Comment, pour danah boyd, l’éducation aux médias ainsi (mal) faite peut être dangereuse et contre-productive

La plupart des gens croient que les gens qu’ils connaissent sont crédules face à de fausses informations, mais qu’ils sont eux-mêmes équipés pour séparer le blé de l’ivraie…

L’éducation aux médias, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est-elle LA (bonne) solution pour lutter contre la désinformation ?

danah boyd [Prénom et Nom en minuscules], anthropologue et chercheuse chez Microsoft, fondatrice et présidente de Data & Society(1), est intervenue en mars 2018 lors de SWSX EDU à Austin (Texas), où elle y jouait un rôle « provocateur » et de « stimulant du débat ».

Dans sa présentation, elle a invité l’auditoire et les éducateurs en général à « remettre en questions leurs hypothèses sur l’éducation aux médias ». Elle a examiné « l’instabilité de notre écosystème médiatique » aujourd’hui en réseau pour ensuite aborder la question suivante : « vers quel type d’éducation aux médias devrions nous travailler ? »

Sans remettre en cause l’éducation aux médias et le travail des enseignants, qui font ce qu’ils peuvent dans ce domaine, boyd estime que dans le contexte actuel, et ainsi (mal) faite, celle-ci peut être dangereuse et contre-productive. La chercheuse souligne que « l’éducation aux médias est régulièrement proposée comme solution au problème des fausses nouvelles », alors que les enjeux sociaux et politiques sont bien plus vastes et complexes.

Toutefois, elle a admis « ne pas savoir » quel serait « le rôle des éducateurs dans le paysage médiatique contemporain » ou « quel genre d’éducation aux médias a du sens ». Elle a aussi reconnu que certaines de ses approches sont limitées.

Mais comme il lui paraît « injuste de mettre fin à un tel discours sans offrir une voie à suivre », elle nous fait « une supposition éclairée », tout en admettant que « c’est vraiment délicat parce que la plupart des gens aiment suivre leur instinct plus que leur esprit. Personne ne veut entendre qu’ils se font avoir ».

Parmi les pistes préconisées, elle estime « utile d’aider les gens à comprendre leur propre psychologie » en les sensibilisant aux biais cognitifs et à la façon dont ils sont sensibles aux informations (celles acceptées et celles rejetées) ; elle souligne combien il est « important d’aider les étudiants à vraiment apprécier les différences épistémologiques. En d’autres termes, pourquoi les gens de différentes visions du monde interprètent-ils différemment le même contenu ? (….) D’un point de vue éducatif, cela signifie renforcer la capacité d’entendre et d’embrasser véritablement le point de vue de quelqu’un d’autre et d’enseigner aux gens à comprendre le point de vue d’autrui tout en maintenant fermement leur point de vue ». (….)

L’objectif est donc « de comprendre les multiples façons de donner du sens au monde et de s’en servir pour interpréter les médias ». Mais la méthode préconisée a ses limites, de l’aveu de la chercheuse, puisqu’ « apprécier le point de vue de quelqu’un qui est profondément toxique(sic) n’est pas toujours psychologiquement stabilisant » ; et « ce n’est pas parce que vous savez que vous êtes manipulé que vous pouvez y résister ».

Bref, pour danah boyd, dans un paysage médiatique qui va devenir de plus en plus complexe, les éducateurs ont un rôle essentiel à jouer pour aider les individus et les sociétés à (y) naviguer. « Mais la voie à suivre ne consiste pas à croiser les informations ou à apprendre aux gens à évaluer les sources. (…) Nous vivons aujourd’hui dans un monde de réseaux. Nous devons comprendre comment ces réseaux sont entrelacés (….)Par-dessus tout, nous devons reconnaître que l’information peut être, est, et sera, transformée en arme de nouvelles manières ».

Et « tant que nous ne commencerons pas à comprendre (la) réponse (de certains jeunes) à notre société des médias, nous ne serons pas en mesure de produire des interventions responsables (…) Nous devons commencer à élaborer une réponse en réseau à ce paysage en réseau. Et cela commence par la compréhension des différentes façons de construire la connaissance. »

Le défi est de taille pour tous ceux qui ont ou auront une responsabilité éducative, parmi la jeunesse, au sein de la famille, l’école ou l’église, surtout quand les chrétiens ne sont pas toujours « les premiers dans les bonnes oeuvres » dans ce domaine ! Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre approche de l’éducation aux médias ?

