Play it (again) : « X-Men : le commencement » ou les enjeux de la communauté

« X-Men : le commencement » ou les « bonnes ou mauvaises » raisons qui poussent des gens différents à se rassembler et à s’unir….
(Scène du film de Matthew Vaughn, avec, au premier plan : Michael Fassbender et James McAvoy)

Pour ceux qui sont « allergiques » aux films de super-héros en général et peu familiers des « X-Men » en particulier, « First class », ce « spécial origines » sorti en 2011, que j’ai personnellement beaucoup apprécié, est une bonne façon de commencer de s’initier au genre, sans oublier de s’interroger sur des enjeux très contemporains, à l’heure des tentations de repli identitaire et des dérives communautaristes.

Parmi les points forts de cet opus, particulièrement captivant, subtil et touchant, relevons une véritable intelligence – et un amour certain – dans le traitement à l’écran de personnages à la fois surhumains et très (trop) humains ; un scénario inspiré, nous racontant l’histoire et les raisons du rassemblement des mutants, avant leur division en deux « clans » (selon leur positionnement – « pacifique », défendu par « le professeur X » ou « belliciste », défendu par « Magneto » (1)vis-à-vis des humains « normaux » qui les craignent ou se méfient d’eux), dans un contexte de guerre froide, où les X-Men sont aux ordres de la CIA en pleine crise des missiles de Cuba(16-28 octobre 1962). Enfin, le métrage nous invite à un pertinent questionnement sur les « bonnes ou mauvaises » raisons qui poussent des gens différents à se rassembler et à s’unir, et sur ce qui fait tenir une communauté : pour quoi être ensemble ? Au nom et autour de qui, de quoi ?

Ainsi, dans le cas de nos « X-men », ceux-ci se mettent à part des humains, car tenus à l’écart par eux. Dès lors, réunis sur le seul fondement d’être « contre » (« contre » la haine des autres, « contre » la peur d’être seul…), comment ces exclus peuvent-ils vraiment être ensemble ? Quelle place à l’amitié et à la confiance ? Comment « être mutant et fier de l’être » (dixit « Raven », métamorphe de couleur bleue), quand certains – d’apparence « normale » (tel « le professeur X », télépathe et « maître à penser », fondateur d’une école pour mutants où l’on apprend à découvrir, développer et maîtriser ses dons) – semblent plus privilégiés que d’autres, dont la mutation est plus « visible » ?

Bref, « X-Men : le commencement » est un « film de genre » qui se distingue, en ce qu’il remplit sa mission de divertissement sans sacrifier l’intelligence.

 

En bref :

X-Men : le commencement (X-Men: First Class). Réalisé par Matthew Vaughn (USA, 2011). Avec James McAvoy (Charles Xavier alias Pr X), Michael Fassbender (Erik Lehnsherr alias Magneto), Jennifer Lawrence (Raven alias Mystique), Kevin Bacon (Sebastian Shaw), Nicholas Hoult (Hank McCoy alias Fauve)…..

A lire, pour aller plus loin : « Etrangers dans la cité » de S. Hauerwas/W.H. Willimon.

 

Note : 

(1) Ces deux personnages de leaders mutants, créés par Stan Lee et Jack Kirby en 1963, sont inspirés de Martin Luther King (pour le Professeur X) et de Malcom X (pour Magneto).

« De l’unité en crise à l’unité en Christ » : le défi des hommes réunis pour l’étude biblique

Ezéchiel 37v22 : « Je ferai d’eux une seule nation dans le pays, dans les montagnes d’Israël : ils auront tous un même roi, ils ne formeront plus deux nations, et ne seront plus divisés en deux royaumes. »

Jean 17v11 : « Qu’ils soient un comme nous sommes un. »

« …rappelons que notre destinée éternelle (…) est liée à un appel communautaire. Il ne peut s’envisager en marchant seul dans les ténèbres ». Source : Pixabay

Depuis cette prière du Fils au Père [rapportée par Jean dans son évangile], nous sommes promis à une existence unie et interdépendante. Nous ne formons plus « deux royaumes », à l’image d’Israël et Juda au temps du prophète Ezéchiel, mais nous avons à jamais un « même roi », et une même destination à atteindre dans la communion de l’Esprit. Ce même Esprit a été répandu sur tous les membres du corps de Christ (Joël 3v1).

