Foireux liens de mai (33) : « fuir le monde » ou « s’engager dans le monde »

Les « Foireux liens » de mai : Européennes, réforme, feuilletons…

Bonjour ! Voici notre 33ème édition des « Foireux liens ». Au menu, Européennes 2019, projet de réforme « de la défiance », nouveaux épisodes de feuilletons politico-médiatico-judiciaires, Notre Dame de Paris, Vincent Lambert, GAFA, Transhumanisme, Fake news, travail dominical, Amazon….

Bonne lecture !

 

1) Européennes : « Tout ça pour ça » : Le score RN se ramène finalement à 23,3 %, soit 0,9 % d’avance sur la liste LREM (d’où même nombre de sièges à Strasbourg), et font moins bien qu’en 2014. Les macronistes se retrouvent un peu ballots après avoir clamé pendant des semaines qu’une vague brune déferlait et que seul M. Macron pouvait en préserver les peuples… Il n’y avait pas de vague brune : on le savait d’avance.

Voir aussi : Européennes 2019 : Les résultats des élections dans toute l’Union

Ce scrutin modifie les équilibres politiques dans l’hémicycle. « Contexte », média web français spécialisé sur les institutions, les politiques publiques et la fabrique de la loi, publie une série d’infographies sur les résultats, à comparer avec la composition du Parlement 2014-2019.

Et : découvrez les 74 députés français du Parlement européen

RN : 5 millions d’euros d’argent public détournés, une 20aine d’élus mis en examen, 40 collaborateurs soupçonnés dont la tête de liste aux Européennes 2019. Résultat : 1er parti français au Parlement européen durant les 5 prochaines années…

2) Ecole : Le projet de loi « de la défiance » amendé et adopté par le Sénat

Mardi 21 mai, le Sénat a approuvé le projet de loi « pour une école de la confiance » par 213 voix contre 95, après l’avoir largement amené (60 amendements adoptés, dont certains controversés, telle la possibilité d’une retenue sur les allocations familiales pour lutter contre l’absentéisme, ou cet autre amendement LR visant à interdire les signes religieux ostentatoires pour les parents accompagnateurs lors des sorties scolaires). Les sénateurs ont également supprimé l’amendement qui prévoyait la création des établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF), des structures qui regroupent un collège avec plusieurs écoles. Cette annonce avait suscité la colère grandissante des enseignants et des parents d’élèves. Députés et Sénateurs vont maintenant tenter de se mettre d’accord pour une adoption définitive rapide d’un texte inspirant, jusqu’à présent « la défiance » des enseignants et des parents.

Voir aussi le projet de loi « Pour une école de la confiance ».

3) Notre-Dame de Paris : une étrange manoeuvre financière risque de disperser les donateurs
Président de la Fondation du patrimoine depuis 2017, Guillaume Poitrinal décide unilatéralement de clore la souscription Notre-Dame et de diriger une partie de l’argent vers d’autres chantiers. Désarroi chez les donateurs. Désapprobation au ministère de la Culture, aux Monuments nationaux, à la Fondation Notre-Dame, à la Fondation de France. Et perplexité de l’opinion….

4) Affaire Vincent Lambert : le monde politique divisé après la reprise des traitements

La reprise des traitements étant acquise, les parents du patient réclament désormais son transfert, tandis que les responsables politiques opposent droit à la vie et droit à mourir dans la dignité.

Voir aussi : Vincent Lambert : quels enjeux juridiques et éthiques ?

5)  Pourquoi vous ne pouvez plus acheter chez Amazon

Lorsque vous achetez sur Amazon, tout est fluide, rapide. Tout est simple pour vous. Et c’est une réalité. Mais à quel prix ? Je ne parle pas du prix de ce que vous achetez. Mais le prix de votre petite conscience. Préférez-vous rester un citoyen qui a une conscience, une éthique ou oublier ce qui se cache ? Ainsi, voulez-vous vous offrir le beau produit pas cher, en écrasant les salariés ? Seriez vous d’accord d’être licencié par une machine ? Voulez-vous cautionner le désastre écologique et cynique d’Amazon ? Voulez-vous être surveillé dans votre chambre par Amazon ? Etc….

Voir aussi : Sept femmes enceintes licenciées par Amazon : 7 procès en 8 ans

Et Chez Amazon, un algorithme vire les employés « pas productifs »

6) Vous n’arrivez pas à vous déconnecter des GAFA ? Embrouillez-les !

Vous n’échapperez pas à la surveillance de masse, mais vous pouvez la gêner. Le livre « Obfuscation, vie privée, mode d’emploi » explique comment…

7) Quand Internet est devenu un objet mutant dysfonctionnel

Nous nous sommes trompés sur un point essentiel : Internet n’est pas une utopie mais un outil. Et pour comprendre cet outil nous devrions nous replonger dans les lectures d’Ivan Illich. Pour lui dès qu’un outil est institutionnalisé et s’impose comme ce qu’il qualifie de « monopole radical », un outil dont personne ne peut se passer et dont l’usage devient une injonction de consommation, il devient dysfonctionnel et détruit l’objectif qu’il est censé servir (…) En quelques années, Internet est devenu un objet mutant dysfonctionnel. Il était censé rapprocher les hommes, il les fracture. Au lieu de rendre la planète plus intelligente, il développe une sous-culture de la médiocrité.

