Le Psaume des assassins

« David demande à être lavé de (sa) faute, à être rendu plus blanc que neige… » (Source : public domain pictures)

On appelle psaume de pénitence le psaume 51, mais il n’est pas triste, ni plaintif ; il est au contraire tumultueux. David répond d’une faute grave, il l’expie et il épuise l’éloquence de sa peine. [David, en tant que roi d’Israël, était le représentant officiel de Dieu parmi son peuple; Mais, il a trahi cette confiance sacrée en commettant un crime de façon intentionnelle] : il a envoyé à la mort au combat un homme pour épouser sa femme, la splendide Batshéba. Du haut de sa volonté de roi, il a donné l’ordre scélérat qui a été exécuté : Urie le Hittite est laissé seul dans la mêlée. Dieu, en colère contre lui, lui enlève l’enfant premier-né de cette union et l’éloigne même du trône pour une longue période  [2 Sam.11 et 12]

(….)

David expie la peine infligée et ensuite, par ce psaume, demande à Dieu [qu’il n’appelle pas ‘‘YHWH’’ alors que c’est le nom caractéristique du livre II des Psaumes] d’effacer sa faute. Il emploie le verbe mahà que le prophète Esaîe attribue à Dieu en annonçant qu’il effacera une larme sur chaque visage [Es.25v8]. David demande à être lavé de cette faute, à être rendu plus blanc que neige et, au cours de sa requête, il décharge son terrible impératif à Dieu : Hazzilèni middammim, « libère-moi des sangs »(v16). Ce n’est pas une prière mais un ordre [ !] et qui contient le plus brutal des « tu » d’un homme à l’adresse de Dieu.

David a participé à de nombreux combats. Il a commencé enfant en abattant le colosse Goliath et en lui tranchant sa grosse tête, puis il a combattu pour Saül et puis pour son royaume. Il a commis des massacres, mais il doit répondre d’un seul sang versé : celui de Urie le Hittite, le mari de Batshéba. Et il emploie le pluriel « sangs » comme est au pluriel celui d’Abel versé par Caïn [Gen.4v10]

« Libère-moi des sangs » : l’impératif de David ne laisse pas de répit à Dieu, il ne penche pas vers une prière que l’on peut éluder. Dans le vers précédent, il lui a dit : « j’enseignerai tes chemins aux coupables ». C’est ainsi : un homme qui se repent et obtient le pardon peut enseigner les autres, parce qu’il a connu les chemins, les a perdus et puis a su les retrouver. Ce n’est pas celui qui enseigne sans discontinuer qui est un maître, mais celui qui brusquement apprend.

A la fin, le psaume offre une parole chère à ceux qu’irrite le faste de certaines cérémonies religieuses. David leur assure que : « les sacrifices d’Elohim sont un esprit brisé, un cœur brisé ». Dieu accueille près de lui l’homme blessé, tel est le sacrifice qui lui plaît, non pas la grande pompe de l’indemme. David l’a appris de Samuel, prophète et prêtre en Israël, qui l’oignit roi à la place de Saül. Il avait déjà vainement enseigné [à ce dernier] : « obéir est préférable au sacrifice, écouter est préférable au gras des moutons » (1 Sam.15v22). David va plus loin et définit la manière d’écouter et d’obéir : un cœur brisé.

Et au terme de cette lecture d’un psaume d’aventures : le monde est plein d’assassins, verseurs des sans d’autrui(1). [L’on peut alors souhaiter] à chacun d’entre eux, à chaque assassin, d’arriver à atteindre l’impératif de David. Hazzilèni middammim, qu’il paie ou non sa dette envers les hommes, c’est le vers 16 du psaume 51 qui est son but. Car il y a un moment où tout assassin sera de nouveau seul avec sa victime. Tout autour, il n’y aura ni guerre ni haine pour le soutenir, le justifier, l’approuver. Il sera seul et, sans le vers de David, il ne sera rien.

(D’après  « le psaume des assassins » IN De Luca, Erri. Première heure. Folio, 2012, pp 123-125)

 

 

Note : 

(1) Cf Matt.5v21-22

David : berger-musicien-guerrier « jusqu’au bout des doigts »

David, garçon de solitudes apprivoisées, devient dans les steppes un tireur d’élite (Georges Hilton, dans une scène de « western spaghetti ».

