« Tout a, ou bien un prix ou bien une dignité »

Ce qui est digne "ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité" : par exemple, la vie d’un enfant, son éducation...

Ce qui est digne « ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité » : par exemple, la vie d’un enfant, son éducation…

La citation du Week-end, et ce n’est pas un « poisson d’avril » !

 

« Tout a, ou bien un prix ou bien une dignité. On peut remplacer ce qui a un prix par son équivalent ; en revanche, ce qui n’a pas de prix, et donc pas d’équivalent, c’est ce qui possède une dignité », affirme Kant(1), philosophe du XVIIIe siècle, dans ses « Fondements de la métaphysique des mœurs »(1785).

En clair, « ce qui a un prix » (marchand) est la « valeur » d’échange d’un objet : une voiture, un téléphone ou un ordinateur portable…. Lesquelles valent « tant » en euros ou en dollars, par exemple. Et c’est l’échange des biens qui transforme ceux-ci en marchandises.

Jusqu’à quel point réduisons-nous l’autre à l’état de « marchandises » ?

Or, un enfant, comme son éducation ou sa santé, par exemple, cela n’a pas de prix. L’un et l’autre ne sont pas des « moyens », nous permettant d’atteindre un but personnel, mais sont « une fin » en eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils ont une valeur pour eux-mêmes.

Relevons l’ambigüité (ou la confusion) qui règne autour du terme de « valeur », au sens à la fois « éthique »/« moral » et « boursier ».  Mais si nous considérons que « l’éducation » n’a « pas de prix », nous estimons (sic) qu’ « elle a un coût », ramenant encore le débat sur le terrain purement économique. La place exclusive donnée aux valeurs purement marchandes (de même que la question du coût ou la logique comptable-ne parlons pas de cette idéologie économique qui voudrait mettre les écoles en situation de « concurrence » les unes contre les autres) nous empêcherait-elle de discerner ce qui est fondamental et vital, ce qui est « une question de vie ou de mort » ?

Il importe donc de distinguer le moyen (ce qui a un prix et pouvant être remplacé par un autre moyen de prix équivalent), de la fin (ce qui a une valeur pour lui-même) : il s’agit là d’une invitation à dépasser une logique purement pragmatique, comme à préserver ce qui est  « non négociable », échappant au secteur exclusivement marchand.

Pour Dany-Robert Dufour, « ce principe de dignité ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité » : encore une fois, la vie d’un enfant, son éducation….« Face à la loi égoïste de la maximisation des intérêts personnels, la loi altruiste[ou de l’amour, dirai-je] « m’oblige à considérer l’autre, non comme un moyen pour réaliser mes fins, mais comme une fin en lui-même »(Dany-Robert Dufour, IN « L’individu qui vient…après le libéralisme ». Folio essais, 2016, p 58)

Le 7ème Salon de l'Education Chrétienne vous invite à réfléchir et à échanger autour de "l'éducation véritable" du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016

Le 7ème Salon de l’Education Chrétienne vous invite à réfléchir et à échanger autour de « l’éducation véritable » du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016

C’est aussi « collectivement », ensemble, que nous pourrons réfléchir à ce qui est « véritable » et non pas (uniquement) « comptable », relatif à l’éducation : il s’agit bien d’un enjeu « de vie ou de mort » ! C’est dans cette perspective que nous vous invitons à participer au 7ème Salon de l’Education chrétienne, qui aura lieu prochainement en région parisienne : toute personne interpellée, qui a ou aura une responsabilité éducative ou instructive au sein de la famille, l’école ou l’église, est la bienvenue !

Ouverture au public, le vendredi 15 avril à 19h00, avec une soirée artistique. Suivi de la journée du samedi 16 avril, riche en enseignements-plénières, table ronde, ateliers- et en rencontres potentielles avec les orateurs, intervenants, exposants. Sans oublier les animations pour enfants, avec un concours BD gratuit. Clôture avec le culte spécial « éducation », le dimanche matin 17 avril. En savoir plus sur le détail du programme. Inscriptions recommandées ici.

Venez en famille soutenir et recevoir ! Invitez vos amis et ne manquez pas de relayer cet événement autour de vous !

