Pas d’exception ! Ou la leçon de « La Prophétie des Grenouilles »

"La prophétie des grenouilles", film de Jacques-Rémy Girerd(2003). Un "nouveau déluge", mais aussi une formidable leçon de vie.

« La prophétie des grenouilles », film de Jacques-Rémy Girerd(2003). Un « nouveau déluge », mais aussi une formidable leçon de vie.

Et si nous décidions de regarder, non pas « plus », mais « mieux » de films, notamment en famille et avec des enfants ?
Le choix de films témoigne d’une certaine vision du monde… et est révélateur de la place que nous accordons(ou pas) aux films étrangers (notamment non « hollywoodiens » et non exclusivement anglophones). Ces derniers nous permettent de nous sensibiliser à d’autres modes de vie, d’autres cultures et de nous rappeler que nous ne sommes pas le centre du monde. Voir « mieux » de films, c’est aussi se former en tant que spectateurs critiques, capables d’échanger et de dialoguer avec ses pairs mais aussi avec des adultes.
Ainsi, vous cherchez un film ou un dessin animé à voir en famille, avec vos enfants. Que choisissez-vous ? Et pourquoi ? Un « Disney », un « Pixar » ?…
Et si vous osiez « prendre des risques » et choisir un dessin animé…français, pour cette fois-ci ?

Par exemple, « La Prophétie des Grenouilles » de Jacques-Rémy Girerd(2003), vu hier soir ?

Une famille non conventionnelle, mais aimante et stable. (Scène de "La Prophétie des grenouilles")

Une famille non conventionnelle, mais aimante et stable. (Scène de « La Prophétie des grenouilles »)

L’histoire : Au bout du monde, loin de tout, une famille paisible, plutôt non conventionnelle. Elle est en effet composée du capitaine Ferdinand-un marin « blanc » à barbe d’un certain âge-de Juliette, son épouse « de couleur »(sans doute des Antilles)et de Tom, le petit garçon qu’ils ont adopté à la mort de ses parents naturels. L’enfant appelle ce couple « Maman » et « Grand-père ». Cette famille est installée dans une ferme coquette perchée en haut d’une colline. Elle accepte de garder la petite Lili (de l’âge de Tom), le temps que ses parents, les gardiens du zoo, ramènent d’Afrique des nouveaux « pensionnaires »-des crocodiles !

Mais au pied de cette colline, le monde des grenouilles est en émoi : il n’y a plus de doute ! Toutes les prévisions coïncident : un nouveau déluge s’annonce.
Face à l’événement, les grenouilles conviennent, à titre exceptionnel, de communiquer avec les humains.
C’est alors le début d’une grande aventure où animaux et humains vont devoir apprendre à vivre ensemble. Ce qui n’est pas toujours facile.
La phrase du réalisateur
La Prophétie des Grenouilles est une fable sociale, tragi-comique, qui pose des questions sur la tolérance, l’écologie, la difficulté de vivre ensemble, les affres de la dictature… C’est aussi une belle histoire d’amour entre deux enfants.
Prix & Festivals
Festival du Film Français de Richmond 2004 -Chine- Paris- Shanghai- Corée
Tournage en Rhône-Alpes
Le film a été entièrement réalisé au Studio Folimage de Valence. Six ans de travail, un million d’images, une équipe de deux cents personnes ont été nécessaires à la fabrication de ce film
(Source : http://rhone-alpes-cinema.fr/fr/film-la-prophetie-des-grenouilles.html )
Age conseillé : à partir de 7 ans.

