Foireux liens de janvier (37) : « questions éthiques, éthiques en questions »

Les « Foireux liens » de janvier : des questions éthiques, sociales et théologiques

Bonjour ! Et voici de retour vos « Foireux liens » !

Au menu, des questions éthiques, sociales et théologiques sur les grèves, l’usage des écrans, le management, la PMA, l’homme augmenté, la fin du monde, la vie après la mort, le simple acte de lire ou d’acheter un livre, sans oublier nos façons de débattre !

 

1) Questions éthiques 

Pour avoir une vision synthétique sur les débats et les décisions des synodes, découvrez, sur le site de l’église protestante unie de France, une nouvelle rubrique consacrée aux « Questions éthiques » (écologie, économie, éthique médicale, famille, migrants et étrangers, violence et paix).

2) L’usage des écrans, un danger pour la démocratie ?

À l’occasion d’une nouvelle étude, Michel Desmurget, chercheur en neurosciences cognitives, revient sur l’impact des écrans sur le jeune public. « Mieux vaut éviter les écrans avant trois ans, martèle-t-on dans les médias (…) Je n’ai jamais réussi à trouver d’argument scientifique solide pour justifier cet âge. Trois ans, c’est un seuil lobbyiste. C’est le moment où l’enfant devient intéressant pour les annonceurs (formation de la mémoire, formulation des demandes…). Et puis, quand on affirme “pas d’écrans avant trois ans”, on dit surtout “après vous pouvez y aller”. Et, de fait, le temps passé devant les écrans explose à partir de trois ans. Pour les enfants de maternelle on parle de presque trois heures par jour. Au primaire, c’est quasiment cinq heures. Les ados dépassent six heures et demie ». Et « Une étude réalisée par l’université américaine Stanford, il y a trois ans, a analysé la capacité des enfants et des ados à trouver une information en ligne, à l’analyser et à évaluer les sources émettrices. Le niveau de compréhension et de compétence de ces jeunes était si bas que les chercheurs ont estimé que cela représentait une menace pour la démocratie« .

3) La justice rétablit les affiches d’Alliance Vita

Accusées de manquer de neutralité dans le débat sur la PMA, elles avaient été retirées des gares et des rues parisiennes vendredi 03 janvier….

4) Les « anti-PMA » s’inscrivent dans un combat de long terme 

 Alors que la révision des lois de bioéthique reprend au Sénat le 21 janvier, plusieurs organisations ont réclamé le retrait du texte, dimanche, en manifestant à Paris. Nombre de militants, cependant, ne limitent pas leur réflexion au sort du projet de loi et se situent dans une perspective plus longue. « Il y a 20 ans Gabriel Matzneff était encensé, l’écologie ridiculisée et le marché porté en triomphe. On voit où cela nous as mené. Dans 20 ans, l’on se demandera comment une telle loi a pu être votée, nos enfants nous demanderons des comptes… », estime Patrice Obert, le président des « Poissons Roses », courant de chrétiens de gauche.

5) Savons-nous encore débattre ?

En politique comme en famille, la mise en pratique du débat n’est pas toujours aisée. Et pourtant, sans son apprentissage, point de vie en société… Ce n’est pas le conflit qui est dangereux, mais la violence. Ce n’est pas le désaccord qui est problématique, mais l’absence de débat. C’est la raison pour laquelle la Revue Projet ouvre par la question du débat sa grande série politique : six dossiers pour réinterroger les fondements démocratiques et politiques, jusqu’à la présidentielle de 2022.

N’appelons pas « censure » l’hystérie des bulles d’opinion

Dans Le Monde (9/01), Michel Guerrin reprend lui aussi le thème de la « censure » invoqué par Riss, le patron de Charlie Hebdo. Mais il va beaucoup plus loin que Riss en incriminant la décomposition de la société en bulles d’opinion exclusives les unes des autres….