Le plus grand de tous les auteurs compositeurs, inventeurs de musique et de mots, doit forcément être un berger dans l’Ecriture sainte. David, musicien et parolier de psaumes, a appris seul la mélodie en l’inventant dans les solitudes des pâturages, dans l’immensité des nuits où le feu et la voix tenaient en respect les prédateurs.

David : l’Eternel ne lui demande pas qu’une seule fois de lui chanter un nouveau chant, et lui s’empresse de le composer et de le jouer sur sa harpe à dix cordes(Psaume 144v9). Shir hadàsh, chant nouveau, parce que l’Eternel aime les improvisations, les inventions de la créature homme. Plus que les rites, que les sacrifices offerts, que les prêches de mémoire, il apprécie la fougue d’un cœur pressé qui déborde, fût-ce même de douleur.

Il s’est exercé à la belle étoile, parfois pour remplir le silence d’une neige soudaine, parfois pour interrompre la monotonie du vent qui module sur une seule note. David, dernier des frères, n’est pas du tout gâté. Aujourd’hui, c’est une position avantageuse, alors non, c’était la queue de la descendance. C’est pourquoi on l’envoie garder le troupeau avec la sévère responsabilité de son nombre à rapporter entier.

David, garçon de solitudes apprivoisées, devient dans les steppes un tireur d’élite. Avec sa fronde, il apprend à atteindre une cible avec une précision jamais vue jusque-là. Il chasse le lion et l’ours avec l’arme la plus légère qui ait jamais existé(…) : un bout de tissu. Le caillou qui mouline dans l’ample tour du lancer n’est lâché par lui qu’au point exact et fulgurant de la fuite directe sur la cible.

David est infaillible au point de ne plus utiliser de grosses pierres avec des aspérités, pour blesser, mais des cailloux tout petits, effilés, lisses. En avance de deux mille ans, il a trouvé la forme des projectiles. L’un d’eux, le premier suffit, atteint le front de Goliath, le transperce et s’enfonce dans son cerveau. C’est un silex de calibre 45. Vattitbà est le verbe – et le bruit qu’il fait – du caillou meurtrier qui abat le monumental guerrier philistin.

Seul David, parmi tous les militaires de l’histoire sacrée, peut se permettre de remercier l’Eternel d’avoir entraîné ses doigts à la guerre (Psaume 144v1). Au temps où la force pure des corps décidait du combat, lui possédait la suprématie délicate de la visée, la sensibilité musicale de la cible atteinte du bout des doigts. Ces doigts qui pinçaient des cordes sans rater une note lâchaient la fronde dans le millimètre focal du lancer.

Doigts inexorables, voilà le prodige musical du berger guerrier qui s’est entraîné dans les prairies contre les plus dangereux animaux de proie(…)

De la souche de David, Jésus [le Messie ou Meshiah], de Nazareth et de Bethléem, deviendra menuisier, il devra épaissir ses paumes dans un métier de force et de précision. Les vagabonds de l’Ecriture sainte ne grandissent pas avec des mains lisses. Avec leurs doigts, ils savaient traire, raboter, jouer de la musique et blesser, prendre par la peau du cou les marchands dans un temple, guérir des blessures. Les mains crucifiées étaient calleuses.

(De Luca, Erri. Le métier d’Abel IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp 18-21)

En ce moment, j’écoute « Comme David devant l’Eternel… »

« Comme David devant l’Eternel », de Martin NYSTROM :

 

 

Paroles en français :

Comme David devant l’Eternel

Plein d’ardeur, je danserai

Devant le Roi des rois

Comme Myriam et son tambourin

Je frapperai dans mes mains

Devant le Roi des rois

Choeur :

Nous pouvons nous présenter

Devant Dieu aujourd’hui

Le chemin nous est ouvert par Jésus son Fils

Comme Juda pendant le combat

Nous lancerons des cris de joie

Devant le Roi des rois

Comme Josué devant Jéricho

Nos cris feront fuir l’ennemi

Devant le Roi des rois

 

A lire : 2 Samuel 6v14-23 ; Exode 15 ; Josué 6 (Jeu : trouvez la référence biblique correspondant à la mention de la tribu de Juda « pendant le combat… » !)

Et, encore, sur le roi David, « dansant devant l’Eternel… » : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/06/25/rire-dun-roi/

A la semaine prochaine ! Ha ! Et n’oubliez pas de reculer vos montres d’une heure, dans la nuit du samedi 24 octobre au dimanche 25 octobre. A 3h00, il sera donc 2h00. Vous dormirez/prierez/louerez/lirez la Bible une heure de plus ! 😉

Rire d’un roi

La leçon sur le rire qui va suivre n’est pas celle de Bergson.

