Quelles sont tes priorités dans le choix de ton député ?

Quelles seront nos priorités dans le choix d’un député ? Les mêmes que les siennes !

Que peuvent nous apprendre, pour le choix d’un député, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ?

Les 11 (premier tour) et 18 juin (second tour), tu seras une nouvelle fois appelé aux urnes, dans le cadre des élections législatives, pour élire ton député.

Bien sûr, je pourrais aussi te dire : « Tu veux aller voter ? Fais-le. Tu ne veux pas voter ? Ne vote pas. Le plus important c’est d’être en parfaite cohérence avec ce que l’on croit, que l’on expérimente, et que l’on décide ».

Justement, sur quels critères ? Quels sont les enjeux ?

C’est d’abord, pour le député, un grand privilège d’être élu : 7.882 candidats (Soit 3.344 femmes et 4.538 hommes) sont en lice pour le premier tour, soit près de 14 par circonscription(1), et il n’y a que 577 sièges à l’Assemblée Nationale.

Mais tout privilège comporte de grandes responsabilités : élus au suffrage universel direct, par tous les citoyens en âge de voter et en ayant le droit, pour un mandat de cinq ans renouvelable, les députés occupent en effet une place centrale dans notre démocratie dite représentative.

Bien qu’ils soient élus dans une partie du pays (une circonscription), les députés représentent l’ensemble des Français, qu’ils résident dans l’Hexagone, dans les départements ou collectivités d’Outre-mer, ou encore à l’étranger. Quelque soit leur sensibilité politique ou leur parti d’appartenance, les députés représentent l’intérêt général de la nation, et non les intérêts de groupes particuliers/privés.

Les députés votent les lois et peuvent en proposer. Ils travaillent en commissions (lesquelles examinent les projets ou propositions de loi et préparent les débats en séance publique). Ils contrôlent l’action du gouvernement : ils peuvent ainsi interpeller les ministres pour leur demander de travailler sur certains sujets qu’ils estiment importants pour le pays, lors des « questions au gouvernement », les mardi et mercredi de la période parlementaire ; ils peuvent également renverser le gouvernement, si celui-ci n’a plus leur confiance.  Ils tissent des liens solides avec les assemblées des autres pays, tentent de répondre aux problématiques sociétales en allant à la rencontre des acteurs de terrain, reçoivent les citoyens à leur permanence, bureau d’accueil pour tous les citoyens, pour résoudre leurs problèmes quotidiens.

Le député bénéficie d’une immunité parlementaire : l’irresponsabilité, qui le protège de toute poursuite pour des actions accomplies dans l’exercice de son mandat ; et l’inviolabilité, pour éviter que son action ne soit entravée par des actions pénales visant des actes accomplis par les députés en tant que citoyens. Cela les protège contre les intimidations et les pressions politiques et privées et c’est censé être une garantie d’indépendance et de liberté d’action dans l’intérêt général.

Le député dispose de moyens matériels et financiers attachés à sa fonction : une indemnité parlementaire de 5000 euros par mois, une indemnité représentative de frais de mandat de 6000 euros par mois (frais de déplacement, d’habillement, de restauration…) et un crédit collaborateur (allant jusqu’à 9500 euros par mois) pour rémunérer ses collaborateurs (cinq maxi). Il a enfin à sa disposition un bureau personnel dans l’un des bâtiments de l’assemblée.

Quelles devraient être tes priorités dans le choix du député ? Les mêmes que ce dernier !

Que peuvent nous apprendre, à ce sujet, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ? Ils ont trait aux critères de choix, comme aux devoirs et responsabilités, de tout responsable. Un responsable est celui qui a une position d’influence. Et un député est un responsable.

Tes priorités (dans le choix du député), comme les priorités du député, sont en rapport avec ses convictions (ce qu’il croit ou ce dont il est convaincu), son caractère (ce qu’il est), sa réputation (ce qu’on pense de lui) et ses compétences (ce qu’il sait faire).

Certes, « si quelqu’un aspire à la charge (de député), c’est une belle tache qu’il désire »(1 Tim.3v1). Notre pays a besoin de députés. C’est une tâche noble que de vouloir servir ainsi (et non pas se servir de) son pays. Pour paraphraser Jacq.3v1, nous ne devrions pas « être nombreux à vouloir être député, car nous serons jugés plus sévèrement. De fait, « on demandera davantage » à ceux qui se (re)trouvent sous les projecteurs.

1) Son caractère et sa réputation : Selon 1 Tim.3v2 et Tite 1v6-7, il est premièrement attendu d’un député qu’il soit « irréprochable ». Et plus encore d’un député se revendiquant « chrétien ». Une telle confession publique « doit impliquer non seulement une irréprochabilité pénale, mais également morale. Les discordances et les contradictions seront passées au scanner du jugement du monde, qui en évaluera la vérité et la cohérence ». La responsabilité de ces candidats n’en est que plus grande (Rom. 2v21), car s’il advenait que leur parole de chrétien ne soit qu’une posture religieuse ou politique, et que leur morale sois prise en défaut … alors leur réprobation serait aussi publique et retentissante que leurs déclarations. Elle rejaillirait non seulement sur eux et leurs familles, mais aussi et surtout sur le christianisme et sur le nom de Jésus, qui pourrait par ce moyen être davantage blasphémé qu’il ne l’est déjà.»(2).

Que veut dire irréprochable ? Sans reproche. Cela ne signifie pas qu’il soit parfait, mais plutôt qu’il est impossible d’avoir prise sur lui pour l’accuser, pour le critiquer ou pour l’attaquer. Cela signifie aussi qu’il a une bonne réputation et qu’il est digne de confiance (1 Tim.3v7).

Ensuite, il lui faut être « sobre, modéré, réglé dans sa conduite, hospitalier »(1 Tim.3v2). Sobre veut dire qu’il est vigilant, notamment quant à sa conduite et concernant les dossiers à traiter, l’action du gouvernement, la situation de notre pays. Etre hospitalier, c’est d’être disponible, à l’écoute et accueillant, surtout pour accueillir tout étranger.

Il ne doit être « ni adonné au vin, ni violent, mais indulgent, pacifique, désintéressé »(v3), et pas soumis à des lobbies/pris dans des conflits d’intérêt.

Prov.31v3-5 rappelle que le responsable ne doit pas « livrer sa vigueur aux femmes », et « ses voies à celles qui perdent » (les responsables). « Ce n’est point aux (responsables) de boire du vin, ou de rechercher des liqueurs fortes, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi, et ne méconnaissent les droits de tous les malheureux ». Car le député doit servir l’intérêt général et le bien commun, avec le souci constant de refuser toute stigmatisation de personnes, avant tout les plus faibles et les plus précaires : il « ouvrira sa bouche », non pour déplorer « le cancer de l’assistanat », mais « pour le muet, pour la cause de tous les délaissés ». Il « ouvrira sa bouche » pour « juger avec justice, et défendre le malheureux et l’indigent »(Prov.31v8-9).