Pour découvrir l’intégralité du discours de danah boyd, lire une traduction libre de Lucas Gruez, Doctorant en Sciences de l’information et de la communication,

 

Extraits de l’intervention de danah boyd :

« La désinformation est contextuelle. La plupart des gens croient que les gens qu’ils connaissent sont crédules face à de fausses informations, mais qu’ils sont eux-mêmes équipés pour séparer le blé de l’ivraie. Le sentiment général est que nous pouvons vérifier les faits et modérer notre façon de sortir de ce casse-tête. Cela échouera. N’oubliez pas que pour beaucoup de gens dans ce pays, l’éducation et les médias sont considérés comme l’ennemi – deux institutions qui essaient d’avoir du pouvoir sur la façon dont les gens pensent. Deux institutions qui tentent d’affirmer leur autorité sur l’épistémologie ». (p 5)

« La majorité des Américains ne font pas confiance aux médias. Il y a beaucoup d’explications à cela -perte des informations locales, stimuli financiers, difficulté à faire la distinction entre opinion et reportage, etc. Mais que signifie encourager les gens à critiquer les récits des médias alors qu’ils sont déjà prédisposés contre les médias d’information ? »

 « Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas essayer d’éduquer les gens. Ou que produire des penseurs critiques est intrinsèquement une mauvaise chose. Je ne veux pas d’un monde plein de moutons. Mais je ne veux pas non plus supposer naïvement ce que l’éducation aux médias pourrait faire en réponse à une guerre culturelle déjà en cours. Je veux que nous nous attaquions à la réalité… » (p 7)

 

 

Notes : 

(1) Pour en savoir plus sur cette chercheuse iconoclaste, voir aussi « danah boyd, anthropologue de la génération numérique », sur Le Monde (20/08/14) et « Rencontre avec danah boyd » sur Owni (30/08/10)

De vraies solutions aux fausses nouvelles : Comment reconnaître les Fake news ?

Comment repérer des fausses informations ? Voici une excellente infographie de l’ IFLA, La Fédération Internationale des Associations et Institutions de Bibliothèques (1), disponible en plusieurs langues. Voici sa version en français.

Une infographie de l’IFLA (Fédération Internationale des Associations et Institutions de Bibliothèques) pour apprendre à détecter les Fake news

Une contribution essentielle, car l’enjeu est de taille : Les libertés d’accès à l’information et à l’expression en ligne sont menacées. La diffusion d’informations délibérément trompeuses, ou « fausses nouvelles », risque de compromettre la confiance en l’Internet, alors que des attitudes restrictives de la part de certaines autorités et de certains services limitent les droits de l’homme fondamentaux.

Pour l’IFLA, aucune de ces situations n’est souhaitable. Lorsque les gens sont déconnectés de l’Internet, ils risquent de perdre l’accès à des informations et des idées qui renforcent le développement de nos vies et les enrichissent. 

Afin de répondre à ces risques, l’IFLA a développé une infographie sur la détection des fausses nouvelles ; il s’agit d’un outil simple mais efficace pour procurer une alternative, basée sur la conviction que l’éducation est la meilleure manière de donner confiance aux utilisateurs, et de rendre inexcusable la censure abusive de la part des gouvernements.

Cette infographie a rencontré beaucoup de succès. Elle a été traduite dans 37 langues, et a été reprise dans des lettres d’information, des kits éducatifs, et sur CNN International. Ce succès est aussi le résultat d’un processus de réflexion de professionnels de l’information qui ont utilisé les infographies de différentes manières, en les adaptant à leurs besoins locaux.

La suite sur le site de l’IFLA.

Voir aussi ce tutoriel canadien (Québec) également proposé par des bibliothécaires, pour apprendre à connaître et à appliquer les critères d’évaluation de la qualité des sources d’information.

Et maintenant, à vous de jouer !

 

Note :

(1)La Fédération Internationale des Associations et Institutions de Bibliothèques (IFLA) est la principale organisation représentant les intérêts des bibliothèques et des services d’information et de leurs usagers. Au niveau mondial elle est le porte-parole de la profession des bibliothèques et de l’information.