8) Non, les « digital natives » ne sont pas tous des geeks, ils ne savent pas forcément utiliser les outils disponibles en ligne et ils ne font pas preuve d’un esprit critique à toute épreuve devant les flots d’information. Ne confondons pas la familiarité avec un médium et la connaissance approfondie de la manière de s’en servir. La ligne de partage ne passe pas par la date de naissance mais par la culture générale et l’éducation aux médias numériques.

9) Quand la paresse intellectuelle nous rend plus facilement manipulable

Aujourd’hui, l’information doit se faire la plus brève possible pour être susceptible d’attirer l’attention du chaland au risque de paraître “relou” et se faire zapper. Combien de fois ai-je entendu : “Mais tu es sûre que tu ne veux pas transmettre ton témoignage aussi en vidéo car tu attirerais plus de monde, tu sais les gens de nos jours n’aiment plus lire blablablablabla?” Sauf que l’information de qualité ne peut pas se résumer en quelques caractères….

10) «Attaque» de la Pitié-Salpêtrière. La fake news venait de l’Intérieur

Non, contrairement à ce qu’a affirmé Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, l’hôpital parisien n’a pas été pris d’assaut et dégradé par des manifestants mercredi 1er mai. Décryptage d’un emballement inquiétant.

11) Quand Marine Le Pen prônait l’interdiction des manifestations en période d’urgence

En mai 2016, en plein mouvement contre la loi travail, Marine Le Pen [qui se présente aujourd’hui comme la « grande défenseure des Gilets jaunes »] fustigeait les manifestations, appelant à leur interdiction, ainsi qu’au renforcement des forces de répression. A (re)découvrir, cet article publié sur Public Sénat et datant de 2016….

12) Le Conseil économique, social et environnemental : une institution méconnue, méprisée… et précieuse

La Ve République dispose avec lui d’une institution capable d’anticiper les grands mouvements sociaux, d’apprécier les évolutions de la société et de s’en faire le porte-voix. Plutôt que de créer de toutes pièces de nouvelles institutions, il serait sage d’utiliser celles qui existent déjà et dont c’est le rôle tel que prévu par la Constitution. Par exemple, le conseil économique, social et environnemental, de nature à être force de proposition sur tous les grands thèmes de société et anticiper d’éventuels difficultés ou blocages. C’est ainsi qu’il était en mesure d’anticiper le mouvement des « gilets jaunes », sans forcément avoir été écouté…..

13) Licenciements chez Cora : le «chaos législatif» du travail dominical

Le licenciement pour faute grave de deux salariés de la chaîne d’hypermarchés, opposés au travail le dimanche, pose à nouveau la question de son encadrement. Si les employés sont censés avoir le droit de refuser, ils n’en ont pas souvent la possibilité concrète.

14) Le succès du coaching à l’épreuve du professionnalisme

L’émoi suscité par l’émission de France Inter, diffusée en novembre 2018, sur « les dérives du coaching », met en exergue l’enjeu de la professionnalisation des coachs. Dans ce secteur en pleine expansion, la certification par les associations professionnelles (ICF, SF Coach…) ou écoles est un premier pas, mais elle n’est pas suffisante à la formation de professionnels compétents. Ceux-ci ont besoin de s’ouvrir à des approches leur permettant de mieux comprendre les contextes dans lesquels ils interviennent et d’instruire les dilemmes et tensions qui surgissent de leur pratique (…). Trois critiques alimentent de manière récurrente les analyses sociologiques du coaching.

15) Écriture inclusive et exclusion sociale

Les complexités de l’écriture inclusive ne sont pas seulement techniques si l’on considère les conséquences sociales éventuelles. Ne nuiraient-elles pas à l’égalité sociale ?

16) Des médias s’unissent pour documenter les effets du changement climatique en France

Fin 2018, Basta !MediapartPolitisReporterre et la Revue Projet se sont associés pour constituer un groupe de journalistes sur le climat. Jeudi dernier, 18 avril, ces médias ont poursuivi ce travail collectif en publiant sur leurs sites respectifs, une deuxième série d’articles concernant l’impact de la crise climatique en France chez les jeunes, les victimes de catastrophes naturelles, les agriculteurs, les personnes souffrant d’allergies… Un site baptisé « Jiec.fr » pour « Journalistes d’investigation sur l’écologie et le climat » est dédié à ces publications communes.

17) Bygmalion :Sarkozy sera bien jugé en correctionnelle

C’est un nouveau pas vers un procès en correctionnelle pour Nicolas Sarkozy. Le Conseil constitutionnel a estimé, vendredi 17 mai, que rien ne s’opposait à ce que l’ancien président soit jugé dans l’affaire Bygmalion pour financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012.

La justice reproche à Nicolas Sarkozy d’avoir dépensé au moins 42,8 millions d’euros, soit plus de 20 millions d’euros au-dessus du plafond autorisé, grâce à un système de facturation frauduleux. L’ex-chef de l’Etat a été renvoyé en février 2017 devant le tribunal correctionnel pour répondre de ce délit, mais sa défense a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) pour contester cette décision. Franceinfo répond à cinq questions sur cette décision.

18) Mais que devient François Fillon ?

François Fillon sera bel et bien jugé pour détournement de fonds publics, recel de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et manquement aux obligations déclaratives de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Son épouse, Pénélope Fillon, est quant à elle renvoyée devant le tribunal pour complicité et recel de détournement de fonds publics et recel d’abus de biens sociaux. S’il va donc bien devoir répondre de ses actes passés devant la justice, l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy coule, depuis sa retraite forcée de la vie politique, des jours plutôt heureux. Il ne lui a, en effet, pas fallu plus de trois mois après sa cuisante défaite lors du premier tour de l’élection présidentielle pour décrocher un job en or, en devenant associé du prestigieux fonds d’investissement Tikehau Capital.

