Emmanuel Macron aux Bernardins : Discours « très brillant » ou « drôle de discours » ?

« Drôle de discours » ou « discours très brillant », « séduisant » ?

Invité par la Conférence des Évêques de France (CEF) à une soirée inédite au Collège des Bernardins, lundi 9 avril, le Président de la République a tenu, pour les uns, un « très brillant discours », ou pour les autres, « un drôle de discours » aux catholiques de France.

Ainsi, dans une récente note de blogue, le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath nous partage son ressenti sur le fameux discours d’Emmanuel Macron, discours qu’il qualifie de « très brillant sur la laïcité et les relations entre l’Etat et les religions »(1). Une façon de le percevoir, bien sûr, car « Phylloscopus », un autre blogueur, catholique et naturaliste, le qualifie à l’inverse de « drôle de discours », dans lequel il perçoit la volonté manifeste du Président de « réparer le lien abîmé entre l’Église et l’État ». Mais, (se) questionne-t-il, s’agit-il vraiment d’un problème de lien entre l’Église et l’appareil d’État ? A moins qu’il ne s’agisse d’un problème de lien entre l’Église et la société ? Là est la nuance.

Voici, en complément de l’opinion de Sébastien Fath sur la question, cette intéressante analyse du blogueur, dont la pensée peut se résumer ainsi :

« Emmanuel Macron n’a pas cherché à dialoguer avec l’Église. Il lui a transmis une offre d’emploi, sans cacher le moins du monde le rapport de subordination qui s’ensuit. Il attend une Église En Marche, adhérente et soumise à la discipline de son parti. Il a proposé [le 09/04] à l’Église un poste de Chief Humanisation Officer dans la startup France. Ce poste, c’est un job, ou plutôt un stage non rémunéré, sous l’autorité du Président de la République, consistant à lubrifier sa politique en lui assurant un vernis d’humanisme qui servirait à faire taire les râleurs d’un côté et de l’autre. Le service d’humanisme-washing dont sa politique a besoin ».

En clair, ce discours serait celui d’un « commercial » ou d’un « manager », seule réalité connue par Emmanuel Macron. Je pense alors à « Huguenau », personnage du roman « Les Somnambules » d’Hermann Broch : dans ce roman, les hommes y sont établis dans des systèmes de valeurs différents, aucune entente n’est finalement possible entre eux. Certes, le personnage d’ Huguenau converse encore avec autrui, mais il y a cette lettre qu’il envoie, à la fin du livre, à un autre personnage, la veuve Esch, où il s’exprime entièrement dans son langage propre : le langage de l’individu entièrement commercial.

Voir aussi l’analyse du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett, à consulter sur son blogue. Et lequel Patrice de Plunkett nous invite à lire le discours, qu’il qualifie de « long, riche en références érudites dans sa forme », mais « réduit au fond à trois signaux :

Je connais la maison Eglise, son histoire et son langage ;

Je saurai vous écouter ; 

Ça ne m’influencera en rien. 

Les deux premiers signaux sont là pour enrober le troisième, qui perce en plusieurs passages du discours ».

Enfin, les plus pressés se contenteront d’un résumé du discours.

 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

 

Note :

(1) Normalement, ce ne sont pas les relations entre « les Eglises et l’Etat » ?

 

Le buzz évangélique du mois : « la repentance » de Benny Hinn sur la théologie de la prospérité

Comment éviter le piège et la tentation du « buzz » et de « l’attrape-clics » ? Source : Les Décodeurs du Monde.

« Plusieurs articles parus (il y a plus d’un mois) affirment que Benny Hinn [le célèbre télévangéliste controversé] se repent d’avoir prêché l’évangile de la prospérité »(1), peut-on lire sur la toile. Une information,  que nous sommes invités à partager à tous nos contacts, et qui a alimenté toutes les discussions et spéculations pendant une semaine.

En réalité, il est plus exact de dire que plusieurs sites (2) se sont mis à relayer la même nouvelle, dans la semaine qui a suivi sa publication initiale, le 21 février, dans un “live” Facebook en anglais sans sous-titres, sur le propre compte de Benny Hinn.

Certes, les mois prochains nous permettront sans doute de vérifier ces déclarations, et, surtout, les raisons de leur publication, mais à l’heure actuelle, nous ne savons toujours rien de plus.

J’en profite pour souligner au passage que lesdites déclarations, basées sur une seule vidéo « live », sont actuellement largement diffusées sans pourtant avoir été vérifiées au préalable (cf 2 Cor.13v1, Deut.19v15). A ce sujet, questionnés par mes soins, les administrateurs du site « Soyons vigilants » m’ont répondu « qu’une certaine prudence s’impose dans tous les cas. Car si l’on visionne l’entier de la vidéo dans laquelle Benny Hinn fait sa déclaration, celle-ci perd un peu de son impact ».

Un peu comme lorsqu’un verset cité hors contexte conduit à de mauvaises interprétations ?

« Sur son site » (bennyhinn.org, tag « prosperity »), si nous prenons la peine d’aller vérifier, comme nous y invitent les administrateurs de « Soyons vigilants », «  il semble que rien n’a changé et que la promesse de prospérité soit toujours utilisée pour récolter des fonds ».

« Moralité » : si ces déclarations ne sont pas fondées, nous n’aurons eu que du buzz (évangélique, mais du buzz quand même) sans lendemain ou un simple coup de com’, ou les deux à la fois, et rien d’autre.

La question reste donc : Le croyons-nous (parce que c’est vrai) ? Ou l’espérons-nous ? Dans le second cas, nous ne chercherions pas « information » mais « confirmation » de ce que nous pensons/spéculons. Dit autrement : nous prendrions nos rêves pour la réalité.

 

Voir aussi, publié sur notre blogue : « si tu entends dire, vérifie avant de publier ! » 

 

 

Notes : 

(1) Sur la théologie dite de la prospérité, voir ce document du comité théologique du CNEF, et ces divers articles : de Christianisme aujourd’hui, de La Vie, La Croix….