 

 

Ce que j’en retiens :
Sur le plan formel, d’abord, le dessin animé est extrêmement réussi et agréable à voir. Le choix des voix est aussi très travaillé(doublages par des comédiens chevronnés : Michel Piccoli en Ferdinand, Anouk Grinberg en tortue, Annie Girardot et Michel Galabru en couple d’éléphants, Jacques Higelin en lion, Romain Bouteille, Luis Rego….)Grande richesse de vocabulaire.
Sur le plan thématique, on retient cette micro-société reconstituée sur une « arche improvisée », reposant sur une bouée géante. De prime abord, il semble bien périlleux de tenter de faire cohabiter des personnes tellement différentes (des carnivores et des herbivores dans le même bateau !), alors que l’on n’a que des patates à manger ! Pourtant, cette situation d’épreuve et de crise est une opportunité de remporter une victoire personnelle et collective, comme d’éprouver, dans un contexte plus difficile, les bienfaits du « vivre ensemble », et ce, au-delà des différences.
On relève ici le rôle essentiel de la Loi, celle du capitaine-une autorité forte, bonne et bienveillante. C’est une même loi (« universelle », commune) pour tous, qui protège tout le monde et qui ne saurait souffrir d’aucune exception (« on ne mange personne » et « on ne se mange pas entre nous »)-seule condition pour que tout le monde reste en vie.
Certes, cette Loi est contraignante et vivre ensemble est très difficile pour tout le monde. Mais l’on voit aussi ce qui se passe, lorsque l’on prétend violer cette loi, sous prétexte qu’elle serait « mauvaise » et « contraire à ma nature, mes besoins, mes intérêts », et lorsque l’autorité est chassée de cette société, pour être remplacée par une figure de pouvoir, manipulant tout le monde (notamment « les bas instincts »). C’est la porte ouverte à un danger encore plus grand que la situation de crise, et la mise en danger de tous, sans exception.
Autres thèmes :
On apprendra encore que « vengeance n’est pas justice » et qu’il est aussi vain de chercher le moindre bouc émissaire, à des fins « expiatoires » et dans « l’espoir que tout ira mieux ». Un seul est mort pour vous, et une fois pour toutes.
Le thème du film fait inévitablement allusion au déluge de Noé, sans pour autant que l’on ait une explication pour ce nouveau « déluge » (d’autant plus que…cf Gen.9v11) ; la question « des origines » est aussi posée, avec une explication plutôt « mythologique » de la création du monde, venant se mêlant à une explication scientifique de l’origine des comètes.
Des « questions métaphysiques » autour de la mort (la vie après la mort) sont également posées.
D’autre part, un mot sur ces grenouilles, qui se sont mobilisées pour faire connaître « leur prophétie » au monde, quoique non « aux sages et aux intelligents », mais « aux enfants ». Et ce, sans se préoccuper de ce qui peut leur arriver à elles, pour que l’humanité soit sauvée. En cela, le titre du film, comme l’acte altruiste de ces grenouilles, donne du poids et du sens au don et à la gratuité. C’est cela, l’esprit de l’Evangile : « vous avez reçu gratuitement ; donnez gratuitement », a recommandé Jésus. Un esprit dont notre monde, où tout semble se vendre et où il faut (se) vendre, en est malheureusement dépourvu.
Enfin, nous terminerons sur le thème de l’adoption, très présent dans ce film. On relèvera la difficulté du petit garçon à appeler son père d’adoption « papa ». Pour lui, il n’est que « grand-père ».
Pour nous aussi, chrétiens, ayant mis notre confiance en Jésus-Christ, sauveur et seigneur, notre relation avec Dieu est révélatrice de qui nous sommes. La Bible nous dit que nous avons été « adoptés » (Rom.8v15 ; Jean 1v12 ; Eph.1v5 ; Gal.4v5….). Mais qui est Dieu, pour nous ? Est-il pour vous un « grand-père à barbe blanche », certes « très gentil » et peut-être assez « distant » ? Ou bien est-il votre « Père » ? Un chrétien, estime James Packer dans « Connaître Dieu », est celui « qui connaît Dieu comme Père ». Et « le Père Lui-même (nous) aime ».

Oserez-vous prononcer son nom ?

Avez-vous des tabous ? Aucun ?
Nous allons voir….
Lisez cette histoire du début jusqu’à la fin et répondez à cette unique question ensuite :
Qui est le petit garçon ?
La façon dont vous répondrez à cette question fera toute la différence !

Bonne lecture !*

 

Il existe une adaptation du conte en dessin animée(1971, 25 minutes)** :

 

 

Ensuite et seulement ensuite, ceux qui le souhaitent pourront lire ce témoignage à ce sujet. Et par extension, cet autre texte.

