« La sagesse de Salomon » ou l’art de manier « l’épée de l’Esprit »

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

Lecture de 1 Rois 3v2-14, 16-28
Le célèbre « jugement de Salomon » vient juste après sa non moins fameuse prière.
A cette époque, « le peuple ne sacrifiait que sur les hauts lieux, car jusqu’à cette époque il n’avait point été bâti de maison au nom de l’Éternel. Salomon aimait l’Éternel, et suivait les coutumes de David, son père. Seulement c’était sur les hauts lieux qu’il offrait des sacrifices et des parfums. Le roi se rendit à Gabaon pour y sacrifier, car c’était le principal des hauts lieux. Salomon offrit mille holocaustes sur l’autel »(vv2-4).
C’est à Gabaon que L’Éternel « apparut en songe à Salomon pendant la nuit » et lui dit : « Demande ce que tu veux que je te donne »(v5). Les possibilités semblaient illimitées. « Demande ce que tu veux que je te donne ». Qu’auriez-vous demandé, vous ?
Et Salomon demanda que lui soit accordé « un cœur intelligent pour juger (le) peuple (de Dieu), pour discerner le bien du mal ! Car qui pourrait juger (son) peuple, ce peuple si nombreux ? »(v9). Une demande « qui plut au Seigneur »(v10), lequel Lui donna « un cœur sage et intelligent », et en plus tout ce que Salomon n’avait pas demandé : « richesse et gloire ».

« Salomon s’éveilla. Et voilà le songe ». Il est intéressant de constater que, suite à cette visite de Dieu et suite à sa prière, « Salomon revint à Jérusalem, et se présenta », non plus devant les hauts lieux, mais « devant l’arche de l’alliance de l’Éternel »[lieu de la présence de Dieu], où « il offrit des holocaustes et des sacrifices d’actions de grâces, et il fit un festin à tous ses serviteurs ». C’est « alors » que « deux femmes prostituées vinrent chez le roi, et se présentèrent devant lui….. »(v15-16)

Le cas est épineux : il s’agit de discerner qui est la mère de l’enfant vivant et qui est la mère de l’enfant mort. Salomon demande alors une épée pour trancher le litige (vv24-25), mais celle-ci ne servira pas. Elle ne sera pas utilisée « contre la chair et le sang »(Eph.6v12). L’enfant vivant ne sera pas coupé en deux. Mais comment Salomon a-t-il su qui était la vraie mère-celle de l’enfant vivant ? C’est là le paradoxe : Quand les intentions du cœur et l’esprit de la vraie mère[celle qui accepte de lâcher son enfant vivant] ont été dévoilées…par une autre épée !
Celle-ci est « l’épée de l’Esprit », « la Parole de Dieu »(Eph.6v17b), beaucoup plus efficace que la première ! Car « vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur. Il n’est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c’est à elle que nous devons rendre compte ». (cf Hébr.4v12-13. TOB)
Dévoiler « les intentions du cœur », c’est là l’effet et le rôle de « l’épée de l’Esprit », notre seule arme offensive(Eph.6v17b). Et ce ne sont pas ceux qui sont obsédés et aveuglés par la richesse, la puissance ou leur propre gloire, qui peuvent l’utiliser.
Mais ce sont les hommes sages, spirituels, matures, propres à discerner le bien du mal (Hébr.5v14), qui savent l’utiliser.

Apprenons donc à bien l’utiliser.

Discernes-tu le discernement ?

Scènes du film "Le Silence des agneaux"(J. DEMME, 1991)

Scènes du film « Le Silence des agneaux »(J. DEMME, 1991)

Parmi les dons spirituels énumérés en 1 Corinthiens 12v10, le discernement paraît discret, peu valorisant et quelque peu « coincé » entre plusieurs autres dons
au caractère plus « charismatique » que lui :  « miracles », « prophétie », « diversité des langues »….
Pourtant, rappelle Neil ANDERSON, dans son ouvrage « Le Libérateur »(Edition Clé, 2002), « le discernement spirituel est notre premier moyen de défense contre la tromperie. Le Saint-Esprit a établi sa demeure dans chaque croyant et il ne reste
pas silencieux quand nous sommes en présence d’une contrefaçon. Le discernement, c’est cette petite sonnerie qui se déclenche en nous quand il se passe quelque chose d’anormal. »(op.cit., p 219)

Le discernement, nous rappelle la Parole de Dieu, la Bible, c’est ce qui caractérise un homme mature, un « homme fait » : « ceux qui, par l’usage, ont le sens exercé à discerner le bien et le mal. »(Hébr.5v14)
C’est ce qui permet de penser d’abord à chercher qui se cache derrière certaines pétitions qui fleurissent sur le net, avant de cliquer. Ou de penser à lire attentivement un programme politique, plutôt que de relayer sans discernement des slogans simplistes et « vulgarisés »(vulgaires ?).

Cependant, ajoute Neil ANDERSON(op. cit., p219), « si nous voulons avoir un esprit de discernement, il est d’abord nécessaire d’examiner nos motivations », à l’instar du Roi Salomon(cf 1 Rois 3v5-14)
« Le véritable discernement n’est jamais motivé par le désir de se mettre en avant, la recherche du gain personnel ou la volonté de s’assurer un avantage sur autrui-pas même sur un ennemi(…)Le discernement n’a qu’une seule fonction : distinguer le bon du mauvais afin que le bon puisse être reconnu et le mauvais rejeté. En 1 Corinthiens 12v10, le discernement est présenté comme étant la faculté accordée par Dieu de distinguer un bon esprit d’un mauvais. Il s’agit d’une manifestation de l’Esprit, qu’il convient d’utiliser dans le but d’édifier l’Eglise »(op. cit., pp 219-220).

Le discernement, c’est ce qui nous permet de ne pas croire tout esprit, mais d’éprouver les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu(1 Jean 4v1 et ss).
Le discernement nous permet d’éprouver les dons, pour vérifier qu’ils viennent bien de Dieu.

« Le discernement spirituel », dit encore Neil ANDERSON, n’est pas une fonction de la pensée, mais une fonction de l’esprit.
C’est parce que nous sommes unis à Dieu que nous pouvons avoir du discernement spirituel. »(op. cit., pp 219-220)

Le discernement est donc un don à rechercher. Est-ce un don que l’on recherche, dans et pour l’Eglise ?
Aspire-t-on à être un homme mature, un « homme fait », capable de faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal ? Bien et mal selon Dieu, s’entend. Cela n’a pas changé, même si, aujourd’hui, on tend à faire passer pour « bien » ce qui est mal et « banal » ou de « bon sens » ce qui est mal.

Le discernement est donc un don. Un don de grâce. Nous pouvons le recevoir. Nous pouvons aussi le perdre, en plus du danger d’en faire un mauvais usage, si nous négligeons de l’exercer.

Tu aspires à être un homme(une femme)spirituel(le) mature ? Aspire au don de discernement pour édifier l’Eglise ! Et exerce-toi à l’exercer !