 

Le rire est une forme d'humilité

Le rire est une forme d’humilité

Napolitain né en 1950, ancien ouvrier-maçon, poète et romancier, Erri De Luca est un bien singulier personnage, qui entretient avec le judaïsme et le christianisme des rapports tout aussi singuliers et paradoxaux : ancien militant d’extrême gauche, il est fasciné par la Bible au point d’avoir appris l’hébreu en autodidacte et pratiqué l’herméneutique biblique depuis une vingtaine d’années(travail que l’on peut découvrir dans “Noyau d’olive”, “première heure”, “Et il dit”, “les saintes du scandale”….disponibles en poche, collection Folio)*.
Néanmoins, et c’est le paradoxe, le lecteur assidu des Ecritures Saintes “dans le texte” se considère, non comme un « athée », mais comme « quelqu’un qui ne croit pas »(cf “Première heure”, Folio, pp11-12). La faute à ces deux verrous : l’incapacité « à s’adresser à Dieu » et à  pardonner(“Noyau d’olive”, Folio, pp9-12)**.

Ceci dit, il reste mon auteur préféré***. Et il est absolument à découvrir.

Le 4 mai dernier, au cours de ma lecture de “Noyau d’olive”, je tombe sur ce texte sobrement intitulé “Rire”(op cit, p 81). Le rire de la joie. Cela tombe bien, car je suis particulièrement attiré par ce thème de la joie.

Le rire de la joie, celui du roi David, dansant devant l’arche et adorant Dieu “de toute sa force”(2 Sam.6v14-23). Voici ce qu’écrit à ce sujet Erri de Luca : David “rit : tel est le verbe joyeux et effronté qu’on ne peut contourner ni réduire à un divertissement. C’est un rire prolongé et déchaîné de la part d’un roi qui, le premier à avoir conquis la ville sainte, y conduit la plus précieuse fabrication sacrée, la caisse de bois d’acacia contenant les Tables de la Loi(…)Mikal, la fille du défunt roi Saül et femme de David, voit la scène de sa fenêtre et a honte de lui, de son attitude inconvenante de bouffon, de saltimbanque de Dieu. Elle va à sa rencontre avec tristesse et lui fait ouvertement le reproche de s’être rabaissé, d’avoir perdu toute majesté devant ses sujets. Elle a reçu l’éducation d’une princesse et veut donner une leçon de tenue à son époux qui, lui, en revanche, était un simple berger. David revendique le fait d’avoir ri devant Dieu(2 Sam.6v22)….en s’abaissant encore plus, et il ne sera pas méprisé pour cela, il n’en sera de même que plus respecté. David enseigne ici à Mikal que le rire**** est une forme d’humilité(…)celui qui s’en prive pour garder une contenance est un orgueilleux qui se retranche dans une présomptueuse dignité. La magnifique leçon de David sur le rire se termine par une dure conclusion(pour Mikal cf 2 Sam.6v23). Son royal mépris devient un étau qui serre ses entrailles. Pour faire des enfants, pour être féconde, il faut des ris. On jette des grains de riz aux mariés en signe de fécondité.

David s’est tordu de rire en face de Dieu(…)Ce n’était pas un manque de respect, mais une intensité d’adhésion physique, summum de participation totale de toutes ses fibres à la prière. Le corps loue le créateur en exultant. En récompense de cette dévotion, il est permis à David d’entendre, lui et pas un autre, le rire de Dieu. Dieu rit : avec le même verbe que celui de son serviteur, celui des hommes. David parle de cette expérience dans certains psaumes[Dieu rit des rois de la terre dans le Ps.2v4 ; de l’impie dans le Ps.37 ; des peuples entiers dans le Ps.59]…..Le plus beau rire de toute l’Ecriture Sainte [dans l’Ancien Testament]se trouve dans le livre des Proverbes, au chant de la sagesse, où la sagesse elle-même dit avoir été aux côtés de Dieu pendant la création : “et moi je fus ses joies jour après jour, riant devant lui en tout lieu. Riant dans le monde sur la terre”(Prov.8v30-31).

Albert Einstein, tirant la langue à ceux qui lui tirent le portrait...

