« Dans le cochon, tout est bon » (pour créer la division)

« Positiver » un laïcisme intolérant et sectaire à des fins électoralistes ? Du « grand lard » !
« Que votre privilège [la liberté] ne soit pas un sujet de calomnie. Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. Celui qui sert Christ de cette manière est agréable à Dieu et approuvé des hommes. Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle ». (Rom.14v16-19)

« Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de la bouche, c’est ce qui souille l’homme(…) Mais ce qui sort de la bouche vient du coeur, et c’est ce qui souille l’homme. Car c’est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies ». (Matt.15v11, 18-19)

Que ne ferait-on pas « au nom de la laïcité », particulièrement en pleine campagne électorale pour les départementales 2015 (enjeu de proximité et de solidarité envers les plus faibles, rappelons-le) ?
« Si vous voulez que vos enfants aient des habitudes alimentaires confessionnelles, vous allez dans l’enseignement privé confessionnel. » En une phrase, Nicolas Sarkozy (avait) tenté de relancer, à quelques jours des élections départementales, un débat sur la laïcité dans les cantines scolaires, relève Lucie Delaporte dans  « Cantines scolaires et laïcité : Sarkozy tente un hold-up sur un non-sujet », article publié sur Médiapart, le 22/03/15*.
L’ancien président de la République, invité du JT de TF1 mardi soir, 17/03, apportait ainsi un soutien appuyé au maire UMP de Chalon-sur-Saône, qui venait d’annoncer – lui aussi avec un sens aigu de l’agenda politique – qu’il allait mettre un terme à la pratique du menu de substitution dans les cantines de sa ville lorsque du porc était servi. Une pratique en place dans sa commune depuis plus de trente ans. Gilles Platret, ne craignant pas de tordre ces concepts, avait justifié sa décision en expliquant qu’il était « indispensable de revenir à une pratique exigeante du vivre-ensemble », et que les repas de substitution constituaient une forme de « discrimination »*.
Cette instrumentalisation de la question des repas différenciés dans les cantines scolaires n’a, semble-t-il, échappé à personne. « Dans le cochon, tout est bon (pour créer de la division »), avait twitté le pasteur Gilles Boucomont le 24 mars. Instrumentalisation désavouée par le propre parti de Nicolas sarkozy…alors même que l’UMP a voté contre la loi du 12/03 qui autorise l’accès de tous les élèves à la restauration scolaire. Un texte qui pose justement une base légale aux menus de substitution…..**

Or, on se souviendra peut-être que le même Nicolas Sarkozy [celui que l’on présentait en 2012 comme « le candidat des valeurs chrétiennes »], avant d’être élu président de la république, avait signé en 2004 « La République, les religions, l’espérance »***, un livre d’entretien avec Thibaud Collin et Philippe Verdin, dans lequel il affirmait que « les religions constituent un enjeu majeur pour notre société car elles sontle support d’une espérance. Le fait religieux est un élément primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrête pas avec la mort. C’est pourquoi », disait-il, « je n’ai pas une conception sectaire de la laïcité. Pas même la vision d’une laïcité indifférente. Je crois au besoin de religieux pour la majorité des femmes et des hommes de notre siècle. La place de la religion dans la France de ce début de troisième millénaire est centrale(…)Je crois(…)en une laïcité positive, c’est à dire une laïcité qui garantit le droit de vivre sa religion comme un droit fondamental de la personne. La laïcité n’est pas l’ennemie des religions. Bien au contraire. La laïcité, c’est la garantie pour chacun de pouvoir croire et vivre sa foi(…)Celui qui croit n’a pas à s’excuser de croire et celui qui ne croit pas n’a pas à se justifier de son incroyance. »(op. cit., pp15-16, 207)****
A ma grande surprise(et sauf erreur de ma part), aucun média ne semble avoir souligné ce fait, à part peut-être (pour l’instant) le sociologue Sébastien Fath, dont j’ai découvert peu après le billet « coup de gueule » publié le 26/03 sur son blogue : il y souligne, outre ce qui précède, que « cinq ans après la parution de cet ouvrage, il avait également affirmé en 2009 être « totalement d’accord y compris avec la question du voile » islamique, avec Barack Obama, qui dans son discours du Caire avait critiqué l’Europe pour sa tendance à gêner les musulman(e)s dans la pratique de la religion, en particulier en matière de vêtement. Il appelait à l’époque à dédramatiser le débat, rappelant seulement l’importance d’un choix libre de la part de la jeune-fille ».

