Quand « changer de régime » devient une nécessité face à l’infobésité

A quoi rends-tu ton cerveau « disponible » ?

Un article de « Jo », notre plume invitée, que je remercie !

Lorsque j’étais enfant, mes parents regardaient les infos et lisaient la presse quotidienne de manière plutôt assidue. Ils étaient au courant des infos locales et internationales et cela faisait partie de la culture familiale, d’être au courant de ce qui se passait autour de nous.

J’avoue avoir été contaminée par ce virus de l’information !

Cependant, depuis quelques années, je me sens trop sollicitée : les informations à portée de main, de clic, de swipe, défilent sans cesse grâce à la technologie. C’est super de pouvoir être au courant des évènements nationaux et internationaux quasi en temps réel.

Mais il s’agit, de mon point de vue, d’une évolution à double tranchant : l’exposition constante aux flux de nouvelles est aussi parfois source d’angoisse, surtout lorsque les nouvelles sont essentiellement négatives (repensez au premier confinement !).

Par ailleurs, il est difficile de savoir à quelle source s’abreuver tellement l’offre informationnelle est substantielle !

Aujourd’hui, avec un smartphone, je peux animer un podcast, produire des clips et vidéos, faire des directs via les réseaux sociaux. Je peux même ajouter des filtres, des effets, et embellir, voire modifier la réalité pour les regards non avertis…bref : n’importe qui pourrait s’autoproclamer journaliste ou “informateur” via internet, sans forcément passer un diplôme ou être affilié à un média reconnu pour son travail d’investigation.

Avec la pandémie covid, la guerre en Ukraine et les élections présidentielles qui se sont superposées, il est devenu capital pour moi de faire le tri entre les informations avérées et les fausses, entre les buzz éphémères et les sujets méritant une attention plus importante.

J’ai pour cela accepté un défi au détour d’une publication de Pep’s café ! : tester le “slow media” Brief.me(1) pendant 30 jours.

Je préfère le dire tout de suite : j’ai beaucoup aimé pour plusieurs raisons, et me suis même abonnée!

Tout d’abord, la sobriété de la newsletter et du traitement de l’information: pas de pub, pas de liens qui clignotent dans tous les sens. Juste l’essentiel, avec un ton neutre et sans agenda caché. A l’heure où la publicité sponsorise énormément de médias, je trouve leur parti pris courageux et très agréable pour la lectrice que je suis. Cela m’encourage à lire de façon plus concentrée.

Ensuite je sens, en lisant ou en écoutant les informations, que des journalistes ont vraiment travaillé les sujets. C’est flagrant dans leur rubrique “Panorama” qui regroupe des articles de fond sur des grands thèmes d’actualité. En les consultant, je ressors toujours “nourrie” : ce n’est donc pas du “fast food journalistique”.

Je n’ai pas peur de ressortir une information de Brief.me car je sais que des personnes se sont assuré qu’elles étaient véridiques. L’exactitude des informations m’est très chère.

Autre point apprécié : une forme de collaboration avec les lecteurs. Tous les mercredis, nous pouvons voter pour choisir le thème qui sera développé dans l’édition du week-end. Bien que je ne sois pas toujours dans la majorité, je trouve cette proposition originale et lorsque mon choix est le majoritaire, je lis l’édition du samedi avec d’autant plus d’attention!

Enfin, j’aime bien le côté “slow” de l’expérience.

Attendre 18h30 tous les soirs pour être informée sur la journée et savoir ce que seront des nouvelles de qualité (et sans parti pris catastrophiste!) me libère et me repose.

Je ne suis plus obligée de subir les avalanches de nouvelles et de notifications au fil de la journée, ni de passer trop de temps à trier le fil d’info 24/24 pour en extraire les sujets de fond. Je peux faire confiance au contenu de Brief.me pour ne pas orienter ma manière de penser, mais au contraire pour m’apporter assez d’éléments pour m’instruire et m’aider à faire des choix “informés”.

Je crois par ailleurs que c’est un bon exercice, dans nos vies sans répit, que de choisir de ralentir et patienter. Mon cerveau, fréquemment stimulé par des futilités, m’en remercie.

Sinon, « question existentielle » : vais-je rater des informations si je ne vérifie pas mes notifications?