2) Il doit aussi avoir des convictions claires et solides, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse et justice.

Ainsi, par exemple, estime-t-il que « la défense de la dignité humaine » se limite aux deux extrémités de la vie, ou intègre tout ce qu’il y a entre les deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 67 millions de citoyens vivants ?

Considère-t-il les changements climatiques comme une question sociétale, éthique et spirituelle, posant un défi majeur aux générations présentes et à venir, en particulier du fait de l’interdépendance des causes ?

Pense-t-il que bâtir des hôpitaux, des routes, des écoles, c’est « dépenser de l’argent » ou qu’il est essentiel de refonder le lien social, pour régénérer nos communautés dévitalisées ?

Pense-t-il qu’il n’y ait « rien qu’on puisse appeler la société » et « qu’il n’existe que des individus » ? Et donc qu’il n’y a pas non plus de problèmes « sociaux » mais seulement « des problèmes individuels », des individus aux prises avec certaines difficultés, « des assistés » ayant certaines faiblesses mais sans le courage ou la volonté de les résoudre ?

Justifie-t-il une « responsabilisation » absolue de l’individu et un désengagement de l’État de plusieurs de ses missions ? Ou alors estime-t-il que « le principe de subsidiarité donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, tout en exigeant en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir » ? (3)

3) Enfin, sans être un « politicien professionnel », il devra être compétent et connaître les dossiers qu’il traite, en étant capable de comprendre les lois qui lui sont soumises et qu’il vote.

 

Prions donc pour les candidats-députés, qui aspirent et prétendent nous représenter au niveau national : qu’ils aient ce désir d’être irréprochables et de servir le bien commun, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse. Et prions pour nous-mêmes, que nous fassions de preuve de discernement, en prenant en compte le caractère, la réputation, les convictions et les compétences du candidat-député !

Et toi ? Quels sont tes critères de choix d’un candidat ?

 

Pour aller plus loin :

Que peut nous apprendre ce discours de Paul aux responsables de la communauté d’Éphèse (Actes 20v17-38), dans lequel l’apôtre fait un bilan de son activité et livre son testament spirituel ?

Sans justice, pas de paix

Deux mots sont essentiels aux yeux de Dieu pour retrouver la paix, laquelle est l’établissement de ce qui est bon : le droit et la justice.

« Je déteste, je méprise vos fêtes, je n’ai aucun goût pour vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je ne les accueille pas ; vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde même pas. Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ; que je n’entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! » (Am 5v21-24)

 

 

Notes :

(1) Selon la liste publiée par le ministère de l’Intérieur, 461 candidats apparaissent sous l’étiquette de la République en marche (REM) d’Emmanuel Macron et 76 sous celle de son allié du Modem. 480 candidats sont inscrits sous l’étiquette Les Républicains (LR), 414 pour le Parti socialiste (PS), 571 pour le Front national (FN), 556 pour La France insoumise (LFI), 911 candidats écologistes et 388 pour Debout La France (DLF).

https://www.publicsenat.fr/article/politique/elections-legislatives-comment-ca-fonctionne-60393

http://www.vie-publique.fr/actualite/faq-citoyens/elections-legislatives-2017/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/04/21/pour-le-nouveau-directeur-de-la-cia-de-trump-jesus-christ-est-la-seule-solution-pour-notre-monde-un-temoignage-public-a-double-tranchant/

(3) Voir « Laudato si » du Pape François, paragraphe 196

Face à ceux qui (se) disent « pourquoi pas Le Pen », comment expliquer pourquoi « pas Le Pen »

La bonne question n’est pas « pourquoi pas Le Pen » mais pourquoi « pas Le Pen »

Le présent article n’a pas pour but de « stigmatiser » les électeurs de Le Pen (qui sont aussi nos parents, grands-parents, cousins, voisins, collègues de travail, amis, frères et sœurs en Christ…) mais de tenter de rompre le lien entre les angoisses et le mal-être quotidien (qui existeront toujours) et ce vote de la peur.

Une première chose m’interpelle, à l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle française 2017 : Marine Le Pen est au second tour, mais nous sommes désormais bien loin du choc ou de la dramatisation du 21 avril 2002. Le FN, banalisé, ne fait plus vraiment peur. C’est inquiétant. Surtout quand des chrétiens (ou supposés tels) manifestent de plus en plus ouvertement leur vote pour ce parti, et ce, de manière décomplexée, par naïveté, calcul ou cynisme. Plus inquiétant encore est le climat actuel (tendu), qui empêche une réflexion commune, saine et sage, pour ne pas dire spirituelle et bibliquement fondée, sur la justification du vote (ou du non vote) FN. Une nouvelle « pensée unique » se mettrait-elle en place, sous prétexte d’en chasser une autre ?

Dans ce contexte tendu, il est sidérant de constater que plusieurs sites s’affichant « chrétiens » aient pris la responsabilité de mettre les pieds dans le plat et de faire des appels du pied « directs », appelant clairement et/ou de façon hypocrite, à voter pour un parti xénophobe et raciste (voir l’éphémère successeur de Marine Le Pen à la tête du FN, un négationniste !), dont le programme reste toujours le même : « vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». 

Ainsi ce texte stupéfiant, publié sur « infos chrétiennes »(1) par le biais de Nicolas Ciarapica (2) et relayé par ce dernier en commentaire sur le blog du sociologue et historien Sébastien Fath , en se justifiant maladroitement : « Peut-être pas la meilleure contribution à ce débat, mais voici un point de vue venu d’Amérique sur un aspect que l’angélisme forcené de nos élites omet de mentionner. On ne peut PAS l’ignorer. Merci de le lire, 7,7 millions de personnes ont soutenu Mme Le Pen en partie à cause de cela. M. Fillon avait un point de vue assez similaire… », et sous prétexte que l’on entendrait « plus rien d’autre » que le « Gauchisme omniprésent », « nulle part ».

Et en effet, il a raison, Nicolas Ciarapica : ce n’est « pas la meilleure contribution à ce débat ». C’est même la pire et on peut l’ignorer, pour plusieurs bonnes raisons données par Sébastien Fath lui-même, qui, condamnant sévèrement cet article, l’estime d’une « malhonnêteté intellectuelle et d’une ignorance crasse », « laid et mensonger », « plein de haine et de peur », qui « mélange TOUT et promeut sans vergogne une candidate hostile aux Églises, favorable au principe d’inégalité selon l’origine, fortement soupçonnée de détourner l’argent des institutions européennes, et boostée par DAECH qui n’attend que son élection pour passer à l’étape « guerre civile », que les djihadistes espèrent tant ».