« …Le savant qui ne rit pas ne peut découvrir, ni imaginer le monde »(Portrait d’Albert Einstein en 1951, tirant la langue à ceux qui lui tirent le portrait…)

La fabrication fondamentale de l’univers s’est accompagnée d’une sagesse souriante. Le renfrogné, le savant qui ne rit pas, ne peut découvrir, ni imaginer le monde”.(op cit pp 81-84)

Vérité proclamée par le Seigneur Jésus-Christ Lui-même, lequel, nous dit l’Ecriture[dans le Nouveau Testament], “tressaillit de joie[ou exulta] par le Saint Esprit, et il dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. »(Luc 10v21).

Le propre de l'enfant, c'est l'émerveillement

Le propre de l’enfant, c’est l’émerveillement

 

“Je te loue, Père…” : le propre de l’enfant est l’émerveillement. Soyons donc “sage dans l’entendement”, purs comme des enfants(1 Cor.14v20) et émerveillons-nous.

“Livrons-nous entièrement à la joie” : l’Eternel nous le commande(Deut.16v15). Adorons-le « de toute notre force ».

“La joie de l’Eternel sera(notre)force”(Neh.8v10)

 

 

Notes :

* Il est également l’auteur de traductions de la Bible: Kohèlet (1996), Il libro di Rut (1999), Vita di Sansone dal libro Giudio/Shoftim (2002), Vita di Noé/Nòa (2004)…Voir à ce sujet, dans “Comme une langue au palais”, Arcade, Gallimard, recueil de onze préfaces à ses traductions de la Bible, dans lesquelles il commente certains passages et les met en parallèle avec l’histoire contemporaine.

**Sur Erri de Luca, voir http://cei.revues.org/200 et http://legrand8.wordpress.com/2007/06/25/interview-erri-de-luca/

*** Auteur dont nous avons déjà parlé ici ou , sur ce blogue.

**** Le rire, et non pas la moquerie. Si le rire est une forme d’humilité, la moquerie est une arme au service des puissants, et au mépris du faible, de celui qui est différent.

Le discours d’un roi

Le discours d'un roi, film britannique de Tom Hooper(2010), avec Colin Firth et Geoffrey Rush

Le discours d’un roi, film britannique de Tom Hooper(2010), avec Colin Firth et Geoffrey Rush

A l’approche des Municipales, qui auront lieu les 23 et 30 mars prochains, les candidats se manifestent et font connaître programmes et valeurs.

Puisque l’on parle de programme et « profession de foi »,  l’on ne manquera donc pas de se replonger dans le Psaume 101 ou engagement-programme d’un souverain épris de justice…Lequel n’oublie pas de « balayer » d’abord « devant sa porte », affirmant avant tout le monde qu’il ne saurait y avoir « deux morales, celle de la vie privée et celle de la vie publique »*.

Ledit Roi(et aussi psalmiste)est David. Il adopte résolument une gouvernance marquée par la justice et le droit.  Sa vie même sera conforme aux exigences rappelées en 1 Sam. 10v25 ; 12v1-17, selon Deut.17v14-20.

Un programme-engagement qui ne saurait être réduit à celui d’un candidat à une élection locale(ou nationale), mais pouvant être étendu à d’autres domaines, dont la défense de toutes les causes….

Un programme pouvant également être complété par celui du Roi Lemuel (Prov.31v8-9)

Notes :

*Notamment avant Pierre Mendès France, ancien Président du conseil(premier ministre)sous la IVème République, qui disait, en 1976,  qu’« Il n’y a pas deux morales, celle de la vie privée (qui exige loyauté et honnêteté) et celle de la vie publique (où la rouerie, la manœuvre et le double jeu seraient permis). Seule cette cohérence entre promesses faites et promesses tenues justifiera et maintiendra la foi populaire. »

« L’aveugle et le boiteux n’entreront pas dans la maison ! »

Et pourtant…
(Méditation sur 2 Sam.5v6-8 et 9v1-13)