 

 

Notes :

* Avec une version audio. Comparer avec cette autre version(attention aux variantes, qui ne sont pas des « points de détail de l’histoire » !)

**Version Française du 12 Août 1973 racontée par Charles Aznavour.(Des versions anglaise et en japonais sont consultables ici.

Face à « la Vague » : se laisser emporter, « surfer » ou résister

Comment sait-on que l’on a retenu les leçons de l’histoire ?

Le roman « La Vague » de Todd Strasser*(1981), que j’ai reçu(avec beaucoup d’autres) et lu hier soir, tente d’apporter une réponse à cette question, par le biais d’une étrange expérience. Le livre se fonde sur un incident qui s’est réellement produit en 1969 pendant un cours d’histoire au lycée de Palo Alto, en Californie. Selon Ron Jones, le professeur concerné, personne n’en parla durant les trois années suivantes. « Il s’agit, dit-il, de l’événement le plus effrayant que j’ai jamais vécu dans une salle de classe »**.

Tout a commencé par un cours d’histoire de Terminale sur la Seconde Guerre Mondiale. Le professeur, Ben Ross, un homme qui a pour habitude de se donner à fond dans tout ce qui le passionne, montre à ses élèves un documentaire sur les atrocités commises par les Nazis dans les camps de concentration. Son intention, explique-t-il, n’est pas « simplement de les émouvoir », mais de les amener « à réfléchir sur ce qu’ils viennent de voir »(op. cit., p26).

Certains(des garçons)restent persuadés qu’ils ne laisseront jamais « une minorité de ce genre gouverner la majorité »(op. cit., p28). Pour d’autres, « c’est de l’histoire ancienne. C’est arrivée une fois et le monde entier a retenu la leçon. Ça n’arrivera plus »(op. cit., p36, 41). Mais surtout, pour d’autres, bouleversés et révoltés, la question reste insoluble : « comment cela a-t-il pu se produire ? Comment les Allemands [des années 30] ont-ils pu laisser les Nazis(10 % de la population)assassiner des gens presque sous leurs yeux pour ensuite affirmer qu’ils n’en savaient rien ? Comment peut-on être aussi cruel ? »(op. cit., p 28,30)

Incapable d’expliquer à ses élèves comment la majorité des Allemands n’ont pu massivement dire « non » à une minorité, même organisée et prétendre être la majorité ignorante,  le professeur décide donc de faire l’expérience de « La Vague » avec sa propre classe. Il commence par leur inculquer une discipline : une façon de se tenir droit, de marcher, de poser et répondre à des questions. Puis viennent l’esprit de corps, les slogans(« la force par la discipline, la force par la communauté, la force par l’action »), le logo(« la vague »), le salut(op. cit., pp 73-76). Bientôt, le phénomène touche tous les élèves de Terminale, et une partie des Premières.  Le professeur, Ben Ross, se prête au jeu et devient le leader incontesté de « La Vague », passant d’une figure d’autorité à une figure de pouvoir.

Dans un premier temps, les effets de « La Vague » semblent positifs, au point que David, un élève de la classe, souhaite appliquer la même discipline à l’équipe du lycée qui collectionne les défaites(op. cit., pp76-81). Néanmoins, Ben est mis en garde par sa femme(« tu viens de créer des monstres », op. cit., p69) et par le proviseur du lycée, qui lui rappelle que « l’expérience concerne des jeunes adolescents impressionnables. Parfois », dit-il, « nous avons tendance à oublier qu’en raison de leur jeune âge, ils n’ont pas encore développé l’esprit critique, que, nous l’espérons, ils auront un jour. »(op. cit., pp 129-130)

Or, « La Vague » prend peu à peu une toute autre tournure : les élèves qui ne souhaitent pas faire partie du mouvement font l’objet d’intimidations ou de menaces ; ceux qui ne font pas le salut se voient refuser des places au stade ; l’ex-souffre douleur de la classe, pour qui l’expérience semble changer positivement la vie, se propose d’être le garde du corps de Ben Ross ; le professeur constate que ses élèves semblent apprendre plus vite et plus efficacement, mais au détriment de l’argumentation et d’une réflexion poussée…les langues(anonymes, par peur de représailles)se délient pour dénoncer une dérive « fasciste » de « La Vague »….Laurie, une autre élève rédactrice en chef du journal du lycée, commence à avoir des doutes : sera-t-elle la seule ? Jusqu’où ira « La Vague » ? Pourra-t-on l’arrêter ?