Ceci dit, comme le souligne Dominique Lachosme, du réseau « Agir contre le chômage »,  dans un article paru dans « La Décroissance » d’avril(3), « d’excellents esprits ne cessent de se lamenter des votes très élevés pour le FN. Comment un parti xénophobe peut-il se trouver aux portes du pouvoir en France ? Nombre d’opposants anti-FN n’ont pourtant pas manqué de travailler leurs arguments pour contrer ses idées. Sans succès aucun à ce jour. Peut-être pour la raison qu’ils font partie du problème ».

En effet, l’erreur serait peut-être de tenter de répondre au FN, comme le font certains politiques, économistes, éditorialistes ou même certaines associations intersyndicales, en l’attaquant sur son programme économique pour en conclure que celui-ci « est irrationnel ». Ce qui signifie que les programmes des autres grands partis, dont le petit nouveau « En Marche », ne méritant pas une telle vigilance, ne le seraient donc pas, « irrationnels » ? Or, serait-il « raisonnable » de poursuivre la croissance économique à l’origine de la débâcle écologique et de la destruction des civilisations humaines ? Ou de casser droit du travail et sécurité sociale, soit disant « pour libérer les richesses de ce pays » ? Voudrait-on faire progresser le FN que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Car, lorsque nous dénonçons « la déraison économique du FN », nous le désignons ipso facto digne d’intérêt à des millions de personnes que les politiques qu’elles défendent ont été broyées matériellement et spirituellement.

Or – et c’est sans doute une (première ?) erreur de M. Macron, qui a accepté de débattre mercredi avec Mme Le Pen, sous prétexte d’une « normalisation du FN » « on ne débat pas avec l’irrationnel. Les électeurs de Le Pen n’ont pas voté pour un programme — quel programme? On ne répond pas à quelqu’un qui vous insulte parce que votre voiture ne redémarre pas au feu vert : il n’y a pas à argumenter. On ne répond pas au FN, comme tentent de le faire certains : “si la France sort de l’Europe, le franc sera aussitôt dévalué et les taux d’intérêt vont monter” : qui a compris ? Qui va se dire “si les taux d’intérêt montent, mon Dieu, c’est vrai, il ne faut pas voter Le Pen” ? Le programme du FN, c’est : vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires. Qui peut argumenter contre cela ? Tenter de démonter le programme du FN, c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable. La seule chose qu’on peut faire contre l’irrationnel, c’est de  rappeler [à l’instar d’un ancien président de la république française] que chaque fois que l’extrême-droite a eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé »(4).

Malheureusement, est opposé au FN, pour le combattre, une simple vision du monde « utilitariste » et « pragmatique », pour laquelle l’homme serait « un animal industrieux, doué de raison et de capacité de calcul, indéfiniment améliorable par la science et l’économie », ce qui est insuffisant. En comparaison, une autre vision du monde (biblique) rappelle que l’homme est créé « à l’image et selon la ressemblance de Dieu », corps, âme, esprit.

Certes, relève Dominique Lachosme dans l’article pré-cité plus haut, « la victoire du libéralisme [et du néolibéralisme depuis 1970-1980] en Europe a permis de grands progrès matériels, mais elle a aussi – et surtout – profondément dégradé l’esprit (et la dignité) humain(e). Même si nous préférons oublier cette vérité en nous étourdissant ou en nous abrutissant dans des sensations toujours plus modernes, on ne saurait vivre « que de pain seulement » ou de pouvoir d’achat. Or, toutes les formations politiques ne parlent plus pour l’essentiel qu’économie et technique, se disputant sur les moyens, tout en étant d’accord sur les finalités.

« Le FN, à l’inverse, [prétend être] le seul à parler d’abord à « notre part spirituelle », s’inscrivant dans un grand récit national, brassant Jeanne d’Arc, l’amour de la patrie, la laïcité ou l’amour des (« vrais ») français (« de souche ») dans l’adversité. Il ne s’embarrasse donc aucunement de « réalisme économique ». Il parle à notre âme et à notre esprit, à ce qui est à la fois intime et nous relie collectivement en nous ancrant dans une histoire commune, à la différence des spiritualités ou des philosophies « hors sol » ou déconnectées du réel. Il berce notre âme de la grandeur bientôt retrouvée de la France. Et des millions d’entre nous, dévastés par le matérialisme ambiant, ont désespérément besoin d’y croire. Bien davantage que d’écrans plats, de smartphone ou même d’un emploi « pour gagner sa croûte ». D’autres choisissent naïvement ou cyniquement d’y croire par calcul ou intérêt.

Bien entendu, « le FN ment effrontément », puisqu’il ne cherche que le pouvoir[il suffit de voir ce qui se passe dans les municipalités FN et de scruter les votes des députés FN au parlement européen, par exemple], et « à propager la haine et la violence qui lui profitent, satisfaire les milieux d’affaire en relançant une croissance économique « bleue, blanche et rouge », produite par des « bons français »(« de souche »), avec de bons francs français (sortie de l’euro) et de bons capitalistes « français »(3).

Contrairement à ce que certains ont pu avancer, le programme du FN n’est pas « (national) socialiste » : « nous sommes de vrais libéraux, partisans sans ambiguïtés de l’économie de marché et de la libre entreprise. J’espère que cette rencontre sera l’occasion de rassurer les chefs d’entreprise», jure la main sur le cœur Bernard Monot, l’un des deux créateurs du programme économique de Marine Le Pen. L’extrême-droite arrive généralement au pouvoir comme recours des classes dirigeantes contre « le désordre social. L’ultime marche de sa progression sera inévitablement précédée d’un « modus vivendi » avec un MEDEF jusqu’à présent hostile. Or, les choses changent puisque de « crise des banlieues » en exaspération des « classes moyennes », la société française tanguera dangereusement ces prochaines années…. » (3)

Problème : face à Le Pen, il y a Macron, le candidat (objectif et explicite) de « Mammon » et du néo-libéralisme «décomplexé», sous un visage «cool», mais à la politique économique problématique.

Dès lors, par stratégie, dégoût ou désintérêt, les électeurs pourraient bouder le second tour ou donner leur voix au FN. Avec quelles conséquences ? Sachant que la partie est loin d’être jouée pour M. Macron (souvenons-nous du candidat malheureux Fillon, qui se voyait déjà président de la république, sous prétexte d’avoir remporté la primaire « de la droite et du centre »), qui contribue à banaliser le FN. Dés lors, on ne voit pas pourquoi il serait « urgent » et « vital » de le soutenir face à Le Pen.