« Et le roi marcha avec ses hommes sur Jérusalem, contre les Jébusiens qui habitaient le pays ». (2 Sam.5v6)
Les Jébusiens, censés être chassés du pays de Canaan du temps de Josué, (Jos.15v63) ont encore le contrôle de Jérusalem au temps du Roi David. Ce dernier souhaite prendre le pouvoir de cette ville. Les Jébusiens se moquent de David (« Tu n’entreras pas ici, à moins que tu n’aies repoussé les aveugles et les boiteux ! C’était pour dire : David n’entrera point ici. »), mais le roi remporte tout de même la victoire, « (s’emparant) de la forteresse de Sion : c’est la cité de David. Et David dit ce jour-là : Quiconque battra les Jébusiens et atteindra les créneaux, et les boiteux et les aveugles, ennemis de David… C’est pourquoi l’on dit : L’aveugle et le boiteux n’entreront point dans la maison. » (2 Sam.5v6-8)
Comment comprendre une telle parole, si dure, contre « l’aveugle et le boiteux » ? Cela ne signifie nullement que Dieu rejette les handicapés. L’aveugle et le boiteux symbolisent les hommes pécheurs et évoquent une imperfection morale et spirituelle : La loi précise qu’un boiteux est exclu du service du Temple : «quiconque a un défaut corporel ne s’approchera pas: l’homme aveugle, ou boiteux (…) Nul homme de la semence d’Aaron, le sacrificateur, en qui il y aura quelque défaut corporel, ne s’approchera pour présenter les sacrifices de l’Éternel… » (Lévit.21 v17-21). De même, aucun sacrifice présentant un défaut corporel ne peut être sacrifié à Dieu et agréé par Lui (Lévit. 22v20 et Deut.15v19, 21). La parole de David  exclut les aveugles et les boiteux de la maison de Dieu et donc de la présence de Dieu. L’expression « Qui sont les ennemis de David » témoigne de cette haine de David pour le mal,  à l’image de l’attitude de Dieu face au péché : « Tes yeux sont trop purs pour voir le mal » (Habakuk 1v13) ; « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rom.3v23)
Plus tard, David est roi et vainqueur de tous ses ennemis.  Il se souvient alors d’une promesse : « … Est-ce qu’il y a encore quelque survivant de la maison de Saül ? Et je lui ferai du bien pour l’amour de Jonathan. » (2 Sam.9v1) David manifeste-là une bien grande bienveillance, pour l’époque ! Alors même lorsque Saül le pourchasse, cherchant à le tuer, David a eu deux occasions de tuer son ennemi mais l’a toujours épargné, voyant en lui l’ « oint de l’Eternel » et le père de Jonathan (1 Samuel 24 et 26). David aimait Jonathan, et « Jonathan » aimait David « comme son âme » (1 Sam.18v1). Ils s’étaient jurés une amitié inébranlable (1 Samuel 20v12-17). Plutôt que de se venger, David, au contraire,  souhaite manifester « une bonté de Dieu » (v3), c’est-à-dire, une très grande bonté, semblable à celle de Dieu, à celui que l’on trouverait de la maison de Saül qui l’avait tant persécuté.

« Et il y avait un serviteur de la maison de Saül, nommé Tsiba. Et on le fit venir vers David, et (…) le roi dit : Ne reste-t-il personne de la maison de Saül pour que j’use envers lui de la bonté de Dieu ? Et Tsiba dit au roi : Il y a encore un fils de Jonathan perclus des deux pieds. » (2 Sam.9v2-3)

Ce fils de Jonathan cumule un double handicap :

– Il est « Boiteux ». 2 Samuel 4:4 nous informe de l’origine de son infirmité, en même temps que son identité : à la « nouvelle de la mort de Saül et de Jonathan; sa nourrice le prit et s’enfuit, et, comme elle précipitait sa fuite, il tomba et resta boiteux ; son nom était Mephiboscheth » (qui signifie « exterminant la honte » des idoles).

– Il est « de la maison de Saül ».

Il avait donc deux raisons de craindre David ! Par nature, il aurait pu être compté parmi les boiteux et les aveugles qui avaient mérité la haine du roi. (Voir 2 Sam.5v8) Sans ressources,

Mephibosheth se cache, « à l’est du Jourdain, non loin de Mahanaïm à Lodebar » (nom qui signifie « lieu sans pâturage »), où quelqu’un l’a recueilli (v4).
« Et le roi David l’envoya chercher (…) Et quand Méphiboseth, fils de Jonathan, fils de Saül, fut arrivé auprès de David, il tomba sur sa face et se prosterna. Et David dit : Méphiboseth ! Et il dit : Voici ton serviteur.Et David lui dit : Ne crains point, car certainement je te ferai du bien pour l’amour [ou à cause] de Jonathan, ton père ; et je te ferai rendre toutes les terres de Saül, ton père, et toi tu mangeras toujours à ma table.» (2 Sam.9v4-7)