(2) Par exemple, plusieurs blogs et magazines US, et, en France, Le Bon Combat et bien d’autres sites.

 

 

Existe-t-il une « information chrétienne » ?

« On t’a fait connaître », ô média chrétien, »ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi » (Michée 6v8). Image découverte sur le compte twitter de Gilles Boucomont (3 mai 2017)

…..une actu « chrétienne », ou même des infos « évangéliques » ?

 

Question susceptible d’être jugée « provocatrice », mais qui a son importance, puisqu’il convient de s’entendre sur ce qu’il convient d’appeler « information », et en quoi consiste l’acte d’informer.

Mais d’abord, que serait une « information chrétienne » ? Une information produite par un chrétien, selon des principes chrétiens ? Une information destinée (exclusivement) à un public chrétien ? Ou une information reflétant les valeurs de l’Évangile ? (1)

 

1) L’information produite par des chrétiens : cette approche définit la qualité de l’information produite et publiée en fonction de son producteur/rédacteur, qui peut se présenter comme « journaliste » ou non. Nous en déduisons alors qu’une information ne peut qu’être d’inspiration chrétienne si elle est réalisée par quelqu’un qui connaît le Christ comme son sauveur et seigneur personnel. Mais se pose alors la question de l’influence du péché/des principes du monde dans le travail du producteur d’info. Pour le dire autrement, la foi affichée du producteur d’info suffit-elle pour définir comme « chrétienne » une info qui peut être futile, mensongère ou traitée de façon peu rigoureuse ou racoleuse ? (2) A l’inverse, une information serait-elle moins chrétienne, si elle était réalisée dans le respect de la déontologie du journalisme (sans contradiction avec les principes bibliques) par un journaliste non chrétien ?

Comment éviter le piège et la tentation du « buzz » et de « l’attrape-clics » ? Source : Les Décodeurs du Monde.

Ainsi, qu’est-il vital de relayer/publier ? Qu’un pasteur se noie/se fasse dévorer par des crocodiles en voulant marcher sur l’eau pour imiter le Christ ?(3) Des faits divers donnant l’impression d’une insécurité croissante ? Ou de rappeler « qu’il est rare que le terrorisme, dans un pays occidental, devienne une cause première de mortalité ». Et qu’ « en France, les accidents de la route tuent vingt fois plus, les accidents domestiques 70 fois plus, les suicides 60 fois, et le tabac trois cents (…) Si la sécurité est la première des libertés, rationnellement, c’est d’abord cette sécurité médicale et sanitaire qui devrait truster les unes ». Or, « il n’en est rien. Pourquoi ? »

2) L’information destinée (exclusivement) à un public chrétien : dans cette optique, la qualité chrétienne de l’information est déterminée par le public auquel elle est destinée. Quand une population compte suffisamment de personnes se considérant « chrétienne » (de conviction, de culture ou d’éducation), elle représente ce que l’on appelle « un marché » pour toutes sortes de médias qui s’affichent « chrétiens » ou sont conçus pour promouvoir une vision du monde et une communication au service d’œuvres chrétiennes. Reste à savoir si ces médias visent la pertinence (informer selon un besoin d’information et de façon fiable) ou la popularité et la rentabilité (qui ne sont pas des gages de qualité ou d’authenticité !)

3) L’information au service de l’Eglise/œuvres chrétiennes : Cette approche définit la qualité chrétienne d’une information par son contenu, à des fins de communication. Dans ce cas, le site chrétien jouera un rôle de « relai d’information pour les œuvres », avec un rôle de communication et de sensibilisation. Une approche « utilitariste », qui n’a rien de honteuse en soi, pourvu que l’objectif soit clairement affiché(4).

4) L’information reflétant les valeurs de l’Évangile : Une approche qui détermine la qualité chrétienne par son contenu mais aussi surtout par son processus d’élaboration. Mais comment définir des qualités chrétiennes ? Reconnaitrait-on une « info chrétienne » parce qu’elle serait « positive » ? Un reportage sur les dessous de nos portables serait-il « moins chrétien » ?

5) Parler de la contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information serait sans doute plus juste, mais dans ce domaine, les chrétiens sont-ils « les premiers dans les bonnes œuvres » ? Nous y reviendrons plus loin.

Vous connaissez certainement ces « pure players » du web de confession évangélique revendiquant ce label : « Actus chrétiennes »(2010), « Chrétiens.info » (édité par « Le Journal chrétien »), « Evangéliques info »(2015) du groupe Alliance Presse (qui édite notamment « Christianisme aujourd’hui »),  « infochrétienne » (Né en 2013 sous le titre de « info-évangélique », puis re-baptisé « infochrétienne » en 2015), et le dernier-né « l’observateur chrétien »(2016).

Qu’en penser ? Personnellement, même si le sérieux de certains d’entre eux n’est pas à remettre en cause (d’autres me paraissent toutefois à éviter), je n’en suis pas fan pour plusieurs raisons que je vais expliquer maintenant, en précisant au passage ce que j’attends d’un média digne de ce nom.