 

 

La « post-vérité » : un « bob’art »

La vérité est-elle morte, cédant la place à la « post-vérité » ?
(Couverture du Times du 23/03/17, avec une interview exclusive de Donald Trump)

« Post-vérité », c’est « le mot de l’année 2016 » pour le très sérieux et très prestigieux « Oxford English Dictionary ». Un choix qui a été jugé un peu trop « politique », en comparaison des années précédentes, quand le vapotage ou les émojis entraient dans le célèbre dictionnaire. « Clairement », précise le blogueur Alexandre Roberge sur « Thot cursus » (un site dédié à la promotion de la formation et de l’utilisation des outils numériques pour l’éducation et la culture), «  le dictionnaire anglais a voulu rappeler par son choix deux événements qui ont le plus marqué politiquement l’année 2016 : la sortie de l’Angleterre de l’Union européenne (le Brexit) et l’élection présidentielle américaine de Donald Trump. Dans les deux cas, les campagnes électorales ont fait surtout appel aux sentiments et aux aspects plus irrationnels des électeurs, quitte à devoir pour y arriver, mentir sciemment ».

Sinon, « étymologiquement », explique Alexandre Roberge «  le terme (post-vérité) est d’autant plus fascinant qu’il n’a pas le sens normal. « Post » veut d’habitude dire après mais ici il a perdu ce sens pour dire que cela ne s’applique pas. Ainsi, nous sommes donc dans une société « post-vérité » ou « post-factuelle » où les faits bruts sont supplantés par les émotions, l’opinion personnelle et même les mensonges »

Et comme « le dirait même plus » Jérôme Prekel dans un article intitulé « l’Ère de la post-vérité », publié sur son blogue « Le Sarment », ces mensonges « ne cherchent même pas à être crédibles », étant exprimés « de manière à faire vibrer les auditoires. Cette nouvelle expression (post-vérité) ne fait que remettre au goût du jour les ressorts du discours populiste, utilisé par les démagogues qui mobilisent le peuple par des promesses électoralistes (synonyme de “fausses”) ou qui flattent ses « bas instincts » comme le nationalisme, la xénophobie, voire le racisme ou qui exacerbent les réflexes sécuritaires ».

« À chacun sa vérité » sur Internet

Comment en est-on arrivé là ? La faute aux « auteurs postmodernes » comme Jacques Derrida, qui à trop relativiser la vérité, aurait fini par en ruiner la valeur ? L’écrivain Ralph Kayes (L’Ère de la postvérité, 2004), cité par le dernier numéro de « Sciences Humaines », rappelle quant à lui que les réseaux sociaux deviennent la première source d’information, au détriment des médias traditionnels, décrédibilisés. Or, sur le Web 2.0, les informations erronées et les sources peu vérifiables abondent. Et à l’ère des réseaux sociaux, tous croient posséder leur propre vérité et cherchent, non pas tant des médias « d’information » que des médias « de confirmation ».

 Et les médias, là-dedans ?

S’il convient de se garder d’une attitude trop « sentimentale » et « naïve » à l’égard des médias (« tout serait vrai »), il convient également de se garder d’un autre extrême, tout aussi nocif (puisqu’ouvrant la porte au relativisme, au scepticisme et au complotisme), lequel prétend que « tout serait faux » dans les médias et sur internet (sauf celui qui affirme une telle chose !).

Néanmoins, un journaliste professionnel m’avait confié il y a deux ans que, pour lui, « la vérité », « ça ne veut pas dire grand-chose ». « Un bon journaliste », selon lui, est celui qui cherche à comprendre un événement et à vérifier l’information, en allant à la source. Néanmoins, selon lui, « il n’y (aurait) pas de vérité absolue », mais « des points de vue différents ». Une tendance confirmée par Jean-Luc Martin-Lagardette, lequel, journaliste et essayiste, relève qu’ « il y a belle lurette, en France, du moins », que ses collègues journalistes « ne croient plus en la vérité ! Et qu’ils ont cessé de la poursuivre. Selon eux, il serait « naïf » de croire que l’on peut atteindre la vérité », puisque « tout homme un tant soit peu cultivé sait bien que la vérité est hors d’atteinte » (Décryptez l’information, Dangles éditions, 2014, pp 14-15).