Mais ça, « c’était avant ». Autre temps, autre discours, de la part de celui qui déclarait encore, page 36 de son livre que « L’extrémisme [religieux] commence avec la projection de son absolu sur l’autre, assortie de la volonté de le dominer, de l’asservir, de le priver de son libre arbitre ».
Ou comment passer de la « laïcité positive à la « laïcité punitive… »
On est à mille lieux de ce roi selon le cœur de Dieu, qui peut déclarer en toute bonne conscience que « sa parole ne dépasse pas (sa) pensée »(Ps.17v3). Mais comme le rappelle Benoît, dans son édito du mardi pour « les Cahiers libres », il est essentiel de se rappeler et de rappeler que « l’homme providentiel, ce ne sera jamais Sarkozy, Hollande ou Marine. L’homme de la providence c’est le Messie-Roi, Sauveur et Seigneur… »

 

 
Notes :

* « Cantines scolaires et laïcité : Sarkozy tente un hold-up sur un non-sujet » de Lucie Delaporte, publié le 22/03/15 sur Médiapart. Article relayé ici : https://groupegaullistesceaux.wordpress.com/2015/03/22/cantines-scolaires-et-laicite-sarkozy-tente-un-hold-up-sur-un-non-sujet/

** Voir :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/03/24/sarkozy-irrite-des-elus-ump-sur-les-menus-de-substitution-a-l-ecole_4600378_823448.html

http://www.liberation.fr/politiques/2015/03/18/menace-par-le-fn-sarkozy-se-rallie-a-la-laicite-punitive_1222882

Le rapport de la députée Gilda Hobert(4 mars 2015), fait AU NOM DE LA COMMISSION DES AFFAIRES CULTURELLES ET DE L’ÉDUCATION SUR LA PROPOSITION DE LOI visant à garantir le droit d’accès à la restauration scolaire (http://www.assemblee-nationale.fr/14/rapports/r2616.asp ).

Il y est notamment rappelé :

1)que l’accès quotidien de tous les enfants à un repas complet, varié et équilibré, est une absolue nécessité pour la santé et l’aptitude à étudier des enfants les plus vulnérables.

2) que la restauration scolaire remplit très fréquemment une mission d’éducation nutritionnelle et concourt à ce titre à l’objectif de santé publique et aux ambitions de l’éducation.

3) que les cantines scolaires sont un lieu irremplaçable de socialisation et d’acquisition de règles de vie, d’hygiène et d’autonomie.

Le texte adopté le 12/03/15 : http://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0483.asp
*** Nicolas SARKOZY, La République, les religions, l’espérance. Paris, Éditions du Cerf, coll. «Pocket», 2004, 209 p
Cf L’article de Véronique Altglas, « Nicolas SARKOZY, La République, les religions, l’espérance », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 148 | octobre-décembre 2009, document 148-120, mis en ligne le 31 décembre 2009, consulté le 29 mars 2015. URL : http://assr.revues.org/21671 http://assr.revues.org/21671
L’auteur s’intéresse notamment aux présupposés idéologiques qui accompagnent la notion de «laïcité positive» défendue par N.Sarkozy, dans le contexte d’une approche(déjà, à l’époque) de plus en plus politique et polémique de la dite laïcité.

Sur la position de NS sur la laïcité (une laïcité dite « positive ») cf en 2008 et 2012 les interventions du sociologue Jean Bauberot :
http://www.huffingtonpost.fr/jean-bauberot/sarkozy-laicite_b_1267613.html ; http://www.la-croix.com/Actualite/France/Nicolas-Sarkozy-de-la-laicite-positive-a-la-laicite-restrictive-_NG_-2012-02-15-768811 ; http://www.lemonde.fr/politique/chat/2008/01/21/laicite-sarkozy-remet-il-en-cause-la-loi-de-1905_1001604_823448.html

Et les billets(2007 et 2008) de Sébastien Fath à ce sujet :
http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2007/12/21/discours-de-latran-quand-nicolas-sarkozy-fait-un-pied-de-nez.html ; http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2008/02/26/nicolas-sarkozy-et-la-la%C3%AFcit%C3%A9-suite.html

Départementales (entre-deux) : combien « bien » voter ?