Cinq ans après, « Je suis Charlie » sonne creux

« Je suis Charlie ». La phrase a été répétée à l’envi depuis l’attentat contre le journal satirique le 7 janvier 2015 qui a fait 12 morts, plusieurs blessés et choqué l’opinion y compris au-delà des frontières hexagonales.  Mais derrière l’émotion toute compréhensible qui a accompagné ces élans de solidarité repose une réalité bien plus complexe.

6) Débattre avec un robot

Une intelligence artificielle a débattu avec deux humains sur les dangers de l’IA. Ses arguments étaient formulés à partir des réponses de 1100 personnes qu’elle analysait pour éviter les répétitions. Sur l’une des questions posées, l’IA a répondu qu’elle n’était pas capable de prendre une décision morale, car c’est une capacité propre aux humains. En anglais.

7) Voulez-vous une machine comme professeur ?

Les intelligences artificielles peuvent nous aider à apprendre…, mais la généralisation de l’apprentissage par les machines pose un problème éthique : le risque de standardiser les contenus et de formater les esprits. Aujourd’hui, de même que nous avons du mal à expliquer le fonctionnement de notre cerveau, nous comprenons difficilement le raisonnement d’une IA.

8) Transhumanisme : la conscience mécanisée – Un nouveau livre d’Eric Lemaître

À la suite d’un premier ouvrage intitulé « la déconstruction de l’homme », dont Pep’s café s’est fait l’écho, Éric LEMAITRE socio-économiste, blogueur et enseignant à l’école supérieure des Ingénieurs de Reims signe un nouveau essai théologique et philosophique sur le transhumanisme. Cet essai sonne comme un avertissement prophétique et prévient ses contemporains sur le combat titanesque qui est en jeu, qui est de nature à mettre en péril la conscience humaine.

9) Prochaines cibles des Gafa : dossiers médicaux et comptes bancaires

« Ils ont pressé le jus du citron médiatique et maintenant il faut qu’ils trouvent un autre millier de milliards de dollars de capitalisation boursière combinée ailleurs ». Deux domaines font saliver les géants de la tech américains plus que tout : la finance et la santé. Deux gigantesques réservoirs de croissance, jusqu’à présent préservés de leurs appétits par les réglementations sectorielles. L’assaut est lancé….

10) Lire sur papier, lire sur écran : en quoi est-ce différent ?

Depuis le début de ce siècle, plusieurs dizaines d’études ont été menées pour évaluer les effets du support de lecture sur les performances de compréhension de textes qui pouvaient être soit documentaires – manuels scolaires, ouvrages universitaires – soit narratifs – fictions, romans…  Les résultats de ces études ont été repris dans deux méta-analyses publiées en 2018 ; celle de Kong, Seo et Zhai, portant sur 17 études, publiée dans le journal Computers & Education, et celle de Delgado et de ses collègues, portant sur 54 études effectuées auprès d’un total d’environ 170 000 lecteurs, et publiée dans Educational Research Review. Il en ressort que la compréhension de textes est significativement meilleure lorsque la lecture s’effectue sur papier que sur écran.

11) Achetons nos livres dans des vraies librairies, en évitant d’acheter sur Amazon !

La technique ? Installer l’extension Amazon Killer pour les livres (Chrome ou Firefox). Comment cela fonctionne ? On cherche un livre sur Amazon, on clique dessus, et hop ! on est renvoyé vers le site de vraies librairies.

12) De la pacotille aux choses qui durent

Depuis la crise de 1929, les industriels fabriquent toujours plus de marchandises à la longévité toujours plus limitée. L’impératif environnemental implique de ralentir la consommation frénétique des biens. Mais comment remettre en cause le pilier d’un système que soutiennent presque tous les gouvernements ? Une idée simple et d’allure inoffensive pourrait ouvrir la brèche.