Quant à parler du « corps de Christ », nous nous rappelons que notre destinée éternelle (incluant notre passage dans le monde) est liée à un appel « communautaire ». Il ne peut s’envisager en marchant seul dans les ténèbres. Si nous pensons avoir à choisir entre avancer seul ou ensemble, rappelons-nous seulement que les deux sont interdépendants. Tout comme Dieu est « un et trois » à la fois, Dieu nous a « réglé » de la même manière, afin d’être au milieu de nous (extrait de Matthieu 1v23 : « Et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu parmi nous »).

Selon 1 Jean 1v7 notre marche doit être « dans la lumière, comme le Père est lui-même dans la lumière, mutuellement en communion, purifiés de tout péché par le sang de Jésus son Fils. »

Qualifierions-nous aujourd’hui notre marche comme une marche « unie » ? Cette prière du Seigneur Jésus, « Qu’ils soient un comme nous sommes un. » (Jean 17v11) demeure dans nos Bibles, mais nous approprions-nous le fruit de cette prière prophétique ? En d’autres termes : « vivons-nous », pratiquons-nous notre unité en Christ ? Si oui, de quelle manière ?

Il faut admettre que notre vision du « corps de Christ » est mise à l’épreuve, quand le monde nous enjoint au développement « personnel » et à un amour propre qui dépasse l’amour du prochain. A ce sujet, il est bon de méditer sur le second plus grand commandement de Dieu (semblable à son premier), selon Matthieu 22v34-40 : « Aime ton prochain comme toi-même. »

Nous positionnant sur la vérité de la Parole, posons-nous à présent 4 (remises en) questions :

  1. De quoi avons-nous réellement, et visiblement, le plus soif ?
  2. Comment le partage entre frères, l’étude de la Parole et le soutien mutuel peut-il y contribuer ?
  3. Selon moi, suis-je vraiment membre du corps de Christ ? [Et de son expression locale ?] Comment le savoir, et surtout comment le vivre ?
  4. Comment « ma » marche en Christ peut-elle devenir « notre » marche en Christ ?

Ne doutons pas que Dieu ait véritablement pourvu à nos besoins : sa Parole en est un témoin fidèle ! Il se pourrait simplement que nous ayons du mal à le percevoir.

En ce sens, il est bon de se rappeler quelques bénéfices pour les hommes de (la) Parole qui entreprennent de « Lire et étudier la Bible », et de la lire, l’étudier ensemble : 

  1. C’est notre nature selon Dieu ! Le mâle, « zakar » en hébreu, signifie « celui qui se souvient ». Dieu a adressé ses commandements au genre masculin. Les hommes ont ainsi le devoir de les retenir, et de les transmettre dans leurs sphères d’influences (famille, église, société).
  2. Jésus nous donné une promesse (Matthieu 18v20) que « là où nous sommes deux ou trois en son nom, Il est là au milieu de nous »: nous connaissons donc une plus grande faveur dans la révélation de Jésus, Parole vivante, lorsque nous venons nous soumettre ensemble à sa Parole. La Parole de Dieu a donc vocation à être étudiée en groupe, pour expérimenter la communion du Fils de Dieu.
  3. Dieu désire que nous le connaissions pleinement, et que nous connaissions toute sa Parole. Voici un grand bénéfice de notre étude en groupe : lorsque nous sommes seul nous nous heurtons à nos limites, et lorsque nous sommes en fraternité, notre faiblesse est compensée dans les forces de nos vis-à-vis.

