Dites : « nous sommes des serviteurs inutiles » Ou quand Jésus n’est (décidément pas) un « coach en développement personnel »

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui lui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

« Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites: ‘Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire.» (Luc 17v7-10)

« Comment vous sentez-vous après l’écoute d’une telle phrase ? » nous interpelle Michel Block, dans sa prédication pour le forum des Attestants (1) du 02 février 2019. « Pour commencer la journée, on pourrait imaginer quelque chose de plus dynamisant ! En voilà une punchline pour se sentir en forme dans les 24 prochaines heures ! Je ne sais pas si ce verset est souvent utilisé sur les applications qui vous donnent un verset par jour : « Commence bien la journée avec Jésus ! »

Cela nous permet de nous rappeler que contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent de nos jours, Jésus n’est pas « un coach en développement personnel ». Dieu n’a pas envoyé son fils pour que nous puissions exprimer à travers la mise en pratique de ses enseignements tout le potentiel que nous avons au fond de nous et qui ne fait que sommeiller…(1)

Il est effectivement fondamental, pour un chrétien, de se souvenir à quel point Jésus-Christ n’est pas « un coach en développement personnel ». Mais qu’est-ce que le développement personnel ?

Egalement appelé « épanouissement personnel » ou « croissance personnelle », le développement personnel est un ensemble de pratiques ayant pour finalité la redécouverte de soi pour mieux vivre, s’épanouir dans les différents domaines de l’existence, réaliser son potentiel, etc. Il n’existe pas une méthode unique de développement personnel, mais une multitude d’approches et de pratiques, telles que la caractériologie, la programmation neuro-linguistique (PNL), l’ennéagramme, qui se veut être un modèle de description des différents types de personnalités humaines.

Mais comme son nom l’indique, « le développement personnel n’inclut pas la dimension spirituelle de l’individu, puisqu’il s’intéresse uniquement à sa dimension psychologique. Or la Bible nous dit que l’humain existe et trouve le sens de sa vie aussi par la relation qu’il entretient (ou pas) avec son Père qui est dans les cieux (Dieu), et pas seulement au travers de la relation qu’il entretient avec lui-même ou avec les autres. [Le développement personnel] n’aborde pas cette question, ce n’est pas son problème. Mais si sa pratique revient à faire penser à l’individu qu’il peut tout résoudre seul, sans avoir [vraiment] besoin de Dieu [puisqu’il a tout en sommeil en lui], alors en tant que croyants c’est là qu’il peut y avoir un souci pour nous… »(3).

A ce stade, je pense à cette parabole du rabbin Abraham Twerski sur le véritable amour, rapportée par Joseph Gotte sur son blogue(4) : « Jeune homme, pourquoi manges-tu ce poisson? demande un rabbin. Parce que j’aime le poisson ! répond le jeune homme. — Oh, rétorque le rabbin. Tu aimes le poisson. C’est pour cela que tu l’as sorti de l’eau, que tu l’as tué et que tu l’as bouilli ? Ne me dis pas que tu aimes le poisson. Tu t’aimes toi-même, et parce que tu apprécies le goût du poisson, tu l’as sorti de l’eau, tu l’as tué et tu l’as bouilli (…) Tant de ce que nous appelons “amour” est en réalité de “l’amour du poisson”. […] Chacun regarde à ses propres besoins. Ce n’est pas de l’amour pour l’autre. L’autre devient juste un prétexte pour sa propre satisfaction. […] Le véritable amour n’est pas à propos de ce que tu obtiens, mais à propos de ce que tu donnes. »

C’est ainsi que la prière ou notre « temps d’intimité avec Dieu » ne saurait être détourné de sa raison d’être et réduit en prétexte pour notre seule satisfaction personnelle : en effet, le but de la prière n’est pas, mais alors vraiment pas, que « cela nous apporte quelque chose » ! Moment d’intimité avec Dieu, la prière est portée par le Saint-Esprit et centrée vers Dieu. Mais lorsque la prière est tellement centrée sur celui qui prie que le partenaire (Dieu) ne compte plus, alors ce n’est plus une prière, mais du narcissisme ou « l’amour du poisson » ! Ce n’est plus tellement différent d’un temps de méditation personnelle destinée « à se faire du bien ».

