« Et c’est ainsi qu’on fabrique colère et lassitude chez le téléspectateur frustré … »

« ….au lieu de lui donner les outils pour raisonner et participer au débat ».

A découvrir cet excellent récent billet de blogue d’Aliocha, journaliste, à propos de deux grands événements récents : la coupe du monde 2014 et la grève de la SNCF…et de la façon dont on nous en informe : une information « optimale », « en continu », pour le premier, et une information « bien moins optimale », pour le second. Et avec quelles conséquences  ? Et, surtout(la réponse à cette dernière question, telle « la morale de l’histoire », peut faire mal)pourquoi un tel traitement de la part des médias ?

Car, enfin, qu’attendons-nous des médias ?

Pour en savoir plus, lire ici : http://laplumedaliocha.wordpress.com/2014/06/16/des-emmerdes-et-des-jeux/

Foireux liens(4) : le mondial « battra-t-il sa coulpe » ?

De nouveaux foireux liens pour une coupe foireuse…..

 

"Eduquons, éduquons ! Pas besoin de la coupe !"

« Eduquons, éduquons ! Pas besoin de la coupe ! »

Voici un pays qui, à lui seul, est 15 fois plus grand et 3 fois plus peuplé que la France. Un pays qui est la 8e économie du monde.

Ce pays sera(il l’est déjà) particulièrement au centre de l’attention médiatique, à partir du 12 juin 2014(en attendant les JO d’été de 2016) :
En effet, des millions de supporters du monde entier se préparent à vivre  « la coupe des Coupes »,  dans un pays où tout le monde est « fou de foot ». Mais comment ce gigantesque événement est-il organisé au Brésil ? Avec quelles conséquences économiques, sociales et morales, sur les Brésiliens ?

Or, le Mondial n’a pas encore commencé qu’il se fait déjà tacler :

-Par les brésiliens eux-mêmes : « des manifestations ont déjà rassemblé plus d’un million de personnes qui s’offusquent des dépenses d’argent public engendrées par cet événement : des 10 milliards prévus, la douloureuse s’élève déjà à plus de 11 milliards d’euros », une somme astronomique qui aurait pu être utilisé pour les transports, la santé ou encore l’éducation. Et ce, alors que le Brésil se trouve dans une importante crise économique. « Ex-star du ballon rond, idole nationale après avoir été sacré champion du monde en 1994, Romario, aujourd’hui député, avoue lui-même que « les 3,5 milliards de reais [environ 1,1 milliard d’euros] qu’il a fallu ajouter au pot du Mondial permettraient de construire près de 500 nouveaux établissements d’enseignement technique au Brésil ». On pouvait déjà le lire le 22 octobre 2013, dans le journal « L »âge de faire ».

Par les évêques brésiliens : A quelques jours du coup d’envoi entre le Brésil et la Croatie, ces derniers dénoncent le gaspillage de l’argent public par les organisateurs alors qu’une partie de la population n’a pas accès aux services de base, dans une brochure distribuée dans toutes les paroisses du pays.

Par les graffeurs de rue, qui,  à Rio de Janeiro et São Paulo, ont décoré les murs de leur quartier avec des graffitis qui accusent la FIFA d’exploiter le Brésil et avec des dessins qui dénoncent la négligence de leur gouvernement sur les besoins des pauvres(particulièrement à l’heure où l’on privilégie des politiques libérales de « baisses de dépenses publiques »), et le choix prioritaire de donner de l’argent à cet évènement sportif.

Parmi ces graffitis, celui-ci

La coupe du monde, vu par l'artiste Paulo Ito. Lequel a peint ce graffiti à l'entrée d'une école de São Paulo

La coupe du monde, vu par l’artiste Paulo Ito. Lequel a peint ce graffiti à l’entrée d’une école de São Paulo

a fait le tour du monde.

 

Bref,  »était-ce vraiment le moment d’organiser un Mondial quand des millions de Brésiliens manquent de tout  », s’interrogent des journaux brésiliens ? « Les gaspillages financiers pour la Coupe constituent un problème moral », relève le journaliste Patrice de Plunkett, lequel brosse un bilan de la politique économique et sociale de Dilma Roussef.