19) Etats-Unis : Comment le parti républicain a abandonné la question du porno

Autrefois, la lutte contre la pornographie était au coeur du combat culturel américain. Aujourd’hui, la porno est une énorme industrie – nocive – sans réels adversaires. Qu’est-il arrivé ?

20) Nationalisme, populisme, politiques et identité des évangéliques

Contribution de l’alliance évangélique européenne (EEA), extrait du projet Issachar à une période où, en Europe, beaucoup s’engagent dans des politiques identitaires , il est très important que les chrétiens aient une juste compréhension de leur propre identité et sachent que penser et comment prier et s’engager dans les questions politiques. C’est notamment le cas devant la tentation de réagir en se conduisant comme un groupe identitaire en présence des défis du libéralisme et de l’islam….

21) L’État, la Société se porteraient-ils mieux ou moins bien si les chrétiens étaient mêlés au pouvoir ?

A la dernière présidentielle, suite aux résultats du premier tour (Macron-Le Pen), certains chrétiens voire pasteurs, sur les réseaux sociaux ou blogs avaient appellé à « investir la société, ne pas juste être spectateur mais acteur ». Investir, d’accord, mais de quelle manière ?

22) Comment faire Église aujourd’hui ? Le point de vue d’un Attestant

Pascal Geoffroy, pasteur, membre des Attestants, revient sur la création de ce mouvement, au regard de l’histoire.

23) Une communauté nourrie par la prière

Dans un précédent article, le pasteur Philippe Golaz expliquait que « la prière était ce qui permettait de rester spirituellement vivant, en étant relié au Père ». Plus récemment, lui-même a mis un frein à sa frénésie du faire et à la pile de projets en attentes pour prendre un temps d’écoute et de discernement. De là cette conviction que la première chose à faire, était de réinvestir le domaine de la prière. Que si la relation au Père n’était pas entretenue en amont, alors tout le reste serait vide de sens et ne porterai pas de fruit, ou alors beaucoup plus difficilement.

24) « The Bible Project » maintenant en français

Connaissez-vous le site “The Bible Project” ? Lancé en 2014, ce site qui contient de nombreuses vidéos est une véritable mine d’or pour tous ceux qui veulent creuser les Écritures. A l’occasion des fêtes de Pâques, une version du site et des vidéos est désormais accessible en français.

25) Quand je croyais que Dieu voulait que je sois avec un non croyant

Une note de blogue adressée aux “missionnaires de l’amour” autrement dit tous ceux et celles qui pensent que Dieu les appellent à être en couple avec des personnes ne partageant pas leur foi pour les convertir par la suite.

26) Quand Rien créa Tout

Toi, tu crois en rien », réplique Paul (joué par Edouard Baer), musicien tendance punk-anar à son fils, dans « la lutte des classes » de Michel Leclerc(2019). Olivier Keshavjee, le théologeek, nous partage sa traduction autorisée d’un article de Joe Carter, lequel propose une tentative de méta‐narratif athée‐matérialiste simple et compréhensible qui explicite la question de la compréhension de soi. Il s’agit donc du regard constructif d’un chrétien sur une vision du monde scientifique réductionniste ontologique…..

27) Le corps, humus sans espoir

Nous vivons, et nous mourons. C’est un fait indépassable de la vie humaine. Qui que nous soyons, dans ce monde dans lequel nous vivons maintenant, nous vivons et nous mourons. Pour ceux qui voient s’éteindre des proches, que cela signifie-t-il ? Douleur, perte, deuil. Séparation. Dans ce processus de deuil, ce qui arrive au corps de la personne décédée a de l’importance. L’humanité a d’ailleurs toujours eu conscience de cela, d’où l’importance des rites funéraires qui apparaissent très tôt dans l’histoire humaine. Les deux « rites » autorisés en France sont la crémation et l’inhumation. Mais une autre alternative a fait le titre d’un article du Monde : l’humusation, c’est à dire la transformation du corps en humus.

28)Aux origines du transhumanisme

Le récit transhumaniste commence dès le livre de la genèse, le premier livre du pentateuque avec cette promesse « vous ne mourrez pas », tous les mythes et légendes anciennes, celles des sumériens de la Mésopotamie, des fables de l’odyssée de Homère, l’élixir des alchimistes des chinois et leurs pilules d’immortalité, nous rapportent des rêves de dépassement de l’humanité et de conquêtes contre la mort.

L’histoire très ancienne de ces récits nous évoquent de fait la mémoire d’une humanité à la quête de son paradis perdu et sa volonté de conquérir le fruit interdit en gommant si possible le récit construit de la civilisation humaine fondée depuis la chute, sur l’idée de la mort. Décryptage sur le blog « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître, partenaire de Pep’s café.

29)Sortir ! Recension du livre de Natalia Trouiller, un essai sur la stratégie que l’église devrait adopter pour traverser notre époque post-moderne.

Comment se fait-il que nous soyons plus prompt à considérer l’impureté du monde et vouloir le fuir, plutôt que de vouloir comme Christ nous incarner dedans et embrasser à pleine bouche son impureté et sa crasse pour la purifier par l’Esprit?

Réponse, selon l’auteur: Parce que nous avons développé une disposition collective de type gnostique. Nous séparons le corps de l’âme, nous rejetons la matière pour embrasser le pur spirituel, nous fuyons le monde pour embrasser la Connaissance Salvatrice. Nous nous satisfaisons de connaissance et de saine doctrine, en refusant de nous laisser transformer par elle pour agir ensuite. Nous avons développé un habitus de cathare. Et ce n’est pas un compliment. La suite sur Phileo-sophia, le blog d’Etienne Omnès.

