Les vœux de PEP’S CAFE pour 2018 : « ne laissez pas repartir Jésus mais invitez-le à rester avec vous »

Laisserons-nous repartir Jésus ou Lui demanderons-nous de rester, et ce, alors qu’il vient juste de nous reprendre, nous reprochant nos « esprits sans intelligence » et nos « cœurs lents à croire » en Lui ? (Dessin de Coolus)

Chers lecteurs et chères lectrices, je souhaite que 2018 soit pour vous une nouvelle année pleine d’espérance, joyeuse et lumineuse en Celui qui est « la lumière du monde »(Jean 8v12). Et ce, en dépit des turbulences actuelles et à venir, à l’instar de ces dépressions – tempêtes, ouragans – frappant notre pays et constituant autant d’étonnantes et interpellantes « ouvertures » de cette nouvelle année.

Ceci dit, que vous souhaiter et vous partager d’autres, de quoi nous donner raison d’espérer en l’avenir ?
J’ai terminé lundi 01 janvier ma lecture de l’Evangile selon Luc, un Evangile notamment marqué par la joie, et me suis arrêté un temps sur la scène relatant la rencontre et l’accompagnement des disciples d’Emmaüs par Jésus (Luc 24v13-35).
Voici le texte : le jour de la résurrection du Christ, un dimanche, qui est le premier jour de la semaine, « deux d’entre (les disciples) se rendaient à un village du nom d’Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem. Ils parlaient entre eux de tous ces événements. Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ».
Jésus prend l’initiative de la discussion et leur demande ce que sont ces propos qu’ils échangent en marchant. « Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre. L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit qu’ils s’entretiennent au sujet de « Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple : comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié ; et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés. Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ce qu’ils ont trouvé était conforme à ce que les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Jésus leur reproche leurs « esprits sans intelligence », leurs « cœurs lents à croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes », leur rappelant qu’il fallait « que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire. Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait ».
C’est alors qu’« ils approchèrent du village où ils se rendaient, et [détail intéressant du récit] lui fit mine d’aller plus loin.
Imaginez alors le drame : Jésus fait mine d’aller plus loin, mais les disciples, « trop dans leur bulle », le laissent partir….

Imaginons alors un dialogue alternatif mais fictif :
Les disciples rentrent chez eux et leurs proches leur demandent de raconter leur journée. Eux parlent de leur rencontre avec un homme mystérieux.
– « Et alors ? » leur demande-t-on. « Où est-il ? »
– « Bah [haut] …. il a continué sa route, quoi… »
– « Quoi !! Vous l’avez laissé partir !! Vous ne l’avez même pas invité à rester ?!! »
– « Ben, il a pas demandé(sic)… »

Imaginons alors ce même drame, dans un contexte plus proche de nous :
« Nous allons à l’église » et « assistons » (à défaut de participer) au culte dominical. Mais étant trop « dans notre bulle », écrasés par nos soucis quotidiens, nous peinons à reconnaître Jésus ressuscité, censé être au centre de notre rassemblement. A la fin du culte, nous échangeons rapidement quelques nouvelles et parlons un peu les uns avec les autres de ce qui est le plus important pour nous. Puis chacun repart chez soi, chacun de son côté, sans penser inviter « l’Autre ». Et sans prendre le temps de s’interroger sur le sens véritable de ce qu’est « être ensemble au Nom de Jésus ». Il y a pourtant là une promesse : Jésus a dit qu’Il est présent « au milieu des deux ou trois se trouvant ensemble en Son Nom » (Matt.18v20).
Pour vivre cette promesse, il s’agit de souhaiter demeurer ensemble pour être solidaires et non solitaires. De façon concrète, cela se traduit par le fait de partager ensemble en toute simplicité et authenticité un même repas et un même pain. C’est ce qui s’appelle « casser la croûte » ensemble, soit briser ce qui a durci – nos certitudes ou nos habitudes – pour s’ouvrir à l’autre et découvrir l’autre.