13) « Le manager malgré lui » : quand Molière éclaire la bêtise organisationnelle

Dans un essai intitulé « The stupidity paradox », les professeurs Mats Alvesson et André Spicer mettent en garde les managers des institutions bureaucratiques qui ne laissent aucune place à l’expression de l’intelligence humaine. À cet égard, ils parlent d’un phénomène de « stupidité fonctionnelle ». Au cœur de leur paradoxe, ils dénoncent l’affectation des salariés les plus compétents aux tâches les plus stupides.Quatre siècles avant Alvesson et Spicer, Molière s’intéressait lui aussi à la bêtise, mais dans un tout autre contexte que celui des organisations.

14) Mal-être chez les cadres de la R&D : quand les syndicats affrontent le déni patronal

« Nous, cadres sup, aux côtés des grévistes » : ainsi s’intitule la tribune parue lundi 7 janvier dans le journal Libération. Les auteurs (le collectif Les Infiltrés) rappellent par ce texte que les cadres sup’ sont, au même titre que de nombreux autres salariés, directement concernés par les mobilisations sociales, le bien-être au travail et le besoin de voir la pénibilité prise en charge. Pourtant, certaines recherches montrent que la gestion syndicale de la pénibilité mentale du travail des cadres, ingénieur et chercheurs de l’industrie se heurte bien souvent à la violence d’un profond déni patronal.

15) Retraites : guide d’auto-défense imagé pour les dîners en famille

Que rétorquer à votre oncle qui prétend que la réforme des retraites « ça fait les pieds aux fonctionnaires » ? Ou à la cousine qui assure que c’est le seul moyen de sauver un système des retraites équitable ? L’économiste Anaïs Henneguelle déconstruit « onze idées reçues » sur la réforme des retraites. Un guide illustré par les photos d’Anne Paq. Ainsi : Idée reçue n°1 : « Il n’y a pas de perdants à la réforme » Idée reçue n°2 : « Le système n’est pas viable financièrement : il faut réformer » Idée reçue n°3 : « L’espérance de vie augmente et il faut en profiter »……

16) BlackRock et les retraites : pourquoi et comment le gestionnaire d’actifs joue un rôle dans la réforme

Qu’est-ce que BlackRock ? Pourquoi cette société financière est-elle aussi puissante ? Quels sont ses liens avec les dirigeants politiques ? Et pourquoi s’intéresse-t-elle de si près à l’avenir de notre système de retraite ?

17) Réforme des retraites : le point de vue d’un pasteur

Christian Bouzy, pasteur du Foyer de la Duchère (Lyon) se demande de quelle justice parle le gouvernement.

18) « La fin du monde n’est qu’un éboulement »

Pour Olivier Abel, professeur de philosophie éthique à l’IPT de Montpellier, le catastrophisme ambiant est un discours très dangereux qui désarme notre capacité à continuer le monde.

19) Pour N.T. Wright, la justification par la foi n’est pas au cœur du message du Nouveau Testament

Dans la série des « read it again ». A l’issue de l’une de ses interventions à l’Université de Fribourg, le 19 juin 2017, dans le cadre des Journées d’études pour le renouveau théologique et sociétal, ce spécialiste du Nouveau Testament mondialement connu et proche des milieux évangéliques répond aux questions de lafree.ch sur la compréhension étriquée que peuvent avoir certains du cœur du message chrétien.

Voir aussi 5 erreurs répandues sur la vie après la mort

Dans cet article, J. Richard Middleton (professeur au Biblical Worldview and Exegesis au Northeastern Seminary, Rochester, NY) examine 5 idées fausses répandues parmi les chrétiens sur ce à quoi ressemblera la fin des temps (en grec eschaton).Pour commencer, voici cinq choses que la Bible n’enseigne pas.

20) « Mais qui suis-je donc en train d’adorer en ce moment ? » ou quand Adorer un veau d’or le dimanche matin est étonnement facile.

Le dimanche, nos Églises sont pleines de personnes qui veulent adorer Dieu, et pas une seule d’entre elles n’y entre en étant absolument neutre. Nous ne devons donc pas considérer comme acquis que, dans nos environnements religieux, c’est le Christ exalté qui y est adoré.