Et le dernier pour la route :

30) « Les plantes sont extraordinaires : c’est un modèle décentralisé dont tous les membres participent à la décision »

Pour Stefano Mancuso, fondateur du laboratoire de neurobiologie végétale, tout ce que nous construisons au niveau de nos organisations sociales est bâti sur le modèle du corps animal. Or les animaux – humains compris – ne représentent que 0,3 % de la vie sur la terre, bien moins que les trois autres catégories que sont les végétaux, les champignons et les êtres monocellulaires. L’écrasante majorité des êtres vivants utilise des modèles différents du nôtre, qui est très fragile. Il suffit d’enlever la tête et toute l’organisation s’écroule. Il y a eu des empires, comme ceux des Aztèques et des Incas, des civilisations très avancées, dont l’organisation reposait exclusivement sur l’Empereur. Il a suffi aux Espagnols de s’attaquer à ce dernier pour que tout le système s’écroule instantanément. Par son organisation horizontale, une plante survit même si, par exemple, un animal mange ou détruit une partie de son corps, quand un animal meurt dès qu’un de ses organes vitaux ou son cerveau sont ôtés ou détruits. Comment ce modèle peut nous inspirer dans l’organisation des sociétés humaines ?

 

Ces « Foireux liens » sont terminés : merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en juillet.

 

 

Travailler le dimanche ? C’est toujours non !

Un étonnant tract, plutôt bien vu, de la CGT(“Christ Gloire à Toi” ?)

Emmanuel Macron avait promis qu’une fois élu, il « améliorerait » la loi travail par une réforme encore plus large et légiférerait par ordonnances au cours de l’été. Les négociations avec les syndicats ont lieu en ce moment. C’est dans ce contexte que la CGT publie ce tract pour le moins étonnant contre le travail du dimanche
Il y est notamment rappelé (voir ci-contre) la loi Sarrien du 13 juillet 1906 qui stipule que « le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche ». Et c’est enfin une invitation à dire « toujours non ! » au travail du dimanche, via une pétition en ligne.

Contactée par Le Figaro, la Fédération CGT du Commerce et des Services explique aux journalistes la genèse de la campagne de publicité : «nous avions créé un forum de débat contre le travail dominical et décidé de nous inspirer des internautes pour notre communication sur le sujet. Parmi les réactions, une jeune femme qui déclarait préférer aller à la messe que travailler le dimanche». Considérant l’argument légitime, le syndicat n’a pas hésité à s’en servir, et a adopté le point de vue du prêtre, qui lui, ne peut « se dérober » au travail dominical.

Largement partagée sur les réseaux sociaux, elle a suscitée des réactions diverses. Accueillie avec méfiance par certains croyants, cette initiative est vue comme un « clin d’œil complice » par plusieurs prêtres, dont l’Abbé Pierre-Hervé Grosjean (voir son message sur twitter daté sur 01/07/17). Ce dernier se dit d’ailleurs en accord avec le message de la CGT («nous partageons avec certains syndicats et responsables politiques divers le souci de préserver des espaces de gratuité, de repos légitime», dit-il), faisant référence à la doctrine sociale de l’Église, qui a toujours prôné le repos dominical.

La CGT, quant à elle, assume totalement le lien avec l’Église sur cette question. Mais sa campagne a surtout pour objectif de lutter contre les effets de la loi Macron adoptée en août 2015, et qui a facilité le travail dominical en élargissant les autorisations administratives dans les zones touristiques, et en donnant plus de latitude aux maires pour fixer le nombre de dimanches travaillés. De nombreuses chaînes de magasins peuvent ainsi demander à leurs salariés de venir travailler le dimanche 12 fois par an. Cantonnée aux 20 zones touristiques internationales que compte la France (dont huit pour la seule ville de Paris), cette libéralisation du travail dominical pourrait bien devenir une nouvelle norme sociale. C’est en tout cas ce que craint la CGT, qui critique également son inutilité« Le travail du dimanche dans le commerce n’est pas utile car il ne participe pas à la lutte contre le chômage. En revanche, il complique énormément la vie de famille des salariés », déclarait ainsi au journal Le Parisien Olivier Champetier, secrétaire local de la CGT, en marge d’une manifestation organisée en juin dans le centre commercial d’Évry 2.

Enfin, pour Hélène Bodenez, il s’agit là d’une « excellente initiative ». Professeure agrégée de lettres dans un lycée jésuite parisien et blogueuse, elle cherche, entre autres, l’encadrement du dimanche chômé en France et en Europe. Dans une note de blogue pour Radio Notre Dame, le 03 juillet, elle nous invite à comprendre le message « qu’il y a derrière » le tract de la CGT, lequel rappelle que « le dimanche reste le jour privilégié de « l’élévation spirituelle » dont la messe ou le culte est un sommet et ses ministres les ouvriers de la vigne. Utiliser cette photo pour rappeler l’importance du repos dominical dérange sans doute car nous voudrions ne plus retenir la racine religieuse de ce noyau historique culturel de notre Europe. Combien d’entre nous veulent bien aller une petite heure à la messe mais oublie que c’est tout le jour qui est voué au Seigneur, au don A qui de le défendre ? Les syndicats prennent leur part du combat. A nous de prendre la nôtre ! »

Qu’en pensent, quant à eux, les protestants « historiques » et les protestants-évangéliques ? Estiment-ils qu’il s’agit là d’un « bon combat », dont ils doivent « prendre leur part » ?