L’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et la non stigmatisation des personnes, une préoccupation permanente du Nouveau Testament. (Dessin de « PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

En fin de compte, quoi faire ? Pour ma part, pour des raisons bibliques, je reste convaincu qu’il est impossible pour un chrétien de voter FN parce que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament (Voir, par exemple, ces passages clairs que l’on ne saurait ignorer : Deut.10v17-19, Ps.146v9, Lévit.25v23, Ex.22v21, Deut.27v19….) et parce que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Ainsi, par exemple, comme nous l’enseigne la généalogie de Jésus en Matt.1, « le Messie qui contient en lui les semences et la concorde de peuples hostiles se déclare ainsi loin de toute pureté de sang. Dans ce message d’accueil, le Nouveau Testament colle à l’Ancien et honore notamment Tamar et Ruth, filles de l’étranger, en les nommant à l’entrée de sa maison ». (Voir notre article à ce sujet). Voir aussi Luc 9v51-56, 10v25-37 ; Eph.2v11-18…..

Alors oui, Macron est objectivement (et explicitement) le candidat de «Mammon», ce qui a le mérite d’être clair, tandis que Le Pen avance masquée, tout en séduction, alors que la réalité est autre. Mais plus largement, la vraie question est celle-ci : quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ? Souhaitons-nous les voir grandir dans une société fermée, marquée par la peur et la haine de l’autre ? Que vaut-il mieux ? Pouvoir combattre certaines idées d’Emmanuel Macron ou subir l’idéologie frontiste ?

Nous seuls pouvons répondre. Le mieux qui nous reste à faire, sachant que le vote est une question de choix personnel et responsable(5), est de 1) refuser la polarisation, les discours partisans et clivants, pour nous encourager à veiller à l’unité en Jésus-Christ 2) « lever le nez » des discours/programmes politiques et des unes haineuses de certains périodiques brandissant la peur de « l’invasion migratoire » et du « grand remplacement » pour mieux se replonger dans les Ecritures, Parole de Dieu, 3) prier et 4) chercher à exercer notre discernement, le tout dans l’humilité.

 

 

Notes :

(1) « Info Chrétienne » se présente comme « un média d’actualité et d’information ». Il a été fondé en février 2013 par Guillaume Anjou, et s’appelait alors « Info Evangélique ». En Juillet 2015, Info Évangélique devient Info Chrétienne. Installé à Maurice, dans l’Océan Indien, sa vocation est « d’informer les chrétiens pour les encourager, les édifier et les mobiliser ». Le problème de ce site, dans le cadre de la question qui nous (pré)occupe, c’est qu’il met sur le même plan les idées des partis « de l’arc républicain » et les idées du front national, parti d’extrême-droite, contribuant à banaliser celles-ci, sous couvert de « soutenir la liberté d’opinion, d’expression, de conscience, le débat et la confrontation de points de vue contradictoires ».

Par ailleurs, l’on peut découvrir ces autres articles favorables à la candidate du FN, sur « l’observateur chrétien »,  fondé par David Houstin en 2016, et dont le but affiché est de proposer « une actualité d’un point de vue chrétien » : https://chretien.news/macron-vs-le-pen/ ; https://chretien.news/presidentielles-la-federation-protestante-de-france-roule-contre-le-pen/, https://chretien.news/presidentielles-macron-est-anti-famille-selon-la-manif-pour-tous/, https://chretien.news/presidentielles-et-erreur-canadienne/

L’on pense alors à « Actus chrétiennes », un autre blog qui faisait une même promo du FN en particulier et de l’extrême-droite en particulier il y a encore 5 ans. (https://actualitechretienne.wordpress.com/tag/marine-le-pen/ ; https://actualitechretienne.wordpress.com/tag/fn/ ;  https://actualitechretienne.wordpress.com/tag/fn/page/2/ . Le 06 mars 2012, Paul Ohlott, le responsable dudit blog déclarait, en réponse à des internautes : « A l’heure actuelle, l’extrême-droite ne représente pas un danger en France, donc non, je n’ai aucune raison de lutter contre eux. Si demain, la donne venait à changer, ma position à leur égard changera également » (6 mars) IN Présidentielle 2012 / Selon Marine Le Pen, “toute la viande distribuée en Ile-de-France est halal”(Rubrique « présidentielles », 19 février 2012 )

(2) Voir notamment https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/03/10/chretien-ou-cretin-le-pragmatisme-une-nouvelle-fausse-doctrine/

(3) Dominique Lachosme. Pourquoi Le Pen IN La Décroissance, Avril 2017, N° 138, p 11

(4) http://rdereel.free.fr/NON.pdf

(5) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/04/21/elections-presidentielles-2017-quels-reperes-pour-bien-choisir-notre-candidat/

 

Pourquoi les autorités des églises protestantes parlent-elles plus de politique que de Jésus ?

Voter est une affaire de conscience et de conviction personnelle, responsable, devant Dieu et sans pression. « Bien voter », ou ne pas voter « comme ses pieds », c’est aussi refuser « les crispations identitaires » et les sirènes populistes.

J’aime beaucoup le site « 1001 questions », parce que l’on peut généralement y trouver la question que j’aimerai poser, et surtout, parce que les réponses données sont aussi précises que concises.

Ainsi, par exemple, cette question susceptible de brûler toutes les lèvres et que je reformule quelque peu : « Pourquoi les autorités des églises protestantes (et évangéliques) parlent-elles plus de politique que de Jésus ? »

Réponse donnée par le site : « Il faudrait le leur demander ! » Mais l’actualité électorale explique peut-être cela.

Ceci dit(1), pour répondre à ceux qui souhaitent avoir le maximum de points de repères pour déterminer le choix du candidat que chacun est appelé à faire[quand d’autres ne viennent pas « carrément » demander « pour qui il faut voter ». Ne riez pas, cela existe !], il convient de rappeler qu’il n’y a pas (ou ne devrait pas y avoir) dans l’Église protestante/protestante évangélique d’autre autorité que les Écritures bibliques, Parole de Dieu, et qu’il n’y a pas de « magistère » (« pasteur », « docteur », « prophète » ou « apôtre ») ou de « gourou », susceptible de nous dire, du haut de la chaire, « comment être un bon chrétien », que ce soit au niveau de la foi, de la piété, de la morale, ou même, de la politique. Car aussi Dieu peut s’adresser à chacun de manière différente. On parlera alors plus volontiers d’une « éthique de la responsabilité » : chacun est personnellement (et intimement) responsable devant Dieu des choix qu’il pense être les meilleurs et les plus fidèles à l’Évangile. Tout discours ou décision qui irait contre la seule autorité de la Parole biblique serait nul et non avenu (sola scriptura).