Une histoire qui est donc basée sur des faits réels. Néanmoins, ce n’est pas du documentaire : cela reste romancé(avec sans doute pas mal de raccourcis pour des raisons de choix narratifs), facile à lire, « peu épais » et « écrit gros ». Néanmoins, un sentiment de malaise émerge de la lecture : n’aurions-nous, en fin de compte, rien appris de cette période, au point d’être en mesure de reconstituer un même phénomène de manipulation des masses ? Et, plus grave encore, de trouver cela fascinant ? Fascinant fascisme ? Une vérité qui (nous) dérange.

Un livre abordable à lire, pour ne pas oublier que «Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde».(Brecht. Epilogue de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, 1941)

« Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous pourrez alors discerner ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait ».(Rom.12v2. Version en français courant)

D’autres lectures toutes aussi pertinentes sur le sujet sont également possibles :

« Rhinocéros » d’Eugène Ionesco (Folio) : un étrange phénomène frappe les habitants d’une petite ville. On y voit paraître dans les rues un rhinocéros, puis un autre…A chaque apparition de rhinocéros correspond la disparition d’un habitant. Face à cette sorte d’épidémie(« la rhinocérite »)qui se répand rapidement, les gens commencent par se révolter, puis ils se soumettent en cherchant à comprendre ces bêtes, en trouvant même des justifications à cette épidémie de métamorphoses. Ils vont même jusqu’à vouloir comprendre le phénomène de l’intérieur, tentent l’expérience et deviennent à leur tour rhinocéros. Qui résistera ?

« La ferme des animaux » de Georges Orwell(Folio) : une excellente fable que l’on ne présente plus. Lassés des mauvais traitements, les animaux de la Ferme du manoir se révoltent et chassent Mr Jones, leur fermier. Ils proclament alors une nouvelle société où tous les animaux sont égaux. Mais quelques uns dans la ferme décident bientôt que « certains sont plus égaux que d’autres »…Une parodie de la révolution russe et de toutes les révolutions perverties.

Voir aussi le dessin animé britannique éponyme(à partir de 11 ans) de John Halas et Joy Batchelor(1954), adaptation de la nouvelle de Georges Orwell qui vaut le détour, mais avec une fin quelque peu différente. Salué par la critique, il fut élu « meilleur film » en 1954. Pourtant, il ne sera visible en France qu’en 1993. Le film a fait l’objet d’une réédition numérique, élaborée à partir d’un master restauré, et est distribué par Malavida qui l’avait déjà réédité en DVD en 2005.

Pour en savoir plus :  http://www.kidclap.fr/film/la-ferme-des-animaux,9659 ; http://www.kidclap.fr/notes-de-prod/la-ferme-des-animaux,9659-note-100853

« Mâtin brun » de Frank Pavloff (Cheyne éditeur): chronique de la lâcheté ordinaire face à une « vague brune ». Le narrateur et son copain, simples observateurs, subissent la mise en place progressive d’un « Etat brun », sous prétexte qu’ils ne sont pas concernés. Jusqu’au jour où….Ecrit dans le contexte des municipales de 1995, qui avaient vu le Front National emporter certaines villes(Orange, Toulon, Marignane. Puis Vitrolles en 1997…). Contrairement à ce que certains affirment, réécrivant l’histoire, le FN a bien été « aux affaires « , au niveau local. De même qu’il y a eu 35 députés FN entre 1986 et 1988. Il est facile de prendre connaissance des bilans de ses gestions passées. Voir aussi nos autres billets sur la question : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/06/24/banalisation-de-lextreme-seduction/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/10/02/vous-etes-chretien-et-au-milieu-de-vous-certains-revent-de-matin-brun/

« La Fascination du Nazisme » de Peter Reichel(édition Odile Jacob, 1993) : comment le peuple allemand a-t-il pu idéaliser à ce point le Troisième Reich, pourtant fondé sur la violence, la destruction et l’horreur ? L’auteur analyse avec brio l’esthétique nazie et ses racines culturelles, le décorum, la mythologie autour desquels s’est édifié le pouvoir hitlérien, jouant à la perfection de la radio, du cinéma, du sport, des loisirs…pour séduire et rassembler derrière lui la nation allemande.