Comme dirait une amie: « si c’est vraiment très important et critique, cela arrivera à tes oreilles quand même ». Il est vrai que, le 11 septembre 2001, je n’avais pas internet à la maison ni sur le téléphone, mais j’ai très vite su ce qu’il s’était passé à New York.

NB: Il en est de même pour les buzz et autres news people : elles finissent par arriver à nos oreilles ou sur nos écrans sans devoir trop les chercher. Par exemple, si je vous parle d’un scandale récent aux Oscars, il est fort probable que vous sachiez que je fais référence à une gifle devenue un meme célèbre en l’espace de quelques heures.

Par contre, dès qu’il s’agit de travail de recherche, d’une ligne non partisane, ou de sujets informatifs, éducatifs et avec du sens…vous devrez vous donner les moyens de les trouver !

Mais pourquoi insister autant sur la qualité de l’information et des sources ?

A l’ère du deep fake, et des fameuses fake news, l’information est un vrai enjeu :

Fausse, elle peut parasiter la vie entière d’individus, de groupes et même de pays entiers : elle est dans ce cas au service de la manipulation et du mensonge et engendre toujours plus de division.

Cela ne va pas sans rappeler l’oeuvre du Malin depuis Eden et jusqu’aujourd’hui : nourrir le doute et la suspicion, tromper, diviser. En tant que chrétienne, je crois qu’il est de mon devoir de résister activement à cette entreprise de mensonge et de division.

Comment faire ?

L’une des premières actions dans ce sens, c’est de m’assurer que moi-même je ne propage pas de faits non avérés ou de mensonges : balayer devant ma porte en priorité, faire du tri dans les sources d’information que je consulte.

Une autre action est de m’interroger sur mes motivations et leurs conséquences : dans quel but suis-je en train de relayer une information? Quel en sera le fruit pour celui ou celle qui va la recevoir, et pour moi?

Une troisième action serait de me former un peu à la détection des fausses informations, afin de progresser en vigilance, car nul n’est à l’abri un jour de se faire berner. Cela m’est arrivé plusieurs fois. Je pense que personne n’est imperméable à 100% aux fake news.

En même temps que je résiste activement à la division, je peux aspirer à adopter un positionnement pour la vérité (ce qui est vrai), l’unité, et la confiance : somme toute, un positionnement généré par l’Esprit Saint en nous !

Puisse-t-Il nous éclairer en toute chose et conduire nos choix “informatifs”, dans cette époque si spéciale que nous vivons et dans ce combat contre la désinformation.

De notre plume invitée : Jo est ingénieure, amatrice de réflexion, de lecture et discussions pour refaire le monde (dont l’Eglise!)  entre amis et en famille. 

Note :

(1) Brief.me se présente comme « un slow media » proposant “moins de contenu, mais plus de sens sous une forme épurée sans publicité.”

C’est un media également indépendant, sans intérêt politique ni de défense de telle ou telle tendance. Leur ambition: informer leurs lecteurs en faisant du travail de recherche et vérification sur chaque sujet abordé. L’équipe a également le souci d’apporter du sens.

Cela peut sembler évident mais force est de constater que les uns les autres nous relayons aujourd’hui beaucoup d’informations via des messageries et autres réseaux sociaux sans jamais se demander: “c’est vrai ça? qui en est à l’origine?”

Brief.me fait le choix de traiter régulièrement certaines thématiques: entre autres, l’écologie, la technologie et le numérique, l’international. Elles semblent importantes aux journalistes de l’équipe.

Brief.me c’est une lettre de nouvelles, tous les soirs à 18h30 (disponible en version audio également) sauf samedi matin.

Il est possible de tester Brief Me gratuitement pendant 30 jours ici.

 

Notre rapport à la vérité ou « chérie, j’ai rétréci la complexité du réel ! »

Dans cette vidéo enregistrée le 24 juin 2021 (dans la cadre de la formation des Ambassadeurs d’A Rocha France – branche de l’organisation chrétienne internationale de conservation de la nature), le Pasteur Gilles Boucomont parle du rapport à la vérité et des raisons qui nous amènent à chercher des réponses simples à des questions complexes. Ce thème d’actualité a été choisi, suite au constat que ce sont souvent les mêmes raisonnements qui entraînent certains vers le complotisme et la négation de la science climatique, notamment.

La Méditation introductive est d’Eglantine Eldin, pasteure stagiaire et diplômée de la Faculté de Théologie de Vaux sur Seine.