Vous ne le savez peut-être pas, mais nous sommes en pleine période électorale. Non, non, pas « la présidentielle » (il n’y a pas que celle-là dans la vie démocratique), mais « les départementales », qui remplacent les élections cantonales et désignent les membres du conseil départemental (ex-conseil général) dans le cadre du canton. Les conseillers généraux élus en 2008 et en 2011 seront ainsi tous remplacés en mars 2015 par des conseillers départementaux »(un binôme homme-femme par canton), élus pour six ans. (Source : vie-publique.fr)
Dimanche dernier a eu lieu un premier tour, et l’on vous donne peut-être rendez-vous, pour un second tour, dimanche prochain, 29/03. Comment alors « bien » voter ?

La démarche est on ne peut plus simple :
– Premièrement, si vous êtes de nationalité française, âgé de 18 ans révolus, jouissant de vos droits civils et politiques et si vous êtes inscrit sur la liste électorale de votre commune, rendez-vous, dimanche prochain 29 mars, dès 8h00-18h00 ou 20h00, au bureau de vote le plus proche de votre commune, muni de votre carte d’identité et de votre carte d’électeur. Vous ne votez qu’en cas de second tour, et si vous n’habitez pas Paris, Lyon, la Martinique, la Guyane, ou les collectivités d’outre-mer où ne siègent pas de conseillers départementaux.
– Ensuite, prenez tous les bulletins qui se présentent à vous et une enveloppe avant de vous rendre dans l’isoloir ; glissez un seul bulletin (celui correspondant au binôme que vous avez choisi) dans l’enveloppe. Vous pouvez ne rien mettre dans l’enveloppe : auquel cas, vous voterez « blanc ».
– Enfin, glissez l’enveloppe dans l’urne, et signez la feuille d’émargement. On ne peut plus simple.
Au préalable, vous aurez pris soin de ne pas vous tromper d’élection et donc, de ne pas reproduire l’erreur fréquente de certains candidats : En effet, à lire certaines professions de foi reçues dans nos boîtes aux lettres, certains candidats semblent avoir oublié qu’ils ne se présentent pas à une élection présidentielle ou législative. Ils font mine de croire ou font croire que ces élections départementales leur permettront d’agir au niveau national. Pire, ils nous offrent « une hyper-dramatisation des enjeux nationaux de ces scrutins locaux… », estime Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l’Université de Paris 1 la Sorbonne et
membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals.
Ce qui nous amène au point suivant : le « programme » des candidats, les compétences du département, et les enjeux d’un scrutin dit « de proximité ».
Pourquoi élire des conseillers départementaux ? A quoi servent-ils ? La loi du 27 janvier 2014 désigne le département comme « chef de file » en matière d’aide sociale, d’autonomie des personnes (aide des plus fragiles et des personnes âgées) et de solidarité des territoires. Le coût financier de ses interventions représente plus de la moitié de son budget de fonctionnement.*
Cependant, tout n’est pas si simple : car les électeurs, comme les futurs conseillers départementaux-pour leur plan d’action, doivent tenir compte de NOTRe loi, qui n’est en réalité pas la nôtre, mais le projet de loi portant sur la nouvelle organisation territoriale (NOTRe). Son objet (défense de rire) est justement de définir les compétences des futurs élus. Il a été adopté en première lecture, au Sénat, le 27 janvier, et à l’assemblée nationale, le 10 mars 2015. A noter que la clause de compétence générale**, en partie supprimée par la réforme du 16 décembre 2010, puis restaurée au profit des départements par la loi du 27 janvier 2014, a été à nouveau supprimée par les députés et les sénateurs.
Néanmoins, il conserve ses compétences principales : « les solidarités sociales et territoriales », avec la gestion des collèges et des routes, la sécurité alimentaire, la culture, la lecture publique, le tourisme, le numérique, la jeunesse et le sport…ce qui n’est pas mince***.
Une seconde lecture, au Sénat puis à l’Assemblée, aura lieu après l’élection.

Les enjeux d’un scrutin dit « de proximité » :
A ce titre, en dépit de certaines incertitudes, le département reste un échelon essentiel. Il en fait la preuve au quotidien par son accompagnement à tous les âges de la vie, intervenant notamment sur le plan de la solidarité et de l’aide aux plus faibles.

N'oublions pas la solidarité...sans favoritisme !  (Affiche « De toutes nos forces », un film de Niels Tavernier, 2014, avec Jacques Gamblin et Fabien Héraud

N’oublions pas la solidarité…sans favoritisme !
(Affiche « De toutes nos forces », un film de Niels Tavernier, 2014, avec Jacques Gamblin et Fabien Héraud

Comment alors « bien » voter ?
En choisissant les candidats porteurs « des valeurs chrétiennes » ?