L’adaptation cinématographique de « La Vague »(que je n’ai pas vue), par Denis Gansel (2009), réalisateur et co-scénariste du film avec Todd Strasser et Peter Thorwarth, transposée dans l’ Allemagne d’aujourd’hui.

La mini-série « V » de Kenneth Johnson(1983), adaptée de la nouvelle de l’écrivain Sinclair Lewis, intitulée « It Can’t Happen Here » (« Cela ne peut pas arriver ici ») et publiée en 1935. La nouvelle est disponible en anglais, uniquement, ici. A la base, Kenneth Johnson avait eu l’idée d’un téléfilm explorant l’attitude d’Américains vivant sous un régime fasciste.

Enfin, il est aussi édifiant 1)de reconsidérer les trois tentations de Jésus-Christ cf Matt. 4v1-11 : manipuler les besoins primaires(ou flatter les « bas instincts »)des personnes, fasciner les foules et dominer ; et, surtout, 2)les réponses de Jésus, victorieux de ces tentations : Matt.4v4, 7, 10.

Notes :

* Disponible en français chez Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2008(Pocket jeunesse. PKJ, 2009. 228 p. Précédé d’un avant-propos et suivi d’une postface de l’éditeur : « bestiaire du totalitarisme ordinaire »). A partir de 15 ans ou fin de troisième.

** Cité dans l’avant-propos de l’édition « Pocket jeunesse »(2009)de « La Vague », p 9

« La métaphysique pour les nuls » au cinéma

La métaphysique,

Questions par Peter Griffin

Questions par Peter Griffin

c’est l’art de se poser les bonnes questions.  Soit des questions dites fondamentales(en rapport au sens de la vie, à Dieu, à la mort…)que chaque être humain peut(doit ?) se poser.

Dans Genèse 3v9, la première question que Dieu pose à l’homme, qui venait de se cacher après avoir mangé le fruit défendu et vu qu’il était nu, est : « où es-tu ? »

Jeune famille recherchant par Vera Kratochvil

Jeune famille recherchant par Vera Kratochvil

Une question qu’il nous(vous) pose toujours aujourd’hui.

Chacun de nous a pu faire de la métaphysique sans le savoir (à l’instar de M. Jourdain, qui, lui, faisait de la prose sans le savoir). De même, le cinéma, un 7ème art qui ne se contente pas d’être une simple représentation de la réalité, sait avoir la tête dans les étoiles pour questionner, et même nous inviter à nous questionner au-delà des apparences et à partir en quête de sens.

Les trois films sélectionnés ci-dessous, exhumés de ma dvdthèque et vus cette année, traitent tous d’un sujet commun : quelle est notre place dans ce monde ?

Le tableau

Né en 1939 et vétéran de l’animation française, Jean-François Laguionie est l’auteur de Gwen, le livre des sables (1985), du Château des singes(1999) et de L’île de Black Mor(2004). « C’est sa double vocation, graphisme et théâtre, et sa rencontre déterminante avec Paul Grimault, qui ont conduit Jean-François vers la pratique de l’animation (…) Tous ses films sont adaptés de nouvelles ou récits dont il est l’auteur, et qui ont fait l’objet d’éditions ».

( http://www.la-fabrique.com/sarl/ficherea.php?id=13 )

Jean-François Laguionie tourne peu. Comme il le dit lui-même, il fait « un film tous les dix ans, ce qui ne veut pas dire (qu’il met) dix ans à faire un film ». Néanmoins, ses œuvres sont aussi perfectionnées et raffinées que celles de son ami et maître Paul Grimault, admirable auteur du Roi et l’oiseau. Le Tableau, son dernier-né, voit le jour en novembre 2011 après cinq ans de travail.