Mephiboseth pouvait s’attendre à être mis à mort, puisqu’il est boiteux et ennemi de David. De sa propre volonté, il ne serait jamais allé vers lui. Ainsi, l’homme qui se sait pécheur et qui ne connaît pas la grâce de Dieu ne peut que fuir la lumière divine. Or, il faut venir à la lumière et confesser son péché, pour être pardonné (1 Jean 1v7-9). David répète à nouveau (v 7) son intention bienveillante devant Mephiboseth et lui dit : « ne crains pas ». Cela nous rappelle les paroles du Seigneur Jésus à Pierre quand ils étaient ensemble dans la barque (Luc 5:8-11).

En entendant la parole de David, Mephibosheth « se prosterna de nouveau devant le roi et dit : « Qu’est ton serviteur, que tu aies regardé un chien mort tel que moi ?» (2 Sam.9v8) Il se sent indigne, conscient n’avoir aucun mérite de cette bienveillance à son égard. Il sait que David tient sa vie entre ses mains. Il se considère comme « un chien mort » (v 8). On se souviendra peut-être que David lui-même s’était estimé tel devant Saül (1 Sam. 24.15) : Mephibosheth se trouve donc devant « un sauveur » qui s’était lui-même abaissé et qui peut le comprendre. De même, nous connaissons l’abaissement du Seigneur Jésus jusqu’à la mort de la croix (Phil. 2.8) et sa « compassion pour nos faiblesses » (Heb.4v15).
Ainsi, de même que Méphiboseth était boiteux (incapable, indigne) et ennemi de David : « … lorsque nous étions encore sans force [boiteux], Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. (….) Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs [indignes], Christ est mort pour nous.(….)Car si, lorsque nous étions ennemis [«de la maison de Saül], nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils » et « sauvés par sa vie ». (…) « Nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation. » (Rom.5v6-11). David dit à Mephibosheth que certainement il lui fera du bien « à cause de Jonathan ». De même, Dieu nous pardonne en Jésus, Son Fils : « (nous sommes) justifiés (rendus justes) gratuitement par (la) grâce (de Dieu), au moyen de la rédemption (du salut) qui est en Jésus-Christ. »(Rom.3v24).

Mais David fait encore plus que pardonner à Mephibosheth : il l’enrichit et l’admet à sa table, comme quelqu’un de sa famille. « Méphiboseth mangea à la table [de David] comme un des fils du roi (…) et il était boiteux des deux pieds. » (2 Sam.9v11, 13). « Mephibosheth mangera à la table du roi ». Cette promesse, répétée 3 fois (v.7, 10,11) est respectée (v.13). En plus d’être élevé à la table du roi, les biens et les serviteurs de sa famille lui sont rendus (v10). Dieu nous invite « à Sa table », alors que nous sommes indignes. Il nous regarde avec bienveillance, de « cette bonté de Dieu », nous voyant à travers la justice de Son Fils.

On lira ou relira avec profit d’autres histoires de boiteux dans la Bible : la guérison des aveugles et des boiteux dans le temple par Jésus, marquant l’irruption dans le sanctuaire des rejetés et des exclus, « aveugles et boiteux », à qui Jésus redonne un accès direct à Dieu (Matt.21v1-17), une autre guérison d’un boiteux, « à la porte du temple »( Actes 3v1-26, 4v1-4) et la parabole des noces, qui se conclut par cette invitation : « convies les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles » (Luc 14v21)

Chercher son intérêt ou celui de Dieu : David, un type de Christ(une méditation sur 1 Samuel 23v1-13)

Un récit plein de suspens ! Et c’est dans la Bible !

Mais avant de le découvrir, voici un petit test :

A la tête d’une troupe de marginaux et de bras cassés, vous êtes un proscrit, en fuite, face à un puissant et mortel ennemi….C’est alors que vous apprenez que vos frères sont attaqués :
-Vous foncez
-Vous réfléchissez à une stratégie
-Vous cherchez les conseils d’un plus sage que vous

Vos compagnons sont effrayés, découragés, et refusent de vous suivre dans cette expédition de secours :
-vous les traitez de poltrons ou de lâches
-vous choisissez des hommes plus courageux
-vous cherchez comment les rassurer

Pour sauver leur vie, les chefs de la ville que vous venez de libérer s’apprêtent à vous livrer entre les mains de votre pire ennemi qui mobilise toutes ces forces pour vous prendre :
-vous tentez d’inciter le peuple de la ville à la révolte contre ses chefs et organisez la défense
-vous vous vengez de la ville ingrate
-vous cherchez un moyen pour détourner votre ennemi de la ville

Résultats ?