Premièrement, si le ton et le style varient d’un site à l’autre (sérieux ou mesuré pour « Journal chrétien » ou « Evangélique.info » ; volontairement plus polémique, revendiquant un style d’« humour cool gras », cynique et vulgaire, pour « Actus chrétiennes »….), le modèle est généralement le même, rappelant les « breaking news » ou médias « d’info en continu » : parce que « la société évangélique française » serait « assez consommatrice d’une info de qualité courte, qu’on peut lire le matin au petit déjeuner ou en allant au travail »(5) ou même pendant le culte ou une réunion, il est proposé des choix de brèves/articles courts, revues de presse, et amorces d’articles (le plus souvent « rhabillés » par la rédaction qui change les titres) francophones/étrangers traduits qui renvoient aux contenus d’autres médias(l’important est la source de ces sites), ayant trait le plus souvent de la vie des Églises, des sujets de société, les chrétiens persécutés, la politique, parfois(mais plus rarement, à des degrés divers) la culture, la science/l’environnement et du socio-économique, et pas mal de « people et d’insolite » (avec la tentation du « buzz »). Les productions personnelles se traduisent pour l’essentiel par des chroniques/billets d’humeur des membres de la rédaction et/ou d’auteurs « invités ». Mais vu que tous ces sites se trouvent dans un contexte d’hyper concurrence, l’on peut constater un phénomène de mimétisme dans le choix des sujets et des angles.
 Une chose me frappe : la place donnée au « storytelling » type « 2.0 », ou le récit dit « édifiant », avec l’impression de voir la société appréhendée uniquement par le seul biais de l’individu : la figure du « self made man », du « héros entrepreneur » ou du « sauveur providentiel », aurait-il contaminé ces médias chrétiens, après les JT et les magazines d’information séculiers, avec le message implicite que la collectivité n’aurait pas d’importance, que l’individu existe en dehors d’elle, et qu’il s’est forgé tout seul ?Autre écueil, auquel n’échappent pas certains sites : l’approche « moralisante »(6) et partisane(7).
L’on pourrait croire que l’activité principale de ces sites consiste en « recyclage de dépêches », mais il est plus exact de dire que qu’il consiste à condenser des dépêches. Un média composé de dépêches complètes, bien qu’effroyablement monotone, serait beaucoup plus complet que ce type de sites. De là le sentiment d’une absence totale de « ligne éditoriale » et donc que rien de ce qui est fait n’est pensé, réfléchi, argumenté ou qu’aucun sens n’est donné aux « infos brutes » présentées. Ce que l’on voit, c’est un conglomérat d’articles, où plein de choses (certaines pouvant être bonnes ou réellement édifiantes) qui se juxtaposent aléatoirement, ou selon l’humeur, ou selon les critères du rédacteur en chef. Ces sites, même les plus sérieux, n’échappent pas toujours à l’écueil de l’information sensationnelle ou émotionnelle, où il s’agit plus de « faire sentir ce qui se passe » que de mettre l’information en perspective(8).
Le danger serait alors de se contenter de « lire en diagonale »(le plus souvent les seuls titres et le paragraphe), de « râler » ou de s’indigner de façon stérile, avant d’oublier ce qu’on vient de lire.

Et maintenant, qu’est-ce que j’attends d’un média sérieux, digne de ce nom ? Quelle pourrait être une contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information ?

Que les chrétiens aient préalablement réfléchi à ce que sont respectivement l’information, l’acte d’informer, l’objectivité et le rôle du journaliste. Ensuite, qu’ils aient intégré les problématiques suivantes dans la construction de leur projet médiatique : à l’heure où nous pouvons presque tout savoir en temps réel, est-il indispensable de tout savoir ? Comment faire le tri entre les informations ? Comment faire la part des choses entre l’essentiel et le futile ? Comment distinguer le vrai du faux, le fictif du réel, le mensonge de la vérité ? S’informer est-il un besoin ou un devoir ? Une responsabilité ? Et pourquoi s’informer ?

Ainsi, une information ou l’acte d’informer est ce qui renseigne avec exactitude sur ce que l’on ignore et qui répond aux questions « qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi ». L’information n’est pas une opinion mais un élément de connaissance vérifiable, qui s’adresse/s’impose à tous. Et la condition d’une information digne de ce nom, crédible, est la recherche de la vérité. Sur ce point, le « journaliste chrétien » est censé avoir un avantage sur le journaliste séculier : il croit en la vérité absolue ou qu’il existe une vérité. A l’inverse, le journaliste non chrétien, qui estime que la vérité n’est pas atteignable, a renoncé à la chercher. Il ne lui reste alors plus que son honnêteté (ou sa mauvaise foi) par rapport à ses croyances (ce à quoi il tient) ou ses convictions (ce qui le porte) et non plus par rapport à la réalité.

Ensuite, informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

A l’inverse, le but de la communication est « autre » que d’informer avec exactitude : influencer/susciter un acte, un comportement, des valeurs, un style de vie…. La communication présente les meilleures facettes d’un produit/organisme/personne afin que celui qui reçoit ce message y réponde favorablement.

L’objectivité est la qualité de celui qui décrit des faits avec exactitude et juge sans parti pris [le parti pris est « un péché », rappelle Jacq.2v1, 9]. Certes, il est difficile de l’être « à 100 % », mais tout journaliste sérieux se doit avant tout d’être honnête (envers lui-même), équitable (envers les personnes), prudent (dans le jugement) et prendre en compte la diversité des points de vue.

Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, l’objectivité de celui nous informe me paraît possible à condition de : vérifier l’information sur le terrain, auprès des personnes concernées[ce qui implique de revaloriser le reportage], et donc de ne pas se contenter de rester derrière un écran à recycler des brèves ; privilégier la diversité des perceptions et des opinions, même contradictoires ; ne pas porter de jugement moral ou moralisant ; expliquer sa démarche (comment l’œuvre est construite) ;  préciser les limites et le cadre de l’enquête ; permettre au spectateur/lecteur de discuter/enrichir le contenu et d’apporter une contradiction/réfutation/ rectification de ce qu’il voit/lit(9).

L’on est donc en droit d’attendre des médias qu’ils expliquent, invitent au recul et nous engagent à agir, comme à démonter les discours de la peur, plutôt que d’alimenter cette dernière à coup de reportages.

Enfin, journaliste est une profession non réglementée : n’importe qui peut se revendiquer comme tel. Mais elle nécessite un minimum de formation, pour construire une pensée correcte, être capable de prendre de la distance avec ses propres émotions et présupposés, discerner le vrai du faux, l’essentiel du futile…. Le journaliste se distingue de toute autre personne s’exprimant dans un média, non parce que ses analyses seraient plus pertinentes, mais parce qu’il est chargé d’une mission d’intérêt général : rapporter des faits précis de façon exacte et impartiale, pour le public et en son nom. Il ne saurait donc être « un publiciste » ou « un propagandiste » au service d’intérêts privés. Ou alors il s’appellera « attaché de presse », « porte-parole », « communicant », mais pas « journaliste ».