Le film mêle réflexions métaphysique/philosophique (« qui sommes-nous ? », « d’où venons-nous ? »…) sociale, artistique, et histoire d’amour impossible.

L’histoire

Pour des raisons mystérieuses, un peintre a disparu, en laissant inachevé un tableau composé d’un château, de jardins fleuris, d’une forêt menaçante, dans lequel vivent trois sortes de personnages: les Toupins (entièrement peints), les Pafinis (auxquels il manque quelques couleurs) et les Reufs (qui ne sont que des esquisses). Sans repères, tout est bouleversé :

Les Toupins se revendiquent alors supérieurs aux autres et prennent le pouvoir. Ils chassent les Pafinis du château et maltraitent les Reufs.

Scène du film "Le Tableau", de Jean-François Laguionie

Scène du film « Le Tableau », de Jean-François Laguionie

Un petit groupe composite décide de sortir du tableau pour partir à la recherche du peintre, seul capable de terminer le tableau et de restaurer la paix : il s’agit d’un toupin, Ramo, d’une pafinie, Lola et d’un reuf, Plume. Echappé du tableau de la Guerre, le jeune tambour Magenta les rejoint au cours du périple. Tous ont cette particularité de représenter trois étapes d’un même travail.

Chaque personnage du groupe a ses propres raisons de chercher leur créateur, mais plusieurs questions communes demeurent, comme un fil rouge : qu’est devenu le Peintre ? Pourquoi les a t-il abandonnés ? Pourquoi a-t-il commencé à détruire certaines de ses toiles ? Connaîtront-ils un jour le secret du Peintre ?….

Hommage au dessin, à la peinture et aux artistes en général, Le Tableau est l’histoire d’une quête : quête de soi et quête de sens, dans un monde en perte de repère, où l’on peut s’estimer insatisfait ou incomplet. C’est aussi une belle histoire nous invitant au respect de l’autre, avec ses différences, et au respect de soi, avec nos limites. Disponible en DVD, « Le Tableau » est un très beau film aux différents niveaux de lecture, source de discussions et qui s’adresse à tous les âges, à partir de 7 ans.

 

En bref :

Le Tableau

Un film de Jean-François Laguionie
Scénario original de Anik Le Ray
Création graphique de Jean Palenstijn, Jean-François Laguionie, Rémi Chayé & Julien Bisaro
Musique originale de Pascal Le Pennec
Chef décorateur et peintures: Jean Palenstijn
Directeur d’animation: Lionel Chauvin
Film fabriqué dans les studios Blue Spirit Studio, Sinematik
Durée: 1h16
Sortie nationale en France le 23 novembre 2011

Avec les voix de
Lola: Jessica Monceau • Ramo: Adrien Larmande • Plume: Thierry Jahn • Gom: Julien Bouanich • Garance: Céline Ronte • Magenta: Thomas Sagols • Orange de Mars: Magali Rosenzweig • Claire: Chloé Berthier • L’autoportrait et le peintre: Jean-François Laguionie • Le Grand Chandelier: Jacques Roehrich • Monsieur Gris: Jérémy Prévost • Le Capitaine: Michel Vigne • Le peintre de Venise: Jean Barney • Pierrot: Serge Faliu

http://www.letableau-lefilm.fr/_media/dossier_presse.pdf

http://www.mediacritik.com/critique.php?id_critique=1550

Dans un autre genre, on pourra également regarder :

Incassable

Cinémotif.fr

Cinémotif.fr

Il s’agit du deuxième film(et aussi le meilleur) de M. Night Shyamalan(2000), réalisateur américain d’origine indienne, après Sixième sens(1999). Bruce Willis et Samuel L. Jackson interprètent les rôles principaux.
Le réalisateur y questionne(comme dans tous ses films) le besoin de croire, ainsi que notre place dans le monde.

