« Foireux liens » 2, le retour

Voici une nouvelle édition de nos « Foireux liens », inaugurés il y a plus de trois mois. Soit le « top du top des meilleurs/plus intéressants(ou tout simplement des plus amusants/insolites) sites internet » des derniers mois.

Pour nos « foireux liens » de janvier, nous nous attarderons sur :

1) Quand l’internet (ou le virtuel) « bouffe » une énergie bien réelle. Laquelle ? La nôtre, bien sûr !

Une critique du film « Disconnect » dans « Croire et vivre », par Nicolas Ciarapica :

Jeune femme s'ennuie par Petr Kratochvil Il est essentiel de savoir se ménager du temps sans distraction, pour être à l'écoute de Dieu

Jeune femme s’ennuie par Petr Kratochvil
Et si nous reprenions le temps que nous a volé la technologie ?

« Et si nous reprenions le temps que nous a volé la technologie ?
Sortir du virtuel pour se reconnecter à notre environnement immédiat. Reprendre pied avec notre quotidien et retrouver le chemin de la communication avec nos proches que nous négligeons. C’est tout le propos, assez peu à la mode il faut le dire, du film d’Henry Alex Rubin ».

 
Numérique : cette empreinte écologique que les consommateurs ont bien du mal à voir, un article de Nolwenn Weiler, à lire sur Basta Mag !
« L’économie virtuelle consomme une énergie bien réelle. Les « data centers », qui regroupent les serveurs indispensables à la navigation sur le Web et à la circulation des 300 milliards de courriels, pourriels, photos ou vidéos envoyés quotidiennement, peuvent consommer autant d’énergie qu’une ville de 200 000 habitants. Sans compter le coût environnemental de la fabrication d’équipements toujours plus nombreux. De quoi relativiser l’apport apparemment écologique de l’économie dématérialisée, avec ses « télé-réunions », son commerce en ligne ou ses téléchargements ».

2)Culture numérique versus culture du livre. Un « débat » classique avec une impression de « déjà vu »,  que d’aucun voudront zapper…à moins de le prendre sous un autre angle. Par exemple,  l’internet, le numérique : une culture taillée sur mesure pour un nouveau polythéisme ?

Femme sms lecture par Petr Kratochvil

Femme sms lecture par Petr Kratochvil

Extraits : « Avec l’humain multiconnecté de l’ère de l’Internet, des jeux vidéo et de leurs multiples écrans est en train de se constituer une nouvelle culture. Selon le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron, qui vient de publier «Rêver, fantasmer, virtualiser» (Dunod), sous-titré «Du virtuel psychique au virtuel numérique», cette nouvelle culture des écrans s’oppose à la culture du livre autant d’un point de vue strictement culturel que sur les plans cognitif et psychologique.
(…)D’une culture à l’autre, on change complètement de modèle. On pourrait dire que la culture du livre est taillée sur mesure pour des religions monothéistes : un Dieu, un livre… Et puis un auteur, un lecteur. La culture Internet, bien au contraire, semble faite pour le polythéisme et donc la multiplication des références ».

Entretien à lire également en mode PDF

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3) Notre rapport au livre :

Le message du Farenheit 451 de Ray Bradbury, ou Des trois éléments dont les hommes ont besoin, particulièrement à notre époque d’information(ou de surinformation). Par « Phil », un blogueur-lecteur :

Farenheit 451 décrit une société totalitaire qui brûle les livres, dans un futur indéterminé. Ce que l’on appelle une « dystopie ».

« Quelle est le message de Ray Bradbury à travers la description de cette société qui détruit les livres ? Tout d’abord les autodafés se focalisent sur les livres alors que l’important n’est pas le livre en lui-même mais bien les idées qu’il véhicule. Ce n’est qu’un medium. La télé ou la radio pourraient en ce sens être un outil qui aiguise le sens critique mais les programmes diffusés dans le roman servent plutôt l’abrutissement des masses.

Ray Bradbury fait dire à un de ses personnages que les hommes ont besoin de trois éléments.
Tout d’abord, la qualité de l’information. Dans le roman, les livres montrent le vrai visage des choses, ils montrent la vie. Deuxième élément nécessaire : le loisir d’assimiler cette information. C’est-à-dire qu’il ne faut pas être sans cesse dans l’action ou soumis à des messages en continu. Il faut pouvoir avoir du temps libre pour digérer l’information. Et le troisième élément est la liberté d’accomplir des actions fondées sur ce que nous apprend l’interaction entre la qualité de l’information et le loisir de l’assimiler. Un triptyque fait de libre circulation de l’information, de temps de loisir et de liberté. Voilà ce qui est fondamental pour l’homme ».

