« The big question » du mois : « Si Dieu est bon et omnipotent, pourquoi y a-t-il du mal et de la souffrance dans le monde ? »

Calvin et Hobbes, par Bill Watterson : discussion sur la problématique du mal

C’est effectivement THE (Big) question posée par l’internaute Henri sur le site « 1001 questions »… La fameuse question sans réponse. Pourtant les théologiens ont cherché depuis longtemps à l’apporter, cette réponse qu’on appelle la « théodicée »(1)…..sans pouvoir la trouver !

Et « heureusement », répond le répondant du site « 1001 questions » – ce qui peut paraître étonnant ou paradoxal (2) – « qu’on ne peut pas la trouver », cette réponse, « car alors on aurait expliqué la présence du mal. Et en l’expliquant, on aurait déjà justifié, en quelque sorte, la réalité scandaleuse et injustifiable du mal (On parle ici du mal subi. Le mal commis, on peut en rendre l’homme responsable).

Le livre de Job aborde ce problème. Pourquoi Job souffre-t-il, pourquoi -pire- Dieu permet-il qu’il souffre ? Les amis de Job essaient de lui expliquer que c’est sa faute (toujours la tentation de la « théodicée », défendre Dieu !). Et Job résiste à leurs arguments : il voit bien que des justes souffrent et que des méchants vivent paisiblement. Donc, expliquer le mal comme une rétribution méritée ne tient pas la route. A la fin du livre, Dieu répond enfin à Job… mais sans lui donner d’explication, et même en lui demandant, après lui avoir rappelé qu’il est après tout le Créateur et lui simple créature, comment il ose ainsi l’interroger (Job 38,1ss; 40,1-2). Et Job se soumet. Mais il le fait parce qu’il ne souhaitait qu’une chose : que Dieu lui parle, qu’il réponde à son appel de révolte qui est toujours un cri de foi ».

Lire la suite ici.

Voir aussi ce diptyque (Part.1 et part.2) consacré à « La Cabane » (roman et son adaptation cinématographique), essai de «  théodicée narrative – une tentative de répondre à la question du mal et du caractère de Dieu par le moyen d’une histoire », selon les termes d’Albert Mohler.

 

 Notes :

(1) Terme créé par Leibniz (cf. Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, 1710), qui désigne la justification de la bonté de Dieu en dépit du mal qui existe dans le monde.

(2) Ce qui est « para-doxal », au sens premier, est à contre-courant de la doxa [ensemble des opinions reçues sans discussion, comme évidentes, dans une civilisation donnée] dominante.

 

 

 

Dieu sur le banc des accusés…

Dieu peut-il nous juger ? Et si, Lui-même, venait sur Terre, "en personne" ? (BD de Marc-Antoine Mathieu. Edition Delcourt, 2009)

Dieu peut-il nous juger ?
Et si, Lui-même, venait sur Terre, « en personne » ?
(BD de Marc-Antoine Mathieu. Edition Delcourt, 2009)

Dieu serait-il indifférent à la souffrance ?

Une parabole, récupérée je ne sais comment, fin 1990-2000, sur version papier, tapée à la machine, non datée et d’auteur inconnu. La seule source mentionnée sur le document est : tiré de « Right on », Christian Libération, Berkeley(Californie). A ce jour, je ne l’ai pas retrouvée ailleurs. Je vous la livre telle quelle :

 

A la fin des temps, des milliards d’hommes étaient dispersés sur une plaine immense devant le trône de Dieu. Quelques individus des groupes sur le devant parlaient avec fougue, sans reculer de honte mais au contraire avec violence :

« Comment Dieu ose-t-il nous juger ? Qu’est-ce qu’il connaît de la souffrance ? » lança sèchement une femme brune en se moquant. Elle retroussa brusquement sa manche pour montrer un numéro tatoué dans un camp de concentration nazi. « Nous avons enduré la terreur, les coups, la torture et la mort. »

Dans un autre groupe, un homme noir baissa son col : « et ça alors ? » cria-t-il en montrant une affreuse brûlure faite par une corde. « Lynché pour aucun autre crime que celui d’être noir. Nous avons suffoqué dans les bateaux d’esclaves, été arrachés à nos bien-aimés, travaillé dur jusqu’à ce que seule la mort nous accorde du répit. »

Comme Dieu avait de la chance de vivre au ciel où tout n’est qu’harmonie et lumière, où il n’y a pas de larme, pas de peur, pas de faim, pas de haine. En effet, qu’est-ce que Dieu pouvait bien connaître de ce que l’homme avait été forcé d’endurer sur cette terre ? « Après tout, Dieu mène une petite vie bien tranquille, bien protégée ! » disaient-ils.

Alors, chaque groupe envoya un leader, choisi parce qu’il avait souffert le plus. Il y avait un juif, un noir, un intouchable de l’Inde, un enfant illégitime, une personne venant d’Hiroshima et une d’un goulag de Sibérie. Au centre de la plaine, ils se consultaient entre eux. En fin de compte, ils furent prêts à présenter leur cas.

C’était simple : avant que Dieu puisse être qualifié pour être leur juge, il devrait endurer ce qu’eux-mêmes avait enduré. Leur décision était que Dieu devrait subir la sentence de vivre sur la terre comme un homme. Mais puisqu’il était Dieu, ils mirent en place des garanties pour s’assurer qu’il ne puisse pas utiliser ses pouvoirs divins afin de s’aider lui-même :

-Qu’il naisse de « race juive ».

-Que la légitimité de sa naissance soit mise en doute de sorte que personne ne sache qui était vraiment son père.

-Qu’il puisse défendre une cause tellement juste et radicale qu’elle ferait fondre sur lui la haine, la condamnation et les efforts pour l’éliminer de toutes les principales autorités (not. religieuses) établies.

-Qu’il puisse tenter de décrire ce qu’aucun autre n’a jamais vu, goûté, entendu ou senti. Qu’il puisse tenter de communiquer Dieu aux hommes.

– Qu’il soit trahi par ses plus chers amis. Qu’on puisse l’inculper sur de fausses accusations, qu’il puisse être jugé par un jury partial et qu’il soit reconnu coupable par un juge lâche.

– Qu’il puisse connaître ce que c’est que d’être terriblement seul, complètement abandonné de tout être vivant. Qu’il soit torturé et qu’il meure de la mort la plus humiliante qui soit avec des brigands ordinaires.

 

Alors que chaque leader énonçait sa part de la sentence, des grondements, des murmures d’approbation s’élevaient de l’immense foule.

Lorsque le dernier eut terminé de prononcer la sentence, il y eu un long silence. Plus personne ne murmura un seul autre mot. Parce que, soudainement, tous le reconnurent :

Dieu avait déjà subi cette sentence !

 

Pour en savoir plus, lire cette histoire, racontée par un historien, puis cette autre version. Pour commencer !