Pour aller plus loin : (re)lire une ancienne note de blogue sur le sujet, toujours actuelle : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/06/03/le-chretien-peut-il-faire-greve-ou-notre-regard-sur-le-travail-et-les-manifestations-contre-la-loi-travail/

 

« Le chrétien peut-il faire grève ? » Ou Notre regard sur le travail et les manifestations contre la loi Travail

Le « I would prefer not to » (ou :  « je préférerais ne pas ») de Bartleby, personnage d'Hermann Melville : une façon d'affirmer sa dignité, soit de ne pas dire "oui" à tout et n'importe quoi...?

Le « I would prefer not to » (ou : « je préférerais ne pas ») de Bartleby, personnage d’Herman Melville : une façon d’affirmer sa dignité, soit de ne pas dire « oui » à tout et n’importe quoi…?

« Le Roi d’Egypte leur dit : ……pourquoi voulez-vous débaucher le peuple de ses travaux ? Allez à vos corvées !(…) Vous êtes des paresseux, des paresseux !  » (Ex.5v4, 17. TOB)

« Jour après jour, tournés vers moi, ils désirent connaître e que j’attends d’eux. On dirait une nation qui agit comme il faut, et qui n’abandonne pas le droit proclamé par son Dieu. Ils réclament de moi de justes jugements et désirent ma présence. Mais ils me disent : « A quoi bon pratiquer le jeûne, si tu ne nous vois pas ? A quoi bon nous priver, si tu ne le remarques pas ? » Alors je réponds : Constatez-le vous-mêmes : jeûner ne vous empêche pas de saisir une bonne affaire, de malmener vos employés, ni de vous quereller ou de donner des coups de poing ! Quand vous jeûnez ainsi, votre prière ne m’atteint pas ». (Es.58v2-4. BFC)

L’excellente revue « Promesses » a mis en ligne son numéro consacré au « travail et (au) chômage » (N° 192, avril-juin 2015), consultable intégralement ici.

Dans le contexte du projet de loi « travail », actuellement en débat au parlement(1), et dans le contexte des diverses manifestations et grèves en réaction à ce texte(2), voici l’occasion de chercher ensemble ce que serait « porter un regard biblique » sur les divers aspects du travail : « labeur, chômage, vocation et revenu, témoignage à nos places de travail, relations dans le travail, congés et sécurité dans nos occupations ». Une façon d’aller plus loin que les éternels : « c’est le bazar en France »(pour rester poli), ou les « que font-ils à la France ? ». Car, plutôt que dénoncer systématiquement ces travailleurs qui « se focaliseraient sans cesse sur leurs droits », comment rester à l’écoute des revendications de ceux qui ploient sous la charge ?(3) Car, rappelons-le, les opposants au projet de loi « travail » ne sont pas de ceux qui « ne voudraient pas travailler », mais plutôt de ceux qui défendent leur dignité, soit leur droit de ne pas dire oui à tout et n’importe quoi.
Ainsi, parmi les « Sept questions sur le travail » recensée par Joël Prohin, en voici une, que l’auteur ose poser, susceptible de nous intéresser : Le chrétien peut-il se mettre en grève ? (4)

Son analyse : « L’Écriture demande clairement aux « serviteurs » (aux salariés, dirait-on aujourd’hui) de se soumettre à leurs « maîtres » (leurs supérieurs) – et cela que ces derniers soient « bons et doux » ou qu’ils aient « un caractère difficile » (1 Pi 2.18). L’obéissance à l’autorité hiérarchique est un principe biblique général que tout chrétien est tenu de respecter. Néanmoins, la Bible condamne tout aussi fermement l’oppression des pauvres : Jacques rejoint la voix de prophètes comme Amos lorsqu’il dénonce vertement le comportement des riches qui frustrent les ouvriers d’un salaire digne (Jac 5.v4). Si un croyant peut supporter paisiblement une injustice qui le touche personnellement, il peut aussi apporter une critique justifiée face à un comportement patronal inéquitable qui porte atteinte à son prochain ou à toute une catégorie sociale.

Dans les pays où le droit de grève est reconnu par la législation, lorsque la négociation n’a pas pu aboutir, on peut donc concevoir que le chrétien puisse user de ce droit comme un moyen de « dire la justice » (cf. Ps 40.9). Le danger est alors de glisser vers la défense d’intérêts matériels ou catégoriels, ou bien d’être entraîné dans des mouvements dont les fondements peuvent être diamétralement opposés à l’Évangile. Il est donc impossible d’édicter une règle de conduite générale et uniforme et il convient à chacun de se laisser diriger par l’Esprit pour vivre et montrer l’équilibre toujours délicat entre une soumission dans la douceur (Phil 4.5) et une dénonciation courageuse du mal ».

Dans le même numéro, Frédéric Mondin propose une réflexion biblique sur la base du texte principal d’Éphésiens 6.5-9 : « Patrons et employés : entre soumission zélée et devoirs réciproques ». C’est nous qui soulignons.