Bradbury donne l’espoir d’une nouvelle société qui se souvient, mais aura-t-elle le courage de créer la possibilité d’un échange créateur de nouvelles idées ?

La réponse ici, dans ce fort intéressant article de Tatjana Barazon :

Des livres dans la tête : la bibliothèque imaginaire chez Bradbury, Canetti et Joyce ou trois livres* qui parlent de livres pour saisir le rapport particulier que l’homme entretient avec eux, et qui montrent chacun une relation différente au livre en tant qu’objet :  Fahrenheit 451(encore), Auto-da-fé, et Ulysse.

Lecteur (ou homme) livre
Lecteur(ou homme) livré
Lecteur (ou homme) libre

« Fahrenheit 451 et Auto-da-fé font état de l’importance primordiale du livre pour l’individu et pour la société. Le livre est un symbole de la liberté créatrice de l’homme et de sa faculté d’exprimer ses émotions. Quand le livre est interdit et même brûlé, cette liberté est mise en danger. L’homme se perd dans le bonheur facile, et finit par s’anéantir. Le livre est considéré comme le plus grand obstacle au bonheur dans une société qui recherche l’absence de douleur.
L’isolement que constitue le livre et le rapport à lui reste cependant un danger quand la lecture devient enfermement. Dans Auto-da-fé d’Elias Canetti, c’est un savant sinologue, le professeur Kien, qui cherche à remplacer la vie par les livres. À la différence de Bradbury, Canetti n’imagine pas une société qui meurt par un manque de livre, mais plutôt un homme qui est anéanti par un « excès de littérature ». Le personnage de Kien démontre le danger d’un attachement total aux livres. Il finit aussi par se détruire parce qu’il ne cherche plus le contact de l’autre.

C’est chez Joyce, et notamment avec Ulysse que l’expérience du livre devient véritablement fructueuse, quand le lecteur arrive enfin à trouver goût à la vie à travers le livre ».

L’intégralité de l’article à découvrir ici :

Tatjana Barazon, « Des livres dans la tête : la bibliothèque imaginaire chez Bradbury, Canetti et Joyce », Conserveries mémorielles [En ligne], #5 | 2008, mis en ligne le 01 octobre 2008.

4) Respect de la vie : quels enjeux ?

– Qu’est-ce qui est « obscène » ?

« Les 85 personnes les plus riches du monde possèdent autant d’argent que la moitié de la planète, ou plus exactement, les trois milliards et demi de personnes les plus pauvres. C’est le message du rapport « Working for the Few », publié par l’organisation caritative Oxfam, spécialisée dans les initiatives de développement, qui décrit l’écart grandissant entre les plus riches et les pauvres. Selon Oxfam, la croissance rapide des fortunes des super-riches menace le progrès continu de l’humanité.(…)
« Les riches ont saisi des opportunités aux dépends des pauvres et cela a contribué à créer une situation dans laquelle 7 personnes sur 10 dans le monde vivent dans des pays où les inégalités ont augmenté depuis les années 1980 », indique le rapport.
Oxfam veut que les dirigeants rassemblés au Forum Economique Mondial de Davos s’engagent sur un certain nombre de points, incluant le soutien à une taxation progressive, et l’utilisation des fonds publics pour promouvoir des soins de santé, une éducation et une protection sociale pour tous les citoyens ».

« La Mort n’est pas toujours leur métier », un billet du blogueur-juriste catholique « Thomas More » , blogueur que nous avons récemment cité ici, qui rappelle, à l’occasion du cas de Vincent Lambert que La loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, dite loi Léonetti, est fondée sur un double refus : refus de l’acharnement thérapeutique ; refus de l’euthanasie. Le législateur refuse de légitimer la transgression de l’interdit de tuer tout en autorisant l’arrêt des traitements disproportionnés : cet équilibre, un peu ambigu (…)est l’originalité du droit français ».