Les médias véhiculent-ils une vision du monde ?
(Goodwin/Burr. Economix)

Ceci dit, un média (chrétien ou non) peut-il véhiculer une vision du monde ?

Bien entendu.

Interviewé par Society, le 09 décembre 2016, David Pujadas, le journaliste estimé « le plus crédible de France », est revenu sur le traitement de l’information dans son JT : « Oui, le journal véhicule sans doute une vision du monde: l’idée implicite que le salut et le bonheur résident dans la consommation ou l’accumulation des richesses. […] Or la croissance non mesurée, l’attention portée aux autres, […] c’est essentiel dans une société. Mais on ne la traite pas. En ce sens, oui, il y a une idéologie cachée »(10).

Basta !, un média indépendant centré sur l’actualité économique, sociale et environnementale, en défend une autre : constitué d’une équipe de journalistes et de militants associatifs, il a pour but de contribuer « à donner une visibilité aux enjeux écologiques, aux actions citoyennes, aux revendications sociales, aux mouvements de solidarité et aux alternatives mises en œuvre ».

En comparaison, selon le journaliste Henrik Lindell (« Dieuetmoi », « Horizons évangéliques », « Témoignage Chrétien », et actuellement « La Vie »), un « média chrétien » doit être « ancré dans la foi en Christ, pédagogique, pratique et indépendant de toute institution ecclésiale (et même politique) ». Il doit « s’intéresser à l’innovation et s’inscrire résolument dans la fraternité ». Il doit être « un témoignage authentique de la relation entre l’individu et Dieu. Et être au service de tous les chrétiens et de tous ceux qui s’intéressent à la foi ».

Ceci dit, on gardera sans cesse à l’esprit qu’un média chrétien peut être « un mini-stère » (au service des autres) à soutenir et jamais « un magi-stère »(11). En clair, un média digne de ce nom aura l’ambition de faire réfléchir ses lecteurs, et non de dire ce qu’il faut penser.

 

Quelques médias (chrétiens ou non) aux projets me paraissant originaux/ambitieux, inspirés et inspirants :

 Le Tigre magazine, « curieux magazine curieux » (2006-2014) : voir aussi la conception du journalisme de la part de l’un de ses co-fondateurs, Raphaël Meltz, qui tient à préciser qu’il n’est pas journaliste.

Basta ! (depuis 2008) : Site d’informations indépendant sur les enjeux sociaux et environnementaux , dont nous avons parlé plus haut.

Les Cahiers libres (Depuis 2013) : « dans le monde sans en être ». Un excellent blog catholique collectif.

La Croix (depuis 1880 !) : « le meilleur quotidien de France », qui « fait le choix d’une information qui aide à comprendre, à agir et à dialoguer pour rendre, à sa manière de l’actualité nationale et internationale ».

Réforme : hebdomadaire protestant d’actualité, qui se démarque par sa manière de problématiser et de donner sa place à de vrais débats.

Et le manifeste de la Revue XXI qui privilégie « l’information en grand format » et les « grands papiers », à une époque où le public « lirait peu ».

 

 

 

Notes :

(1)Le questionnement et la structure du présent paragraphe s’inspire de l’article de Jonathan Hanley « existe-t-il un art chrétien ? », paru dans « GBU magazine », printemps 2016, semestriel N°13, pp 6-7.

(2) Exemples de ce manque de rigueur ou traitement racoleur : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/01/13/agressions-de-cologne-dun-certain-traitement-mediatique-qui-sappelle-batonnage/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/09/06/un-bon-journaliste-ne-lit-pas-et-ne-nous-donne-pas-a-lire-en-diagonale/

(3) Relayé par http://www.evangeliques.info/articles/1970/01/01/cameroun-un-pasteur-se-noie-pour-avoir-voulu-marcher-sur-l-eau-9654.html  ; https://actualitechretienne.wordpress.com/2015/05/20/noyade-dun-pasteur-il-a-voulu-imiter-jesus-en-marchant-sur-les-eaux/ ; https://www.infochretienne.com/devore-crocodiles-pasteur-voulait-marcher-leau/ [Supprimé, après sa parution il y a 4 jours] et plus récemment par https://actualitechretienne.wordpress.com/2017/05/18/derive-mystique-il-tente-de-recreer-un-miracle-de-jesus-et-se-fait-devorer-par-des-crocodiles/ . Mais il s’agit d’une « infaux », semble-t-il.

(4) Voir la différence entre information et communication.

(5)  http://www.evangeliques.info/articles/2015/06/07/encore-besoin-de-medias-chretiens-12487.html

(6) Il est ainsi possible d’analyser un dessin animé controversé de bien des manières : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/12/07/comment-bien-parler-du-film-sausage-party-ou-quand-informer-nest-pas-donner-son-opinion/

(7) Voir ces choix d’articles sur Donald Trump, Marine Le Pen et François Fillon, en comparaison avec ceux consacrés à Emmanuel Macron, par exemple : https://www.infochretienne.com/trumpette-a-sonne-lete-proche/ ; https://chretien.news/macron-vs-le-pen/ ; https://chretien.news/presidentielles-et-erreur-canadienne/ ; https://www.infochretienne.com/le-choix-de-la-france-vu-damerique-le-pen-ou-la-charia/https://www.infochretienne.com/jestime-quil-urgent-de-prier-francois-fillon-reste-lice/ ; https://chretien.news/la-france-a-elu-le-peche-sexuel-comme-president/ [Article supprimé et modifié] ; https://actualitechretienne.wordpress.com/2017/05/02/bishop-claudio-je-voyais-marine-le-pen-avec-une-couronne-et-emmanuel-macron-avec-des-cornes/ ; https://actualitechretienne.wordpress.com/?s=Donald+Trump ; https://actualitechretienne.wordpress.com/?s=Marine+Le+Pen

(8) Un effort à noter dans ce domaine, par exemple pour « Journal chrétien », qui invite son lecteur à vérifier l’origine de l’information et sa première date de parution… Une simple vérification permettant d’éviter « de s’indigner sans raison » !