Bien entendu, souligne JL Martin-Lagardette, « idéalement parlant, ils ont raison : on ne peut pas parler de vérité absolue [plus exactement, nul ne peut prétendre « posséder » la vérité absolue, mais il peut s’en approcher, la connaître ou du moins, la désirer, la rechercher], mais pas moins, alors que de justice, de liberté, d’égalité ! Pour autant, devrions-nous abandonner toutes ces valeurs ? » Or, « nous avons besoin de la vérité », comme horizon à atteindre, d’autant plus que « la recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible »(op. cit., pp 15-16).

Ironie du sort, les « clés de la presse », « la boîte à outils des professionnels de la presse », enquête, dans son dernier numéro de janvier 2017, sur la façon…..« dont les médias se mobilisent pour rétablir la vérité », à l’heure où le phénomène de « post-vérité » (leur) pose question !

Dien envoie une puissance d’égarement parce que le Monde VEUT croire dans ce que nous appelons «le mensonge»

Repère biblique

Jérôme Prekel, dans l’article cité plus haut, rappelle que « l’apôtre Paul décrit un contexte semblable dans une de ses lettres aux Thessaloniciens, dans laquelle il décrit une situation future de la grande scène du monde » : il y est question de « la place centrale du mensonge et la vérité dans une société en proie à la confusion spirituelle ».

«…L’apparition de cet impie se fera, par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de l’iniquité pour ceux qui périssent parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Aussi Dieu leur envoie une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge,… afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés.» (2 Thess. 2/9 à 12)

Pourquoi Dieu envoie-t-il une puissance d’égarement ?

Nous avons besoin d’une réponse à cette question. En effet, la plupart des chrétiens prient pour que Dieu améliore la situation du monde, et c’est tout-à-fait juste, sous un certain angle : nous prions pour les autorités, pour les gouvernements, mais il semble ici que cette prophétie intègre un interventionnisme divin négatif : alors que la situation est catastrophique, Dieu accentue le problème.

Il faut noter cependant que Dieu ne déclenche pas un phénomène d’incrédulité mais il l’entérine, ce qui a pour effet d’accélérer un processus de confusion qui semble être parvenu à un point de non-retour, à savoir une société qui se livre graduellement au mensonge, jusqu’à un stade irréversible.

Dien envoie une puissance d’égarement parce que le Monde VEUT croire dans ce que nous appelons «le mensonge» (nous en avons la preuve avec le phénomène de post-vérité qui se déploie actuellement sous nos yeux), c’est-à-dire dans une forme d’existence, de fonctionnement et de progrès, sans Dieu. C’est en quelque sorte l’aboutissement de l’errance loin de la vérité, qui a commencé le jour où le premier couple a fait son premier pas en dehors du jardin d’Eden. Et cette errance ne peut engendrer à terme que le chaos, si les appels à revenir au Créateur ne sont pas entendus.

(…)Lorsque la société moderne décide de placer le mensonge exactement à la place de la vérité, en bricolant un élément de langage pour faire illusion, c’est le signe fort que nous sommes à une heure cruciale, proche de la situation décrite dans la prophétie de Paul. Nous voyons par exemple le Président du pays le plus puissant du monde se révéler comme un menteur compulsif, élu sur la base de ses mensonges, mais une grande partie des chrétiens continuent d’espérer avoir eu raison de voter pour lui. N’est-ce pas justement le signe d’un grand égarement ? » 

Ce débat amène toute la question de vérité avec un grand « V ». Et au-delà de la question philosophique de la réalité, beaucoup comptent sur la technologie pour lutter efficacement contre la désinformation. L’on citera les projets des géants Google, « Cross check » et de Facebook, « Crowd tangle », pour contrer les « fake news ». Toutefois, les algorithmes privilégient en général la popularité des articles. Sans compter qu’il serait surprenant qu’une intelligence artificielle puisse reconnaître la vérité quand cela n’est déjà pas évident pour des humains et, surtout,  d’autant plus qu’elle n’a pas de mémoire – historique….Signalons encore « le Décodex », lancé début février par l’équipe des « Décodeurs » du journal Le Monde, qui est un outil de vérification de la fiabilité des sites d’information. Sauf que tout n’est pas encore recensé et que l’on peut s’interroger sur la légitimité d’une source d’information à juger d’autres sources d’informations concurrentes fiables ou non, mais il s’agit déjà d’un début de réponse.