 

PS : ce blogue se met en pause à partir d’aujourd’hui, pendant tout le mois d’Avril. Retour prévu début mai. Profitez-en pour lire et relire les anciens billets !(2)

 

 

Notes :

(1) Bien avant lui, Dieu se révèle comme Celui qui rend l’honneur(ou de la dignité) perdu : Ps.91v15(BFC). Il « a composé le corps(de Christ) en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres »(1 Cor.12v24-25. Colombe).

En 1 Cor.1v27-28, Il choisit « ce qui est faible dans le monde, pour confondre ce qui est fort » ; et choisit « ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas », pour « réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant (Lui) ».

Enfin, Dieu révèle au peuple d’Israël Sa conception des « valeurs », en Deut.7v7-8 : « Si le Seigneur s’est attaché à vous », leur dit-il, « et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples. Mais si le Seigneur, d’une main forte, vous a fait sortir et vous a rachetés de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Egypte, c’est que le Seigneur vous aime et tient le serment fait à vos pères »(TOB).

(2) Par exemple, ce sondage – toujours d’actualité – ou ce défi apologétique, autour du pardon.

Ce que nous apprend(sur Jésus)le récit de la multiplication des pains

Ovins et de voiture par Petr Kratochvil Les foules, comme des brebis qui n'ont pas de berger, et que l'on pousse sans cesse

Ovins et de voiture par Petr Kratochvil
Les foules, comme des brebis qui n’ont pas de berger, et que l’on pousse sans cesse

Et les apôtres se rassemblent auprès de Jésus; et ils lui racontèrent tout: et tout ce qu’ils avaient fait, et tout ce qu’ils avaient enseigné.
Et il leur dit: Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert, et reposez-vous un peu; car il y avait beaucoup de gens qui allaient et qui venaient, et ils n’avaient pas même le loisir de manger.
Et ils s’en allèrent dans une nacelle en un lieu désert, à l’écart.
Et plusieurs les virent qui s’en allaient, et les reconnurent, et accoururent là, à pied, de toutes les villes, et arrivèrent avant eux, et se rassemblèrent auprès de lui.
Et Jésus, étant sorti, vit une grande foule; et il fut ému de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger; et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.
Et comme l’heure était déjà fort avancée, ses disciples venant à lui, disent: Le lieu est désert et l’heure est déjà fort avancée,
renvoie-les, afin qu’ils s’en aillent dans les campagnes et les villages d’alentour, et qu’ils s’achètent du pain; car ils n’ont rien à manger.
Et lui, répondant, leur dit: Vous, donnez-leur à manger. Et ils lui disent: Irons-nous acheter pour deux cents deniers de pain, et leur donnerons-nous à manger?
Mais il leur dit: Combien de pains avez-vous? Allez et regardez. Et quand ils le surent, ils disent: cinq, et deux poissons.
Et il leur commanda de les faire tous asseoir par troupes sur l’herbe verte.
Et ils s’assirent en rangs, les uns de cent, et les autres de cinquante.
Et ayant pris les cinq pains et les deux poissons, et regardant vers le ciel, il bénit, et rompit les pains et les donna à ses disciples, afin qu’ils les missent devant eux; et il partagea les deux poissons entre tous.
Et ils mangèrent tous, et furent rassasiés.
Et ils ramassèrent des morceaux douze paniers pleins, et des restes des poissons.
Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.

(Marc 6v30-44)

Depuis quelques temps, j’ai la conviction que Dieu veut nous, me parler, à travers ce récit bien connu.  Il figure dans plusieurs évangiles : Matt.14v13-21, Luc 9v10-17, Jean 6v1-14. Mais c’est dans le récit qu’en fait Marc (relu récemment-voir passage ci-dessus)que j’ai été attiré par plusieurs éléments qui m’ont paru essentiels.

Essentiels parce qu’ils nous enseignent et nous conduisent à réfléchir sur notre façon de présenter l’évangile et le Seigneur Jésus-Christ à ceux qui ne le connaissent pas encore(et peut-être même à ceux qui le connaissent ou pensent le connaître), sur notre propre regard sur les personnes et les situations, enfin  et sur notre rôle exact dans le processus de l’évangélisation.