Gilles Boucomont a été pasteur en Afrique de l’Est, puis à l’Eglise Réformée à Rouen, puis à l’Eglise Protestante Unie (EPUdF) du Marais, à Paris. Il est aujourd’hui pasteur de l’EPUdF de Paris-Belleville. Il a étudié, en plus de la théologie, les sciences politiques, l’écoute pastorale et les soins palliatifs. Depuis quelques années, il a développé une expérience d’accompagnement et de libération, redécouvrant la guérison divine, et l’autorité de Christ, pour la délivrance. En conciliant cette pratique avec les exigences intellectuelles de la modernité, il a donné cet enseignement dans des milieux chrétiens très divers, en Europe et aux Etats-Unis.

Découvrir A Rocha France et le programme Ambassadeurs

Comment, pour danah boyd, l’éducation aux médias ainsi (mal) faite peut être dangereuse et contre-productive

La plupart des gens croient que les gens qu’ils connaissent sont crédules face à de fausses informations, mais qu’ils sont eux-mêmes équipés pour séparer le blé de l’ivraie…

L’éducation aux médias, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est-elle LA (bonne) solution pour lutter contre la désinformation ?

danah boyd [Prénom et Nom en minuscules], anthropologue et chercheuse chez Microsoft, fondatrice et présidente de Data & Society(1), est intervenue en mars 2018 lors de SWSX EDU à Austin (Texas), où elle y jouait un rôle « provocateur » et de « stimulant du débat ».

Dans sa présentation, elle a invité l’auditoire et les éducateurs en général à « remettre en questions leurs hypothèses sur l’éducation aux médias ». Elle a examiné « l’instabilité de notre écosystème médiatique » aujourd’hui en réseau pour ensuite aborder la question suivante : « vers quel type d’éducation aux médias devrions nous travailler ? »

Sans remettre en cause l’éducation aux médias et le travail des enseignants, qui font ce qu’ils peuvent dans ce domaine, boyd estime que dans le contexte actuel, et ainsi (mal) faite, celle-ci peut être dangereuse et contre-productive. La chercheuse souligne que « l’éducation aux médias est régulièrement proposée comme solution au problème des fausses nouvelles », alors que les enjeux sociaux et politiques sont bien plus vastes et complexes.

Toutefois, elle a admis « ne pas savoir » quel serait « le rôle des éducateurs dans le paysage médiatique contemporain » ou « quel genre d’éducation aux médias a du sens ». Elle a aussi reconnu que certaines de ses approches sont limitées.

Mais comme il lui paraît « injuste de mettre fin à un tel discours sans offrir une voie à suivre », elle nous fait « une supposition éclairée », tout en admettant que « c’est vraiment délicat parce que la plupart des gens aiment suivre leur instinct plus que leur esprit. Personne ne veut entendre qu’ils se font avoir ».

Parmi les pistes préconisées, elle estime « utile d’aider les gens à comprendre leur propre psychologie » en les sensibilisant aux biais cognitifs et à la façon dont ils sont sensibles aux informations (celles acceptées et celles rejetées) ; elle souligne combien il est « important d’aider les étudiants à vraiment apprécier les différences épistémologiques. En d’autres termes, pourquoi les gens de différentes visions du monde interprètent-ils différemment le même contenu ? (….) D’un point de vue éducatif, cela signifie renforcer la capacité d’entendre et d’embrasser véritablement le point de vue de quelqu’un d’autre et d’enseigner aux gens à comprendre le point de vue d’autrui tout en maintenant fermement leur point de vue ». (….)

L’objectif est donc « de comprendre les multiples façons de donner du sens au monde et de s’en servir pour interpréter les médias ». Mais la méthode préconisée a ses limites, de l’aveu de la chercheuse, puisqu’ « apprécier le point de vue de quelqu’un qui est profondément toxique(sic) n’est pas toujours psychologiquement stabilisant » ; et « ce n’est pas parce que vous savez que vous êtes manipulé que vous pouvez y résister ».

Bref, pour danah boyd, dans un paysage médiatique qui va devenir de plus en plus complexe, les éducateurs ont un rôle essentiel à jouer pour aider les individus et les sociétés à (y) naviguer. « Mais la voie à suivre ne consiste pas à croiser les informations ou à apprendre aux gens à évaluer les sources. (…) Nous vivons aujourd’hui dans un monde de réseaux. Nous devons comprendre comment ces réseaux sont entrelacés (….)Par-dessus tout, nous devons reconnaître que l’information peut être, est, et sera, transformée en arme de nouvelles manières ».