(9) A ce sujet, certains médias choisissent de fermer la possibilité de commenter, tandis que d’autres (« Actus chrétiennes ») revendiquent d’être « l’espace libre du débat ». Mais l’on a de quoi rester perplexe face à des commentaires qui prennent des allures de « café du commerce » à l’échelle d’Internet, où n’importe qui vient discuter de n’importe quoi, sans sens ni raison. Il ne s’agit évidemment pas de critiquer cette forme de discussion, qui en tant que telle a une évidente utilité, mais de montrer l’hypocrisie flagrante de médias dits « chrétiens » prompts à dénoncer les ragots, rumeurs voire mensonges qui circulent sur Internet, en leur opposant leur sérieux, leur rigueur, leur sens de l’analyse — tout en laissant n’importe qui dire n’importe quoi au pied de leurs articles. Ainsi, on cherche encore l’utilité d’ouvrir un débat de ce type, qui a eu pour effet de libérer sans contrôle une parole décomplexée en faveur des idées d’un parti d’extrême-droite….

A l’inverse, voici ce qui me paraît être les conditions d’un bon débat : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/05/09/debat-sur-le-debat-les-questions-que-jaimerai-voir-posees/

(10) Cf http://www.lexpress.fr/actualite/medias/oui-il-y-a-une-ideologie-cachee-le-mea-culpa-de-david-pujadas-sur-son-20h_1858994.html (comparer avec ce que le documentariste Pierre Carles disait de David Pujadas en 2010, sur Acrimed : « Plein de gens pensent qu’il fait correctement et honnêtement son boulot. Le pouvoir qu’il exerce ne consiste pas à dire aux téléspectateurs ce qu’ils doivent penser, mais à orienter leur perception du monde, par exemple en minimisant l’existence des conflits sociaux par une importance excessive accordée aux informations institutionnelles, aux résultats sportifs, aux faits divers, au « people »… Il ne cire pas ouvertement les pompes des dominants, mais écarte ou minore les informations susceptibles de les mettre dans l’embarras, comme la hausse des inégalités entre riches et pauvres, ou la misère économique, relationnelle et intellectuelle à laquelle le pouvoir condamne les sans-grades. C’est en ce sens qu’il détient une lourde responsabilité : non pas en télécommandant les gens, mais en occupant le terrain par des sujets futiles et en nous imposant un vocabulaire partisan »)

(11) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/04/11/leglise-vers-le-monde-ou-le-monde-dans-leglise-ou-blogueurs-culture-du-debat-et-eglise/

Foireux liens de Novembre (12) : « Penser juste dans un monde complexe »

Un monde binaire : les gentils et les méchants

Un monde binaire : les gentils et les méchants

Sans oublier d’être vrai et bon*….

« Puisque la vie continue, autant la rendre plus belle », écrit magnifiquement le journaliste et blogueur catholique « Joseph Gynt » dans « Les Cahiers libres ». Lequel est conscient que « nous, chrétiens, savons bien qu’on ne change pas une société sans convertir le cœur des individus qui la composent ». Le « cœur des individus », mais avant tout le nôtre, d’où l’importance de nous ramener « à nos engagements premiers : « là où est la haine, que je mette l’amour, là où est l’offense, que je mette le pardon… Là où est l’erreur, que je mette la vérité ! » Dans ce cadre, poursuit Joseph Gynt, « les blogs et les réseaux sociaux peuvent être des armes d’évangélisation massive[face à la destruction et à la distraction massives], si nous osons y proclamer ce qui nous anime ».
La mission du chrétien serait donc de « rendre la vie plus belle »….et surtout, face aux extrémismes et aux fanatismes, peut-être moins simpliste, moins « binaire », comme nous y invite Yannick Imbert, professeur d’apologétique à la Faculté Jean Calvin(Aix-en-Provence) dans deux billets tout à fait salubres et pertinents, à ne pas manquer cette semaine** :

1)Sur Le Bon Combat, il réagit à un vieil article[plutôt un dessin] intitulé « Naissance du Christianisme vs naissance des autres religions », mettant en garde : dans notre démarche d’ « apologétique »(de « défense de la foi »), « ne nous focalisons pas sur des résumés trop rapides »[ou des schémas trop simplistes], mais « concentrons-nous plutôt sur les personnes qui croient », lesquelles sont en réalité souvent plus complexes que les étiquettes qu’on leur colle pour se rassurer. C’est moi qui souligne : l’attitude à adopter devrait être la même envers des croyants d’autres confessions chrétiennes, qu’ils soient protestants(historiques ou luthéro-réformé), évangéliques-« charismatiques » ou « non charismatiques », « pentecôtistes », « baptistes », « libristes », « mennonites », « adventistes », « darbystes », et autres « istes » ou « iques »…

2)Sur son propre blogue-« De la Grâce dans l’encrier »,  il relève combien notre « éthique chrétienne » devrait nous interdire « de raisonner par peur, mais » plutôt nous exhorter « à raisonner par justice et compassion ».