Municipales 2020 : une frange de la droite s’allie avec l’extrême droite

Autrefois associé à l’UMP (devenue Les Républicains), le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin et Jean-Frédéric Poisson a noué des alliances locales avec le Rassemblement national, dans la perspective des municipales 2020. Le même Poisson, à l’époque où il était candidat à la présidentielle, plaidait en 2016 pour la fin du « cordon sanitaire » qui, selon lui, « n’a ni sens ni raison d’être» autour de ce qui s’appelait alors Front National. 

CAC 40 : versements record aux actionnaires en 2019

A 60 milliards d’euros, les liquidités restituées aux actionnaires du CAC 40 dépassent le niveau record de 2007. Elles ont augmenté de 12 % par rapport à l’année dernière. Compte tenu des bons résultats 2019 attendus, les dividendes et les rachats d’actions devraient encore progresser cette année. Et en comparaison, surtout pas de coup de pouce au SMIC au 1er Janvier, « ça pourrait ralentir l’économie ».

Dans les kiosques : heureux comme Dieu(x) en France ?

La revue Zadig consacre le dossier de son numéro d’hiver aux relations que les Français entretiennent avec la religion. À travers des entretiens et des reportages, des Côtes-d’Armor à La Réunion en passant par le Val de Marne, à la rencontre de croyants de toute confession, il dresse un état des lieux du paysage spirituel de notre pays.

Et le dernier pour la route :

21) Comment la Chine va changer ce que nous allons voir à l’écran ?

Ça y est : en 2020, la Chine sera le plus gros marché du cinéma au monde. Ce leadership a déjà des conséquences sur ce que nous regardons. Entre censure, opportunisme et séduction : voici comment la bobine se fraye un chemin vers un marché de 1,4 milliard de spectacteurs.  En anglais.

 

Ces « foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils ont retenu toute votre attention. Prochaine édition en mars.

 

L’Eglise vers le monde ou le monde dans l’Eglise ? (ou Blogueurs, « culture du débat » et Eglise)

Dans un billet récent publié sur son blogue, le sociologue du protestantisme Sébastien Fath rappelle ce que l’historien Pierre-Yves Kirchleger avait souligné en 2011 dans une synthèse publiée dans La Nouvelle France protestante(aux pages 353-369) : « entre stratégies informative, argumentative, expressive ou englobante, internet alimente une intense présence protestante ».

Présence protestante, qui n’est plus uniquement à la télévision depuis longtemps, mais prenant « un rôle croissant dans le débat ecclésial, y compris chez les catholiques », comme le fait observer l’hebdomadaire La Vie, dans une analyse de Marie-Lucile Kubacki (28/03/14) qui a pour titre : « Les blogueurs sont-ils en train de changer l’ambiance de l’Eglise ? » Analyse que je commenterai de façon indirecte.

Le rédacteur du site d' »Actus chrétiennes » (plus un blogue se livrant principalement à de l’agrégation de contenus, qu’un véritable « portail ») , qui reprend quasi intégralement ladite analyse de La Vie, donne d’ailleurs la conclusion suivante :
« Si le milieu évangélique ne craint pas le schisme en raison de sa constitution nébuleuse, l’émergence de nouveaux médias comme Actu-Chretienne.Net (qui attire désormais plus de 200.000 visites par mois), d’un certain nombre de blogs, et l’utilisation massive des réseaux sociaux, changent profondément la conception de l’Eglise ».
Et lequel « rédacteur » de se réjouir de ce qu’il considère comme un « nouveau pouvoir médiatique (fonctionnant) comme un formidable contre-pouvoir face à un institutionnel qui en avait guère l’habitude »(sic). Chaque église locale ne se résumerait ainsi plus « à son cercle de fidèles », mais se retrouverait « de facto comme une composante du village mondiale (re-sic). La moindre dérive scandaleuse, mais également, la moindre innovation étonnante, (serait) rapidement exposée sur la place publique et (ferait) l’objet des commentaires de chacun, sans omettre d’influencer notre pensée ».
Ainsi, estime-t-il, « les pasteurs (qui)faisaient seuls office de «maître à penser» dans leur petite communauté… se trouvent désormais contrariés, d’une part, par les visions divergentes de leurs confrères dont les prédications sont écoutées par les fidèles de leur église, mais également par une nouvelle caste de penseurs qui jouent leur rôle de troublions(re-re-sic) : les chroniqueurs ! »

Faut-il se réjouir de cette « innovation » ?