Gardons également en vue des objectifs pertinents et communs à l’ensemble du groupe :

  1. Croître en conviction : connaître et comprendre la personne de Jésus-Christ
  2. Croître en caractère : vivre en homme à l’image et à la ressemblance de Dieu
  3. Croître en compétence : connaître toute la Bible pour mieux la comprendre, garder et transmettre fidèlement son message à d’autres.

POUR FINIR EN MAJUSCULE : UNE BONNE ÉTUDE NOUS CONDUIT A L’HUMILITE, EXALTE LE SAUVEUR ET PROMEUT LA SAINTETÉ

 

[Une nouvelle contribution de mon frère en Christ Pierre-Louis, par ailleurs très impliqué dans mon groupe d’étude et de partage biblique pour hommes : qu’il en soit remercié !]

« Etrangers dans la cité » ou quand l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise

L’Eglise ne doit pas s’inquiéter « d’être dans le monde » mais « comment être dans le monde, sous quelle forme et dans quel but »(Hauerwas/Willimon. Etrangers dans la cité)

Voici là l’un de mes meilleurs livres lus cette année, reçu dans des circonstances particulières, et dont je vous recommande vivement la lecture : « Etrangers dans la cité » de Stanley Hauerwas et William H. Willimon (Ed. du Cerf, 2016). Il y est question de l’Eglise (celle de Jésus-Christ) et de la façon dont elle est appelée par Son Seigneur à être visible, en étant ni « du monde » ou « hors du monde », mais bien « dans le monde ». En clair : l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise, et les chrétiens doivent assumer le fait d’être « des exilés en terre étrangère » (op. cit, p 51).

Cette édition d’ « Etrangers dans la cité » (par ailleurs catholique et non protestante/évangélique, comme on aurait pu s’y attendre) est la première traduction française de l’édition « anniversaire » d’un best-seller (« vendu à 1 million d’exemplaires » dans son édition américaine d’origine !) publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014. L’ouvrage, qui a pour auteurs deux méthodistes américains (l’évêque William H. Willimon, qui a rédigé un avant-propos, et le théologien et éthicien Stanley Hauerwas, qui a rédigé la postface), reste toujours aussi stimulant et pertinent pour notre temps. Il semble pourtant encore trop peu connu en France et me paraît particulièrement recommandable à tous ceux qui estiment que l’on pourrait « être chrétien sans église » et/ou que le summum de « la maturité spirituelle » serait une vie marquée par l’indépendance ou « la liberté individuelle » rationnelle de choix (par ailleurs héritée des Lumières).

Dans cette édition française figure également une préface tout aussi percutante des traducteurs Grégoire Quévreux et Guilhem Riffaut. Intitulée de façon provocatrice « Babylone à domicile », elle souligne que « l’Eglise, quand elle est fidèle à Jésus-Christ » et au véritable Evangile (pas le faux, dit « de la prospérité » !), « s’oppose nécessairement au monde », « un monde malade de son propre vide : le McWorld », né de « la mcdonaldisation » de la société, standardisée sur le modèle du « fast-food »(op.cit., pp8-13, 23). Et cette Eglise fidèle s’oppose alors aux « piliers du McWorld » (le nihilisme, le matérialisme, le capitalisme et l’individualisme), « lorsqu’elle lui rappelle la foi en Dieu et son Fils, son éloge d’une vie simple et spirituelle fondée sur l’amour du prochain et vécue communautairement, loin du consumérisme acharné et de la concurrence rapace de tous avec tous » (op.cit., p23). C’est là « la chose la plus précieuse (que l’Eglise fidèle) a à apporter (à ce) monde » (op.cit., pp 26-27).

Sinon, Willimon et Hauerwas nous invitent à nous poser les bonnes questions (non plus « devons-nous croire ? » mais « que devons-nous croire ? », op. cit., p63 et non plus « Dieu existe-t-il ? » mais « quel Dieu existe ? », op.cit., p164). Et à nous réjouir de ce que, « quelque part entre 1960 et 1980, un vieux monde dépassé (ait) pris fin, laissant la place à « un monde nouveau et excitant », « en attente d’être exploré »(op.cit., p53).