Bref, en lieu et place de « développement personnel », Jésus est plutôt venu pour nous sauver : de l’esclavage, de la mort, des ruptures et même…de nous-même ! (5)

 

Inspi lecture : les miettes philosophiques, de Søren Kierkegaard (1813-1855). Editions du Seuil, 1967. Préface de Paul Petit.

Une méditation profonde (mais pas toujours aisée) du penseur danois sur la question du « devenir chrétien », à travers une étonnante réflexion sur le rapport maître-disciple qui devrait intéresser n’importe quel enseignant ou pédagogue.

L’idée centrale de cet ouvrage paru en 1844 est de montrer la différence de nature entre la vérité selon les Grecs et la vérité chrétienne.

Dans la première conception, celle des Grecs (Socrate), tout l’art et l’effort du Maître consistent à faire découvrir une vérité déjà là, préexistante. Il joue un rôle d’accoucheur, en aidant le disciple à prendre conscience, à se ressouvenir de ce qui est déjà en lui.

Dans la tradition chrétienne de la vérité, au contraire, le Maître fait entrer la vérité dans le cœur du disciple. Cette vérité reçue et accueillie confère le salut, et l’homme devient une « nouvelle créature ». Le Maître est un père qui enseigne et transmet la vérité à des fils. Et ceux-ci ont avec lui un lien personnel de reconnaissance et d’amour.

 

Notes :

(1) La suite ici. Mon article sur cet événement auquel j’avais participé à l’époque.

(2) Le 09 janvier 2015, je publiais à ce sujet La parabole du « serviteur inutile » : une réponse « révolutionnaire » à l’esprit « utilitariste et comptable », avec le concours de plusieurs contributeurs : qu’ils en soient à nouveau remerciés !

(3) Voir cette réponse à une question sur « 1001 questions ».

(4) A lire ici.

(5) « Dieu nous sauve de nous-mêmes », 4ème épisode de la série d’articles « Dieu nous sauve… » de Gilles Boucomont. A lire sur son blogue « Au Nom de Jésus ».

 

 

 

 

 

« Un coach nommé Jésus » : Epanouissement personnel et Evangile

« Un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile et une lecture managériale des Ecritures bibliques ».

J’avoue avoir d’abord « tiqué » à la lecture du titre de ce livre de Sophie Soria, qu’un ami m’a prêté : Un coach nommé Jésus : Epanouissement personnel et Evangile – Editions Dunod (12 mai 2005). En réalité, l’ouvrage mérite que l’on s’y arrête pour sa démarche et la portée de son propos….

Apparu il y a environ 25 ans, le coaching est aujourd’hui à la mode et se retrouve un peu partout – sport, entreprise, vie personnelle et même église…avec ce point commun : accompagner des personnes ou des équipes pour favoriser le développement de leur potentiel professionnel.

L’ouvrage veut simplement, semble-t-il, rendre compte d’un constat : Jésus serait « un coach extraordinaire. Coach du sens de la vie, de l’accompagnement au changement, de la sagesse et de la transformation intérieure, coach par ses paraboles, il demeure, à travers les siècles, toujours moderne et innovateur. Son message libérateur offre des points de repère et des méthodes pour guider notre existence vers un épanouissement durable, professionnel et personnel »(Résumé de 4ème de couverture). Mais Jésus est-il vraiment un « coach » ? Une telle comparaison est-elle raison, à l’heure où chacun se choisit les maîtres à penser qu’il veut, dans un esprit « free style » ?

Ce livre est publié chez Dunod, un éditeur spécialisé dans les ouvrages de formation universitaire et professionnelle (parmi ses domaines : la gestion et le management, ainsi que le développement personnel). D’où l’angle choisi de cet ouvrage théorique sur le coaching : nous présenter un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile et une lecture managériale des Ecritures bibliques.