Et de conclure ainsi : « Les personnes en état végétatif ou en état pauci-relationnel, ne sont peut-être plus des patients ordinaires pour les équipes médicales : elles restent des personnes humaines, vivantes à l’égard desquelles notre commune humanité impose respect, soin et attention. Elles nous invitent en réalité à remettre en cause la démarche éthique dominante et à réfléchir à une éthique de communion (V. B. de Malherbe, Le respect de la vie humaine dans une éthique de communion : Parole & silence 2006). Après les ambiguïtés du rapport Sicard, et le rappel de l’engagement 21 du candidat Hollande, cela devient urgent : Il est donc nécessaire et urgent de poursuivre un véritable engagement de solidarité et de fraternité (CEF, Fin de vie) »

Voir aussi cet article de La Vie.

Et la position du Cnef sur la fin de vie.

-L’Eglise locale, havre de paix pour les homosexuels
Par Gilles Boucomont,  Eglise Protestante Unie du Marais,
publié dans « Homosexuel, mon prochain », hors-série n° 15 des Cahiers de l’Ecole Pastorale.

Retour sur la période ayant débouché sur l’adoption finale du texte de loi dit du « mariage pour tous ». Gilles Boucomont relève que loin d’avoir été « un temps de débat, un temps de paroles », cela a été « plutôt un temps pour des cris. Cris de douleur de la communauté homosexuelle qui s’est souvent construite, à raison, mais parfois aussi à tort, dans une identité de rejet. Cris de colère des défenseurs du mariage, chrétiens ou non, attachés à une institution qui s’est forgée en France pour délimiter et encadrer natalité, filiation et transmission. Après tant de bruit », il est temps de « se retrouver en Eglise pour penser les questions qu’ont fait surgir ces débats, avec un impératif que le Christ nous soumet : être dans sa vérité, et être dans la paix. En somme être en Lui, qui est Vérité et Prince de paix.

(….) Il n’est pas insensé de considérer que tous ces péchés sont aussi graves les uns que les autres, dans la mesure où Paul proclame qu’ils nous privent du Royaume. Mais l’attitude de Christ en Jean 8 par rapport à la femme adultère devient la nouvelle norme du Royaume. L’Eglise, qui prolonge l’œuvre de Christ est donc le lieu où doit s’exprimer l’habile dosage de sévérité à l’égard du péché, et de compassion à l’égard du pécheur désireux de changer de vie.
Les Eglises sont donc appelées à être des lieux de sécurité et de refuge pour les personnes se disant homosexuelles, où elles peuvent être sures d’être préservés de toute forme d’homophobie et de tout jugement. Nos Eglises doivent être des lieux où se dit la vérité, mais dans l’amour qui prévaut aux suiveurs de Christ. Elles sont appelées à être des lieux de grande sécurité spirituelle mais aussi émotionnelle pour que les pécheurs s’y retrouvent comme étant graciés, et apprenant à en tirer toutes les conséquences jusque dans chaque recoin de leur vie.
Mais comme pour tout pécheur, ce lieu de sécurité est aussi un lieu de vérité où la personne n’est pas confondue avec son comportement, mais définie dans ses vrais lieux d’identité ».

Voir aussi le texte de la commission d’éthique protestante évangélique “Aimer mon prochain homosexuel », en faveur d’une pastorale de l’homosexualité “qui soit digne, respectueuse et empreinte d’amour envers les personnes homosexuelles, tout en étant fidèle à la vérité biblique.

– « C’est de l’humour » : une phrase fétiche qui sert à justifier tout et n’importe quoi, à l’instar de « c’est de l’art » ou « c’est du débat ».
Mais peut-on souhaiter un « humour à tout prix », à l’instar d’une liberté « à tout prix » ou « totale » ? En réalité, l’humour est difficile à manier. Rare, donc difficile à trouver. Donc précieux.

Sa meilleure définition est peut-être celle du Père Bourgoin, curé de la paroisse de l’Immaculée Conception à Paris, après qu’une quinzaine de comédiens aient fait irruption en plein office le 12 janvier dernier, pour les besoins d’une émission de Canal + :

« L’humour c’est beaucoup d’humilité et beaucoup d’amour ».

-Pour finir, toujours sous le signe du « respect », qui pense à prier positivement pour le président François Hollande ? Qui pense à privilégier le « blessing », plutôt que le « bashing » ?

« Les Cahiers libres », semble-t-il, un blogue catholique au sous-titre très évangélique(« dans le monde sans en être »)qui espère que « François Hollande acceptera) Jésus pour Sauveur »!

