« The Economix, stupid ! »

« Economix », ou comment réaliser la première histoire de l’économie en BD !

Un exemple de vulgarisation réussie avec un roman graphique publié aux éditions les arènes.

Se poser de bonnes questions à propos de l'économie ? Un devoir pour tout citoyen ! (Préface du roman graphique "Economix")

Se poser de bonnes questions à propos de l’économie ? Un devoir pour tout citoyen !
(Préface du roman graphique « Economix », p 8)

L’auteur, le journaliste américain Michael Goodwin, part d’un constat simple : « Tout le monde se pose des questions sur l’économie. Et si les spécialistes sont perplexes[voire même n’y comprennent plus rien du tout ou ne maîtrisent plus rien du tout], comment pouvons-nous comprendre ce qui se passe ?» (op. cit., p 8).

Or, l’économie régit une part importante de notre vie quotidienne. L’étudier, c’est comprendre et expliquer comment les êtres humains s’organisent pour produire, échanger, consommer…des biens et des services dans le cadre d’une société. Il existe différents concepts, que nous avons du mal à maîtriser, ainsi que différentes théories économiques, qui sont parfois contredites par les faits[d’où le danger de s’appuyer sur des modèles idéalisés et abstraits, tel celui de Ricardo].
D’autre part, ajoute l’auteur, « nous sommes citoyens d’une démocratie. La plupart des sujets à propos desquels nous votons relèvent de l’économie. C’est de notre responsabilité de comprendre ce pour quoi nous votons ».

Aussi, suite à ces constats, et désireux de dépasser ses propres frustrations, Michael Goodwin entame des recherches personnelles pour comprendre. Le résultat en est cet ouvrage*, nourri de cette certitude : «oui, nous pouvons comprendre l’histoire de l’économie, et il n’a jamais été aussi important que nous le fassions. Nous avons trop longtemps laissé les autres la comprendre pour nous; c’est pourquoi nous sommes dans la panade»(op. cit., p 9).

Et ledit ouvrage est un véritable cours d’économie sous une forme accessible à tous- la BD : rappel des grandes notions, présentation des économistes incontournables, décryptage des théories, description des grandes étapes de l’évolution historique de l’économie avec un regard certes plus appuyé sur les Etats-Unis (puisqu’il est américain), interactions et relations des faits entre eux ; déconstruction de mythes.

Le grand message oublié d'Adam SMITH. "Economix" de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

Le grand message oublié d’Adam SMITH.
« Economix » de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

Notamment celui-ci, concernant Adam Smith : certes, il est rappelé que celui-ci est l’apôtre du « laisser faire », de la concurrence et du libre marché. Mais il n’oublie pas de souligner le « message oublié d’ Adam Smith »(voir planche ci-contre).

 

 

 

 

 

 

 

Bref, voilà une réflexion argumentée et pertinente…alternative au fameux « There Is No Alternative » libéral, qui a le mérite de poser de bonnes questions et de rappeler certaines « évidences » :

L'économie ? Ce n'est pas de la chimie, mais le fruit de décisions(et de choix idéologiques) bien humaines ! (Planche du roman graphique "Economix")

L’économie ? Ce n’est pas de la chimie, mais le fruit de décisions(et de choix idéologiques) bien humaines !
(Planche du roman graphique « Economix », p 11)

par exemple, que l’économie « n’est pas de la chimie » ou la conséquence de « lois naturelles », mais est le fruit de décisions(et de choix idéologiques) purement humaines ; ou encore que tout ouvrage sur l’économie représente le point de vue de quelqu’un.

Sans oublier « la morale de l’histoire », qui conclue l’ouvrage : « nous en sommes arrivés là en prenant des décisions. Nous pouvons prendre de nouvelles décisions » (pour changer les choses). Et pour les chrétiens, prier et agir, pour que soient prises de nouvelles, bonnes et même meilleures décisions économiques**, sur des bases bibliques, pleines de bons fruits.