« Le vieux monde » qui a disparu est « la chrétienté », ou « l’Église constantinienne » – marquée par une si étroite collaboration entre l’Église et l’Etat, que l’un et l’autre en sont confondus. Le christianisme a paru pendant des siècles en tirer profit par l’influence qu’il s’imaginait avoir sur le temporel. La disparition de ce régime a laissé désemparées plusieurs générations de chrétiens.

« Le monde nouveau et excitant, en attente d’être exploré » est celui qui s’ouvre aux chrétiens, libres désormais de proclamer l’Evangile et d’incarner une véritable contre-culture, missions impossibles si « la tâche sociale de l’Église est d’être l’un des nombreux auxiliaires dociles de l’État » (op.cit. p. 85), ou si l’Eglise reste « le supplément d’âme de la société marchande » (op. cit., p 27).

Rejetant les compromissions et les impasses du sécularisme de l’Église « militante » (« libérale », « progressiste », oeuvrant à réformer la société) et de l’individualisme de l’Église « conversionniste » (« conservatrice », travaillant au changement intérieur des individus), l’une et l’autre n’ayant rien de sérieux (et de neuf) à dire à la société, Willimon et Hauerwas optent pour une Église confessante, qui n’est ni « le juste milieu », ni une synthèse des deux précédentes.

Pour une telle église, « fidèle plus qu’efficace », être « le plus crédible » et « le plus efficace » ne consiste pas à rendre l’Evangile plus « crédible et compréhensible » pour le monde, au risque de dénaturer le message, mais à être « quelque chose que le monde n’est pas et ne pourra jamais être » sans le Christ (op.cit., pp 93-95) :

« Ilot culturel au milieu d’une culture étrangère », l’Eglise ne doit pas œuvrer pour « améliorer » le monde, mais préparer le Royaume (ou Règne) de Dieu en bâtissant ce qui est « la stratégie sociale la plus créative que (les chrétiens ont) à offrir » (op. cit.p. 147), prémices d’une nouvelle création en Christ. L’Eglise n’a donc pas seulement une éthique sociale chrétienne : elle « est » une éthique sociale chrétienne, étant une communauté de foi vivante, visible et inspirante (certes, dans la faiblesse) où sont vécus les principes de vie du Règne de Dieu enseignés par Jésus dans le Sermon sur la Montagne : suivre Jésus et vivre ensemble autrement, choisir la vérité au mensonge, remettre en question « une bonne idée » de garderie à l’église (pour les membres qui auraient besoin « de travailler plus pour gagner plus » de quoi s’acheter une deuxième voiture…), confronter les « Ananias et Saphira » plutôt que de (les) rassurer, prendre soin de manière collective et concrète d’un couple proche du divorce, donner et recevoir le pardon, aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent….bref, « être parfaits », comme « Notre Père Céleste est parfait », Lui qui « fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, il fait pleuvoir sur ceux qui lui sont fidèles comme sur ceux qui ne le sont pas » (Matt.5v45, 48).

Contrairement à une idée reçue, le Sermon sur la montagne n’encourage pas un individualisme héroïque, puisqu’il le tient en échec. Il n’est donc pas à vivre seul, ce qui serait impossible, mais nécessairement au sein d’une communauté (l’Eglise) et autour d’un grand récit (celui de la révélation biblique dont le centre est Jésus-Christ). C’est ainsi que sera effectivement et concrètement annoncé « une Bonne Nouvelle premièrement pour les pauvres », et proclamé « aux captifs la libération… » (Luc 4v18).