D’autre part, nos responsables d’églises, pasteurs et anciens, (à qui Dieu a confié la direction) ont le souci de faire partager les valeurs de l’Évangile à la société dans laquelle Dieu nous a placés. C’est notamment le cas quant à l’exercice du pouvoir dans l’intérêt des gens, quant à l’accueil des petits, des faibles, des précaires et des étrangers, par exemple(2).

Il ne convient donc pas de s’attacher à ce qui apparaît de leurs choix partisans (vous pouvez en avoir légitimement d’autres – et il ne saurait y avoir un candidat « idéal » ou un « vote chrétien idéal »), mais à ce qui les fonde (et qui peut aussi fonder les vôtres) : à savoir Jésus-Christ seul – lequel a notamment dit : « le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10v45. TOB) ; «  j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Matt. 25v35-36)…..(3)

Car la prédication chrétienne s’inscrit dans le monde (donc dans un contexte précis) même si elle ne lui appartient pas (cf. Jean 17). Elle se doit donc d’être pertinente, cohérente et non déconnectée du réel.

 

 

Notes :

(1)Le présent texte s’inspire de la réponse donnée sur le site « 1001 questions », en l’enrichissant.

(2) Ce qui explique que nous ne devrions pas nous focaliser sur les sujets qui nous paraissent exclusivement « non négociables », à savoir la politique familiale ou le domaine de l’éthique (bioéthique, fin de vie, procréation, etc.). Ces sujets, certes très importants, ne doivent pas occulter d’autres préoccupations tout aussi importantes et bien présentes dans les Écritures bibliques, telles la justice (ou l’injustice) sociale, les causes structurelles de la pauvreté et de la précarité, les questions d’environnement (« garder et protéger » la création, être de bons et sages « intendants » des ressources de Dieu), l’accueil de l’étranger…

(3) Autres passages bibliques importants : 1 Jean 1v5-7 ; Eph.2v14-16 ; Eph.4v24-25, 29-31 ; Deut.10v17-19 ; (Exhortation donnée à un roi) Prov.31v8-9 ; Jean 16v13-14 ; Rom.5v5 ; 1 Cor.13v6 ; Zach.8v17 ; Es.61v8 ; Matt.4v1-11….A vous d’en trouver d’autres !

 

Laisse la colère, « la » politique, mais n’oublie pas l’engagement…et « le » politique

« Pour voter d’une manière chrétienne, il faut donc faire cet effort d’amour pour tous les hommes, qui est celui de Dieu et s’élever au-dessus de notre intérêt particulier, ou communautaire, pour chercher le bien commun. »

Face au monde, écrivait John Stott, il existe deux attitudes pour les chrétiens : « la fuite ou l’engagement ».(« Le chrétien et les défis de la vie moderne », vol.1. Sator, 1987, p 26). Autant d’attitudes nourries par nos visions du monde, de l’homme, mais aussi de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, de ce qui est « spirituel » et de ce qui « n’est pas spirituel », « biblique » ou « non biblique », comme du sens de la vie. Sachant que nous sommes « dans le monde », quoique « pas du monde », il importe d’en être conscient et de nous évaluer nous-mêmes : quelles sont nos convictions sur des sujets aussi divers que l’éducation, la culture, l’environnement, l’économie, ou la politique ?  Sont-elles fondées sur la Bible, Parole de Dieu, ou sont-elles le fruit d’autres influences diverses ?

La question de l’engagement, comme de la façon, pour les chrétiens et l’Eglise, de rendre témoignage, reste d’actualité. Ainsi, par exemple, la commission éthique de la Fédération Baptiste et des Eglises Libres avait-elle eu « raison » de publier, le vendredi 11 décembre 2015, une « Lettre ouverte à nos frères et sœurs évangéliques qui votent FN » intitulé « Laisse ta colère! » ?

A l’époque, plusieurs internautes avaient bondi sur les réseaux sociaux, affirmant que les Eglises, les pasteurs et les théologiens n’ont pas à se mêler de la politique : «Qu’ils s’occupent de leur Eglise, d’enseigner la Bible» !
Pour Franck Meyer, président du Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine (CPDH), «Les Eglises n’ont pas à “faire de la politique” au sens politicien du terme, mais elles doivent avoir une parole publique qui contribue à la réflexion sociale et sociétale commune». En clair, le maire de Sotteville-Le-Val (76) juge que la priorité des Eglises est de participer à la formation du chrétien, pour qu’il puisse exercer ses responsabilités civiques de façon avertie. Lui-même se refuse de parler politique lors d’un culte. «Mais il ne me semble pas choquant de parler politique à l’occasion d’un café théologique, d’un Forum Veritas, d’une formation, d’un séminaire sur l’engagement citoyen ou lors d’une réunion de jeunes». Ensuite, chaque évangélique reste libre de donner sa voix au candidat de son choix: «Le vote est un acte libre à entreprendre en “son âme et conscience”. L’isoloir en est à la fois le symbole et la garantie», rappelle l’élu.

A l’inverse, le pasteur Florent Varak, de Lyon, estime, quant à lui, dans « laisse ta colère…et la politique ? » (Un billet initialement paru sur le blogue TPSG il y a un an et republié le 17 avril 2017, actualité électorale oblige), qu’un tel positionnement est de nature « problématique ». Même s’il assure que sa réponse « ne parle pas du FN », il lui semble que « dénoncer ou favoriser un parti politique n’est pas le rôle d’un pasteur ni la mission de l’Église ». De sa perspective, « c’est une erreur d’inviter l’Église dans ce débat » (Une position sage, sachant que d’autres pasteurs-ne parlons pas de certains blogueurs-n’ont pas ce genre de scrupules, invitant du haut de la chaire à voter pour tel candidat-celui « des valeurs chrétiennes »). Et il donne « quelques raisons », certaines fort pertinentes et intéressantes, et d’autres me paraissant plus discutables(1) :

1) L’évaluation d’un parti suppose une norme politique biblique (du moins pour nous évangéliques). D’une part cette norme sera difficile à définir. Ensuite, elle ne sera jamais suivie parfaitement, nécessitant des prises de positions toujours plus fréquentes. L’Église sera de plus en plus connue pour « ses normes » sociétales. C’est d’ailleurs ce qu’on reproche aux évangéliques américains. Est-ce l’image que l’Église évangélique doit donner? Est-ce son message? Et comment dès lors évoquer la séparation de l’Église et de l’état ?

2) La caractérisation d’un mouvement politique selon le degré d’adhésion de ses membres à des idées païennes est troublante. Les cadres des autres partis politiques ne sont-ils pas également tenus par des spiritualités étrangères au christianisme ? Est-ce là un critère de vote du Chrétien ?