Dans le cadre de notre récit de Luc 24, les disciples d’Emmaüs – heureusement ! – n’ont pas souhaité laisser repartir Jésus : au contraire, « ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée. » Et il entra pour rester avec eux (v29). Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent… » (vv30-31).
C’est dans ces conditions que nous pourrons reconnaître, comme eux, que Jésus, présent au milieu de nous, est non seulement vivant, mais « le même », non seulement « hier » et « éternellement », mais « aujourd’hui »(Hébr.13v8), source de vie nouvelle restaurée.
C’est dans ces conditions que nous pourrons repartir ensemble pleins de joie, avec ces forces nouvelles, pour aller vers les autres leur partager ce que nous aurons alors (re)découvert : une personne – Jésus (« Dieu sauveur » et « Dieu élargit ») et son message d’espérance et de libération.

Sur ce, bon début d’année 2018 !

« Espérer du désespoir » avec Kierkegaard

Traité du désespoir, de S. Kierkegaard

Le « Traité du désespoir », de S. Kierkegaard : un classique à redécouvrir, en guise « d’antidote »….

Un titre paradoxal « à la Kierkegaard », pour une critique d’un ouvrage fondamental de ce philosophe danois, lu cet été 2015 : le « Traité du désespoir ». Gallimard, 1988(Folio essais). Où l’on parle, entre autre, de « scandale » et de « péché contre le Saint-Esprit ».

Ma première rencontre avec Sören Kierkegaard(1813-1855) date des années 1980, via une citation du philosophe danois découverte dans « Le petit livre blanc des jeunes », reçu à la fin d’un camp de jeunes* : « de tout ce qui est ridicule dans ce monde ridicule, rien n’est plus ridicule que de s’agiter ». Une citation dont j’ai longtemps cru qu’elle pouvait être apocryphe, et dont j’ai fini par découvrir (« par hasard ») la source le 26 août 2015**. Mais ma véritable découverte de cet étonnant penseur chrétien du paradoxe, à la vie brève mais intense, date d’il y a deux ans environ, à partir de ses écrits « édifiants » ou « religieux » : « Pensées qui attaquent dans le dos »(Ed. Première partie), « Les soucis des païens »(Cerf, foi vivante), ou encore « Crainte et tremblement »(Rivages), auxquels j’ai déjà fait allusion sur ce blogue.

Si vous n’avez jamais rien lu de Kierkegaard, vous pouvez tenter d’approcher, outre « les pensées qui attaquent dans le dos » précitées, le fameux « Traité du désespoir ». Publié en 1849, il est à la fois le dernier des livres fondamentaux et la synthèse de toute l’œuvre de celui que l’on qualifie « le père de l’existentialisme »***. Contrairement à ce que j’aurai pu craindre au départ, il est plutôt abordable, stimulant et particulièrement pertinent pour notre temps. Pour l’anecdote, Dietrich Bonhoeffer l’avait conseillé en guise « d’antidote », parmi d’autres, depuis sa prison, à sa fiancée qui lui demandait un conseil de lecture****.

Appelé également « la maladie à la mort », il n’est pas un « guide pratique » sur « comment bien désespérer », mais « un exposé de psychologie chrétienne à fins d’édification et de réveil » sur le désespoir. Qu’est-ce que le désespoir ? Il est universel ! Il est « la maladie mortelle »(cf Jean 11v4), « une maladie de l’esprit, du moi », qui peut prendre trois figures : « le désespéré inconscient d’avoir un moi, le désespéré qui ne veut pas être lui-même, et celui qui veut l’être »(op. cit., p 61). Le désespoir est à la fois un avantage et un défaut. C’est le fait d’être « passible du désespoir » qui fait la supériorité de l’homme sur l’animal. Et c’est parce qu’il est « conscient » du désespoir que le chrétien est supérieur à « l’homme naturel » : « sa béatitude » consiste dans le fait d’en être « guéri »(op. cit., p64).

Kierkegaard nous donne les personnifications du désespoir, par ordre de gravité croissante : le désespoir de l’ambitieux qui ne réussit pas à être César, le désespoir de l’amant(e) de ne pas être aimé ou de ne pas se sentir capable d’aimer…le désespoir à l’idée qu’il n’y aurait « plus rien après la mort », le désespoir de ses fautes ou de la culpabilité sans remède…. Il explique que le désespoir est aussi le péché. On pêche, selon Kierkegaard, quand, devant Dieu, ou avec l’idée de Dieu, on ne veut pas être soi-même, ou qu’on veut l’être (op.cit., p159, 167, 222). Celui « qui ne veut pas être lui-même » est certainement le plus en danger, puisqu’il nourrit une image négative de lui-même. Il ne prétend pas en effet devenir celui qu’il aurait vocation d’être, mais souhaite en finir avec lui-même. En revanche, celui « qui veut être lui-même » désespère de lui-même au nom d’un moi idéal inatteignable revendiqué(cf l’exemple déjà donné d' »être César »). Dans tous les cas, ajouterai-je, on pêche, parce qu’on « manque le but » de Dieu pour nous.