« Le texte d’Éphésiens 6.5-9 et son corollaire en Colossiens 3.18-25 pensent la relation entre patrons et employés dans le cadre des relations familiales, après la relation conjugale (5.22-33) puis parentale (6.1-4)…..Le principe qui dirige toute relation familiale saine est celui d’une soumission mutuelle de personnes elles-mêmes soumises à Christ (Éph 5.21 ; 1 Pi 5.1-6)…..Sans tomber dans une lecture révolutionnaire de l’Évangile, Paul revalorise ces trois entités familiales socialement déconsidérées à la lumière de l’Évangile, pour lequel l’aspect « mutuel » des rapports fait loi. Il enrichit ainsi le devoir de soumission d’un devoir de réciprocité. Ouvrant un droit d’accès égal à la nouvelle alliance, il montre aussi que la nouvelle communauté de la foi ne fait acception de personne, puisque, d’un point de vue strictement spirituel, tous sont un en Christ (Gal 3.28s ; Éph 6.9 ; Col 3.11) ».

Ainsi, au verset 9 d’Ephésiens 6 (« Et vous, maîtres, agissez de même à leur égard, et abstenez-vous de menaces.»), « après avoir exhorté l’esclave à se soumettre sans faille à ses devoirs d’esclave en faveur du patron, Paul se tourne vers les maîtres pour leur dire une chose incroyable : « Faites de même » ! Autrement dit : « Patrons, soumettez-vous sans faille à vos devoirs de patrons pour le bien de votre employé. » Ou encore : « Vos employés vous servent, vous devez aussi les servir.(…) Paul rappelle régulièrement à ses lecteurs le principe de Deutéronome 10.17 de l’impartialité de Dieu (Rom 2.11 ; Gal 2.6 ; Col 3.25), comme pour imposer un garde-fou à celui qui, détenant un pouvoir que sa faiblesse humaine maîtrise peu, serait tenté d’en faire un usage exacerbé »[cf Col.4v1]. Garde-fou qui nous paraît actuellement battu en brèche, de par le « détricotage » du code du travail par la « loi travail » El Khomri (1).

Enfin, dans un autre article de la revue, à l’heure où certains acquis sociaux sont battus en brèche (voir par exemple le travail du dimanche), David Richir rappelle qui est réellement « l’inventeur…des congés payés » !

Côté catholique, Benoît dénonce l’ « aliénation du travailleur » sur « Les Cahiers libres » : « Notre modernité a réussi cette chose incroyable : nous faire oublier que nous travaillons. Faut-il y voir une libération ? Non, c’est une illusion. La libération consisterait en la sortie d’un mode de production déshumanisant (l’homme réduit à un outil parmi d’autre, ainsi que l’exprime à merveille cette pub de Renault) ; l’illusion consiste au contraire à nous faire oublier l’aliénation. L’aliénation n’a, en un sens, jamais été aussi forte. Non seulement le travailleur est aliéné par un mode de production qui le considère comme une simple ‘ressource’ – une matière première ou un outil comme un autre – ; mais cette aliénation est elle-même aliénée. Le travailleur n’a même plus conscience d’être un travailleur et se trouve donc incapable de se reconnaître comme aliéné ». Précision pour info que « politiquement », l’auteur de cet article déclare « (espérer) plus dans le retour du Christ que dans les prochaines élections ; en attendant, il fait ce qu’il peut ».

Et si vous l’avez manqué, ne manquez pas à ce sujet son intervention (courte mais dense et pertinente) sur Radio Notre Dame : Une façon de répondre à ceux qui disent que, au sein d’une entreprise, les bénéfices ne seraient pas générés par les employés/ouvriers-lesquels « se focaliseraient(exclusivement) sur leurs droits …»

Et pour finir, La Rebellution nous offre un article d’Alex et Brett Harris, paru le 8 octobre 2014 sur « Joshua Wong : 17 ans et leader du « Nuit Debout » de Hong Kong » et traduit de l’anglais. L’équipe estime « intéressant de le publier aujourd’hui, dans le contexte du mouvement « Nuit Debout »(2) qui a lieu actuellement en France ».

 

 

 

 

Notes :
(1) La loi El Khomri en est actuellement au stade du projet de loi. Le texte a d’abord été présenté au Conseil des ministres du 24 mars 2016. Il a ensuite été examiné par la Commission des affaires sociales au début du mois d’avril. Le texte est débattu actuellement au Parlement. Après sa présentation à l’Assemblée nationale le 3 mai, le Premier ministre Manuel Valls a utilisé la procédure de l’article 49-3 de la Constitution qui a permis de faire adopter le projet de loi par l’Assemblée nationale en 1ère lecture sans vote des députés. La motion de censure déposée par la droite a en effet été rejetée le 12 mai (246 voix alors que 288 voix étaient nécessaires). Le projet de loi El Khomri est maintenant examiné par le Sénat. Il sera débattu en séance à compter du 13 juin. Avant son retour à l’Assemblée nationale fin juin-début juillet. Selon le premier ministre Manuel Valls, le texte devrait être définitivement adopté au mois de juillet.

Quelques mesures prévues par le projet de loi :

1)Le droit du travail fixe actuellement des durées de travail maximales par jour et par semaine. Le projet de loi prévoit d’augmenter ces plafonds. Ainsi, la durée maximale de travail par jour est aujourd’hui fixée à 10 heures. La réforme prévoit d’augmenter cette limite pour la porter à 12 heures. Cette hausse ne pourra être mise en place que par accord collectif. Elle devra nécessairement répondre à une augmentation de l’activité de l’entreprise ou à des motifs d’organisation.

Dans le même sens, la durée maximale de travail hebdomadaire, aujourd’hui fixée à 48 heures par semaine, pourra être portée à 60 heures. Autorisée par l’inspection du travail, cette augmentation ne devra être que ponctuelle : elle ne pourra être appliquée qu’en cas de « circonstances exceptionnelles » propres à l’entreprise.