3) En prenant position contre un parti (cad, selon une opposition de principe, idéologique, et non de la désobéissance que nous devons tous opposer à un ordre injuste et contraire à la loi de Dieu), on se prive de l’opportunité d’accueillir les membres de ce parti à nos tables. Nous les privons du banquet de l’Evangile en créant une frontière qui ne se fonde pas sur l’Evangile ni sur la croix. Or pour nous, c’est l’Evangile qui change un cœur, qui apaise et réoriente le disciple. C’est l’Evangile notre matière, notre propos, en tant que pasteur, en tant qu’église. [Remarque : qu’est-ce que l’Evangile ? Qu’est-ce qu’être « cohérent » ?]

4) Enfin, si les évangéliques se battaient contre un parti, et que ce parti venait au pouvoir, ils seraient vus comme une opposition. Un opposant politique. Un tel positionnement est-il souhaitable ? [Remarque : la posture « je ménage la chèvre et le choux » pour avoir la paix est-il défendable ? Qu’on le veuille ou non, des positionnements courageux et cohérents, sur la base de notre foi, nous catalogueront « dans l’opposition »]

A l’inverse, voilà comment il perçoit le rôle des responsables et des représentants de l’Église :

1) Prêcher l’Évangile. A tous les hommes. Sans distinction(…)Il serait préférable que nos églises soient (éventuellement) haïes à cause de leur amour de Jésus, à cause de la prédication de la croix, plutôt que par une position politique.

2) Prier pour la liberté de conscience.

3) Vivre les valeurs de l’Évangile dans l’Église pour faire envie.

4) Avoir confiance que Dieu nomme les rois. Le programme de Dieu est étrange. Dieu a nommé Neboukadnetsar à son poste de dictateur pour accomplir une triste volonté: le jugement de son peuple par la captivité. Qui peut connaître les méandres de la providence de Dieu? Qui peut savoir ce que Dieu veut faire pour secouer notre monde immoral et insensible à sa propre mort humaine et spirituelle? Qui dira à Dieu quoi faire pour maximiser sa gloire et le nombre des âmes sauvées ?

[Certes, c’est toujours vrai, mais de là à dire que si Le Pen accède au pouvoir, ce serait « la volonté de Dieu pour accomplir une triste volonté »…. Et quid de Macron, Fillon, Hamon, Mélenchon ? De tels propos peuvent dériver en fatalisme de mauvais aloi, mais rappelons que dans nos sociétés démocratiques, les citoyens que nous sommes ont le privilège et la responsabilité de choisir nos dirigeants, en connaissance de cause-et certainement pas la peur, la haine, la colère, la cupidité, etc…. Et tout vote a des conséquences. A noter que Neboukadnetsar a été sévèrement jugé par Dieu, pour s’être élevé et avoir oublié d’où il tenait son pouvoir]

5) Encourager les membres engagés, qui « agissent selon leur conscience chrétienne, même s’ils ne peuvent se réclamer de l’Église ».

Néanmoins, l’angle choisi me semble réducteur, oubliant certains critères-présents dans la Bible. D’autre part, l’intervention de F. Varak pose le problème de la justice et de l’injustice, comme du mandat initial donné à l’homme et à l’Eglise : sachant que l’homme est créé à l’image de Dieu, et que l’Eglise est celle de Jésus-Christ, appelée à être « lumière et sel », peut-on envisager de rester silencieux face à l’injustice, sachant que Dieu est juste ? Il importe plutôt de clarifier les choses, à l’heure d’une certaine confusion sémantique/incohérence éthique(où il est possible de se dire « chrétien » ou de déclarer « prôner les valeurs chrétiennes » tout en professant la haine de l’étranger ou en stigmatisant le pauvre)

Ainsi, l’Eglise gagnerait à avoir une posture plus claire, notamment face à certaines interventions de la part de personnalités jugées abusivement représentatives « des valeurs chrétiennes », et ce, alors que beaucoup se réclament d’un FN décomplexé, notamment sur les réseaux sociaux/sites dits évangéliques.

A ce sujet, le pasteur et éthicien Luc Olekhnovitch, de la commission éthique de la Fédération Baptiste et des Eglises Libres, estime que si « les chrétiens n’ont pas de GPS électoral », « ils ont une boussole: c’est l’amour. Or l’amour chrétien «ne cherche pas son intérêt». Pour voter d’une manière chrétienne, il faut donc faire cet effort d’amour pour tous les hommes, qui est celui de Dieu et s’élever au-dessus de notre intérêt particulier, ou communautaire, pour chercher le bien commun [c’est ce que l’on appelle le politique, ou la conscience d’un « nous » qui « dépasse les particularités »  cf le Conseil Permanent de la Conférence des évêques de France dans Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique]. Ce bien commun n’est pas l’idéal du Royaume de Dieu mais évite le pire du nationalisme haineux, qui crée un climat de guerre civile, ou d’un libéralisme qui détruit des vies au nom de l’argent roi.
Alors pourquoi voter, en dépit du fait que je ne suis qu’un résident temporaire et d’une offre politique décevante? Par reconnaissance pour cette paix dont je jouis dans cette terre d’accueil et qui manque à tant d’êtres humains. Le prophète Jérémie a invité ses compatriotes à rechercher la paix de la cité où ils étaient exilés. Un bulletin de vote est une expression parmi d’autres de cette recherche de paix ».

 

 

Note :

(1) Voir, parmi d’autres, ces deux commentaires à l’article de Florent Varak :
Nathan : Question complexe. Pour le coup je n’étais pas très à l’aise avec le document « laisse ta colère », mais pour des raisons différentes. Je ne l’ai pas devant moi mais j’ai le souvenir de l’avoir lu et de m’être dit qu’il n’attaquait pas le problème de fond ou que les arguments n’étaient pas bien solides.
Mais ayant dit cela, je ne suis pas contre le fait que des églises ou unions d’églises prennent explicitement position contre un parti qui a un historique de racisme assez effrayant, et qui se positionne dans une approche nationaliste et souverainiste. On peut débattre du bien fondé biblique de la démocratie, des valeurs de la république et même de la séparation de l’église et de l’état (invoquée dans cet article – et qui m’est personnellement chère aussi). Ce sont des points bibliquement défendables sans que ce soit nettement tranché ; des « moins pires » dans un monde déchu. Mais le supériorisme national invoqué par le FN ne trouve aucun écho possible et est donc indéfendable. Sachant, historiquement, le mal commis par les partis nationalistes en Europe au siècle dernier, je pense qu’il est judicieux pour les personnes qui ont un rôle de père au sein de leurs églises ou unions d’église de prévenir contre de telles lignes politiques (quitte à ce que cela nous coûte si ces partis venaient à être élus). Je ne pense pas que le parallèle entre le FN et les nazis soit tiré par les cheveux, et personnellement, je considère Bonhoeffer comme un défenseur de l’Evangile dans sa génération, en particulier à cause de son attaque ouverte de son gouvernement, et je considère ceux qui ne l’ont pas fait comme des aveugles ou des lâches (sans prétendre que, à leur place, j’aurais fait bien mieux).