En réalité, « quoi de nouveau sous le soleil » ? En vérité, rien, semble-t-il. Et en vérité, je m’avoue déçu par le billet de Sébastien Fath qui me paraît manquer de profondeur, se contentant, d’une part, de publier des « avis de décès » ou « d’hibernation » de certains sites ou portails évangéliques*, et de l’autre, de faire la promotion d’un blogue en particulier, sous prétexte du « nombre » de visites par mois**.
Le Tigre magazine rappelait déjà, en septembre 2007, que « poster un commentaire sur un blog, réagir à des articles, classer la pertinence de liens, discuter de vidéos d’actualité » caractérisait ce que l’on appelle « le web 2.0 », soit la « deuxième version » d’Internet, où les hiérarchies habituelles de l’émetteur vers le récepteur du message sont abolies. Les internautes deviennent des acteurs à part entière ». Mais, précise « Le Tigre », « il ne faut cependant pas oublier que l’Internet « 1.0 » était déjà un outil ouvert, permettant à n’importe qui de créer un site ». Et de rappeler le cas du livre du docteur Gubler sur le cancer de Mitterrand (Le Grand Secret), interdit à sa sortie, « mis en ligne[en janvier 1996] par un anonyme qui avait tapé l’intégralité du texte… »
D’autre part, poursuit Le Tigre, « Le blog, forme la plus connue du web 2.0 n’est pas une révolution médiatique, mais tout simplement technique : les plates-formes apparues depuis quelques années permettent à quiconque n’y connaissant rien en informatique de publier du contenu sur Internet, ce qui était réservé, jusqu’à la fin des années 1990, aux courageux prêts à mettre les mains dans le cambouis ». Ensuite, « alors que se développaient les blogs, vint le « commentaire » : la possibilité, pour le lecteur, de publier un petit texte au pied de l’article »  et donc d’interagir avec l’auteur du billet.
La quantité(ou la profusion) de commentaires implique-t-elle de facto la qualité desdits commentaires publiés sur le web ? Des exemples choisis « au hasard » se passent de commentaires***. Mais si l’on veut commenter le phénomène, qu’en penser ? Loin de mettre en valeur l’essentiel ou « l’innovant », l’édifiant, il s’agit d’ « une forme de café du commerce à l’échelle d’Internet, où n’importe qui vient discuter de n’importe quoi, sans sens ni raison. Il ne s’agit évidemment pas de critiquer cette forme de discussion, qui en tant que telle a une évidente utilité, mais de montrer l’hypocrisie flagrante de médias classiques[ou même de certains blogueurs] prompts à dénoncer les ragots, rumeurs voire mensonges qui circulent sur Internet, en leur opposant leur sérieux, leur rigueur, leur sens de l’analyse — tout en laissant n’importe qui dire n’importe quoi au pied de leurs articles ».
« N’importe quoi », ou des propos antisémites et racistes, des vidéos choquantes, des rumeurs et diffamations(du lynchage public, sous prétexte de « transparence »), sans parler d’effet de sur médiatisation d’anecdotes sans intérêt/qui font « buzz »(ou même de sujets populistes).

D’autant plus, qu’aujourd’hui, parallèlement aux commentaires, relève le Tigre, s’ajoutent notations ou classements sur les sites en ligne…Car, sur Internet, « les articles les plus notés[les plus populaires et pas forcément les plus pertinents] sont les plus en vue, ils sont donc les plus vus, et donc les plus notés : vous avez dit démocratie ?