A noter l’excellent dessin en noir et blanc de Dan E. Burr, au service du texte et de la démonstration de Goodwin, d’une lisibilité limpide, qui donne au roman graphique ce caractère pédagogique et ludique.

A mettre dans toutes les mains !

 

Notes :
* «Economix, la première histoire de l’économie en BD» de Michael Goodwin et Dan E. Burr, éd. Arènes, 2013, 304 pp., 22 €.

L’ouvrage se compose de 8 chapitres :
– La main invisible : du passé lointain à 1820
– A toute vapeur : 1820-1865
– Le pouvoir de l’argent : 1865-1914
– Tout s’écroule : 1914-1945
– Les armes et le beurre : 1945-1966
– L’ère des limites : 1966-1980
– La révolte des riches : 1980-2001
– Le monde d’aujourd’hui : après 2001(jusqu’au début de la présidence d’Obama, en 2008)

Le site : http://economixcomix.com/

D’autres extraits de planches ici, notamment sur la crise des subprimes, le rôle de la télévision et les liens entre l’économie et l’exode suburbain  :
http://crapzine.com/2013/11/14/subprimes-suburbs/

 

D’autres lectures :

http://pbu.gbu.fr/question-suivante/15-existe-t-il-une-economie-chretienne

http://www.ethiquechretienne.com/chretiens-economie-argent-pauvrete-c266893

https://www.alternatives-economiques.fr/ethique-et-entreprise–pourquoi-les-chretiens-ne-peuvent-pas-se-taire_fr_art_1251_65174.html

 

** Un exemple d’alternative récente à un tout autant récent plan économique : http://www.bastamag.net/Comment-trouver-50-milliards-sans

L’APT : le traité transatlantique qui n’est pas notre AMI

Privé No Entry par George Hodan

Privé No Entry par George Hodan

« Imagine-t-on des multinationales traîner en justice les gouvernements dont l’orientation politique aurait pour effet d’amoindrir leurs profits ? Se conçoit-il qu’elles puissent réclamer — et obtenir ! — une généreuse compensation pour le manque à gagner induit par un droit du travail trop contraignant ou par une législation environnementale trop spoliatrice ? Si invraisemblable qu’il paraisse, ce scénario[qui ne fait guère la une des grands médias] ne date pas d’hier »,  explique Le Monde diplomatique dans un article* publié le 15 novembre 2013 et intitulé Le traité transatlantique un typhon qui menace les Européens :
Ce scénario « figurait déjà en toutes lettres dans le projet d’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) négocié secrètement entre 1995 et 1997 par les vingt-neuf Etats membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Divulguée in extremis, notamment par Le Monde diplomatique, la copie souleva une vague de protestations sans précédent, contraignant ses promoteurs à la remiser. Quinze ans plus tard, la voilà qui fait son grand retour sous un nouvel habillage.

L'APT, une menace "sous-marine" ?

L’APT, une menace « sous-marine » ?