Découvrons maintenant le fameux récit à suspens dans la Bible, qui se trouve dans le premier livre de Samuel, dans l’Ancien Testament, chapitre 23, versets 1 à 13 :

1″Et on rapporta à David, en disant: Voici, les Philistins font la guerre à Kehila et pillent les aires.
2Et David interrogea l’Éternel, disant: Irai-je, et frapperai-je ces Philistins? Et l’Éternel dit à David: Va, et tu frapperas les Philistins, et tu sauveras Kehila. 3Et les hommes de David lui dirent: Voici, même ici en Juda, nous avons peur, et comment irions-nous à Kehila, contre les troupes rangées des Philistins? 4Et David interrogea encore l’Éternel, et l’Éternel lui répondit et dit: Lève-toi, descends à Kehila; car je livrerai les Philistins en ta main. 5Et David alla avec ses hommes à Kehila, et combattit contre les Philistins et emmena leurs troupeaux, et leur infligea une grande défaite. Et David sauva les habitants de Kehila. 6Et il était arrivé que, lorsque Abiathar, fils d’Akhimélec, s’était enfui auprès de David à Kehila, il était descendu avec un éphod en sa main. 7Et on rapporta à Saül que David était entré à Kehila. Et Saül dit: Dieu l’a rejeté et livré en ma main; car il s’est enfermé en entrant dans une ville qui a des portes et des barres. 8Et Saül convoqua tout le peuple pour la guerre, pour descendre à Kehila, afin d’assiéger David et ses hommes. 9Et David sut que Saül méditait du mal contre lui, et il dit à Abiathar, le sacrificateur: Apporte l’éphod. 10Et David dit: Éternel, Dieu d’Israël! ton serviteur a appris comme une chose certaine que Saül cherche à entrer dans Kehila, pour détruire la ville à cause de moi: 11les hommes de Kehila me livreront-ils en sa main? Saül descendra-t-il, comme ton serviteur l’a entendu dire? Éternel, Dieu d’Israël! déclare-le, je te prie, à ton serviteur. Et l’Éternel dit: Il descendra. 12Et David dit: Les hommes de Kehila me livreront-ils, moi et mes hommes, en la main de Saül? Et l’Éternel dit: Ils te livreront. 13Et David se leva, et ses hommes, environ six cents hommes, et ils sortirent de Kehila et s’en allèrent où ils purent. Et on rapporta à Saül que David s’était échappé de Kehila, et il s’abstint d’entrer en campagne ».

Qui a entendu parler de Kehila* ? David, en fuite devant Saül, apprend que cette ville de Juda est attaquée par les philistins. Il consulte l’Eternel qui lui confirme qu’il doit intervenir et libère la ville. Saül apprend que David se trouve à Kehila et se met en route avec son armée pour détruire la ville et capturer David. Consultant alors à nouveau l’Eternel, David reçoit confirmation que rien ne pourra arrêter Saül, en marche pour détruire Kehila, et que les autorités de la ville n’hésiteront pas à le livrer.
David, bien que vainqueur, ne revendique pas ses droits, ne se révolte pas et renonce à la gloire qui lui était pourtant due : il s’enfuit de Kehila, détournant ainsi la colère de Saül sur lui et la ville est épargnée.

Il est possible de retenir quatre choses de ce récit :

– David apprend que Kehila est dans la détresse. Bien qu’en fuite, il tient à connaître et faire la volonté de Dieu avant d’agir, selon l’exemple du Seigneur Jésus (« je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » cf Jean 6v38 et Jean 4v34, 5v30, 7v16-18, 8v29). Il consulte fréquemment l’Eternel et montre par là même son obéissance et sa dépendance envers Dieu. (Voir toutes les circonstances où Jésus prie dans Luc 5v16, 6v12, 9v18, 9v29, 11v1….) De plus, en choisissant d’aider Kehila, David sait qu’il prend des risques, en se « découvrant ».

Homme au cœur de berger, David tient à rassurer ses hommes dans la crainte, en se fondant sur la Parole de Dieu, et témoigne combien il est essentiel de se voir confirmer la Parole entendue.