Cela s’appelle plutôt le libéralisme : une main invisible », en réalité « sans contre-pouvoir ni encadrement extérieur, classe et hiérarchise. Cette main invisible, c’est, par exemple, Google qui amplifie les phénomènes : une page « monte » d’autant plus dans le classement Google, et donc plus est visible, qu’un nombre plus important de pages renvoient vers elle… Or cette organisation de l’information souffre de présupposés idéologiques, à la manière de la presse traditionnelle mais sur des sujets différents ».

Cette illusion de démocratie participative, comme de « sacerdoce universel des croyants » soi-disant restauré à l’échelle du Web, où le rôle de « sacrificateur » ne serait plus réservé aux « spécialistes », masque l’existence d’une nouvelle « caste » de « maîtres du prêt à penser », une nouvelle « aristocratie », tyrannique : celle des « chroniqueurs » ou des « Editocrates », qui disent ce qu’il faut penser plutôt que d’encourager à penser, à l’instar de ceux que l’on peut lire dans la presse généraliste quotidienne ou hebdomadaire.
Mais, au-delà de l’établissement de ce que l’on croit être un « contre-pouvoir », ce qui semble peut-être le plus réjouir le rédacteur d' »Actu », c’est la perspective d’introduire « la (nouvelle)culture du débat »**** dans l’Eglise, à l’image de ce qui règne sur son propre blogue.

« Nouvelle culture du débat, stylistique transversale et désormais obligatoire », que dénonce fort opportunément le pasteur Gilles Boucomont dans un récent billet, car en lien « avec la banalisation du libéralisme théologique[de même que le libéralisme sociétal, économique et social ?] ». Une « culture » que Gilles Boucomont définit selon « les 10 commandements suivants » :

1.Il n’y a pas de Vérité supérieure
« Il n’y a pas de Vérité ultime, mais seulement des vérités »(…) Il y a pourtant, malgré la diversité des points de vue, une Vérité particulière, en Christ… »
2. La Vérité naît de la discussion
Soit « que la Vérité sortirait non de la bouche des enfants mais de la discussion, du débat. Comme si l’acte même de la discussion et du débat était sacramentel. (…)Toute parole ne se vaut pas, les commentaires des stars du football sur les remaniements ministériels ne suffisent-ils pas à le prouver ?
3. L’opinion du peuple est la moyenne des opinions ou l’opinion médiane
La culture du débat pose que l’opinion générale est l’opinion de la majorité, ce qui est une première altération. Elle pose ensuite que l’opinion moyenne est la moyenne des opinions — deuxième altération ; voire qu’elle est l’opinion médiane (…) — troisième altération. En Eglise, elle pose implicitement que cette opinion médiane serait, de surcroît, l’opinion de Dieu lui-même…

