme français », est « celui de la conquête du pouvoir politique ». Et le président du Cnef de dénoncer l’« idée folle, parce que naïve et toujours démentie, (selon laquelle) il suffirait qu’un chrétien emporte la magistrature suprême pour changer durablement la face d’un pays ».

Enfin, a-t-il encore souligné, « notre combat en tant que corps de Christ n’est pas de conquérir le pouvoir politique, mais de garder les mains libres pour assumer notre rôle prophétique dans la société ».

Lire l’intégralité du discours d’Etienne Lhermenault, prononcé lors de l’assemblée plénière du CNEF, mardi 30 mai.

 

3) Enfin, à écouter sur « Coram Deo », l’émission hebdomadaire du blogue « Le Bon Combat » et de CFOI-FM (station de radio québécoise qui diffuse de la programmation religieuse) qui propose « un regard chrétien sur le monde ».  Son « épisode 34 » aborde la question du « fondamentalisme » dit « évangélique » ou « suis-je un fondamentalo-legalisti-messianico-pietiste ? »

Résumé : Il fut un temps où l’expression « fondamentaliste » revêtait une connotation très positive. Or, de nos jours, être fondamentaliste est rarement considéré positivement. Comment ce mot a-t-il pu évoluer aussi mal ? À quoi reconnaît-on les tendances fondamentalistes et légalistes ? Fondamentalisme et conservatisme sont-ils deux termes synonymes ? En quoi sont-ils similaires et différents ?

Pour répondre à ces questions, les théologiens, pasteurs et animateurs de blogues, Guillaume Bourin et Pascal Denault, lequel avait déjà écrit un court billet sur cette question en répondant à la question : « Réformé et fondamentaliste….synonymes ? »

 

 

 

Notes :

(1) Voir ses prises de positions sur TGC – Evangile 21 https://www.thegospelcoalition.org/evangile21/article/je-me-repens-de-la-campagne-presidentielle et son propre blogue https://landofthebluemoon.wordpress.com/2017/05/08/la-politique-du-faux-temoignage/

(2) A lire, cet article paru dans la Croix, daté du 02/06/17.

 

 

 

Catholiques et protestants s’engagent, manifestent, et interpellent candidats et citoyens, à l’approche des élections présidentielle et législatives 2017

A l’approche de la présidentielle et des législatives 2017, les chrétiens s’engagent, manifestent leurs convictions et interpellent candidats et citoyens

Très prochainement, nous élirons notre nouveau président (premier tour : le 23 avril et second tour : 07 mai), dans un contexte extrêmement confus et tendu, ainsi que(ne l’oublions pas) nos députés à l’Assemblée nationale les 11 et 18 juin. Dans cette perspective, plutôt que d’écouter ceux qui prétendent « plus pragmatique » de jouer la facilité en se décidant sur l’étiquette, ne manquez pas de prendre le temps d’étudier les programmes de chaque candidat pour vous faire votre propre opinion et voter en conscience. Certains parmi vous diront peut-être : « je vais voter pour le candidat des valeurs chrétiennes« .  Mais qu’entend-t-on par « valeurs chrétiennes » ?

Justement, l’objet de ce billet est de vous inviter à découvrir les déclarations des protestants évangéliques et des protestants, dits « historiques », ainsi que des catholiques, qui ont choisi de s’engager, manifester leurs convictions et d’interpeller tout autant candidats et citoyens, chrétiens ou non.

Premièrement, nous pouvons constater que le protestantisme évangélique n’est pas qu’« obsédé » par les questions de sexualité et « d’éthique privée », puisqu’il saisit parfaitement les enjeux sociaux, laïques et environnementaux en ce contexte de campagne présidentielle 2017 en France, comme en témoignent plusieurs documents synthétiques, à vocation pédagogique, et s’inscrivant dans une vision holistique de la foi chrétienne :

Le livre collectif, édité par Croire-Publications dans le cadre des Cahiers de l’école pastoraleLa politique, parlons-en! (208p, Hors Série n°18), écrit par des auteurs très majoritairement évangéliques, est instructif en ce qu’il éclaire sur les questions que se posent ces derniers. Pour Louis Schweitzer, pasteur, théologien et professeur d’éthique, parce qu’« on ne parle pas de certains sujets, il ne faut pas s’étonner si des membres de nos Églises ont des idées ou des actions qui nous semblent peu en rapport avec l’Évangile ». Lui-même reste convaincu « que chaque grand rendez-vous électoral devrait être l’occasion de parler des grands principes éthiques chrétiens ». Or, « beaucoup de chrétiens réduisent leurs réflexions aux questions d’euthanasie ou de mariage pour tous » – autant « de vraies et importantes questions », s’il en est, « mais la réalité politique est beaucoup plus vaste. Peut-être faudrait-il revenir sur l’enseignement biblique de la justice et la place des personnes les plus fragiles, du pauvre, de l’étranger… Le texte que la commission a publié sur les grands principes d’une éthique sociale chrétienne pourrait être étudié à cette occasion ». Dans tous les cas, « le risque est de se décider sur un seul critère qui nous semble essentiel: la sécurité et l’attitude devant les migrants ou la justice sociale, la mondialisation ou l’attitude devant tel problème de société…. » et « il ne faudrait pas qu’une conviction forte ou qu’un engagement dans un domaine nous rende aveugles au reste de la réalité ».

Toujours du côté évangélique, l’on peut consulter le livret produit par le CNEF (en collaboration avec le SEL, le Défi Michée, A Rocha et le CPDH), qui communique aux candidats des convictions partagées en vue des élections 2017. Adressé aux responsables politiques, le texte est également destiné à éclairer les fidèles évangéliques eux-mêmes, certains étant par ailleurs tentés par les extrêmes.

La Fédération Protestante de France (FPF), quant à elle, choisit d’adresser…une « adresse » aux candidats de l’élection présidentielle 2017. Ladite « adresse protestante » est introduite par le pasteur Clavairoly, président de la FPF : « À l’approche des choix décisifs que devront faire nos concitoyens lors de l’élection du prochain président de la République, la Fédération protestante de France qui représente le protestantisme dans le pays, veut poser un certain nombre de questions, interpeller et aider chacun à avancer dans la réflexion ». Ces questions touchent aux secteurs suivants : Exil, accueil des réfugiés, Changements climatiques et écologie, Laïcité, Économie sociale et solidaire, Justice-prisons, Égalité hommes femmes, Corruption, Défense, Jeunesse et Handicap.

Enfin, du côté catholique, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié le 14 octobre 2016 un texte intitulé : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Une longue réflexion qui fait suite à l’appel au discernement, publié le 20 juin 2016, en vue des élections de 2017. Une contribution qui veut « ressusciter le politique », appelant « les habitants de notre pays »à cette tâche. Car s’il faut le ressusciter, c’est qu’il est mort. En effet, pour les évêques, « la » politique  a tué « le » politique : et le politique, c’est le service du bien commun, la conscience d’un « nous » qui « dépasse les particularités » ; mais la politique (pratiquée en France depuis des décennies) est « en crise », d' »une crise de confiance » envers ceux qui ont perdu le sens du bien commun pour se laisser aller aux « ambitions personnelles démesurées », aux « manoeuvres et calculs électoraux », aux « paroles non tenues », ainsi qu’aux lois et règlements[par exemple « sécuritaires »] produits « dans la précipitation et le contexte de l’émotion »…  D’où « le sentiment d’un personnel politique coupé des réalités, l’absence de projet ou de vision à long terme, des comportements partisans ou démagogiques » : choses « injustifiables » devenues « insupportables ».

 Bonne lecture !