Au lendemain des attaques du 13/11/15 sur Paris, Yannick Imbert analyse les récentes déclarations sur l’Islam de Franklin Graham, qui comptent parmi les posts publiées sur les réseaux sociaux, récapitulant, selon lui, « tout ce qui convient de ne pas dire ».
Car Franklin Graham, « fils de l’icône Billy Graham, n’a pas que son nom pour se faire entendre. Evangéliste et missionnaire(…)sa volonté de servir l’Église de Christ, son dévouement à Christ et à la proclamation de l’Evangile ne fait aucun doute. Malheureusement, certains de ses propos affectent la crédibilité de son discours ».
Un dérapage que nous, chrétiens, ne pouvons nous permettre « dans ces temps douloureux, temps de crise et d’incertitude », où « ceux qui se disent disciples de Christ doivent démontrer, plus que jamais, qu’ils sont renouvelés à son image ». La suite à lire ici.

Et puisque l’on parle du danger d’une vision simpliste du monde – d’un monde qui serait « binaire », ne manquez pas de découvrir cette étonnante analyse de la pensée(non moins étonnante) du philosophe Dany-Robert Dufour au sujet du « mystère de la trinité » – un « devoir de philo »(04/04/15) pour le journal québécois « Le Devoir »***. L’exercice ne manque pas d’intérêt dans ce qu’il pousse nos contemporains à se demander en quoi cette « affaire trinitaire » pourrait encore concerner nos sociétés occidentales largement postchrétiennes ? « Pourquoi la pensée séculière et les non-croyants devraient-ils s’y intéresser ? Et, finalement, quel éclairage critique pourrions-nous en tirer sur l’état de nos débats publics et de nos liens sociaux ? »
Dans son livre intitulé « Les mystères de la trinité » (publié chez Gallimard en 1990)****,  Dany-Robert Dufour avance que « l’homme est trinitaire ». Une affirmation étonnante, vu que l’ouvrage n’est pas un traité de théologie et que son auteur n’est pas un croyant. Mais ce dernier , qui « parcourt l’histoire de la raison occidentale », y « discerne une lutte constante entre ce qu’il appelle « trinité » et « binarité » (…)toute l’histoire de la pensée en Occident (étant) le théâtre d’une éternelle tentation : la volonté de réduire le ternaire au binaire. De ce fait, la structure trinitaire (dont le dogme chrétien représente la sublimation par excellence) a toujours été une écharde au pied de cette raison occidentale », faisant « trébucher » celle-ci « sur ses limites ». De quoi faire réfléchir les chrétiens également « tentés » de se passer du dogme trinitaire, jugé « compliqué » ou « peu utile »….
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Et dans la foulée, pour terminer, une invitation à « Sortir de sa culture, rencontrer les autres », par Benjamin H. Un article publié dans la revue de réflexion biblique « Promesses » (n° 171 jan – mars 2010. Dossier « Foi et société »), et que l’on peut également retrouver dans un autre numéro, sur « l’Evangélisation personnelle », sous cet autre titre « choc des cultures ».
Son auteur a travaillé plusieurs années dans un pays du Sahel. Il est aujourd’hui responsable d’une organisation chrétienne internationale ayant son siège en France. Ici, il soulève que « le défi de la communication avec les musulmans n’est pas seulement d’ordre théologique, mais aussi d’ordre culturel(…)Dans notre communication de l’Évangile, quelles sont les limites à ne pas dépasser entre transmission du message du Christ et envahissement culturel ? »

Bonnes lectures ! Ne manquez pas de nous partager le fruit de vos réflexions, qui, nous l’espérons, seront nombreuses, en bas d’article.

 

 

Notes :

* »Bon », non dans le sens d’être « performant » ou « rentable », mais plutôt dans le sens de manifester de la bonté et de la compassion, à l’image de Dieu qui est « bon ».

** Du même Y.Imbert, voir encore cet autre article sur le site TGC – Evangile 21 : « les enfants non religieux » seraient-ils « plus altruistes que ceux élevés dans une famille de croyants ? »
Le professeur d’apologétique revient sur une étude présentée comme étant « scientifiquement démontrée », publiée le 5 novembre dernier dans « Current Biology ». Laquelle « conclut, après expérimentation, que les enfants athées sont plus altruistes que ceux élevés dans une famille « religieuse » – musulmane, juive, ou chrétienne. Dans les mots mêmes de l’étude : « Nos résultats démontrent fermement que les enfants des familles qui s’identifient à l’une des deux grandes religions du monde (christianisme et islam) étaient moins altruistes que les enfants de familles non-religieuses. » A ce sujet, Y. Imbert affirme qu’il n’y a pas lieu de s’angoisser, et il explique pourquoi.

*** Deux fois par mois, « Le Devoir » lance à des passionnés de philosophie, d’histoire et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

**** http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-des-Sciences-humaines/Les-Mysteres-de-la-trinite (Compte-rendu ici : http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1992_num_47_1_279033_t1_0119_0000_001 )

 

« Insupportable portable »…quand on connaît les secrets de sa fabrication !

Il ne t'est pas encore insupportable, ton portable ?

Il ne t’est pas encore insupportable, ton portable ?

La vérité nous est livrée « cash » par le magazine éponyme de France 2, dans une émission de mardi 4 novembre consacrée aux dessous de l’industrie des portables, et découverte grâce à ce billet d' »Aliocha », journaliste-blogueuse.

Ou comment rappeler qu' »information » et « communication » n’est pas du tout la même chose.

Ou comment réactualiser le fameux « c’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe »….

Le reportage du magazine « Cash investigation », intitulé « Les secrets inavouables de nos téléphones portables », est à découvrir ici :

Ou là :

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/cash-investigation-du-mardi-4-novembre-2014_730935.html

A voir et à partager, pour mieux lutter contre toutes « les utopies bidons », selon la formule du documentariste Pierre Carles, ou « promesse d’un (soit disant)monde meilleur où tous les services et les plaisirs seront à portée de main, sans effort, quasi-gratuitement. Un monde meilleur synonyme de sang et de larmes pour la majorité de la population mondiale… » Pour mieux lutter contre ces mirages et impostures, mais aussi proposer, en tant que chrétiens, des alternatives concrètes et solides.