L’homme pécheur souffre de déséquilibre (op. cit., p98 et ss), du fait d’ :

-une vie marquée par le seul « possible », avec une absence de « nécessité »(de garde-fou). D’où une vie marquée par la démesure et la croyance dans les mythes modernes du « tout est possible »[Par la technologie, par exemple]

-Une vie marquée par la seule nécessité, conduisant au déterminisme et au fatalisme, avec une absence de « possible » et donc, de foi.

Puisque l’on parle ici de « possible », on notera encore cette distinction de Kierkegaard comme quoi « l’espoir » n’est pas « l’espérance ». L’homme sans Dieu n’a que l’espoir(le probable), alors que l’homme qui connaît Dieu et croit(en)Dieu peut vivre l’espérance : « le possible de la foi », qui croit qu’à Dieu, tout est possible(op.cit., pp98-108, cf Marc 9v23, 11v22).

De même que le contraire du péché n’est pas la vertu(« une vue plutôt païenne »), mais la foi(op. cit., pp167-169), le contraire de désespérer, c’est donc croire, avoir la foi. (op.cit., p119)

Le plus grand "scandale" qui soit, qui exige de notre part de prendre clairement position, n'est pas "le papyrus de César". [Extrait du nouvel album d'Astérix de J-Y Ferri et D. Conrad, sorti le 22 ocotobre 2015]

Le plus grand « scandale » qui soit, qui exige de notre part de prendre clairement position, n’est pas « le papyrus de César ».
[Extrait du nouvel album d’Astérix de J-Y Ferri et D. Conrad, sorti le 22 ocotobre 2015]

La forme la plus aboutie du désespoir est le scandale, lié au fait que 1)le Christianisme ne s’adresse pas à la foule et mais à l’individu, lui offrant cette alternative et injonction : « scandalise-toi ou crois ! » ; et 2)que Dieu se fasse homme(et non que ce soit l’homme qui se fasse dieu).

D’où cette curieuse apologie du Christianisme, laquelle consiste non pas à « le défendre »(ce qui est le propre de l’incrédule), mais à le proclamer et à l’affirmer de façon victorieuse comme une bonne nouvelle exigeant une réponse immédiate !(op. cit., p177)

Le point culminant du livre est la description du péché et scandale suprême qu’est le « péché contre le Saint-Esprit »(op. cit., p 250) : un péché « offensif contre Dieu » qui fait du Christ une fable et un mensonge, en faisant de lui quelqu’un de « pas humain »(irréel) ou de « trop humain » (et « pas Dieu »).

A ce stade, vous avez sans doute connu des personnes tourmentées à l’idée d’avoir commis un tel péché. Ou alors, vous estimez être une telle personne. Pour elles ou pour vous, voici une question essentielle à (vous)poser : « que t’en semble du Christ ? Qui dis-tu que je suis (moi, le Christ) ? » cf Matt.16v13-16, 21-27.

Face au Christ, il reste donc le scandale ou la foi, et l’adoration du croyant, de celui qui ne se scandalise pas(cf Jean 6v66-69)

« Heureux celui pour qui (le Christ) ne sera pas une occasion de chute ! »(Matt.11v6, Luc 7v23)

 

 

Notes :

*Op. cit., p 7. Editions « Foi et victoire (épuisé). Date présumée : 1970-1980. Un manifeste, un livre de combat, une profession de foi de trois jeunes chrétiens danois(Johannes Facius, Johnny Noer, Ove Stage)face à la marée de la drogue, du dérèglement sexuel, des philosophies orientales, de l’occultisme….

**Elle se trouve dans « Ou bien, ou bien » de Kierkegaard, à la page 22 de l’édition Gallimard (Collection Tel). La citation exacte est : « de tous les ridicules de ce monde, le plus grand, me semble-t-il, est de s’affairer ».