Resterait la solution éducative

« Éduquer la jeunesse » à l’information et au discernement (c’est le propre de la maturité, cf Hébr. 5v14) serait une façon de freiner le mouvement post-factuel. Par exemple, en rappelant que « la recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible » ; en apprenant à adopter une démarche intellectuelle équilibrée se situant entre le « tout est vrai » et le « tout est faux » ; en apprenant à discerner le vrai du faux, la publicité(la communication) de l’information,  « l’infaux » parodique(ou non) de la véritable « info », l’information de l’opinion, et à savoir lâcher ses opinions pour mieux saisir la vérité….. Mais aussi en (ré)apprenant à lire….pas uniquement le titre mais tout un article, et pas « en diagonal » !

 

 

Aller plus loin :

http://www.e-media.ch/e-media/evenements/semaine_des_medias/mat_ped/theories_du_complot

http://www.acrimed.org/Post-verite-et-fake-news-fausses-clartes-et

http://www.meta-media.fr/2017/01/30/mais-qui-donc-a-invente-la-post-verite.html

http://www.meta-media.fr/2017/03/15/deux-fabricants-de-fake-news-sexpliquent.html

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/01/31/dire-la-verite-toute-la-verite-rien-que-la-verite-dire-betement-la-verite-bete-ennuyeusement-la-verite-ennuyeuse-tristement-la-verite-triste/

 

 

 

 

« Insupportable portable »…quand on connaît les secrets de sa fabrication !

Il ne t'est pas encore insupportable, ton portable ?

Il ne t’est pas encore insupportable, ton portable ?

La vérité nous est livrée « cash » par le magazine éponyme de France 2, dans une émission de mardi 4 novembre consacrée aux dessous de l’industrie des portables, et découverte grâce à ce billet d' »Aliocha », journaliste-blogueuse.

Ou comment rappeler qu' »information » et « communication » n’est pas du tout la même chose.

Ou comment réactualiser le fameux « c’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe »….

Le reportage du magazine « Cash investigation », intitulé « Les secrets inavouables de nos téléphones portables », est à découvrir ici :

Ou là :

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/cash-investigation-du-mardi-4-novembre-2014_730935.html

A voir et à partager, pour mieux lutter contre toutes « les utopies bidons », selon la formule du documentariste Pierre Carles, ou « promesse d’un (soit disant)monde meilleur où tous les services et les plaisirs seront à portée de main, sans effort, quasi-gratuitement. Un monde meilleur synonyme de sang et de larmes pour la majorité de la population mondiale… » Pour mieux lutter contre ces mirages et impostures, mais aussi proposer, en tant que chrétiens, des alternatives concrètes et solides.

Foire aux médias(4) : journaux, magazines ou sites « non chrétiens »

Suite et fin de notre « Foire aux médias », débutée ici, et poursuivie ici, et .

Eau turbulente par Daniele Pellati Suivre le courant, au risque de se laisser emporter...ou vivre à contre-courant ?

Eau turbulente par Daniele Pellati
Comment être une presse ou un média « à contre courant » ?

Au menu, des journaux, magazines et sites « non chrétiens » : Certains spécialisés dans le décryptage/ »observatoire des médias » et d’autres, représentatifs d’une curieuse presse « pas pareil » à observer, notamment par le choix de ligne éditoriale, le traitement de l’information, le graphisme, le style et le modèle économique (sans pub) de la plupart.

 

24 heures dans une rédaction : Depuis 2013, un outil simple et pédagogique pour connaître le métier de journaliste. Co-réalisé par l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille et Canal France International, l’agence française de coopération médias à destination notamment de l’Afrique, il propose 4 séries de 24 fiches pratiques sur l’exercice du journalisme. Ces documents rédigés par des journalistes confirmés en télévision, radio, web et presse écrite sont destinés aux journalistes, et formateurs en journalisme, mais aussi pour le grand public.