Jacques Nussbaumer : Voici quelques remarques que m’inspire cette prise de position en contraste avec la « lettre » proposée par la commission d’éthique protestante évangélique:
– L’invitation à « laisser la colère » m’a paru très utile pour faire réfléchir les chrétiens qui sont appeler à voter. Je crois que les « mouvements de l’âme » qui animent le geste citoyen du croyant méritent d’être sondés. Je regrette simplement que le texte de la commission d’éthique ne mentionnait pas dans sa lettre que ce principe a un réel intérêt au-delà du cas particulier de cette élection, tant je le crois juste et pertinent (particulièrement quand l’exaspération devant une majorité donne envie de voter de l’autre côté par réaction). On aurait pu souligner davantage que, sur le fond, il y a dans le texte de la commission un message important pour nous chrétiens (en rappelant d’ailleurs qu’il leur était destiné!).
– J’adhère à la réaction proposée ici par F.Varak sur un point: l’Eglise en tant que telle n’est en général pas appelée à se prononcer sur un parti politique ou un autre… Néanmoins, sur ce cas particulier, la réaction proposée ici semble impliquer que le FN serait un parti « comme les autres », ni pire, ni meilleur. Si le système démocratique ne nous donne jamais le choix entre le « bon » et le « mauvais », si le vote implique toujours certains renoncements et se situe dans un « gris » (pas le « noir ou blanc »), on peut plaider légitimement que l’histoire du XXè siècle nous invite à discerner certains « passage de ligne rouge », dangereux pour tous… Autrement dit, le texte proposé par la commission éthique ne relève à mon avis pas du « cas général » de la vie démocratique (l’Eglise ne choisit pas un parti) auquel les arguments de F. Varak s’appliquent probablement en partie, mais bien du discernement d’un cas assez particulier. Cela ouvre le débat, que je perçois comme délicat mais nécessaire au sein des églises évangéliques, sur les valeurs tirées de l’Evangile et leur hiérarchie dans la vie chrétienne individuelle et collective (certains chrétiens pourraient estimer certaines idées défendues par le FN comme biblico-compatibles)… Quitte à admettre peut-être, avec humilité et lucidité, que les chrétiens/les églises ne tirent pas forcément les mêmes valeurs de l’Evangile…
– Les points proposés à la fin du texte sont difficilement contestables (« prêcher l’Evangile », « vivre », etc), mais je regrette simplement qu’ils soient opposés à l’invitation de la lettre de la commission comme s’ils étaient incompatibles… On peut proposer les deux! La prédication de l’Evangile, au nom de « l’amour de Jésus » doit permettre d’accueillir les personnes de tous horizons, j’en suis en effet convaincu… Mais certaines « grandes lignes » de l’éthique que propose l’Eglise sont bien connues, et doivent l’être, au-delà de nos murs! Un athée doit être bien accueilli dans l’Eglise, mais il saura bien (pour le coup, il le sait normalement d’avance!) que nous ne pouvons cautionner la vision athée du monde, et que nous la croyons fausse! Le message de l’Evangile s’incarne dans la Parole et les actes, en interne (les points auxquels F.Varak nous rend attentif) et en externe par des positions verbales et des actes des chrétiens dans le monde, et de l’Eglise (p;ex. ne devait-elle pas prendre position sur l’esclavage dans la lutte pour l’abolition? Certains chrétiens pouvaient se contenter d’être de « gentils maîtres »…). Et il est juste de rappeler qu’ils (paroles et actes) peuvent attirer l’attention d’un futur parti au pouvoir qui le verrait d’un mauvais oeil… Ne faut-il pas l’assumer? Il me semble que cette réaction met dans un même « pack », sous l’appellation générale « politique », des questions qu’il conviendrait, d’un point de vue chrétien, de différencier: il y a des choses qui relèvent de lignes de séparation qu’implique l’Evangile (dans un contexte particulier, ici, le respect de l’autre), et d’autre moins ou pas du tout…
Ce texte laisse finalement entendre bien plus que le refus de se positionner contre un parti politique en particulier. Il semble impliquer que l’Eglise ne doit pas s’impliquer ou se prononcer sur les grandes questions de sociétés, de peur soit de heurter de potentiels futurs membres, ou de faire sourciller un éventuel futur pouvoir (qui plus est, de tradition « autoritaire »)… Cela nous rappelle qu’il y a à ce niveau de vraies divergences, au sein du protestantisme évangélique, à propos de la position du chrétien et de l’église dans le monde, dans le cadre de la première création… Si Dieu est souverain, ce dont nous ne doutons pas, sa souveraineté n’exclue pas forcément notre engagement dans la vie en tant que chrétien, NI en tant qu’Eglise… Pas en faveur d’un parti , j’en conviens bien avec F. Varak! Mais avec cette précision: s’opposer, comme c’est le cas ici, à un parti (très) particulier, ne peut pas être traité dans la même catégorie que le choix de favoriser un parti (l’exemple américain cité par F. Varak). Le geste n’est pas du tout le même, et n’a pas le même sens!
– S’aventurer dans la question de l’implication citoyenne implique le risque, c’est vrai, d’erreurs, tant ce qui est en jeu ici est l’affaire de discernement, et d’une sagesse difficile à déployer dans le « gris » du réel… qui est aussi bien souvent, à une autre échelle et dans une autre mesure, la réalité de nos églises. Notre désir légitime de lignes claires, d’un témoignage percutant ne pourrait-il pas provoquer chez nous cette démesure (l’hubris grecque!) de vouloir faire croire que l’église pourrait s’abstraire de l’engagement avec la réalité de la première création, de ses débats, ses contradictions? Ne serait-ce pas dans la MANIERE d’y faire face lucidement que l’Eglise peut communiquer quelque chose de l’Evangile? Pourquoi pas dans la manière dont elle invite à glisser un bulletin dans une urne, en « laissant la colère »?

