Départ avec indemnités

Voici un édifiant exemple tiré de la Bible, qu’il serait curieux de voir un peu plus médiatisé et généralisé, aujourd’hui. Il se trouve dans le livre du Deutéronome 15v12-18 :

« Si, parmi tes frères hébreux, un homme ou une femme s’est vendu à toi et s’il t’a servi comme esclave pendant six ans, à la septième année tu le laisseras partir libre de chez toi. Et quand tu le laisseras partir libre de chez toi, tu ne le laisseras pas partir les mains vides ; tu le couvriras de cadeaux avec le produit de ton petit bétail, de ton aire et de ton pressoir : ce que tu lui donneras te vient de la bénédiction du SEIGNEUR ton Dieu. Tu te souviendras qu’au pays d’Egypte tu étais esclave et que le SEIGNEUR ton Dieu t’a racheté. C’est pourquoi je te donne ce commandement aujourd’hui (…) Ne trouve pas trop dur de le laisser partir libre de chez toi, car en te servant pendant six ans il t’a rapporté deux fois plus que ce que gagne un salarié ; et le SEIGNEUR ton Dieu te bénira dans tout ce que tu feras »(TOB).

En clair, tu veilleras au respect des droits et de la personne du salarié, de sorte que les rapports « maîtres – serviteurs » (ou « patrons-employés »), qui reposent déjà sur un principe de subordination, ne dérivent pas en asservissement pour le second. Tu le traiteras, non avec « la mentalité du propriétaire », mais avec justice, équité, bonté et compassion, à l’image de Dieu(1), vu qu’il n’est ni ta « propriété », ni ta « chose »(2), mais ton frère. Tu considéreras le travail qu’il a fourni et combien il t’a béni en te servant toutes ces années.

Tu ne l’exploiteras donc pas comme un citron, « jusqu’à la dernière goutte », et tu ne le jetteras pas, « quand il n’y aura plus de jus ». Mais tu partageras avec lui ce que tes champs et tes troupeaux ont produit de meilleur pendant les années où il a servi. Tu accepteras donc de le laisser partir libre, même au risque d’une perte de profit, et tu ne le renverras pas « à vide », ou « vidé »….

Dans la série, « le code du travail selon Dieu », une invitation pertinente à changer de regard et à « penser à rebours »(3) face au point de vue du dominant-celui du « patron » ou du « propriétaire », habituellement et abondamment relayé, et ce, au détriment du point de vue du pauvre, de l’employé ou de l’ouvrier…l’un et l’autre étant malheureusement souvent présentés de façon caricaturale (4).

 

 

 

 

Notes :

(1) La loi rappelle(avec les prophètes et les psaumes)que si Dieu  « ne fait pas de favoritisme », Il est du côté du pauvre, surtout quand il ne peut pas se défendre, ainsi que de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger-les précaires de l’époque(cf Deut.10v17-19 ; Deut. 15 ; Deut. 24 ; Ps.72 ; Job5v15…). D’autre part, selon le site lamed.fr, qui consacre toute une série équilibrée sur le sujet (« Car ils sont mes serviteurs »), « la tradition juive part de l’hypothèse qu’un ouvrier est une personne nécessiteuse vivant au jour le jour, et qu’il a besoin de son salaire quotidien pour entretenir sa famille. C’est pour cette seule raison, (expliquent les sages juifs), qu’il sacrifie son existence aux risques que lui fait courir son travail et qu’il abandonne sa liberté aux fantaisies d’un autre homme ».

 

 

(2) Comparer, à ce sujet, avec ce commentaire du commandement du Décalogue « tu ne voleras pas ».

(3) Soit à une « métanoia », un terme grec habituellement traduit par « repentance ».

(4) Un exemple frappant de cette vision caricaturale est celle de Dennis Peacocke, dans « Partenaire avec Dieu en affaires ». JEM Editions, 2008(un ouvrage qui m’a paru particulièrement inspiré par le libéralisme selon Friedrich Von Hayek), qui affirme que « les bénéfices ne sont pas générés par les employés »-lesquels « se focalisent sur leurs droits »– mais par ceux qui ont « l’esprit du propriétaire » (op. cit., p 90)

 

« Nos profits valent plus que leurs vies », disent-ils ou le « c’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe » moderne

Inquiétude (vis à vis des fluctuations de certains titres boursiers) par Mathieu Colloghan

Source d’inquiétude (fluctuations de certains titres boursiers)
par Mathieu Colloghan

J’ai déjà entendu dire qu’il était vital de respecter la famille(sur le modèle biblique)et la vie. Je suis d’accord.
Justement, l’article qui suit nous interpelle pertinemment et intelligemment sur le deuxième point :

Santé au travail
Europe : « Le prix payé pour permettre aux actionnaires d’encaisser des profits est passé sous silence »
par Laurent Vogel, article publié dans Basta Mag le 24 avril 2014 :

Les cours de la bourse peuvent être suivis quotidiennement. Les résultats financiers des entreprises sont communiqués chaque trimestre. Flexibilité et compétitivité sont instaurées en dogme. Mais la situation de celles et ceux qui créent cette richesse – les salariés – demeure quasiment invisible. La journée mondiale pour la santé et la sécurité au travail, célébrée le 28 avril*, passera probablement inaperçue. Pourtant, les salariés paient encore un lourd tribut à la création de valeurs** : 160 000 travailleurs européens meurent chaque année de leurs conditions de travail ou de leurs conséquences sur la santé.