L’histoire

David Dunn (bien joué par un Bruce Willis très sobre) mène une vie très ordinaire, pour ne pas dire morne et terne, partagée entre son travail d’agent de sécurité et sa vie de famille plutôt fragile. Jusqu’à ce jour où il est victime d’une catastrophe ferroviaire, d’où il est déclaré seul survivant. Et ce, sans une seule égratignure ! Une curieuse rencontre, qui débute par une question posée, changera sa vie…

Incassable se distingue, d’une part, par son esprit très bande dessinée, ce qui se remarque d’une part dans le scénario, et d’autre part dans la réalisation. Celle-ci se caractérise par un usage du plan-séquence(qui rapproche de la BD et ses planches d’ images fixes), et par une curieuse tendance à nous donner à voir parfois  à l’envers (une petite fille qui regarde Dunn à l’envers au début du film ; un comic-book qui tombe à l’envers sur les genoux d’un personnage dans une boutique de comics…).

Bref, on retiendra un excellent scénario, plein de finesse et mêlant psychologie et fantastique(sans effets spéciaux), ainsi que des acteurs remarquables. La fin en forme de chute, loin de conclure, permet de saisir le véritable sens au film.

Et enfin :

L’Homme qui rétrécit, de Jack Arnold (USA, 1957). Adaptation du roman éponyme de Richard Matheson.

L'Homme qui rétrécit.Toutleciné.com

L’Homme qui rétrécit.
Toutleciné.com

Le film :

À la suite d’une contamination radioactive, un homme voit son corps rétrécir. Il consulte les sommités scientifiques du pays qui ne peuvent que constater le phénomène…

La filmographie de Jack Arnold est riche et variée (du polar au western-« une balle signée X »). Néanmoins, elle reste marquée par des films de SF des années 50, comme « Le Météore de la nuit », « L’Étrange créature du lac noir » ou « L’Homme qui rétrécit ». Jack Arnold avait lutté pour imposer son étonnante fin « métaphysique » à ce dernier, plutôt que d’accepter le happy end voulu par la Universal.  Il tenait son film pour « une quête sur le sens et les limites de l’identité humaine ».
Et comme le réalisateur le disait lui-même : « Je voulais créer un climat qui vous laisserait imaginer ce que ce serait si vous deveniez minuscule, que les choses banales et courantes de la vie quotidienne deviennent bizarres et menaçantes. Un chat que vous adorez devient un monstre hideux. Une araignée devient la chose la plus terrifiante que vous ayez jamais vue. Je voulais que le public s’identifie à cet homme et sente les mêmes choses que lui. Et je crois y être arrivé.
Dans L’HOMME QUI RETRECIT, comme dans tous mes autres films fantastiques, ce sont les gens qui m’intéressent avant tout, comment ils vont réagir dans telle circonstance précise. Le mécanisme technique par lequel la taille du héros est ramenée à quatre ou deux centimètres ne m’intéresse pas plus que ce qui le fait attaquer par un chat. Tout cela est très bien et m’amuse beaucoup, mais ce qui m’intéresse particulièrement, c’est la réaction supposée de quelqu’un qui se trouve dans une situation donnée.
Comment réagit-il ? Qu’éprouve-t-il ? Voilà ce qui me semble important dans un film et, plus encore, dans un film de science-fiction. Or, beaucoup de films de science-fiction me déplaisent parce que les metteurs en scène insistent davantage sur les effets spéciaux que sur les sentiments des héros. L’aspect humain est important dans n’importe quelle histoire et il est d’autant plus essentiel de l’introduire dans un film de science-fiction que l’imagination n’y connaît pas de limites, et que l’on s’y trouve confrontés à des événements qui sont peut-être réels, mais qui semblent tout à fait incroyables. Pour que les spectateurs réagissent favorablement, il faut qu’ils croient ce qu’ils voient, et c’est ce que j’ai toujours dit à mes acteurs: « J’ai besoin de croire. Vous devez croire à ce que vous faites car si vous n’y croyez pas alors moi non plus. »

http://www.canalplus.fr/c-cinema/cid124569-l-homme-qui-retrecit.html

Alors, bonne projection et…bonne réflexion !