Et « tant que nous ne commencerons pas à comprendre (la) réponse (de certains jeunes) à notre société des médias, nous ne serons pas en mesure de produire des interventions responsables (…) Nous devons commencer à élaborer une réponse en réseau à ce paysage en réseau. Et cela commence par la compréhension des différentes façons de construire la connaissance. »

Le défi est de taille pour tous ceux qui ont ou auront une responsabilité éducative, parmi la jeunesse, au sein de la famille, l’école ou l’église, surtout quand les chrétiens ne sont pas toujours « les premiers dans les bonnes oeuvres » dans ce domaine ! Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre approche de l’éducation aux médias ?

Pour découvrir l’intégralité du discours de danah boyd, lire une traduction libre de Lucas Gruez, Doctorant en Sciences de l’information et de la communication,

 

Extraits de l’intervention de danah boyd :

« La désinformation est contextuelle. La plupart des gens croient que les gens qu’ils connaissent sont crédules face à de fausses informations, mais qu’ils sont eux-mêmes équipés pour séparer le blé de l’ivraie. Le sentiment général est que nous pouvons vérifier les faits et modérer notre façon de sortir de ce casse-tête. Cela échouera. N’oubliez pas que pour beaucoup de gens dans ce pays, l’éducation et les médias sont considérés comme l’ennemi – deux institutions qui essaient d’avoir du pouvoir sur la façon dont les gens pensent. Deux institutions qui tentent d’affirmer leur autorité sur l’épistémologie ». (p 5)

« La majorité des Américains ne font pas confiance aux médias. Il y a beaucoup d’explications à cela -perte des informations locales, stimuli financiers, difficulté à faire la distinction entre opinion et reportage, etc. Mais que signifie encourager les gens à critiquer les récits des médias alors qu’ils sont déjà prédisposés contre les médias d’information ? »

 « Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas essayer d’éduquer les gens. Ou que produire des penseurs critiques est intrinsèquement une mauvaise chose. Je ne veux pas d’un monde plein de moutons. Mais je ne veux pas non plus supposer naïvement ce que l’éducation aux médias pourrait faire en réponse à une guerre culturelle déjà en cours. Je veux que nous nous attaquions à la réalité… » (p 7)

 

 

Notes : 

(1) Pour en savoir plus sur cette chercheuse iconoclaste, voir aussi « danah boyd, anthropologue de la génération numérique », sur Le Monde (20/08/14) et « Rencontre avec danah boyd » sur Owni (30/08/10)

« Eprouver ce qui est bon » : c’est aussi (surtout !) sur internet…

L’Internet tel qu’il est aujourd’hui, ainsi que la masse informationnelle (d’aucun parleront de « déluge ») qui résulte de son essor, nous placent face à un véritable défi, doué d’un enjeu. En effet, nous ne pouvons esquiver l’inévitable question de la fiabilité de l’information disponible sur internet :

Aider par Kosta Kostov

Aider par Kosta Kostov

D’où vient-elle ? Et, surtout, peut-on la croire ?

Chacun connaît le constat classique, que l’on nous présente comme une évidence, à savoir que  « Les jeunes savent mieux que les adultes se servir d’internet ». Ladite évidence se vérifiera sans doute concernant l’utilisation d’un ordinateur, d’un portable ou de tablettes permettant entre autre de jouer à des jeux de voiture….Mais ladite évidence le sera peut-être moins (évidente) concernant une navigation pertinente ou vigilante d’internet.

Dans ce contexte, il est essentiel,

autant pour les jeunes que pour les moins jeunes, d’acquérir « une culture de l’information », pour une recherche « éveillée ».

Qu’est-ce que la culture de l’information ?

Il s’agit d’une culture qui comprend les savoirs suivants :

« Lire » : décoder et comprendre
« Ecrire » : créer et diffuser ses propres productions
« Evaluer » : évaluer la qualité et la pertinence de l’information

C’est ce dernier volet-l’évaluation de l’information sur internet-qui nous occupera maintenant, le temps du présent billet.  En guise de précision, j’ajouterai que, dans le cadre professionnel, je travaille régulièrement avec mes élèves de collège-notamment de troisièmes-sur ces questions de l’origine de l’information, notamment de ce qui a motivé sa publication et sa diffusion.

