Souffrance intérieure du chrétien : « Jusques à quand ? »

Une réflexion rafraîchissante et édifiante sur le phénomène de la souffrance du chrétien

Une recension du livre de Pascal Denault : Le côté obscur de la vie chrétienne : Les doutes de la foi, la dépression de l’âme et le manque de croissance spirituelle, par mon frère Pierre-Louis. Qu’il soit remercié pour ce partage, comme je remercie BLF éditions de m’avoir gracieusement envoyé l’ouvrage en « service presse » !

La vie en Christ n’est pas toujours rose !

Au Psaume 13, la Bible illustre un phénomène que tout converti expérimente – tôt mieux que tard – lorsqu’il décide de faire de Christ son Chemin. David s’écria lui-même : « Jusques à quand, Eternel ! m’oublieras-tu sans cesse ? ». Bienheureusement, son psaume termine en allégresse, et l’Eternel ne laisse pas David sans réponse à ses doutes profonds.

Dans son ouvrage Le côté obscur de la vie chrétienne : Les doutes de la foi, la dépression de l’âme et le manque de croissance spirituelle, publié aux Editions Cruciforme, Pascal Denault, pasteur de l’Eglise évangélique de Saint-Jérôme au Québec [et par ailleurs « hérault dans le net »], accompagne le disciple de Christ – lui-même étant appelé à « faire des disciples » – dans une réflexion rafraîchissante et édifiante, autour des trois problèmes éponymes cités en titre, et plus largement sur le phénomène de la souffrance du chrétien.

Cet ouvrage amène le lecteur, sur la base d’une lecture méditative et d’une étude approfondie des Ecritures, à fonder et étayer sa pensée et s’outiller spirituellement et pratiquement pour traiter de manière appropriée la souffrance d’une âme non-encore parvenue à son complet renouvellement. Les problématiques-clés qui sont mises en avant ne le sont pas par le fruit du hasard, elles sont bien souvent des échardes douloureuses, tant pour ceux qui les expérimentent que pour les pasteurs et leaders chargés de soigner les âmes dans l’Eglise.

Levons le voile.

 

  1. « Je ne suis pas certain d’être sauvé. »

Le psaume 88 est un passage de choix pour présenter ce premier « dénominateur commun » des souffrances dans l’âme du chrétien. L’auteur y expose tout d’abord la différence entre le salut – un fait accompli à la croix de Jésus-Christ au bénéfice de celui qui met sa foi en Lui – et l’assurance du salut – aptitude spirituelle qui se travaille et grâce à laquelle le chrétien trouvera progressivement la sécurité de son âme.

Ainsi, l’auteur nous met face à deux aspects du salut :

  • Ce pour quoi nous sommes inutiles, c’est ce que Jésus-Christ a accompli une fois pour toute. En souffrant la croix, il a reçu à notre place le châtiment qui nous était réservé depuis le péché d’Adam.
  • Ce dont nous avons la responsabilité pour le bien de notre âme et pour le témoignage de l’Esprit en et au travers de nous, c’est de nous approprier subjectivement l’œuvre de Jésus-Christ. Concrêtement et sous forme interrogative : « Ma foi est-elle fondée et solidement ancrée dans l’œuvre que Christ a accompli à ma place sur la croix pour la rémission de tous mes péchés ? » « Est-ce que je vis ou bien est-ce que c’est Christ qui vit en moi ? » « Ai-je bien reçu le Saint Esprit et quel est son témoignage en moi ? »

A mon sens, le lecteur est ramené dans cette première partie à « ce dont il a toujours eu et aura besoin », l’Evangile de Jésus-Christ. Cet Evangile soutient la foi, guérit l’âme, et encourage le croyant. Il lui rappelle d’où provient sa foi et vers quoi elle le mène. Si nous croyons qu’un jugement dernier vient et que Christ nous a sauvé de la colère à venir, non-seulement en nous rachetant par son sang précieux, mais aussi en nous donnant une vie abondante en Lui, nous trouvons là notre exhortation à le chercher, à le connaître et à le servir de toute notre être.

Boîte à outil. Le lecteur trouvera dans cette partie une méthode directement issue des Ecritures pour « tester son salut » : sonder son cœur pour savoir si Christ est en lui (2 Corinthiens 13 v.5). Ainsi, il trouve la preuve de son élection.

 

  1. « Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit. »

Le deuxième volet de son ouvrage, Pascal Denault nous amène à considérer le cas du chrétien en proie à la dépression spirituelle, un état de tristesse profond et complexe, dont la provenance est difficile à déterminer.

L’auteur décomplexe le lecteur en affirmant que la déprime n’est pas un péché. Bien plutôt, c’est un point de départ duquel un choix s’opère : soit je cherche Dieu (Psaumes 51), soit je me cache de Lui (Genèse 4 v.9). Les passages bibliques cités dans ces chapitres nous amènent à un jugement sobre à propos du diagnostic à porter sur la souffrance de l’âme, et en particulier concernant le discernement de la déprime chez « les autres » dans l’approche pastorale.