« Objections ! »

Une telle approche, qualifiable de « radicale », sera-t-elle intégralement adoptée ? Stimulante et interpellante, elle est toutefois susceptible d’être critiquée comme étant « sectaire » (cf la posture d’une Eglise repliée sur elle-même), « pessimiste » ou « binaire » (l’Église présentée comme « l’unique planche de salut face à une société éclatée »). Ainsi, Dieu est-il exclusivement actif dans la communauté des chrétiens ou agit-il aussi dans la vie des hommes et des femmes de bonne volonté qui n’appartiennent pas à une «Église visible» ? « Dieu offre-t-il le salut à un petit nombre de croyants seulement ? Le monde n’est-il pas un lieu habité par l’Esprit de Dieu ? Un agnostique individualiste ne peut-il pas trouver dans sa vie un chemin de vérité ? La sagesse de ce dernier ne peut-elle rien apporter aux chrétiens ?…… »

D’autres objecteront : « une foi réellement incarnée peut-elle se passer d’entrer en dialogue avec la culture ? Le modèle suggéré par les auteurs est-il vraiment pertinent pour penser les défis de la foi chrétienne dans une France sécularisée, tentée par toutes sortes de replis identitaires ? » (pour ne pas dire « communautaristes ») Ce à quoi répondent indirectement Willimon et Hauerwas, pour qui « les chrétiens se doivent d’être très soupçonneux vis-à-vis de tout discours communautariste », surtout « lorsque les gens sont totalement privés de perspectives ou d’une vision du monde cohérente ».

D’autres encore estimeront « critiquable » l’affirmation comme quoi « l’éthique chrétienne (n’aurait pas) de sens pour des non-chrétiens » et dénonceront comme un « excès de langage » ce qui consiste à qualifier tout projet d’une éthique universellement compréhensible d’« hérésie diabolique ». Si « l’éthique chrétienne découlant de la foi au Christ est folie pour le monde, est-elle pour autant incompréhensible ? L’éthique chrétienne ne vient-elle pas réveiller la conscience que Dieu a déjà placée en chacun ? »

« A nous de jouer ! » (Mais ce n’est pas un jeu)

Ces objections et interrogations une fois formulées (dans le but – conscient ou inconscient – de « rationaliser » le propos d’ « Etrangers dans la cité » ?), et après avoir bien débattu sur le web et/ou IRL, les chrétiens oseront-ils être enfin l’Eglise, « dans le monde sans être du monde » ?

Non pas, comme le précisent Willimon et Hauerwas, pour être « la communauté pour la communauté » (op.cit., p138), mais pour être fidèles à Jésus, dans l’humilité et en vérité.

En parallèle, le mieux que l’on puisse souhaiter à « Etrangers dans la cité », à l’instar du vœu de ses auteurs, c’est d’être lu et perçu « comme un livre d’espérance », source d’inspiration, par ceux qui continuent de croire que « Dieu n’abandonnera jamais Son Eglise » (op.cit., p 282)

 

En bref :

Stanley Hauerwas, William H. Willimon, Étrangers dans la cité (Resident Alliens. Life in the Christian Colony), traduit et préfacé par G. Quévreux et G. Riffault, Editions du Cerf, 2016(collection Essais). Disponible chez l’éditeur et dans toute bonne librairie.

Pourquoi l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus‐Christ

« Oui, l’Eglise fait bien partie de la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume. Et non, ce n’est pas décevant, bien au contraire ». Source : Pixabay

« Vous avez (certainement) entendu dire » que « Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Église qui est arrivé.» Comprendre : « le résultat n’est de loin pas aussi bien que ce qui était promis ».

En réponse à une telle affirmation, voici un article « theologeek » que je vous invite à découvrir, lequel rapporte cinq rencontres confirmant « que oui, l’Eglise fait bien partie de la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume. Et que non, ce n’est pas décevant, bien au contraire ».

« La solitude (étant) une des formes de précarité les plus violentes de notre société, l’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation: c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans dans le regard d’un·e autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique. Tout le monde est invité — y compris ceux que la société considère comme ses déchets, ces gens parfois un peu pénibles, qui nous mettent mal à l’aise, qui sentent parfois mauvais, qui ont souvent mauvaise réputation — ceux vers qui Jésus allait, quoi.