« Informer » ou « communiquer » : La cause des ours polaires

« La communication se distingue d’abord de l’information au sens strict en ce qu’elle consiste d’abord à produire un effet sur l’autre. La seconde est liée à la première. »

On m’a signalé que je publiais peu de « blagues » ou d’ « histoires drôles ». Alors…

En 2100, la Terre privée d'ours polaires* Dessin de Kal. Courrier international, 15/11/04 L'Arctique fond à grande vitesse ! Les pôles dégoulinent ! Un désastre écologique menace !  "Les mecs… je l'sens pas. Personne ne fait attention à nous, les ours polaires !  — Non !  — Tu rigoles !  — Qu'est-ce qu'on fait ?  — Faut trouver quelque chose qui attire l'attention des gens…  — Quelque chose d'irrésistible !"  Crise morale en Arctique ! Droit au mariage pour les ours polaires gay ! Un Esquimau antiavortement avalé par un épaulard gauchiste !

En 2100, la Terre privée d’ours polaires*
Dessin de Kal**. Courrier international, 15/11/04 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans quelle mesure adaptons-nous notre discours(par exemple, lorsque nous annonçons l’évangile)pour le rendre « présentable », ou pour attirer l’attention sur une cause qui nous semble juste ?

 

Notes :

* L’ours polaire : un exemple d’animal parfaitement adapté à son environnement, mais qui peut aussi en être la victime. Il est en effet incapable de vivre dans d’autres conditions et toute modification de son écosystème représente une menace pour sa survie.

 
** En VF : (Sur les panneaux) L’Arctique fond à grande vitesse ! Les pôles dégoulinent ! Un désastre écologique menace !
« Les mecs… je l’sens pas. Personne ne fait attention à nous, les ours polaires !
— Non !
— Tu rigoles !
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— Faut trouver quelque chose qui attire l’attention des gens…
— Quelque chose d’irrésistible ! »
(Sur les nouveaux panneaux) Crise morale en Arctique ! Droit au mariage pour les ours polaires gay ! Un Esquimau antiavortement avalé par un épaulard gauchiste !

Jésus-Christ a le pouvoir de transformer ta vie : Jean 7v11-17

Note : ce sujet(dont le billet sur le « hesed » est une introduction) a été proposé à des enfants/préados(10-16 ans), dans le cadre d’une leçon d’ « école du dimanche ». Néanmoins, il peut tout à fait convenir à des adultes réunis pour une étude de groupe. Il s’inspire des pages 86 à 95 du « Royaume équilibré de Dieu », de Richard Borgman, dont nous avons déjà parlé ailleurs.

Jésus-Christ a le pouvoir de changer ta vie.
Quel est ce pouvoir ? Ou plutôt, face à une situation apparemment sans espoir et sans issue, comment réagit Jésus ?

Lire le passage de Luc 7v11-17 :

« Jésus se rendit ensuite dans une localité appelée Naïn  ; ses disciples et une grande foule l’accompagnaient. Au moment où il approchait de la porte de cette localité, on menait un mort au cimetière : c’était le fils unique d’une veuve. Un grand nombre d’habitants de l’endroit se trouvaient avec elle. Quand le Seigneur la vit, il fut ému de compassion envers elle et lui dit : « Ne pleure pas ! » Puis il s’avança et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent. Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » Le mort se dressa et se mit à parler. Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte ; ils louaient Dieu en disant : « Un grand prophète est apparu parmi nous ! » et aussi : « Dieu est venu secourir son peuple ! » Et dans toute la Judée et ses environs on apprit ce que Jésus avait fait ».

Puis, si vous disposez d’une grande pièce ou d’un grand espace, au dehors(si le temps le permet), faites jouer la scène relatée dans ce passage. Le moniteur donne les détails de mise en scène suivants :

Représentons-nous la scène comme si elle se passait sous nos yeux, aujourd’hui. Cette scène est une histoire vraie, même si elle s’est passée il y a 2000 ans.

Imaginez….deux foules.

– L’une avec Jésus et ses disciples. Tous se dirigent vers les portes de la ville.
Imaginez comment est la foule qui entoure Jésus ? (Diverse, variée-avec des collecteurs d’impôts, des prostitués, des anciens aveugles ou boiteux…).
Quelle est l’humeur de cette foule ? (Sans doute d’humeur gaie/joyeuse/enthousiaste : que va-t-il se passer de nouveau avec Jésus, ce maître formidable et « anticonformiste », que les chefs religieux n’aiment pas ?)
Où sont les disciples dans cette foule ? Que pourraient-ils faire, penser, dire ?… (ils ouvrent la route, discutent entre eux pour savoir comment nourrir cette foule..)

Où est Jésus ?

-Une autre foule arrive dans l’autre sens. Imaginez l’ambiance, d’après le récit de Luc plus haut.
Sombre, triste, désespérée, affligée…on entend les pleurs et lamentations des femmes….tous se rendent au cimetière, lentement, silencieusement, pour enterrer un mort : le fils unique d’une veuve. Imaginez les émotions et les interrogations de la veuve : que lui reste-t-il à faire, à présent ?

Les deux foules se rencontrent ou se croisent, à la porte de la ville.
Qui remarque la foule qui conduit le mort au cimetière ?
Les disciples ? Les gens qui accompagnent Jésus ?….Et vous-mêmes, qui êtes témoins, en lisant ce récit ? D’ailleurs, où êtes-vous, dans ce récit ? Qu’éprouvez-vous maintenant ? Que faites-vous ?

Qui voit ? Qui agit ?
Jésus ! Il est là, au milieu de ces deux foules. Vous l’aviez oublié ?