 

Traverser par Radu Pasca

Traverser par Radu Pasca

Il intercède pour ceux qui sont sous le coup du jugement(les habitants de la ville de Kehila) et détourne sur lui-même la colère de Saül, illustrant ces paroles de l’Ecriture, se rapportant à l’œuvre rédemptrice du Seigneur Jésus : … « il a intercédé pour les coupables » (Es.53 v11-12) ; Jésus « est la propitiation pour nos péchés » ou  « a apaisé la colère de Dieu contre le mal en s’offrant en sacrifice pour nos péchés » (1 Jean 2v1-2, 4v10, traduction Semeur)
– Ceux que David est venu libérer sont prêts à le livrer. Malgré tout, David accepte le déshonneur à la place de la gloire qu’il aurait du recevoir, afin que la ville soit sauvée.
De même,  « (Jésus) vint chez soi; et les siens ne l’ont pas reçu. » (Jean 1v11) ; « à cause de la joie qui était devant lui, (il)a enduré la croix, ayant méprisé la honte, et est assis à la droite du trône de Dieu »(Hébr.12v2), et  « Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a pas commis de péché, et dans la bouche duquel il n’a pas été trouvé de fraude; qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement; qui lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois, afin qu’étant morts aux péchés, nous vivions à la justice; par la meurtrissure duquel vous avez été guéris. »(1 Pie.2v21-24)

Et savez-vous la meilleure ? Kehila a voulu « sauver sa peau », en choisissant de « vendre » ou de livrer David à Saül.  Certes, à la fin du passage, Kehila est « sauvée ».

Néanmoins, si l’on sait encore aujourd’hui qui est (le roi)David, plus personne ne semble se souvenir qui (ou ce qu’)est Kehila….

Kehila ? C’est qui, ça ?

 

 

Notes :

*Kehila : ville de Juda. Il existe aujourd’hui un village en ruine, nommé Kurbeth-Kîla, à 11 km à l’est de Beth-Djibrin ou Eleuthéropolis. C’est dans cette partie importante du plateau de Juda du côté de l’ouest que se trouvent de grandes étendues de champs de blé.

Un homme rempli de l’Esprit !

Mot de paix dans le sable par Petr Kratochvil

Mot de paix dans le sable par Petr Kratochvil

Lire 1 Chron.12v17-18 :

Il y eut aussi des fils de Benjamin et de Juda qui se rendirent auprès de David dans la forteresse.
David sortit au-devant d’eux, et leur adressa la parole, en disant : Si vous venez à moi dans de bonnes intentions pour me secourir, mon coeur s’unira à vous ; mais si c’est pour me tromper au profit de mes ennemis, quand je ne commets aucune violence, que le Dieu de nos pères le voie et qu’il fasse justice !
Amasaï, l’un des principaux officiers, fut revêtu de l’esprit, et dit : Nous sommes à toi, David, et avec toi, fils d’Isaï ! Paix, paix à toi, et paix à ceux qui te secourent, car ton Dieu t’a secouru ! Et David les accueillit, et les plaça parmi les chefs de la troupe.

Amasaï. Un homme revêtu de l’Esprit…..*

Un homme revêtu (ou rempli)de l’Esprit apporte la paix.

(L’Esprit de Christ est un Esprit de paix, d’unité. La paix est aussi le fruit de l’Esprit, selon Galates 5v22)

Un homme revêtu(ou rempli) de l’Esprit a du discernement et a ainsi la capacité de voir au-delà de l’apparence, de ce qui frappe les yeux. Il reconnaît aussi ce que Dieu fait.

(Le discernement est un don de l’Esprit, cf 1 Cor.12v10, situé entre la prophétie et « diverses sortes de langues ». Demandons-nous « instamment » à Dieu ce don ? Le recherchons-nous, pour que l’Eglise soit édifiée ?)

On reconnaît les « hommes faits »(ou mûrs) à « ceux qui, par l’usage, ont le sens exercé au discernement du bien et du mal »(Hebr.5v14).

Et David(qui a aussi l’Esprit du Seigneur) ne s’y est pas trompé, puisqu’il a accueilli et élevé Amasaï, cet « homme fait », cet homme sage, cet homme spirituel, « revêtu de l’Esprit », aux rangs de ses chefs de troupe ! (1 Chron.12v18)

 

 

Note :

*des contre-exemples : les corinthiens (1 Cor.1v4-7 et 3v1-3)