Premièrement, en suivant le récit de Marc 6(voir passage cité ci-dessus), on remarque qu’

Rue passante par Peter Griffin

Rue passante par Peter Griffin

« il y avait beaucoup de gens qui allaient et qui venaient »(v31). Jésus  voit cette grande foule. Et il fut ému de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger; et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.(v34)

Jésus pense à les nourrir : leur âme, évidemment, mais aussi leur corps. Et surtout, Il pense à nourrir leurs corps, en se souciant de ce que les foules puissent recevoir ce dont elles ont besoin avec dignité. En effet, Jésus « ne jette pas en pâture les pains aux foules », procédé dégradant qui aurait créé un climat de compétition parmi la foule et causé des inégalités et des frustrations-les mieux placés ou les plus forts auraient emporté les meilleures parts, au détriment des plus petits ou des plus faibles(femmes, enfants, handicapés, vieillards…)

Après s’être informé des provisions disponibles, Jésus pense à faire asseoir les gens, par troupes ou rangées, dans l’herbe verte.(v39)

A partir de là, quels sont les rôles respectifs de Jésus et des disciples, dans cette multiplication des pains ?

Jésus prend les pains et les poissons que les disciples lui apportent. Il les bénit, les rompt et les donne aux disciples….(v41)

Notre rôle ? Faire les présentations ! Panneau britanniques par George Hodan

Notre rôle ? Faire les présentations !
Panneau britanniques par George Hodan

Les disciples, quant à eux, servent de « courroie de transmission » ou de « distribution », allant et venant, de Jésus à la foule, et de la foule à Jésus, distribuant les pains déjà rompus.

On notera le « test » opéré par Jésus envers ses disciples(Vous, donnez-leur à manger…Irons-nous acheter pour deux cents deniers de pain, et leur donnerons-nous à manger? Mais il leur dit: Combien de pains avez-vous? Allez et regardez, etc….), pour les inciter à rechercher-au-delà de l’impossible- quelles étaient les ressources(dons ?)qu’ils avaient à disposition, même si lesdites ressources pouvaient paraître dérisoires. Et dérisoires, elles l’étaient bel et bien. Mais il était important qu’ils découvrent que leur part était de les confier avec foi à Jésus, avec l’assurance que Lui seul était qualifié pour savoir quoi en faire et les multiplier. Et ce, afin que toute gloire soit rendue à Dieu seul et non aux hommes.

On se souviendra ensuite que Jésus avait enseigné beaucoup de choses aux foules. Et on notera la nature de la pédagogie de Jésus et son enseignement de type « holistique », prenant en compte tous les besoins(âme, esprit et corps). Sans doute parce que Jésus estime qu’il est aussi spirituel de donner à manger du pain et des poissons aux foules, que de prêcher, et que le spirituel ne trouve son sens que dans un service concret et pratique, non déconnecté de la réalité quotidienne(voir aussi Jean 6-la multiplication des pains précédant son enseignement sur « le pain de vie »).

Une telle logique ne devrait pas nous surprendre : « Christ est venu en chair »(1 Jean 4v2). Veillons donc à ne pas « spiritualiser », ou séparer, opposer ce qui nous paraît purement(et exclusivement) »spirituel » de ce que nous pouvons parfois considérer comme étant « bassement matériel »*.

Nourrir les foules avec des pains et des poissons est « spirituel », pour Jésus, qui a ainsi manifesté concrètement sa compassion envers les foules.

Et nous ? Comment est notre « christianisme » ? Comment annonçons-nous l’évangile ? Avec la compassion de Jésus ou sans la compassion de Jésus ?

Jésus a partagé les pains, après les avoir bénis et les a fait distribuer, de sorte que tous ont pu recevoir, et être rassasiés(Marc 6v42). Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes. Et pourtant, l’abondance était telle que les disciples ont pu ramasser les morceaux restants(qui sont considérés comme quantité négligeable et finissent généralement à la poubelle, dans nos pays sur-développés, qui connaissent aussi leurs laisser-pour compte)…de quoi remplir 12 paniers pleins ! Soit un pour chaque disciple. Et chacun a pu, par la suite, prendre un repos salutaire et nécessaire.

Prendre une pause par Peter Griffin

Prendre une pause par Peter Griffin

Je dis « repos salutaire et nécessaire », et non « mérité ». Le repos n’est pas un « mérite », mais un commandement de Dieu, et un don pour l’homme qui en a besoin, et une grâce de Dieu qui a créé les cieux et la terre en 6 jours et qui s’est reposé le 7ème jour (cf Gen.2v1-3 ; Deut.5v12-15)

*A noter que, dans la Bible, le contraire de « spirituel » n’est pas « matériel »…mais « charnel »(voir Galates 5v16-25)