2)L’article 2 de la loi Travail est particulièrement critiqué par les opposants au projet de loi dans la mesure où il introduirait une « inversion de la hiérarchie des normes ». En matière de temps de travail, il prévoit en effet qu’un accord négocié au sein de l’entreprise (accord d’entreprise) puisse remplacer les dispositions d’un accord de branche, même si ces dispositions sont plus favorables pour les salariés. Au contraire de la CFDT, la CGT exige donc le retrait de cet article 2.

3)Les PME de moins de 50 salariés pourront proposer à leur salarié de passer au forfait jour (et donc de déroger aux règles des 35 heures) et ce même sans accord collectif. A noter que la commission des affaires sociales du Sénat (qui examine le texte) est revenue, dans les grandes lignes, à la première version du projet de loi travail. Sur le temps de travail, elle est allée plus loin en supprimant la notion de durée légale de travail (http://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/droit-travail/loi-travail-les-senateurs-suppriment-les-35-heures_1798043.html ; http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/loi-travail-senat-retablit-ajoute-supprime-1371818 )

4)Le projet compte modifier les règles applicables à la validité des accords d’entreprise. Ils devront désormais être majoritaires, c’est-à-dire signés par des organisations syndicales représentant au moins 50 % des salariés. Mais le texte prévoit aussi la possibilité de mettre en place un référendum d’entreprise à la demande des syndicats représentant moins de 30 % des salariés. L’accord sera validé s’il est approuvé par la moitié des suffrages exprimés par les salariés. Les syndicats, même majoritaires, ne pourront pas s’y opposer.

5)Actuellement, la rémunération des heures supplémentaires est majorée de 25 % pour les 8 premières heures et de 50 % pour les suivantes. Mais un accord collectif peut prévoit une majoration de seulement 10 %, à condition qu’aucun accord de branche ne s’y oppose. Le projet de loi prévoit de supprimer cette dernière condition. En d’autres termes, une entreprise sera plus libre de négocier un accord pour réduire le bonus de rémunération des heures supplémentaires. Cet accord primera sur l’accord de branche si celui-ci prévoit un bonus plus important.

6)Le texte compte définir avec plus de précisions les motifs pouvant entraîner un licenciement économique. Les difficultés économiques rencontrées par l’entreprise pourront notamment être caractérisées par une baisse des commandes ou du chiffre d’affaires pendant un certain nombre de trimestres consécutifs, qui varie en fonction de la taille de l’entreprise. Ce nombre est fixé à :

1 trimestre de baisse du chiffre d’affaires ou des commandes pour les entreprises de moins de 11 salariés ;
2 trimestres pour les entreprises employant entre 11 et 49 salariés ;
3 trimestres pour les entreprises ayant entre 50 à 299 salariés ;
4 trimestres pour les entreprises de 300 salariés ou plus.

Il suffira désormais que l’entreprise remplisse ces conditions posées par la législation pour que le licenciement économique soit mis en oeuvre. Il sera alors difficile pour un salarié de contester le motif économique de son licenciement dès lors que ces critères sont réunis. Cette définition plus précise, avec l’introduction de nouveaux critères, aura également pour effet de réduire le pouvoir d’interprétation des tribunaux quant aux motifs économiques avancés par l’entreprise pour justifier le licenciement.

Sources : http://droit-finances.commentcamarche.net/faq/52536-loi-el-khomri-loi-travail-ce-qui-va-changer
Voir aussi : http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2016/06/02/la-contestation-de-la-loi-el-khomri-permet-aux-salaries-de-redecouvrir-le-code-du-travail_4931682_1656968.html et http://loitravail.lol/

(2) Un mouvement enclenché le 31 mars, d’abord contre la loi travail, puis qui s’est étendu ensuite  : voir le site du mouvement ; ces analyses du mouvement : http://www.sudouest.fr/2016/04/13/nuit-debout-neuf-choses-que-vous-ne-savez-peut-etre-pas-2328865-5166.php, http://www.europe1.fr/societe/en-quoi-consiste-le-mouvement-nuit-debout-2710441. Autres regards : http://www.famillechretienne.fr/politique-societe/politique/dans-la-penombre-de-la-nuit-debout-192273 ;  http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/04/12/nuit-debout%C2%A0-un-temoignage-5787725.html ; http://www.lavie.fr/actualite/france/quand-un-veilleur-observe-nuit-debout-13-04-2016-72208_4.php ; http://www.bastamag.net/Nuit-Debout

(3) Et aussi une façon de ne pas oublier que défendre «la dignité humaine » ou « les valeurs chrétiennes »– ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie ». Etre « pro-vie », ce n’est pas non plus  insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants.

(4) Voir aussi cet article sur le même sujet, paru en 2008 sur « Christ seul », publication mennonite : « le chrétien peut-il faire la grève ? »

Il est notamment rappelé que « les sociétés où le travail est régi par le salariat ont compensé le statut subordonné des salariés en organisant différentes instances de concertation et en octroyant, sous certaines conditions, le droit de grève qui est, notons-le, une forme de protestation non-violente qui a été autorisée, souvent, suite à des tueries à balles réelles ». La participation du chrétien à de telles formes d’action entre dans la ligne des cas suivants : « Cela ne nous choque pas qu’Esther soit intervenue auprès de l’empereur du moment pour intercéder en faveur de son peuple. Néhémie a fait la même chose. Paul, lorsqu’il s’est retrouvé en procès, a usé des arguments juridiques qui existaient à son époque pour défendre sa cause. Paul et Jacques ont interpellé les maîtres d’esclaves et les riches pour qu’ils changent d’attitude. C’est ainsi que les choses se faisaient dans les sociétés d’autrefois. Le sort des plus faibles dépendait de la bienveillance des plus forts et, pour faire entendre leur voix, les faibles devaient adresser une supplique personnalisée à ceux dont leur sort dépendait. La soumission aux autorités que les apôtres ont recommandée n’a pas exclu des réclamations diverses, pour peu que ces réclamations respectent le cadre normal de la société de l’époque. Même dans l’Église primitive, il n’a pas paru choquant que certains récriminent (Actes 6), parce que leurs veuves n’étaient pas suffisamment prises en compte ».