*** « Existentialiste », sa philosophie l’est bien, puisqu’il s’agit d’une philosophie de l’existence, centrée, non sur la raison mais sur l’absolu(et la question d’une relation profonde avec Dieu). Un absolu auquel l’individu se confronte concrètement, et non abstraitement ou de façon « idéale ». Une philosophie(plutôt à l’opposé de celle de Hegel) qui ne l’a pas amené à cesser de travailler. Au contraire, Kierkegaard a été l’une des personnalités les plus productives de son temps.

****Cité par Frédéric Rognon, dans son article « Un héritage paradoxal » pour le journal « Réforme » du 03/11/11(numéro 3438).

Témoigner de sa différence en milieu hostile

Un caméléon, dans le décor... ("Rango", film de Gore Verbinski avec Johnny Depp, sorti en 2011)

Un caméléon, dans le décor…
(« Rango », film de Gore Verbinski avec Johnny Depp, sorti en 2011)

« Car je n’ai pas honte de l’Evangile, car il est la puissance de Dieu en salut de quiconque croit, et au Juif premièrement, et au Grec. Car la justice de Dieu y est révélée sur le principe de la foi pour la foi, selon qu’il est écrit : Or le juste vivra de foi ».(Rom.1v16-17)

[Note : ce qui suit a été proposé à des pré-ados, dans le cadre d’une « leçon d’école du dimanche », spéciale « Portes Ouvertes »*. Ladite leçon peut être adaptée à un groupe plus âgé, voire d’adultes, pour un thème consacré au témoignage]

Ecouter « Pour toi » de Den-Isa(Album « Changer d’air »)

Lecture de Jean 9

« Pour toi, je veux marcher…me démarquer…je ne veux pas d’un caméléon dans mon décor », dit ce chant que j’apprécie particulièrement.

Le récit de Jean 9 nous raconte l’histoire d’un autre « caméléon dans le décor » : un aveugle-né.

Il fait partie du décor, jusqu’au jour il rencontre le Seigneur Jésus, qui le guérit d’une façon bien peu « orthodoxe », pour ne pas dire bizarre : Jésus fait une première chose « bizarre », avant de demander à l’aveugle de faire une chose encore plus « bizarre » pour un aveugle : se rendre quelque part sans voir pour se laver les yeux**. L’aveugle obéit pourtant à la parole de Jésus : il « marche par la foi et non par la vue »(cf 2 Cor.5v7) et se trouve guéri, « voyant clair ».(Jean 9v7)

Quelles sont les diverses réactions ? De la foule ?(vv8-10) Des religieux ?(vv13-18, 24-26, 28-29, 34) De ses parents ?(vv20-23)De l’ex-aveugle guéri et devenu différent ? (Quel est son témoignage et ses diverses réponses aux nombreuses questions, en peu de mots ? vv 11, 17, 25, 27, 30-33)

Qu’est-ce que cela fait, d’être différent ? Ici(notamment avec l’exemple de l’aveugle-né guéri), « différent en quoi » ? Par exemple, lorsque vous donnez votre vie à Jésus, l’acceptant comme Sauveur et Seigneur de votre vie ? Le jour où cela vous est arrivé, comment les autres(vos proches, vos amis, vos collègues…)ont-ils réagi à votre égard, en l’apprenant ? Et vous-mêmes, comment avez-vous témoigné(et témoignez-vous)de cette « différence » ?

A ce sujet, l’étude de l’évolution de l’aveugle-né est particulièrement édifiante et encourageante : comment celui-ci est-il passé de la guérison à une rencontre personnelle avec Jésus-Christ(laquelle a débouché sur l’adoration), en passant par le témoignage ? Sachant qu’il était seul et ne sachant pas grand chose de Celui qui l’avait guéri….

Un bel exemple de cheminement où l’on passe de « Je sais une chose… »(Jean 9v25) à « qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? »(v36) et « Je crois, Seigneur ! » Et il l’adora (v38).

 

Notes :

* ONG au service des chrétiens persécutés

** Et ce, d’autant plus que le « réservoir » (ou la piscine) de Siloé se trouvait dans les parties inférieures de Jérusalem.