Que fait-il d’abord ?
Il voit la veuve qui pleure.
Il est indifférent ? Il continue sa route ?
Non, il est « ému de compassion » pour elle. Le terme grec employé dans ce texte est très expressif : il signifie littéralement, « splanchnizomai »(prononcer « splangkh-nid’-zom-ahee ») c’est à dire » être ému », « remué jusque dans ses entrailles ». Le spectacle que Jésus a sous les yeux « déchire littéralement » et le remue jusqu’au tréfonds de son être. Toute sa personne refléte cette émotion. Il est très touché par ce qui se passe. Il voit, il écoute, il entend, il réagit aux pleurs déchirants de cette femme dans le deuil et désespérée, qui a tout perdu(son mari d’abord, puis son unique fils. Elle n’a plus personne d’autre, plus aucun parent, pour la soutenir).

Etre ému de compassion n’est pas de la sympathie. La sympathie est à la compassion ce que le remords est au repentir.
La sympathie est certes une bonne émotion. Peut-être que les disciples ont manifesté de la sympathie envers la veuve-peut-être lui ont-ils donné une aide pour payer les obsèques.

Mais Jésus est le seul dans cette scène dont on nous dit qu’il a été « ému de compassion ». La compassion va plus loin que la sympathie.

Jusqu’où ? Jusque dans l’amour agapé, cet amour jusqu’au sacrifice, dont parle Jean 3v16 : voilà l’amour que Dieu a eu pour l’humanité(« le monde »), vous, moi…

Et Dieu aime particulièrement les veuves et les orphelins, car Il est le Dieu des veuves, des orphelins…(Deut.10v17-18, Ps.68v6)

La compassion n’entretient pas une attitude fataliste, résignée(« ça me fiche le moral à zéro, mais je n’y peux rien. Personne n’y peut rien de toute façon… »). Mais elle pousse à l’action.

Que fait donc Jésus, « ému de compassion » ?

Jésus parle à la veuve, il communique avec elle : : « Ne pleure pas ! »(v13). Note : On peut communiquer avec ou sans mots. Avec beaucoup ou peu de mots. Mais plus de la moitié des messages passent par le langage du corps et le ton, les silences, les hésitations…

Combien de mots Jésus prononce-t-il ?
Que communique-t-il à travers ses mots ? Dans quelle situation ?

Quels effets ont eu ses paroles ?

D’abord, Tout le monde s’arrête. Imaginez : Jésus parle et tout le monde s’arrête.
Pourquoi ?
Car Jésus communique quelque chose de puissant, à travers cette parole : une parole de vie, motivée par la compassion, dans une situation de mort, de désespoir et dite avec autorité.
Jésus parle et « le monde s’arrête ». La création attend son créateur…faire quoi ? Transformer une vie, faire passer quelqu’un en décomposition de la mort à la vie (cf Gen.1v1 ; Hébreux 1v2)

Jésus « s’avança et toucha le cercueil* ; les porteurs s’arrêtèrent ». Jésus parle à nouveau. Il parle cette fois-ci au jeune homme mort et « dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » Le mort se dressa et se mit à parler ». La voix de Jésus, « la Parole », a le pouvoir de réveiller les morts.

« Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte ; ils louaient Dieu en disant : « Un grand prophète est apparu parmi nous ! » et aussi : « Dieu est venu secourir son peuple ! »  Et dans toute la Judée et ses environs on apprit ce que Jésus avait fait ».

Observez le changement de situation ! C’est ce qui arrive quand Jésus arrive quelque part ou dans une vie. La vôtre, ou la mienne, par exemple.
Mais l’important n’est pas tant dans le côté spectaculaire : que ce soit la résurrection d’un mort, la délivrance d’un possédé, d’un miracle du type la multiplication des pains, de la nouvelle naissance(2 Cor.5v17), ou tout simplement,

l’espérance là où régnait le désespoir, la foi là où régnait la crainte ou le doute, l’amour là où régnait la haine, la lumière là où régnait les ténèbres…la puissance, la transformation résulte d’une rencontre personnelle avec Jésus-Christ.

Cette « Puissance » de Jésus de guérison et de transformation, qui transforme les vies, découle de l’union entre « Compassion » et « Communication »(l’affirmation et la proclamation d’une parole de vie). Ce que Richard Borgman appelle « CCP »(op. cit., p94), ou que l’on peut appeler « PPP »(Présence, Parole, Puissance) pour le « theologeek » Olivier Keshavjee, ou encore John Stott(Présence, Prédication et Persuasion)
Jésus est ému de compassion face à la détresse, la mort…Il s’arrête et communique la vie(la vie de Dieu, la vie éternelle-Jésus est « la vie », « le Dieu véritable et la vie éternelle ». « La vie éternelle » c’est le connaître personnellement**). La puissance est libérée pour changer la situation et transformer les vies.

Le moteur : la compassion. Jésus reproche souvent aux pharisiens ou à ses disciples d’en manquer. Et nous-mêmes ? Que communiquons-nous, lorsque nous proclamons ou affirmons la Parole de Dieu et l’Evangile ?

« Ainsi, désirez les dons les plus importants.
Mais je vais vous montrer maintenant le chemin qui est supérieur à tout. Supposons que je parle les langues des hommes et même celles des anges : si je n’ai pas d’amour, je ne suis rien de plus qu’un métal qui résonne ou qu’une cymbale bruyante.  Je pourrais transmettre des messages reçus de Dieu, posséder toute la connaissance et comprendre tous les mystères, je pourrais avoir la foi capable de déplacer des montagnes, si je n’ai pas d’amour, je ne suis rien. Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés et même livrer mon corps aux flammes , si je n’ai pas d’amour, cela ne me sert à rien ».(1 Cor.12v31-13v1-3)

Autres exemples dans les évangiles : Matt.9v36-10v1 ; Luc 9v11 ; Jean 11v1-46….

« Seigneur, fais de nous… »(un chant de Noël colombier – d’après St François d’Assise)***

Notes :
* Alors que le contact avec un mort rend normalement impur, selon la loi. Cf Lévitique 21 ou Nombres 19v11 et ss

** Jean 14v6 ; 1 Jean 5v20-21 ; Jean 17v3

*** Si quelqu’un connaît une version plus « pep’s » de ce chant, je suis preneur…