Concernant l’évaluation de l’évolution sur internet, il est peut-être utile de rappeler, à l’instar des enseignants responsables de « La Commission Français et Informatique » (http://users.skynet.be/ameurant/francinfo/validite/evaluer.html ; http://fr.sarto.free.fr/b2i/exemples_lycee/questionnement.pdf ), « qu’un document Internet reste un document, même si son support est particulier », et qu’ « à ce titre, il (convient) de lui appliquer les règles normales de la critique externe du document, qui s’appliquent d’abord (…) au site qui présente les informations ».

Ces règles reposent sur un questionnement, qui s’avère être le même que celui du journaliste :

Qui ? Quel est «l’hôte» de la page ? Qui héberge le site ? Un site éducatif,  commercial, gouvernemental, politique, religieux…. ?  La page d’accueil est-elle bien indiquée ?

L’auteur est-il clairement indiqué ? Que sait-on de son parcours, sa formation, sa réputation, son domaine et son expérience d’expertise ?
Au nom de qui, de quelle idéologie, s’exprime-t-il ? S’agit-il d’un auteur recommandé, recommandable ?

 Quoi ? (Quelles informations ?) S’agit-il d’une source primaire (des données d’enquête) ? D’une source secondaire (Document qui fait état d’un rapport d’enquête déjà réalisé) ? Les données sont-elles vérifiables ? L’auteur me permet-il de recouper l’information donnée ? L’information communiquée est-elle contradictoire avec d’autres sources déjà consultées ?

L’auteur présente-t-il différents points de vue, notamment lorsqu’il s’agit d’une question polémique ou controversée ?
Son article est-il documenté, argumenté ?
Son langage est-il nuancé ? Très catégorique ? Partisan ?
Est-on en mesure de faire la différence entre ce qui relève de l’information et de la promotion, de la publicité ?
Y-a-t-il des indices qui permettent de douter de la qualité du document ?(fautes d’orthographe, de syntaxe…Références inexactes ? Ou incomplètes ?…)

Suis-je en mesure de comprendre l’information contenue dans l’article ?
L’article est-il en rapport avec le sujet ou hors-sujet ?
Est-ce que je me sens à l’aise avec les conclusions de l’article ?

 Comment ? (comment se présente et est organisée l’information),
Quand ? (L’information est-elle régulièrement mise à jour ? La date de création est-elle indiquée ? Y a t il plusieurs liens inactifs-ce qui indique que les mises à jour ne sont pas faites régulièrement ?…)
Où ? (Quelle partie du site contient l’information ?)
Pourquoi ? (Question liée à l’objectivité de l’information)

Quel semble être le but premier de l’auteur ? Est-il évident, clair ? Pourquoi l’auteur me communique-t-il cette information ?

A-t-il pour but d’informer, d’aider, d’éduquer, d’expliquer ? De donner son opinion personnelle ? De vendre ? Défendre ou servir une cause ? A-t-il des visées publicistes, propagandistes, lobbyistes ?

(http://www.bibliotheques.uqam.ca/InfoSphere/fichiers_communs/feuilles_travail/feuille5.pdf )

Les enseignants responsables de « La Commission Français et Informatique » parlent, quant à eux, « d’altruisme »(« aider son prochain en diffusant la connaissance »), d’ « égoïsme »(« Regardez comme je suis intéressant; ma page personnelle n’est-elle pas admirable ? »), de « capitalisme »(« Achetez mon produit ! ») et « prosélytisme »(« adhérez à mes idées ! »)
(http://users.skynet.be/ameurant/francinfo/validite/evaluer.html ; http://fr.sarto.free.fr/b2i/exemples_lycee/questionnement.pdf )

Toutes ces questions doivent être, bien entendu, prises ensemble : déterminer la fiabilité ou non d’une information dépend de la convergence des réponses obtenues.

En guise d’application de ce qui précède, nous suggérons l’analyse de « Novopress », qui se présente comme une « agence de presse indépendante ».

