Dieu est-il « omniscient », « omnipotent », « omni –un tas de choses » ?

Le fait de présenter Dieu comme descendant sur terre est vraiment une façon de dire un Dieu en relation avec l’humain, qui va au contact.
(BD de Marc-Antoine Mathieu. Edition Delcourt, 2009)

Telle est la question qui me paraît ressortir d’une autre question initialement posée à l’équipe de « 1001 questions » et dont la réponse a été publiée hier sur le site :

En fait, le concept d’omniscience ne vient pas de la culture biblique mais plutôt de la culture grecque. C’est une façon de parler de Dieu à partir de l’humain, ce que la théologie appelle « anthropomorphisme », c’est-à-dire que l’on fait prendre une forme humaine à Dieu. Dans ce cas, quand on dit que Dieu est omniscient, c’est juste une façon de définir Dieu comme un humain amélioré : l’humain peut savoir vraiment beaucoup, donc Dieu sait tout.

Or, le Dieu que présente la Bible est plutôt un Dieu relationnel.

C’est typiquement ce qu’exprime, par exemple, un passage comme Genèse 18v21. C’est vrai qu’on peut s’imaginer que Dieu aurait les informations sans descendre sur terre. Le fait de le présenter comme descendant sur terre, c’est vraiment une façon de dire un Dieu en relation avec l’humain, qui va au contact. Un peu comme quand il demande à Adam : « Où es-tu ? » — comme s’il ne savait pas… — juste pour qu’ils discutent à nouveau.

Bref, c’est plus le concept d’omniscience (tout savoir) qu’il faut questionner comme une sorte d’aspiration humaine trop humaine. Dans le même registre, nous savons que la toute-puissance de Dieu ne veut pas dire qu’il fait tout : il peut tout faire, mais choisit ce qu’il fait ou ne fait pas. Et c’est surtout son amour qui est tout-puissant, car… relationnel !

 

Dieu est un Dieu de contact

Dieu est un Dieu de contact.

Non parce qu’il aurait un super annuaire dans son i-phone, mais parce qu’il est un Dieu « tactile », de contact physique. Il est le Dieu du réel et le réel ne s’oppose pas à ce qui est spirituel.

Voici quelques exemples :

Le prophète Esaïe, témoin de la gloire de Dieu, s’écrie : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Eternel des armées.
Mais l’un des séraphins vola vers (lui), tenant à la main une pierre ardente, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes. Il en toucha (sa) bouche, et dit: Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié » (Es.6v1-7).

Découragé, le prophète Elie s’enfuit, se couche sous un genêt et réclame la mort, s’estimant « pas mieux que ses pères ». Et « voici, un ange le toucha, et lui dit: Lève-toi, mange… » (1 Rois 19v5 et ss.Voir aussi vv 11-13)

Daniel : « au bord du grand fleuve qui est Hiddékel », il a la vision d’un homme redoutable. Les forces lui manquent, et il tombe « frappé d’étourdissement, la face contre terre.
Et voici, une main (le) toucha, et secoua (ses) genoux et (ses) mains » et l’homme l’encourage par ses paroles et le fortifie (Dan.10v4-12, 16-19).

Jean, dans une scène comparable, est face à Jésus, qui se présente à lui dans un aspect également redoutable (Apocalypse 1v10-17). Il « tombe » alors « à ses pieds comme mort ». Mais Jésus « posa sur (lui) sa main droite en disant : Ne crains point ! »

D’autres scènes, dans les évangiles, sont à signaler, telles les scènes de la Transfiguration (Matt. 17v6-7), du lavement des pieds (Jean 13v1-17), ou de la pêche miraculeuse, scène magnifique et ô combien touchante, relatée en Jean 21.

Les scènes précédentes données en exemples nous enseignent premièrement qu’une attitude désinvolte ne saurait convenir, lorsque nous sommes face à Dieu. Néanmoins, si Dieu attend de nous que nous lui soyons disponibles et consacrés, tout en faisant preuve d’une « sainte crainte » à son égard, il est aussi ce Dieu qui nous révèle toute Sa bonté cf Exode 33v18-19, 34v6 ; Ps. 80 et Ps. 86.

Le toucher physique – un regard ou un geste – assorti d’une parole et parfois d’un élément matériel, rend ainsi tangible la grâce divine, au point de nous impliquer personnellement.