Or… il s’avère que le peuple s’égare dans sa conviction majoritaire, notamment quand il demande de mettre fin au système collégial des Juges pour instaurer la Royauté. C’est enfin la vox populi, vox dei qui a crucifié le Christ. 
4. La Raison est souveraine pour trancher
La culture du débat prône que la discussion permettra à chacun d’exercer son libre arbitre pour trancher, et établir, notamment quant à l’éthique, une opinion individuelle. Mais elle étend le raisonnement aux soubassements de la foi. Il n’y a donc plus de Vérité qui s’impose, mais bien le bon vouloir de la raison individuelle, possiblement éclairée, ou habilement aveuglée, par différentes instances.
5. La Bible depuis le Monde
Et non plus la lecture de toutes les Ecritures depuis le roc solide de Christ, pour pouvoir jeter un regard sur le monde….
6. Le refus du christocentrisme
Pour la culture du débat, le christocentrisme est un exclusivisme. Toute pensée universaliste est suspecte car elle est le terreau des totalitarismes. Un christocentrisme trop fort serait donc une forme d’intolérance, car il préconiserait une voie unique pour accéder au divin alors que tous les chemins autour de la montagne permettent d’accéder à son sommet.
Or… Christ semble être le seul chemin vers le Père, si l’on donne encore un peu de valeur à la parole biblique. Il semble aussi être le seul chemin vers la Vie éternelle, la Vie majuscule.
7. Respect et temps de parole
La culture du débat est un démocratisme égalitariste drastique prêt à fantasmer que toute opinion doive être exprimée. Qu’importe qu’une opinion soit celle de 80% des gens, elle sera exprimée comme UNE opinion. (…)Or… si quelqu’un doit avoir une parole qui a plus de poids, c’est celui qui parle selon l’Esprit de Dieu. (…)C’est la personne qui est sacrée, pas ses opinions.
8. Le primat de l’émotion
Comme toutes les paroles ont la même valeur, l’émotion fait foi. Elle permet de refuser l’idée qu’un péché soit un péché. Elle permet de donner une valeur intrinsèque à une expérience vécue parce que le seul fait qu’elle ait été vécue la sacralise.
Or… la psychologie des foules montre à quel point l’émotion est un phénomène manipulatoire. On peut retourner une foule sur un seul témoignage ému, fût-il le comble d’une manifestation idolâtrique ou démoniaque. Le primat de l’émotion interdit toute espèce de prise de recul.
9. Malheur à ceux qui pensent hors du présent cadre
La culture du débat se veut un rempart aux universalismes étroits et exclusifs[ou à la pensée dite « unique »]. Or elle est le point d’apogée de l’hégémonie culturelle occidentale. Le relativisme est une idolâtrie. Si tu n’es pas relativisme, tu es le Mal incarné.
Donc… le relativisme est en réalité le pire des absolutismes. Il est le fruit de la supériorité occidentale et du triomphalisme post-colonial. Il produit les intégrismes en les excluant de la zone de bienséance.
10. L’unité au prix du mensonge
Il s’agit souvent d’un système paradoxalement autoritaire, ou toute voix différenciée, fondamentalement et profondément différente, est sommée de se taire. Il faut rester dans le cadre, ne pas choquer, taire des vérités pour maintenir l’unité.
La culture du débat est donc un produit paradoxal d’une culture de chrétienté en fin de vie, en cela qu’elle est l’inverse symétrique du projet divin exprimé dans la collégialité et la circulation de la Parole régulée par l’Esprit de Dieu. Autant la dérive césaropapiste est lisible pour les protestants comme étant un sous-produit paradoxal d’une Eglise fondée par un homme dont l’autorité et le Royaume n’étaient pas de ce monde, autant nous avons plus de mal en milieu luthéro-réformé à voir à quel point la culture du débat est tout aussi idolâtrique et dangereuse dans son absolutisation telle que nous l’avons connue dans les décennies précédentes.
Il faut débattre, mais ne pas idolâtrer le débat ! »

Et Gilles Boucomont de conclure : « La culture du débat est un paravent de vertu pour se dérober à l’autorité profonde des Ecritures telle que nous la révèle le témoignage intérieur du Saint-Esprit. Continuerons-nous longtemps à jouer avec les projets de Dieu pour son Eglise ? »