« La visite du président François Hollande au pape François est très attendue. Après une année de rapports crispés entre le gouvernement et les catholiques français on se demande tous à quoi va ressembler cette rencontre. Certains – anonymement nommés « collectif de catholiques de France » –, inquiets que le Pape François soit en rade de sujet de conversation avec notre président,lui adressent une lettre ouverte sous forme de pétition (…)dans laquelle ils lui demandent d’officiellement faire état [à François Hollande] du profond malaise et de l’inquiétude grandissante de nombreux catholiques de France face à la promotion par son gouvernement d’atteintes majeures aux droits fondamentaux de la personne humaine(Loi Taubira, PMA-GPA, recherches sur l’embryon humain, euthanasie, Gender, etc.) et face aux attaques dont ils sont l’objet quotidiennement (…)Et puis, pour être honnête… je me demande si ça sert à quelque chose que le pape parle de La Manif Pour Tous à notre président.

Après tout …quand Jésus a débarqué chez Zachée, a-t-il commencé par lui parler de son rapport à l’argent ?
Imaginez… Et si la « méthode-Zachée » marchait encore ? Et si l’annonce cash de l’amour fou de Jésus crucifié était la meilleure méthode ? »

La suite ici

La fin du monde : une perspective fermée ou ouverte ?

Sur ce, bons clics et bonnes lectures !

Et on retrouvera dans trois mois de prochains « foireux liens » !

 

Notes :

*A lire ou à relire :
Bradbury, Ray, Fahrenheit 451, (1953) 2000, Paris, Folio Science Fiction Gallimard. Un classique, qui plaira même à ceux qui n’aiment pas ou n’ont pas l’habitude de la science fiction.

Canetti, Elias, 1935, 1949, Auto-da-fé (Die Blendung), Paris, L’imaginaire, Gallimard. Excellent. Le livre qui m’a fait aimer la littérature il y a plus de vingt ans. Si vous ne connaissez pas, plongez-vous vite dedans !

Joyce, James. Ulysse(1914-1921). Paris, Folio, Gallimard ou London, Penguin Books. Un classique de la littérature anglophone, que je n’ai toujours pas lu. Ce « troisième livre », dont il est fait question dans l’article précédent, ne pourrait-il pas être remplacé par La Sainte Bible,  en fin de compte ? Ce ne sont pas les traductions diverses et complémentaires (consultables partout et notamment dans la partie « liens » de notre blogue)qui manquent.

Les miettes du riche suffisent-elles à nourrir le pauvre ?

Le "Baron noir" de Petillon : "self made bird"

Le « Baron noir » de Petillon : « self made bird »

Il semble que non, si l’on en croit la parabole de Lazare et du riche, racontée par Jésus(Luc 16v19-31), puisque le pauvre meurt(comme le riche après lui, d’ailleurs)

La brebis du pauvre doit-elle nourrir l’invité du riche ?

Là encore, il semble que non : il suffit de lire ou relire la réaction d’un roi célèbre à ce sujet(2 Sam12v1-6 )-roi dont le rôle est d’« ouvrir la bouche pour le muet et de prendre la cause des délaissés »(Prov.31v8-9).

Bref, autant de questions dérangeantes-quand elles ne sont pas jugées provocatrices-susceptibles de nous éclairer, particulièrement aujourd’hui.

Le journaliste Patrice de PLUNKETT, ironisait, sur son blog, à propos de ce théorème libéral qui stipule que « quand les riches maigrissent, les pauvres meurent ». En réalité, constate-t-il, c’est l’inverse qui est vrai : « les pauvres meurent et les riches grossissent ».

Car, comme le relève encore Patrice de PLUNKETT, « 10 % de la population mondiale raflent 86 % des richesses, tandis que les 1 % les plus nantis accaparent 46 % des actifs….

 

Ce constat soulève plusieurs questions : « Les inégalités ne cessent de croître. Pourtant la richesse monétaire des individus, à l’échelle mondiale, a doublé en une décennie ! Qui détient ces fortunes ? Quels sont les pays qui tirent leur épingle du jeu ? Quelle serait la richesse de chaque Français si on répartissait l’argent de manière égalitaire ? »

Quant à nous-chrétiens ou non-nous ne sommes peut-être pas économistes, ou alors, nous ne nous sentons peut-être pas compétents pour donner un avis autorisé sur la question.

Cependant, la Parole de Dieu, la Bible, est là et elle contient des principes susceptibles de nous éclairer sur cette situation, ainsi que sur les pistes et solutions possibles.