A ce sujet, Ludovic Finez, dans un article initialement paru sur le site du Club de la Presse Nord-Pas-de-Calais le 22 juillet 2005 (et publié sur le site Acrimed le 27 juillet 2005 ), ainsi que Loïc Blache, dans un article plus récent publié le 14 mars 2013, ont su formuler le questionnement présenté ci-dessus :

Au début, on pouvait croire « à une nouvelle agence de presse qui donne des infos sur la région », commente Ludovic Finez. « Sur sa page d’accueil, le site Novopress se présente comme une agence de presse internationale, iconoclaste et réactive. (…)  Novopress affirme défendre une information alternative et sans tabous pour lutter contre le monde de la pensée et de l’information unique, un monde où Big Brother voit, entend, lit et dirige tout. Ce n’est qu’en lisant plus attentivement certains textes mis en ligne que l’on comprend mieux ce que Novopress appelle une information alternative et sans tabous.

Question contenu, l’agence de presse ne fait pas preuve d’une « grande originalité par rapport aux commentaires faits par la presse régionale. Et pour cause… puisque nombre d’entre eux, vérification à l’appui, sont des articles intégralement pompés dans les éditions de La Voix du Nord. Évidemment, une telle pratique est déjà en soi répréhensible mais ce n’est pas le plus grave. Loin de là. Le plus grave, c’est le ton d’autres « articles », qui dégagent une nauséabonde odeur de xénophobie et d’incitation à la haine raciale (…)

A ce stade de la lecture, l’envie démange d’en savoir un peu plus sur les responsables de ce site ». (…)Pour savoir qui se trouve derrière le nom de domaine Novopress, il est « inutile de chercher sur le site des coordonnées, à part des adresses e-mail impersonnelles. En revanche, une simple requête sur le site Gandi.net nous en apprend beaucoup plus. Le nom de domaine Novopress (…) a été déposé par un certain Fabrice Robert. Un inconnu ? Pas vraiment…

(…)Ex-conseiller municipal FN à La Courneuve, ex-membre du Conseil national du MNR (de Bruno Mégret), c’est aussi l’ancien porte-parole d’Unité radicale. C’est à cette organisation, interdite depuis, qu’appartenait Maxime Brunerie, qui avait tenté de tirer sur Jacques Chirac le 14 juillet 2002. Parmi d’autres « exploits », Fabrice Robert est aussi le fondateur du groupe de rock radical Fraction Hexagone, qui promet « une balle pour les sionistes, une balle pour le cosmopolitisme, et une balle pour la police » ou rend hommage à la croix celtique, symbole depuis longtemps récupéré par les groupuscules fascistes.
Aujourd’hui, Fabrice Robert est président du Bloc identitaire* (qui, entre autres, dit « son opposition totale au dogme du métissage ethnique »), créé en 2003, après la dissolution d’Unité Radicale. Tout soupçon d’homonymie est à écarter : l’adresse postale (à Nice) du Bloc identitaire (précisée sur son site) et celle du dépositaire de Novopress sont les mêmes. La filiation entre les deux structures est de toute façon évidente. Un lien sur le site de Novopress renvoie vers ID Magazine (domicilié à Nivelles, en Belgique), publication commune au Bloc Identitaire et aux Jeunesses Identitaires, présidées par un comparse de Fabrice Robert. Par ailleurs, Novopress a relayé la campagne, pour une élection partielle à Nice, d’un « candidat identitaire », « soutenu par Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire ».

Et voilà comment, pensant trouver le site d’une nouvelle agence de presse, on tombe en fait sur une émanation d’un groupuscule de l’extrême droite la plus radicale»

[*qui se classe à l’extrême-droite de l’échiquier politique français.]

Lampe par bruna pires

Lampe par bruna pires

En règle générale, nombre d’informations(ou présentées comme telles-surtout celles à tendance polémique), « piquées » ici ou là, sont souvent relayées en boucle d’un site à l’autre ou d’un forum à l’autre. Et ce, sans vérification, semble-t-il, autant de la validité de ladite information, que de la source. Dans le cas de Novopress, il est tout à fait possible de savoir quel site l’utilise fréquemment(en connaissance de cause ou non-c’est une autre histoire), en rédigeant une équation de recherche sur votre moteur de recherche favori : nom du site + Novopress ;  Novopress + sujet (Ex : Bible King James ou redoute + propagande…)

Éprouvez toutes choses; retenez ce qui est bon. 22 Abstenez-vous de toute apparence de mal.(1 Thes.5v21-22)

A lire :

http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20120921.OBS3171/reacosphere-le-cas-novopress.html

http://owni.fr/2011/05/16/les-familles-dextreme-droite-sur-internet/