 

Il est de fait pertinent de regarder en dessous du tapis et de découvrir les dessous de « la coupe des coupes ». A ce sujet, voici une enquête effectuée dans l’une des 12 villes hôtes, Fortaleza, capitale du Céara, l’un des Etats les plus pauvres du Brésil :  « Copa Para Quem ? » , un webdoc sur les conséquences sociales de la Coupe du Monde de football, réalisé par Maryse Williquet et Clémentine Delisse, deux journalistes indépendantes. Un webdocumentaire disponible sur http://copaparaquem.com/fr/
Voir aussi ce dossier consacré à la coupe du monde sur http://www.autresbresils.net/

 

Décidément, « la coupe est pleine ». Le Mondial « battra-t-il sa coulpe » ?
Mais « l’espérance » ou « l’espoir » est peut-être ailleurs, puisque la coupe du monde a son magazine « 100 % chrétien », informe La Vie. Ce magazine pour la Suisse romande(et quelques points en France), au format rappelant le « 20 minutes », a pour ambition d’offrir « Le Quart d’heure pour l’essentiel ».
Préparé pour la coupe du monde et distribué dans les boites aux lettres et les clubs de foot, l’objectif de la publication-intéressant en soi-est de « proposer un lieu de dialogue sur des questions existentielles autour de grands évènements », et de « mettre en contact le grand public avec les valeurs chrétiennes » : « entendre des joueurs qui ont la foi, comprendre la foi qui se développe sur le terrain à partir de gestes qui font penser parfois à de la superstition, ou apprendre à gérer vos échecs, et à faire survivre votre couple au-delà d’un Mondial ».

Cependant, Le « quart d’heure essentiel » sera-t-il accordé aux brésiliens qui déclarent « ne pas avoir besoin de la coupe », mais que l’on se préoccupe d’un meilleur usage des biens publics…pour « le bien public », justement ? (les transports, la santé ou encore l’éducation) ? Lira-t-on des témoignages de chrétiens (joueurs ou non)brésiliens prenant position, « au nom de l’Évangile et du Christ », à ce sujet ?

Concernant le  Christianisme au Brésil, et notamment de « l’évangélisme », c’est la « croissance » de celui-ci, « passé de 6,6% à 22,2% de la population en dix ans », qui a beaucoup attiré l’attention : « Un christianisme démonstratif et prosélyte, tout dernièrement exprimé par des « Marches pour Jésus » qui ont rassemblé des centaines de milliers de manifestants », comme le relève le sociologue Sébastien Fath.

Néanmoins, on peut s’étonner du décalage entre cette « croissance évangélique » et la situation brésilienne, ainsi que du peu d’effet apparent de cette « croissance », comme lumière et sel, sur ladite société. On peut s’étonner de ce qu’un pays à ce point si christianisé, et comportant tant d’évangéliques, puisse témoigner d’ une situation à ce point dégradée économiquement, socialement et moralement*.

A quand « une marche » pour les pauvres et contre l’injustice sociale, « au nom de Jésus » ?

 

Mais en guise de mot de la fin, pour celles et ceux qui l’auraient manquée, voici une déclaration de Michel Platini, président de l’UEFA et candidat à la présidence de la FIFA, en réponse aux protestations toujours croissantes, qui menacent de « casser l’ambiance », la veille du coup d’envoi :

Une déclaration qui aura inspiré à Jérôme Latta ce commentaire sur son blog, taclant au passage l’ex-international français : « Le football peut encore faire efficacement diversion, mais il fait de moins en moins illusion. Quel que soit son pouvoir narcoleptique, au-delà d’un certain seuil il ne suffit pas à anesthésier les souffrances et les injustices au milieu desquelles il plante son chapiteau, ni à masquer le caractère de plus en plus obscène de sa propre prospérité »

« C’était le mot de la fin ! »

 

 

Note :
*Une question à laquelle Landa Cope, doyenne à l’Université des Nations de JEM, apporte une réponse, ou du moins, des pistes pour une vision du monde biblique,  dans « Modèles pour la société »(JEM édition).