Et puis c’est dans l’Église, dans ce contexte d’amour et de vérité que la Parole puissante et guérissante du Christ est appliquée à nos vies, jour après jour, prière après prière, cène après cène, pour nous faire goûter toujours d’avantage à sa libération. Y compris libération de l’alcool, de la coke ou de l’héro.

Pour tout ceux et celles qui sont seuls, donc, l’Eglise est l’avant-goût du Royaume. Est‐ce que les chrétiens — moi inclus — seront à la hauteur de l’amour fou du Christ pour les marginalisés? Est‐ce que nous saurons les accueillir s’ils répondent à l’invitation? Est‐ce que nous oserons leur offrir plus que de belles paroles, en ouvrant nos maisons et donnant un bout de nos vies ? »

Comme l’auteur de ce formidable article, j’ai aussi envie de répondre : « je ne sais pas » ou « je ne sais qu’une chose, c’est que l’Eglise est une Bonne Nouvelle » !

Lire la suite de l’article ici.

 

Inspi lecture : Étrangers dans la cité, de Stanley Hauerwas et William H. Willimon. Le Cerf, 2016, dont nous avons parlé mercredi.

Ou comment l’Église est « la stratégie sociale la plus créative que nous [chrétiens] ayons à offrir » (op.cit.p. 147). Prémices de l’humanité nouvelle instaurée par le Christ, l’Eglise « a » non seulement une éthique sociale spécifique, fondée sur l’enseignement et la vie de Jésus, mais plus encore elle « est » essentiellement une éthique sociale, qui n’a rien de naturel pour l’esprit humain, et dont le Sermon sur la Montagne constitue la charte collective. Et ce, pour être vraiment fidèle à son (seul) chef, « qui n’est pas de ce monde », devenir un peuple nouveau, sans pactiser avec aucun pouvoir, bref, faire œuvre sociale et « politique » au sens le plus étymologique du terme. « Ce qui fait que l’Église est radicale et toujours nouvelle, ce n’est pas qu’elle incline à gauche sur la question sociale, mais qu’elle connaît Jésus, alors que le monde ne le connaît pas » (op.cit.p. 69).

Un livre pertinent pour notre temps, pour nous rappeler que c’est avant tout en chrétiens que nous sommes appelés à réfléchir et à agir.

Qu’est-ce que nous croyons concernant l’église locale ?

Vivons-nous aujourd’hui l’église locale, comme les gens vivent en ville : en parfaits étrangers ? Source : Pixabay

Qu’est-ce que nous croyons concernant l’église locale ? Et même de l’Eglise tout court, dirai-je ? Quel est notre point de repère ?

La petite communauté paroissiale où tout le monde se connaît ? Ou bien, la réalité à laquelle nous nous confrontons aujourd’hui : une église locale pas vraiment locale, dont les membres viennent des quatre coins de la région, et qui considèrent le culte comme un « loisir » et non comme un élément fondamental pour vivre la foi, à défaut d’une obligation hebdomadaire ?

Cette question soulève un défi : comment en effet atteindre l’ambition de vivre en vérité et sans hypocrisie le fait d’être l’Eglise, le corps de Christ, et par là même d’être une communauté et une famille, tant que subsistera un esprit individualiste et consommateur particulièrement marqué (ou tant que l’individu restera la mesure de toute chose) ?

En clair, la réalité qui nous saute aux yeux aujourd’hui est cette façon de vivre l’Eglise comme les gens habitent en ville : ils fréquentent des lieux publics, prennent des transports publics ou participent à des activités publiques, mais vivent « en étrangers », isolés les uns des autres, sans sentiment d’appartenance, tout lien social coupé.

Nous pouvons constater…le constat d’une réalité sociologique mais sommes-nous condamnés à nous contenter de le déplorer de manière résignée, parce que ce serait cela, la modernité ?

Personnellement, je ne le pense pas. Et je ne le souhaite pas.