L’accord de partenariat transatlantique (APT) négocié depuis juillet 2013 par les Etats-Unis et l’Union européenne est une version modifiée de l’AMI. Il prévoit que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales pour le pays contrevenant, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros au bénéfice des plaignants.
D’après le calendrier officiel, les négociations ne devraient aboutir que dans un délai de deux ans. L’APT combine en les aggravant les éléments les plus néfastes des accords conclus par le passé. S’il devait entrer en vigueur, les privilèges des multinationales prendraient force de loi et lieraient pour de bon les mains des gouvernants. Imperméable aux alternances politiques et aux mobilisations populaires, il s’appliquerait de gré ou de force, puisque ses dispositions ne pourraient être amendées qu’avec le consentement unanime des pays signataires (…)
Rien ne doit filtrer. Instruction a été donnée de laisser journalistes et citoyens à l’écart des discussions : ils seront informés en temps utile, à la signature du traité, lorsqu’il sera trop tard pour réagir(…) L’impérieuse volonté de soustraire le chantier du traité américano-européen à l’attention du public se conçoit aisément. Mieux vaut prendre son temps pour annoncer au pays les effets qu’il produira à tous les échelons : du sommet de l’Etat fédéral jusqu’aux conseils municipaux en passant par les gouvernorats et les assemblées locales, les élus devront redéfinir de fond en comble leurs politiques publiques de manière à satisfaire les appétits du privé dans les secteurs qui lui échappaient encore en partie. Sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration  : pas un domaine d’intérêt général qui ne passe sous les fourches caudines du libre-échange institutionnalisé. L’action politique des élus se limitera à négocier auprès des entreprises ou de leurs mandataires locaux les miettes de souveraineté qu’ils voudront bien leur consentir(…) Sous un tel régime, les entreprises seraient en mesure de contrecarrer les politiques de santé, de protection de l’environnement ou de régulation de la finance mises en place dans tel ou tel pays en lui réclamant des dommages et intérêts devant des tribunaux extrajudiciaires.»

La suite et l’essentiel à lire ici.

Sans oublier de redécouvrir ce que pensait et disait le célèbre économiste Adam SMITH, qui apparaît aujourd’hui comme un visionnaire, et dont un rappel ne peut qu’être pertinent…surtout face à ceux qui passent leur temps à vénérer Adam SMITH, plus qu’à le lire :

Adam SMITH, connu comme l’apôtre du « laisser faire » et du « libre marché », savait aussi « que les marchés n’étaient pas parfaits. Ainsi, les marchés ne renforcent pas la loi, ne protègent pas les frontières et ne fournissent pas de biens publics, comme le nettoyage des rues, que tout le monde exige mais que personne n’est très enclin à effectuer ». Par ailleurs, « Adam SMITH ne pensait pas exactement que le gouvernement était dangereux pour les marchés. Il pensait que le danger venait des gros capitalistes qui dupaient le gouvernement pour que celui-ci leur accorde des faveurs »**.

Le message oublié d’Adam SMITH :

Le grand message oublié d'Adam SMITH. "Economix" de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

Le grand message oublié d’Adam SMITH.
« Economix » de M. GOODWIN et D.E. BURR, ed. Les Arènes, 2013 p29

 

 

 

 

 

 

Pour terminer, vous qui avez pris le temps de lire ce qui précède : vous êtes chrétien(ou non)et vous vous dites peut-être que vos priorités sont autres ou ailleurs que ce sujet « économique ».

Certes.

Mais resterons-nous « les bras ballants » face à la privatisation de l’Europe ? ***

Voir aussi :

http://www.contrelacour.fr/marche-transatlantique-le-projet-de-mandat-de-negociation-de-la-commission-europeenne-traduit-en-francais/ ; http://www.contrelacour.fr/marche-transatlantique-le-mandat-definitif-de-negociation-de-la-commission-europeenne-traduit-en-francais/ ; http://www.scoop.it/t/marche-transatlantique ; http://www.theorie-du-tout.fr/2011/09/billet-marche-transatlantique-synthese.html ; http://www.reporterre.net/spip.php?article5001

 

Notes :

*Article dont j’ai pris connaissance via une note du journaliste Patrice de Plunkett, intitulée Traité « transatlantique » : l’engrenage se met en marche, publiée le 11/11/13 sur son blog : http://plunkett.hautetfort.com/tag/libre-%C3%A9changisme

**D’après GOODWIN, Michael ; BURR, Dan E.. Economix. La Première histoire de l’économie en BD. Ed. Les Arènes, 2013, pp 26, 28

***Selon Le Tigre magazine, nous assistons déjà les bras ballants à la privatisation du web, voire même à celle du logement social….deux sujets dont bien peu de médias ont parlé, à l’instar du Traité transatlantique.