Acrimed : ou Action-CRItique-MEDias. Sur un mode très différent d’« Arrêt sur image » (lequel n’échappe pas toujours au piège du racolage, à mon goût), une association née en 1996 du mouvement social de 1995, qui se veut un « observatoire des médias ». Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante. Depuis octobre 2011, Acrimed publie par ailleurs une revue papier trimestrielle, le magazine Mediacritique(s)

L’Age de faire : Sympathique périodique national « grand public », paru pour la première fois en octobre 2005(aujourd’hui mensuel) et créé par un ancien entrepreneur dans le BTP. L’Age de faire propose « des outils pour réinventer le monde » : « savoir » et « comprendre », pour « agir », dans les domaines de l’écologie, la citoyenneté et la solidarité, au niveau local comme international. Mais surtout, le journal promeut un mode de vie écologiste « responsable » assez radical. Son indépendance financière (ni subventions, ni publicité) repose sur ses abonnements et sur ses lecteurs : un mode de diffusion original, basé sur des « coopérateurs » qui s’engagent à acheter un certain nombre de numéros par mois et à les diffuser.
Il est possible de trouver l’Age de faire dans les biocoop, épiceries équitables, associations écologiques, stands de producteurs, et même certains cinémas indépendants(tels le réseau « Utopia »). Il est animé depuis fin 2011 par une Sarl Scop (Société coopérative de production). Les six salariés détiennent la majorité des voix et du capital au sein de l’entreprise. Ils décident ensemble du contenu et de la gestion du journal.

Basta Mag : Pure player se voulant « alternatif », Basta ! veut offrir un autre regard sur l’actualité : sur les problématiques sociales et environnementales(qu’il veut décloisonner et traiter de manière transversale), sur la solidarité internationale et l’engagement citoyen. Par la production d’articles, reportages, enquêtes, interviews, vidéos, Basta ! décrypte les crises qui rongent le monde actuel : crise économique, crise sociale, crise de la démocratie, crise environnementale. On aime sa volonté de « ne pas se contenter d’évidences », de creuser et d’essayer de comprendre le fond des sujets, comme sa volonté de ne pas faire le même traitement médiatique que d’autres médias. « Engagé »(avec une production journalistique qui se rapproche parfois du contenu des sites associatifs ou syndicaux), mais pas « partisan ». Excellent. A suivre de près, pour son sérieux.

CQFD : mensuel « de critique et d’expérimentation sociale », distribué tous les premiers vendredi du mois.  Basé à Marseille, son comité de rédaction est composé essentiellement de chômeurs. Il est certes souvent « en colère » mais traite avec professionnalisme des sujets locaux, nationaux et internationaux, liés à la pauvreté, aux mouvements sociaux, aux résistances sociales parmi les salariés, dans les périphéries urbaines et aussi dans le milieu agricole. Car il n’est pas question pour lui de ne publier que des billets d’humeur ou des éditoriaux, ni de faire du « journalisme Google ». Sa ligne éditoriale : « faire un Charlie mieux informé et un Diplo plus accessible. » Sans publicité, il est gratuit pour les personnes incarcérées. A noter que ses numéros d’été traitent le plus souvent de sujets pointus et exigeants (les langues, l’éducation…), quand d’autres médias se laissent aller à la facilité.

Les Dossiers de l’Actualité : « L’actu décodée » – Idéal pour les lycéens et étudiants. Conçus par les journalistes de La Croix (un des quotidiens français de référence) et de Phosphore (mensuel pour les jeunes), Les Dossiers de l’Actualité proposent un temps pour faire le point, chaque mois, de façon pédagogique et éclairante, sur trois sujets qui comptent : politique, économie, culture, environnement, société…

L’Eléphant : une revue trimestrielle qui revendique cette idée jugée désuète, à l’heure où toute la connaissance du monde est à portée de clic : « La culture générale et l’éducation contribueront à sauver le monde ». 

e-media.ch : l’indispensable site suisse romand d’éducation aux médias, qui me paraît beaucoup mieux conçu que celui de son homologue du CLEMI français. On y trouve d’importantes ressources pédagogiques consacrées à la presse papier et audio-visuelle, au cinéma (avec des fiches films détaillées), la publicité, l’internet, les technologies de l’information et de la communication, et la littérature jeunesse.