Conclusion :
Bref, il est essentiel de veiller et de garder ce que nous avons reçu, pour que l’Eglise reste l’Eglise, pour être corps de Christ, « lumière et sel » dans ce monde, et non réduite à un gigantesque et futile « café du commerce » ou « talk show » où l’on s’empoigne pour faire le buzz. Il est essentiel que l’Eglise aille vers le monde(comme Jésus nous envoie)et non que le monde entre dans l’Eglise. Il est enfin essentiel que les pasteurs et enseignants soient réellement pasteurs et enseignants pour l’édification du corps de Christ, plutôt que de vulgaires polémistes ou « éditocrates ».
Enfin, il me paraît aussi inquiétant de considérer que le numérique, les réseaux sociaux, seraient LA réponse à une dérive « césaro-papiste » de l’Eglise. Car si cette innovation technique favorisait la communion réelle des membres du corps de Christ(« Actu » parle d’ailleurs de « village global »-un village où l’on cancane ?)cela se saurait ! Car si les réseaux sociaux permettent et facilitent une certaine communication, ces derniers exacerbent en réalité un individualisme farouche, où l’on est replié, isolé, sur lui-même. En tout cas, ils ne sauraient se substituer à la communion réelle et véritable du corps de Christ, qui est un organisme vivant et non une organisation  ou une structure désincarnée.
 Vivons donc cette communion réelle, selon les principes de la Parole(1 Cor.12-14, Rom.12-15, Ephésiens…..), plutôt que par procuration, et redécouvrons(plutôt que de réinventer)ce qu’est véritablement l’Eglise.
Car l’Eglise n’a pas besoin de (ou de plus de) »débat », mais de communion, de relation, et d’édification sur un fondement unique, qui a déjà été posé : Jésus-Christ(1 Corinthiens 3v11).
Dans ce cadre, les blogues chrétiens***** pourront être utiles(je ne boude pas les blogues, puisque, après tout, j’en tiens un), s’ils se distinguent par la qualité, le dialogue(et non le mépris) et contribuent(fondés sur Christ) à l’édification du corps de Christ, en lien avec celui-ci.

 

Notes :
*« Pour durer et peser, il n’y a décidément pas de formule magique, web ou pas », conclue Sébastien Fath dans le billet cité plus haut. En réalité, il n’y a pas lieu de s’étonner de l’échec de certains sites, quand « la formule » de ceux-ci se résume à de l’agrégation d’un même contenu toujours identique et sans cesse remâché, rabâché, et de toute façon relayé ailleurs. Et ce, sans apporter de « valeur ajoutée » : une information réellement édifiante, éclairée et éclairante ; des reportages, des articles de fond, des analyses sérieuses et étayées….bref, un véritable journalisme de qualité(qui ne s’improvise pas)libéré des logiques commerciales et publicitaires, pour des lecteurs exigeants.
**Mais combien de visiteurs réels par mois ? Calculer leur nombre n’est pas simple, selon Le Tigre magazine, « car changer d’adresse IP n’est pas très compliqué : si on n’a pas une IP fixe, il suffit de redémarrer son modem ADSL. Si on a une IP fixe, on peut facilement pirater les connexions wifi non-protégées de ses voisins. Et il y a encore plus simple : demander à ses amis de commenter ou de voter pour ou contre un article.
Cette « nouvelle démocratie électronique » est en fin de compte illusoire : on peut plutôt parler d’une aristocratie déguisée. Une poignée de votants bien organisés font très facilement basculer le vote, vu le faible nombre de suffrages exprimés. On ne saurait mieux montrer la fragilité de l’outil. Et rappeler que les commentaires qui pullulent sont souvent truqués ».
Enfin (c’est aussi vrai pour Internet que pour la presse papier ou la radio), « les lecteurs qui écrivent des commentaires (même si le geste est beaucoup plus simple) sont minoritaires. Il suffit pour s’en convaincre de comparer le nombre de visiteurs au nombre de messages postés ».
 ****  Dans mon « dictionnaire des idées reçues », je proposais les définitions suivantes des termes « débat » et « culture du débat » :
Débat : mot magique, prétexte, justification (à l’instar de l’ «  Art »). Ne vise pas toujours l’accord. Lui préférer le dialogue et la discussion. A Pep’s café ! on aime tellement le débat qu’on lui a consacré une page et un billet
Culture du débat : c’est le « donnez-nous de la viande » moderne. Jugé urgent, prioritaire, pour l’Eglise.
***** Il existe par ailleurs d’excellents blogues, dont nous avons déjà parlé dans nos « foire aux médias » : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/03/07/foire-aux-medias3-blogues-et-sites/