Treize « paroles de sagesse » de Jésus donnent treize principes : relativiser l’argent, rassurer l’inquiétude, entreprendre la prise de risques, donner et pardonner dans l’amour-agapè, servir avec humilité, rêver et créer dans un esprit d’enfance, décider avec discernement, chercher avec persévérance, résister librement, changer de cadre pour créer le paradoxe, gagner en lâcher-prise, renaître de l’épreuve et savourer la joie. Suivent trois paraboles « du coaching » tirées des Evangiles, lesquelles se basent sur 4 grands principes : la parabole des talents (le potentiel), la parabole du sel de la terre et de la lumière du monde (la sagesse et la vérité) et la parabole de la maison bâtie sur le roc (les valeurs éthiques). La finalité étant de « vivre en plénitude la vie surabondante ». A la fin de chaque chapitre d’inégale longueur, Sophie Soria nous propose des exercices d’autocoaching fondés sur des situations concrètes de la vie personnelle et professionnelle.

En fin de compte, la démarche d’actualisation du langage biblique, plutôt originale et osée, se révèle pertinente en soulignant le caractère universel et intemporel de l’enseignement de Jésus-Christ. J’ai particulièrement apprécié le chapitre sur la liberté, avec le « décodage » des trois tentations de Jésus au désert. Certains trouveront que c’est ainsi réduire le Fils de Dieu et la portée de son message que de le présenter en simple « coach », « conseiller en communication », ou « maître de sagesse » (managériale), et que les quatre « titres » donné par l’auteure à Jésus (et dont elle fait les quatre parties de son livre) sont bien peu messianiques : « Jésus, conseiller merveilleux » ; « Jésus, coach du changement » ; « Jésus, coach de la sagesse » ; « Jésus, coach par la parabole ».

Mais l’on peut noter que l’auteure, autrefois juive athée, s’est convertie au christianisme (elle est catholique pratiquante), ayant reconnue Jésus comme étant bien le Messie promis et attendu par Israël. Et bien qu’elle prétende le contraire, cet ouvrage est un (e) remarquable « catéchisme/exégèse pratique », liant le spirituel au concret. Il explique, sans forcer à croire[mais en invitant à faire appel au « pouvoir de croire »], en quoi choisir Jésus-Christ et son enseignement, loin de pousser à la résignation et à la haine de soi, rend « réellement libre » et heureux aujourd’hui. Un tel livre peut alors toucher des personnes susceptibles d’être séduits par le New Age, l’ésotérisme et l’occultisme ou par l’ambiguïté de certaines techniques de communication et d’influence, pour mieux les conduire à Celui qui est le « Dieu véritable » et dont les paroles sont « esprit et vie ». Ce qui ne serait déjà pas si mal !

En bref :

Un coach nommé Jésus, par Sophie Soria
Chez InterEditions, collection épanouissement personnel et professionnel – 155 x 240 mm – 272 pages – 2005 – ISBN : 2100486845 – Prix : 19 €
Sommaire :
Ce livre…Jésus, «conseiller merveilleux», coach à part entière Jésus, coach du changement Jésus, coach de la sagesse l’argent. L’inquiétude. La prise de risques. L’amour. L’humilité. L’esprit d’enfance. Le discernement. La persévérance. La liberté. Le paradoxe. Le lâcher-prise. Le sens de l’épreuve. La joie. Jésus, coach par la parabole. Vivre en plénitude.

L’auteure : Coach certifié et conseil en communication. D’abord journaliste, elle devient coach en 2000 suite à une formation de 3 ans au coaching comportemental selon la psychologie humaniste. Après de premières armes en entreprise auprès de collaborateurs et dirigeants de grands groupes qu’elle coache, elle créée en 2002 son cabinet Le Coaching Ethique, orienté vers la réussite éthique. En 2005, elle publie un livre théorique sur le coaching : « Un coach nommé Jésus », devenu ouvrage de référence. Son livre présente un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile. En 2007, elle se spécialise dans l’aide aux victimes de harcèlement moral dans l’entreprise et la vie privée. Par son expérience d’aide à la reconstruction des femmes ayant subi de la violence psychologique dans le milieu familial, Sophie SORIA-GLO est alors amenée à établir sa méthodologie pour le leadership des femmes. Elle est aussi la secrétaire de l’association AVHMVP, Aide aux victimes de harcèlement moral et de violences psychologiques dans la vie privée ou professionnelle.