Le Gorafi : pour ceux qui en ont assez de certains « pure players », ce site se livre à une parodie(en faisant preuve d’ironie) jouissive des sites de presse. Comme le dit si bien la journaliste « Aliocha », « des gens capables de concevoir un article qui dit que « 79% des français refusent de répondre aux sondages » [ou « À l’encontre de son code de déontologie, un journaliste pose une question économique au président »] mériteraient d’être élevés au rang d’antidépresseur recommandé par la faculté de médecine ». A quand la recommandation « sur les chaines d’information continue et des sites de presse de la lecture du Gorafi, au même titre que la consommation de 5 fruits et légumes par jour » ? Certaines personnalités (notamment politiques) s’y sont d’ailleurs laissé prendre, en relayant une « infaux » du « Gorafi », la croyant « vraie ».

Habilomedias : un autre site francophone, canadien, d’éducation aux médias et de litteratie numérique, sans but lucratif, et tout aussi riche que le précédent. Son objectif est de veiller à ce que les enfants et les adolescents développent une pensée critique, pour un usage « citoyen, actif et éclairé » des médias et du numérique. On y trouve quantité d’outils et de ressources pédagogiques destinés aux parents et aux enseignants.

La Décroissance : « le journal de la joie de vivre » et « premier journal d’écologie politique ».
Créée en 2004 par Vincent Cheynet et Bruno Clémentin, fondateur de « Casseurs de pub », La Décroissance est un mensuel critique qui veut incarner un projet d’écologie politique radical, sans compromis ni compromissions, et promouvoir une société basée sur « la décroissance soutenable »(sachant qu’une croissance perpétuelle est illusoire sur une planète aux ressources limitées). Un étonnant journal, particulièrement intransigeant(au risque de demeurer marginal), qui offre débats, chroniques, coups de gueule, interviews, articles de fond, dessins(d’Andy Singer, Colloghan…) et BD.

 

OWNI :  un média d’enquête, de reportage et de data-journalisme, dédié aux cultures numériques ainsi qu’aux nouveaux enjeux de société.Une référence. Leur charte éditoriale se découvre ici. Placé en liquidation judiciaire le 21 décembre 2012, le site est fermé depuis, mais toutes les archives restent en ligne. C’est un bien commun en « Creative Commons ».

Sciences Humaines : le magazine référence indépendant, sans annonceurs et pariant sur ses lecteurs, « pour comprendre l’humain et la société à travers l’actualité des sciences humaines et sociales ». Conçu, dès l’origine, comme un instrument de synthèse des connaissances.

Le Tigre magazine : un drôle d’animal « curieux » ayant réussi un temps à poser sa griffe dans la jungle médiatique, avant de disparaître en 2015. Découvert « par hasard » il y a quatre ans dans un cadre professionnel, il m’est devenu « familier » avec le temps. « Familier », mais pas « domestique » pour autant.
Fondé en 2006, Le Tigre était un mensuel généraliste, indépendant, éclectique, souvent imprévisible et sans publicité, distribué en kiosques et en librairies. C’était aussi une aventure de presse novatrice avec de petits moyens, à rebours de la logique économique actuelle : il proposait un journalisme inventif, curieux, ouvert au monde, exigeant et constructif, dressant des passerelles entre des secteurs d’ordinaire très éloignés.  On pouvait y découvrir des contributions de journalistes, photographes, dessinateurs, écrivains et universitaires.

Parmi ses choix : le refus« de ne pas faire ce que d’autres font déjà très bien »(comme les recensions de l’actualité culturelle-livres, films, disques, etc), au profit de créations d’auteurs contemporains (pages graphiques et dessins, photographies sans contrainte d’actualité…..) » ; l’ironie plutôt que le pamphlet et la diatribe ; le télescopage, le décalage et le recul aux lignes de fracture traditionnelles. Le Tigre était un animal solitaire : plutôt que la défense d’un groupe, ou de dire ce qu’il faut penser, Le Tigre avait l’ambition de faire réfléchir. Il réveillait en nous non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien.

Depuis 2006, Le Tigre a connu de nombreuses vies : hebdomadaire à sa création, il a été mensuel en 2007, bimestriel en 2008-2009, quinzomadaire en 2010, et mensuel début 2011, avant de cesser de paraître(définitivement ?) depuis 2015. Enfin, Le Tigre était le premier journal en France à être conçu uniquement avec des logiciels libres.