 

 

Élections 2017 : ce que les chrétiens ne doivent pas oublier

Quel est votre regard sur vos propres engagements sociaux et politiques ? (Et ceux de vos frères et soeurs en Christ ?) L’est-il à la lumière de la Bible.
(Première de couverture du roman « La Lucidité » de José Saramago)

Le premier tour de la présidentielle 2017 approche, et avec lui un risque de polarisation, soit tout ce qui peut risquer de diviser les chrétiens entre eux selon des lignes politiques plutôt que théologiques et bibliques. Chacun de nous est convaincu que tel parti, tel vote est le meilleur, le plus cohérent, le moins dangereux. C’est normal : c’est ce que le vote politique est. Mais les tensions politiques et sociales actuelles ne militent pas en faveur d’un dialogue sain, même dans nos Églises. Le deuxième tour en particulier promet d’être un défi pour nos Églises. Les quelques réflexions proposées ici par Yannick Imbert,  professeur d’apologétique à la faculté Jean Calvin à Aix-en-Provence, ne sont bien sûr que sa propre opinion. Elles ne sont faites que pour nous encourager à un regard critique sur nos engagements sociaux et politiques, et de toujours le faire à la lumière de la Bible.

La suite à découvrir sur le site TGC Evangile 21.

Présidentielle : Jésus serait-il « le président honoraire d’un club d’investissement » ?

Existe-t-il un « vote chrétien » ? Jésus serait-il le « président d’honneur » d’un parti quelconque ?
(Source : « Mockingbird »)

Pourquoi le « vote chrétien » est un mythe, et pourquoi « c’est heureux » qu’il en soit ainsi :

Dans un billet publié sur « Point théo », Louis Schweitzer, pasteur de la fédération baptiste et professeur d’éthique, nous invitait à prendre conscience du caractère complexe et paradoxal d’une élection : « Sans nous faire d’illusion sur les résultats d’une élection, nous devons avoir conscience qu’ils ne seront pourtant pas sans conséquences sur la vie concrète dans notre pays. Une des difficultés est que ces conséquences toucheront des domaines très variés. S’il n’y en avait qu’un, les choses seraient plus simples : nous chercherions de quel candidat nous nous sentons le plus proche et nous voterions pour lui. Malheureusement, nous nous sentons souvent proche de l’un sur un thème et d’un autre sur un autre sujet. Le grand danger, pour les chrétiens comme pour bien d’autres, serait de tout réduire à une unique question. Cette manière de faire est passionnelle et surtout réductrice »

Une intervention à rapprocher de ces deux autres, faites jeudi 30/03, le matin sur France Inter. Lesquelles ont été rapportées et commentées par le journaliste catholique Patrice de Plunkett sur son blogue : des curés de paroisses parisiennes soulignent, l’un, que l’Eglise ne donne « aucune consigne de vote » ; l’autre, que M. Fillon se dit chrétien mais que ça n’oblige pas à voter pour lui. En positif, le recteur de ND des Victoires propose un critère réellement chrétien : « Comment notre société peut-elle tolérer que des gens soient privés du nécessaire ? ». Le curé de St-Paul-St-Louis rappelle que l’Eglise ne lance pas d’anathèmes, mais que sa paroisse « accueille une famille de réfugiés syriens demandeurs d’asile ». Etc. On peut rapprocher ces propos du très récent discours de Mgr Pontier (président des évêques français). « Voilà ce que dit l’Eglise, dont nous sommes les pierres vivantes. Tout catholique devrait être en phase avec elle. Est-ce le cas ? » questionne Patrice de Plunkett. « Pas vraiment », répond-t-il, en s’étonnant d’ « un bizarre « vote catholique » qui refuserait les préconisations de l’Eglise… », « tournant le dos aux encycliques et préférer la doxa d’HEC ou les bricolages de la jeune Marion », et ce, « au nom de son « identité catholique » .

D’où l’intérêt de la tribune publiée le 27/03 dans Le Monde par trois jeunes catholiques (Anne Guillard, Pierre-Louis Choquet, Jean-Victor Elie) qui « refusent de laisser à la droite le monopole des valeurs chrétiennes », que Patrice de Plunkett cite, en mettant en gras les passages significatifs :

« D’après un sondage Ifop réalisé pour Famille chrétienne au début du mois de janvier 2017, 30 % des électeurs catholiques se disent prêts à voter pour François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle, 29 % pour Marine Le Pen et 16 % pour Emmanuel Macron. Nous, une poignée de jeunes catholiques, refusons de laisser à la droite le monopole des « valeurs chrétiennes ». Nous pensons qu’il est urgent de défendre la légitimité d’un vote radical, qui réponde aux exigences auxquelles nous appellent l’humanisme évangélique et les interpellations fréquentes du pape François : combattre le délitement des liens sociaux accéléré par la montée des inégalités économiques, se saisir résolument de la question écologique et repenser en profondeur notre manière de participer à la vie démocratique et citoyenne. Nous contestons la position des catholiques qui refusent a priori de considérer les candidatures de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon au motif que ceux-ci porteraient l’héritage d’une gauche foncièrement antireligieuse : l’enjeu de l’élection présidentielle est trop important pour donner autorité aux préjugés et se soustraire à l’examen attentif des programmes ainsi que des projets de société qu’ils dessinent. Ce temps de campagne électorale devrait d’abord être l’occasion d’imaginer les contours d’un monde sorti de la spirale de l’accélération : ce n’est qu’en nous déliant davantage du capitalisme que nous pourrons nous risquer toujours plus à la rencontre et à l’hospitalité. En publiant sa lettre encyclique Laudato si’ il y a deux ans à peine, le pape François appelait tous les hommes et femmes de bonne volonté, et en particulier les chrétiens, à se rassembler pour œuvrer collectivement à la construction d’une société plus inclusive, capable de réinventer son inscription dans des écosystèmes fragiles. Il a réitéré cet appel en février dernier, dans une lettre adressée aux représentants des mouvements sociaux de Californie, dans laquelle il a énergiquement rappelé : »Ne tombons pas dans le déni. Le temps nous est compté. Agissons. » […] 

Évidemment, poursuit Patrice de Plunkett, certains chrétiens « s’écrieront qu’on ne peut pas voter pour M. Mélenchon qui veut constitutionnaliser (?) le droit à l’IVG. Mais M. Fillon et Mme Le Pen, quant à eux, garantissent qu’ils ne toucheront pas à l’IVG : c’est quasiment la même chose que M. Mélenchon, à part certaines positions de principe. Si la question de l’IVG devait être considérée comme le critère catholique absolu dans un débat électoral, alors les catholiques ne pourraient voter pour personne : aucun des candidats ne propose de revenir sur l’IVG telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui. Tous certifient qu’ils veilleront sur son application ».

A l’inverse et à contre-courant, les jeunes signataires de la tribune du Monde rappellent qu’il existe d’autres critères chrétiens que la question (certes cruciale) du droit à la vie.  Mieux, ils les énumèrent. Les jeunes(et moins jeunes) chrétiens évangéliques sauront-ils faire de même ?

Lire l’intégralité de la note de blogue(partie 1) de Patrice de Plunkett ici. La partie 2 .