En manifestant plutôt le cœur de Dieu :
Lequel est « l’Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point de favoritisme et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’étranger et lui donne de la nourriture et des vêtements ». Nous aimerons alors « l’étranger », car nous avons été « étrangers dans le pays d’Égypte ». (Deut.10v17-19 et cf Ps.69v33, Matt.25v34-40)
« Bienheureux », alors, « celui qui comprend le pauvre »(Ps.41v1 cf 2 Cor.8v9)
Celui qui « croit être religieux » doit se souvenir que « la religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. »(Jacq.1v26-27) ; que sa « foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ » doit être « exempte de tout favoritisme »(Jacq.2v1-9)
« Le roi »(ou toute autorité, qu’elle soit nationale ou, justement, locale), appelé également un « berger »(cf Ezech.34), se souviendra qu’il a pour mandat d’ouvrir la « bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés ». D’ouvrir la bouche, de juger avec justice, et de défendre « le malheureux et l’indigent ».(Prov.31v8-9)
Et « que celui qui veut se glorifier se glorifie d’avoir de l’intelligence et de connaître (Dieu), de savoir (qu’Il est) l’Éternel, qui exerce la bonté, le droit et la justice sur la terre ; Car c’est à cela (qu’il prend) plaisir… » (Jer.9v24)

 

Notes :

* Parmi ses compétences :
• l’enfance : protection maternelle et infantile, adoption, soutien aux familles en difficulté financière ;
• les personnes handicapées : politiques d’hébergement et d’insertion sociale, prestation de compensation du handicap (loi du 11 février 2005) ;
• les personnes âgées : création et gestion de maisons de retraite, politique de maintien des personnes âgées à domicile (allocation personnalisée d’autonomie) ;
• les prestations légales d’aide sociale : gestion du revenu de solidarité active ;
• la contribution à la résorption de la précarité énergétique.
En matière d’éducation, le département assure :
• la construction, l’entretien et l’équipement des collèges.
• la gestion de 100 000 agents techniciens, ouvriers et de service (TOS) (loi du 13 août 2004).
Quant à l’aménagement, son action concerne :
• l’équipement rural, le remembrement, l’aménagement foncier, la gestion de l’eau et de la voirie rurale, en tenant compte des priorités définies par les communes (lois de 1983) ;
• les ports maritimes de pêche, les transports routiers non urbains des personnes ;
• une voirie en extension, soit toutes les routes n’entrant pas dans le domaine public national (loi du 13 août 2004), ce qui a entraîné un transfert d’une partie des services de l’Équipement.
Le département a également une compétence culturelle : création et gestion des bibliothèques départementales de prêt, des services d’archives départementales, de musées ; protection du patrimoine.
Dans les domaines partagés jusqu’à maintenant, le département peut intervenir pour accorder des aides directes ou indirectes au développement économique.
Sur ces fameuses compétences, encore :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/03/09/les-questions-sociales-enjeu-majeur-des-elections-departementales_4588216_823448.html
http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0204229721502-les-departementales-rejouent-la-reforme-territoriale-1103741.php

http://www.metronews.fr/elections/departementales-2015-mode-d-emploi/mobp!01md34geMyiQ/

Et un rappel des bonnes raisons d’aller voter aux élections départementales :
http://www.rue89strasbourg.com/index.php/2015/03/22/politique/on-a-trouve-des-raisons-de-voter-aux-elections-departementales/

** La clause générale de compétence signifie qu’il est accordé aux collectivités une capacité d’intervention générale, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une énumération de leurs attributions (http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/institutions/collectivites-territoriales/competences-collectivites-territoriales/qu-est-ce-que-clause-generale-competence.html )

*** Ce qu’il en actuellement et pour suivre l’évolution du projet NOTRe : http://www.lagazettedescommunes.com/334902/projet-de-loi-notre-ce-quil-faut-retenir-du-texte-de-lassemblee/#competencegenerale ; http://www.legifrance.gouv.fr/affichLoiPreparation.do?idDocument=JORFDOLE000029101338&type=general&typeLoi=proj&legislature=14 ; http://www.la-croix.com/Actualite/France/Le-departement-sauve-ses-principales-competences-2015-03-10-1289667