 
Extraits :

« (…)À bien y réfléchir, c’est une bonne chose d’avoir une date qui se perd dans l’anonymat du calendrier. Le 28 avril* ne nous parle pas d’un accident qu’on se représente comme un événement exceptionnel. Il nous parle de notre vie quotidienne. Mourir du travail reste une réalité déterminée par la soif de profits, la flexibilité, l’absence de démocratie au travail. Dans l’Union européenne, des données minimales calculées par l’Agence européenne pour la santé et la sécurité font état de 400 à 500 morts par jour. Plus de 160 000 morts par an.
Pour la majorité des travailleurs, ce n’est pas la mort mais les maladies, les douleurs persistantes du dos et des articulations, les dépressions, la nécessité de quitter leur travail avant d’arriver à l’âge de la retraite. Le résultat global est que la santé est aussi mal partagée que les richesses, le logement ou l’éducation. Les privilégiés vivent plus longtemps et en bien meilleure santé que ceux qui produisent les richesses. Ces inégalités s’accroissent sous l’effet des politiques de dérégulation.
Tous les matins, vous pouvez entendre à la radio le cours des actions à la bourse. On dirait des communiqués de guerre où transparaît l’idéologie de la compétitivité. Le prix payé par les travailleurs pour permettre aux actionnaires d’encaisser des profits est passé sous silence.
(…)
Le 28 avril*, méfions-nous des larmes de crocodile. Exigeons des comptes précis et clairs. Pourquoi la révision de la directive sur les cancers professionnels est-elle bloquée depuis dix ans ? Pourquoi la directive sur les troubles musculosquelettiques n’a-t-elle jamais vu le jour ? Pourquoi, dans la majorité des pays de l’Union, les ressources de l’inspection du travail sont-elles insuffisantes ? Pourquoi moins d’un travailleur sur deux en Europe dispose de cette forme minimale de démocratie qu’est la désignation d’un représentant pour la santé et la sécurité ? L’expérience montre que sans ce contre-pouvoir qui exerce un contrôle sur les décisions des entreprises, la prévention est un leurre ».

La suite et l’essentiel : http://www.bastamag.net/Le-28-avril-mefions-nous-des

 

 

Une certaine idéologie économique tend à mettre sur un piédestal le « self made man », le « gagneur » ou le « champion ». C’est occulter la question suivante, essentielle s’il en est : qui lui a fabriqué ses « nailleques », ses chaussures de champion ?

La Bible garde toute son actualité sur ces questions : Le peuple d’Israël devait se souvenir de son passé d’esclave en Egypte (Deut.24v22), comme de ne pas manger du tendon d’un agneau(soit, de ne pas se nourrir de la faiblesse d’autrui) cf Gen.32v32.

Il lui était commandé(particulièrement les puissants et les riches) de n’exploiter personne, surtout pas le plus faible et l’ouvrier(Ezech.34v1-7 ; Michée 2-3 ; Amos 8v4-6 ; Deut.24v14-15, 25v4 ; Lévit.19v13 ; Es 58v3 ; Jer. 22.13-17 ; Jacq. 5v1-6 ; Col.4v1).

Le principe posé en Deut. 22v8(comme quoi lorsque quelqu’un construisait un accès au toit de sa maison, il était tenu de construire aussi un parapet afin d’éviter toute chute. Si quelqu’un tombait faute de barrière, le propriétaire était tenu pour responsable de l’accident)est encore pertinent de nos jours : l’employeur est tenu de protéger son ouvrier de tout accident et de ne pas mettre sa vie en danger.

Enfin, il était également commandé au peuple de ne pas offrir ses enfants à Moloch(Lévit.20v1-5) : et nous, quels sont nos « Molochs » modernes ?

 

Est-ce « non biblique » de demander si « les profits valent plus que les vies » ? Comme de demander si la technique peut être prioritaire sur la vie et l’humain ?

 

 

Notes :

*Jeu : « amusez-vous » à recenser tous les médias(chrétiens ou non)qui traitent ce sujet de la souffrance ou de la mort au travail, ainsi que de la future journée du 28 avril. « Amusez-vous », en parallèle, à relever, en comparaison, les sujets jugés plus « prioritaires » par ces mêmes médias. Questionnez autour de vous : que se passera-t-il le 28 avril prochain ?

 

** On ne parle pas, bien entendu, des « mêmes valeurs » !