Tout en citant le rapport BRANDT « Nord-Sud : un programme de survie »(1980)**, John STOTT, dans « Le chrétien et les défis de la vie moderne »(volume 1). Ed. Sator, collec. Alliance, 1987(pp217-245-chap. « L’inégalité économique nord-sud »), en voit deux :

-Le principe de l’unité : « la planète est une, ainsi que la race humaine » ; la Terre appartient à Dieu, qui l’a créée, et nous qui qui la peuplons, nous ne sommes que « les gérants », et nous lui appartenons également, cf Psaume 24v1. « Dieu a donc créé un seul peuple(…) et lui a donné un seul lieu d’habitation ». C’est à ce seul peuple-l’humanité-que Dieu a donné le commandement de Gen.1v28. Ainsi, au commencement, il n’était pas dans le plan de Dieu de diviser la terre en nations rivales(division et dispersion datant de Babel, cf Gen.11), vivant selon la loi du plus fort ou selon l’esprit d’une « concurrence libre et non faussée »***. Au contraire, tous les hommes « devaient mettre en valeur la terre toute entière, pour le bien commun »(op.cit. p228-230)

-Le principe de l’égalité, cf 2 Cor.8v8-15 : « Le Seigneur s’est dépouillé de sa richesse à cause de notre pauvreté pour que par sa pauvreté nous puissions avoir part à sa richesse. La renonciation du Christ visait ainsi une certaine égalité ».  Une expression de sa grâce : nous sommes appelés à agir de façon similaire, par amour, de façon libre et spontanée(op. cit., pp 235-237).

A noter que le terme employé par Paul est « isotès », qui signifie certes « égalité », mais aussi « justice », « équité », et non « uniformité ».

Ce passage de 2 Corinthiens 8v8-15, souligne John STOTT,  se base sur un autre texte de l’Ancien Testament concernant la manne(Exode16) : « celui qui avait ramassé plus n’avait rien de trop, et celui qui avait ramassé moins n’en manquait pas. Chacun ramassait ce qu’il fallait pour sa nourriture »****(v18).

Les effets de la spéculation sont décrits aux vv19-20 : « Moïse leur dit : Que personne n’en laisse jusqu’au matin. Ils n’écoutèrent pas Moïse, et il y eut des gens qui en laissèrent jusqu’au matin ; mais il s’y mit des vers, et cela devint infect. Moïse fut irrité contre ces gens ». Si l’on stocke, « ça pue ».

Résumons, dit donc STOTT :« Dieu a donné tout le nécessaire pour répondre aux besoins de tous les êtres humains(…)il ne supporte pas la disparité opposant l’abondance à l’indigence, la richesse  à la pauvreté ; lorsqu’une situation de ce genre apparaît, on devrait pouvoir y remédier par un réajustement dans le but d’assurer l’égalité ou de répondre à la justice ; la motivation qui pousse le chrétien à rechercher une telle justice est la grâce, cet amour empreint de générosité qui a amené Jésus-Christ à devenir pauvre, de riche qu’Il était, afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis ; les chrétiens sont appelés à suivre l’exemple du Seigneur et à prouver ainsi la sincérité de leur amour. »(op. cit., p238)

Comment alors concilier les enseignements de la Bible, Parole de Dieu, sur l’unité et la diversité, sur l’égalité et l’inégalité ?

« Le premier problème », juge John STOTT, « est celui de notre style de vie personnel », dans le sens qu’« il ne devrait pas y avoir de contraste évident entre notre style de vie et celui de notre entourage ». Il est donc possible d’adopter « un niveau de vie témoignant d’un amour empreint du souci d’autrui et du désir de partager », de recevoir sans embarras, « de façon naturelle et réciproque. »(op. cit., p 240)

Vivre de cette façon serait, à notre sens, l’expression de cette grâce de Dieu, que nous avons évoquée plus haut. Et « la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes », qui « a été manifestée », nous dit Tite 2v11-12, « nous enseigne à renoncer à une mauvaise conduite et aux désirs terrestres, pour mener dans ce monde une vie raisonnable, juste et fidèle à Dieu »(Français courant). « Raisonnablement »(ou « sagement »), « justement » et « fidèle à Dieu »(ou « pieusement ») : John STOTT ne le dit pas explicitement, mais on pourrait y ajouter « sobrement », exhortation biblique. Car est-il pertinent et réaliste de chercher « toujours plus », comme si  les ressources de notre planète(comme nos besoins ?) étaient infinies ?