D’autre part, il est relevé que «  la grève n’est pas un geste individuel. C’est un geste collectif. Les salariés protestent collectivement, et pas nécessairement pour eux-mêmes en particulier, contre des conditions de travail dangereuses ou indignes, contre un niveau de rémunération qu’ils considèrent comme injuste, contre des sanctions qu’ils estiment injustifiées. Ils engagent d’ailleurs d’autres qu’eux-mêmes et, en particulier, ceux qui les suivront dans l’avenir. Nous sommes tous au bénéfice des grèves contre les conditions de travail dangereuses qui ont été menées par nos devanciers ».

Départ avec indemnités

Voici un édifiant exemple tiré de la Bible, qu’il serait curieux de voir un peu plus médiatisé et généralisé, aujourd’hui. Il se trouve dans le livre du Deutéronome 15v12-18 :

« Si, parmi tes frères hébreux, un homme ou une femme s’est vendu à toi et s’il t’a servi comme esclave pendant six ans, à la septième année tu le laisseras partir libre de chez toi. Et quand tu le laisseras partir libre de chez toi, tu ne le laisseras pas partir les mains vides ; tu le couvriras de cadeaux avec le produit de ton petit bétail, de ton aire et de ton pressoir : ce que tu lui donneras te vient de la bénédiction du SEIGNEUR ton Dieu. Tu te souviendras qu’au pays d’Egypte tu étais esclave et que le SEIGNEUR ton Dieu t’a racheté. C’est pourquoi je te donne ce commandement aujourd’hui (…) Ne trouve pas trop dur de le laisser partir libre de chez toi, car en te servant pendant six ans il t’a rapporté deux fois plus que ce que gagne un salarié ; et le SEIGNEUR ton Dieu te bénira dans tout ce que tu feras »(TOB).

En clair, tu veilleras au respect des droits et de la personne du salarié, de sorte que les rapports « maîtres – serviteurs » (ou « patrons-employés »), qui reposent déjà sur un principe de subordination, ne dérivent pas en asservissement pour le second. Tu le traiteras, non avec « la mentalité du propriétaire », mais avec justice, équité, bonté et compassion, à l’image de Dieu(1), vu qu’il n’est ni ta « propriété », ni ta « chose »(2), mais ton frère. Tu considéreras le travail qu’il a fourni et combien il t’a béni en te servant toutes ces années.

Tu ne l’exploiteras donc pas comme un citron, « jusqu’à la dernière goutte », et tu ne le jetteras pas, « quand il n’y aura plus de jus ». Mais tu partageras avec lui ce que tes champs et tes troupeaux ont produit de meilleur pendant les années où il a servi. Tu accepteras donc de le laisser partir libre, même au risque d’une perte de profit, et tu ne le renverras pas « à vide », ou « vidé »….

Dans la série, « le code du travail selon Dieu », une invitation pertinente à changer de regard et à « penser à rebours »(3) face au point de vue du dominant-celui du « patron » ou du « propriétaire », habituellement et abondamment relayé, et ce, au détriment du point de vue du pauvre, de l’employé ou de l’ouvrier…l’un et l’autre étant malheureusement souvent présentés de façon caricaturale (4).

 

 

 

 

Notes :

(1) La loi rappelle(avec les prophètes et les psaumes)que si Dieu  « ne fait pas de favoritisme », Il est du côté du pauvre, surtout quand il ne peut pas se défendre, ainsi que de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger-les précaires de l’époque(cf Deut.10v17-19 ; Deut. 15 ; Deut. 24 ; Ps.72 ; Job5v15…). D’autre part, selon le site lamed.fr, qui consacre toute une série équilibrée sur le sujet (« Car ils sont mes serviteurs »), « la tradition juive part de l’hypothèse qu’un ouvrier est une personne nécessiteuse vivant au jour le jour, et qu’il a besoin de son salaire quotidien pour entretenir sa famille. C’est pour cette seule raison, (expliquent les sages juifs), qu’il sacrifie son existence aux risques que lui fait courir son travail et qu’il abandonne sa liberté aux fantaisies d’un autre homme ».

 

 

(2) Comparer, à ce sujet, avec ce commentaire du commandement du Décalogue « tu ne voleras pas ».

(3) Soit à une « métanoia », un terme grec habituellement traduit par « repentance ».

(4) Un exemple frappant de cette vision caricaturale est celle de Dennis Peacocke, dans « Partenaire avec Dieu en affaires ». JEM Editions, 2008(un ouvrage qui m’a paru particulièrement inspiré par le libéralisme selon Friedrich Von Hayek), qui affirme que « les bénéfices ne sont pas générés par les employés »-lesquels « se focalisent sur leurs droits »– mais par ceux qui ont « l’esprit du propriétaire » (op. cit., p 90)