Si la dépression tire son origine des conséquences du péché – loi qui gouvernait notre ancienne nature et produisant en elle la mort –, la cause distincte d’un état de dépression peut s’avèrer très complexe. A titre d’exemple, au-delà de l’origine dans le péché, l’auteur présentera un chapitre dédié au phénomène de l’épuisement et du stress excessif.

J’ai trouvé particulièrement appréciable la « posologie pour une vie heureuse », présentée sous forme de 7 conseils à mettre en prière et en actions. Ces préceptes se rapportent tant à l’équilibre spirituel que naturel et, une fois personnellement appropriés, ils seront des gardes-fous, un cadre sain pour entretenir son âme en bonne santé et cultiver ma joie, indépendemment des circonstances.

Boîte à outils. Pour la tranquilité de mon âme, je choisis de cesser de me préocuper outre raison de mon travail !

Mieux vaut une main pleine avec repos, que deux mains pleines avec travail et poursuite du vent. (Ecclésiastes 4 v.6).

 

  1. « Je ne porte pas beaucoup de fruits. »

De la loi du péché et de la mort à la loi de l’Esprit et de la vie, nous avons tous besoin d’éclairages sur le cheminement étroit vers le renouvellement entier de notre âme. Et c’est tout un programme !

Dans la troisième partie du corps de son œuvre, l’auteur nous appelle à la vigilance pour identifier nos ennemis et discerner des clés pour vivre en hommes affranchis, pour Christ. Il y a ceux que nous connaissons trop bien, et ceux dont nous ne nous flatterons pas d’avoir fait la rencontre.

En effet, si la rémanence du péché nous rappelle quelque chose du sombre vieux temps – celui que nous devons racheter – le piétisme – de la ville de « Légalisme » – et l’antinomisme évangélique – cousin de Surgrâce – nous attendent tous les deux en chemin, bien présentables et poignées de main tendues.

Le bénéfice de cette partie est de nous présenter des notions pour aiguiser notre vigilance, pour nous-même d’abord, puis pour notre frère. Par là nous comprendrons comment construire une vie enracinée sur Christ, notre fondation, et à reconnaître Ses priorités dans nos vies pour éviter de tomber dans les bas-côtés du Chemin. A ce titre, l’auteur présentera un chapitre sur chacun de ces deux fruits de la vie chrétienne : l’amour et la consécration.

Boîte à pensée. La consécration que Dieu veut est la vie « normale » du chrétien (P.228). Elle n’est pas réservée aux « grands hommes de Dieu », mais elle se manifeste quotidiennement, dans la somme des grandes et surtout des petites choses, nous amenant à l’humilité et exalter Dieu.

 

Avis : une lecture plus que bénéfique pour le disciple et faiseur de disciples.

Sur la forme, l’œuvre se lit facilement. Le vocabulaire est adapté à tous et les mots inhabituels tels que « piétisme » et « antinomisme évangélique » font l’objet de paragraphes dédiés. Rien n’est laissé dans le flou.

Heureusement, le lecteur est invité à chaque fin de chapitre à méditer un passage des Ecritures pour s’approprier les notions abordées de manière personnelle. Sans cela, le format fluide du livre pourrait nous permettre de tout lire sans marquer de pause.

Sur le fond, j’ai reçu un encouragement profond dans cet ouvrage, en ce que, par les Ecritures, l’auteur adresse le message si inhabituel… de l’Evangile. Christ aurait mérité une couronne d’or, sertie de diamants, et il a accepté des épines à la place. Les considérations de l’auteur nous font à nouveau prendre conscience du sens de la souffrance pour Christ et pour nous. Fort de cette méditation, le lecteur sera encouragé, non-pas à rejeter la souffrance – ce que nous prêcherait un Evangile du bien-être – mais à communier dans les souffrances de Christ, en vue de l’espérance d’une gloire éternelle. Nous ne vivons pas notre meilleure vie maintenant.

Je remercie tout particulièrement PEP’S CAFE ! de m’avoir encouragé non-seulement à la lecture de ce livre, mais aussi à réaliser ce travail critique, utile à l’appropriation de sa substance.

(Titre écouté durant la rédaction : Why, de Michael Card)

 

« Je crois que je suis en train de perdre la foi » : « tu crois ou tu en es sûr ? »

Le must de « la crise de foi » : « croire » perdre la foi et en parler à Jésus !
(Source : convergence bolcho-catholiques)

– Seigneur, je crois que je suis en train de perdre la foi…

– Au cas où, tu es en train de me parler.

– Ah oui… Mon problème est sans doute ailleurs.

– Sans doute, je crois.

[Piqué sur le compte twitter de Robin Reeve, enseignant d’Ancien Testament à la HET-PRO, Haute école de théologie en Suisse romande]