Le deuxième problème est celui de l’inégalité économique Nord-Sud et de l’inégalité des chances : « puisque nous avons tous la même valeur, nous devrions tous avoir les mêmes chances de mettre en valeur le potentiel que Dieu nous a donné pour l’utilité commune ». Dans un contexte où, aujourd’hui, l’essentiel des richesses est concentrée en quelques mains(soit par une minorité de privilégiés, ce qui accroît/aggrave les écarts de richesses et donc les inégalités), John STOTT estime que « nous devrions chercher à tout prix à supprimer l’inégalité des privilèges pour garantir l’égalité des possibilités. Car il existe des millions d’individus dans le monde qui ne peuvent exploiter leur potentiel. Voici, aux yeux des chrétiens, le vrai scandale », qui constitue une atteinte à la dignité humaine, mais aussi « un affront au Créateur qui a équipé de dons les hommes, non pour qu’ils les gaspillent mais pour qu’ils les cultivent et les mettent au service de leurs prochains. »

Une « égalité des chances » dans les domaines de « l’enseignement, la prise de responsabilités dans les institutions internationales »(FMI, Banque mondiale…)et « les échanges commerciaux[sans oublier une autorité régulatrice nécessaire****] favoriseraient peut-être , plus que tout autre chose, une meilleure répartition des richesses mondiales »(op.cit., pp 241-243)

Nous-mêmes(pas plus que les pauvres) ne sommes pas obligatoirement responsables, termine John STOTT, « mais nous devenons coupables personnellement si nous acceptons qu’une telle situation se perpétue******. »(op. cit. p244).

Trouvons-nous « normal » ou « juste » qu’une minorité s’accapare les trois quarts du gâteau, quand nous sommes des milliards à table ? Ou culpabilisons-nous les pauvres, en fustigeant « l’assistanat » ?

Nous devenons coupables si nous entretenons ou encourageons tout système économique provoquant et nourrissant cette inégalité.

L’on aurait beau jeu, après, de tenter de lutter contre les conséquences de nos actes, en oubliant leurs causes. Ou de s’indigner contre ce qui n’est que la conséquence de ce que nous avons défendu.

D’aucun appelle cela :  « dissonance cognitive » !

 

 

 

 

 

Notes :

*« Selon les rapports du Crédit suisse, du HCR et du FMI, en 2013 la moitié pauvre de la planète ne possède que 1% de la richesse mondiale, alors que les 1 % les plus nantis accaparent 46 % des actifs. L’ascension vertigineuse des plus hauts revenus bat son propre record, en liaison avec la financiarisation de l’économie et – a contrario – avec le creusement non moins vertigineux des écarts de salaires ».

(Note de Patrice de PLUNKETT sur son blog, intitulée « 10 % de la population mondiale raflent 86 % des richesses » et datée du 11/10/13).

** A l’époque, « huit cents millions de personnes(étaient)encore sans ressources, c’est-à-dire que quarante pour cent de la population du Sud survit(…) à peine. Par ailleurs, le Nord, y compris l’Est européen, (possédait)un quart de la population mondiale et les quatre cinquièmes de ses ressources(…)plus de quatre-vingt-dix pour cents de l’industrie mondiale »(cité par John STOTT. Op. cit., p 219).

*** Dans cet esprit bien décrit dans Ézéchiel 34v1-6, 17-21

**** Outre cette répartition équitable, on remarque qu’il est prévu un temps pour ramasser et un temps de repos, où l’on ne ramasse pas.

***** Un exemple ici : Ézéchiel 34v7-17, 22-31

****** Pour aller plus loin, dans la réflexion, voir, par exemple, l’action et le ministère du Défi Michée : pauvreté, style de vie chrétien, dossiers d’animations « pour s’impliquer » et le jeu du « Banquet mondial ».

Enfin, dans la continuité du propos de John STOTT, l’on pourrait ajouter qu’il est un devoir pour chacune et chacun(le chrétien, comme le non-chrétien)de s’intéresser à l’économie et de chercher à comprendre ce qui nous paraît souvent obscur et complexe. Certes, la défense du « mariage biblique », la lutte contre l’avortement et l’euthanasie, « l’éthique »…sont autant de domaines importants, aux conséquences durables sur nos vies. Mais « comprendre l’économie, c’est maîtriser notre destin(…) la plupart des sujets à propos desquels nous votons, nous, citoyennes, citoyens, d’une démocratie, relèvent de l’économie. C’est notre responsabilité de comprendre ce pour quoi nous votons.« (GOODWIN, Michael. Préface du roman graphique « Economix ». Ed. Les Arènes, 2013, p9 – nous en reparlerons très bientôt)