Quel sera alors notre point de repère ? Quel sera notre Projet de vie d’Eglise ?

Les Ecritures nous appellent à autre chose et nous rappellent ce que nous sommes ensemble cf 1 Cor.12-14 et Rom.12v5 : venus d’horizons différents, nous formons une grande famille, composée d’hommes et de femmes, d’adolescents et d’enfants de toutes classes sociales et de toutes origines, qui se (re)connaissent comme frères et sœurs en Jésus-Christ, enfants d’un même Père, animés d’un même souffle par l’Esprit Saint.

Ensemble nous sommes appelés, non « à aller à l’église » mais à « être l’Église », corps vivant et agissant au cœur de ce monde, non pas pour nous-mêmes mais pour les autres, afin de manifester à tous l’amour de Dieu. « L’église » avec « un petit e », expression locale de l’Eglise avec « un grand E », est composée d’hommes et de femmes qui se retrouvent ensemble pour partager des choses ensemble : ils vivent des choses ensemble, mangent ensemble, prient ensemble, pleurent et se réjouissent ensemble.

Nous ne sommes donc pas une somme d’individus vivant en étrangers mais un corps, celui de Christ, dont les membres sont interdépendants les uns les autres. Éphésiens 4v3 nous invite aussi à « conserver » (et non pas créer) l’unité de l’Esprit par le lien de la paix ».

En clair, croyons-nous que l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ? La solitude est une des formes de précarité les plus violentes de notre société. Or, l’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation, en donnant le sentiment d’appartenance : c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans le regard d’un autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique(1).

Cela peut paraître « utopique », « impossible à réaliser aujourd’hui », mais c’est pourtant ce que nous sommes en Jésus et Jésus nous appelle à manifester encore aujourd’hui la même réalité dans le même esprit.

Cela mérite réflexion, notamment pour découvrir des façons « anciennes » et « nouvelles » de le manifester concrètement ensemble, de manière diverse et de façon à refléter les « grâces multicolores de Dieu ».

Quel sera alors notre point de repère ? Quel sera notre Projet de vie d’Eglise ?

 

Note :

(1) Ce paragraphe sur l’Eglise, « cette bonne nouvelle », vient de cet article d’Olivier Keshvajee, le « théologeek ».

Je suis un nouveau chrétien et je n’ai pas d’église proche de chez moi : que faire ?

Dans le choix d’une église, il est important de « prier pour que le Seigneur vous conduise, en vous ouvrant au fait qu’il peut vous mener dans une communauté un peu différente de celle que vous désireriez, à priori, fréquenter ». Source : Pixabay

Une nouvelle question parmi d’autres, et une proposition de réponse courte, à découvrir sur le site « 1001 questions » :

La Bible nous dit que le croyant est appelé à rejoindre une communauté, pour être enseigné, partager avec des frères et sœurs, prier et vivre la Sainte-Cène (Actes 2/42-43). Elle dit aussi, un peu plus loin, que c’est le Seigneur lui-même, qui ajoute ceux qui se convertissent à l’Eglise, communauté des croyant appelée à se vivre dans le concret de la rencontre d’autres croyants (Actes 2/47). Si vous vous êtes converti, si vous avez mis votre confiance en Jésus et vous êtes engagés à sa suite, il n’est nul doute que vous êtes appelés à le servir dans une communauté chrétienne, selon vos dons (1 Corinthiens 12).
Que faire si vous habitez loin d’une communauté chrétienne ? Prier pour que le Seigneur vous conduise, en vous ouvrant au fait qu’il peut vous mener dans une communauté un peu différente de celle que vous désireriez, à priori, fréquenter.

La suite à découvrir ici.

Des outils pour trouver une église véritablement « locale », c’est-à-dire géographiquement proche de chez vous :

https://eglisedansmaville.com/ 

(Un site internet géré par l’association « Eglise Dans ma Ville » et qui s’adresse d’abord aux personnes en recherche et qui se questionnent sur l’existence de Dieu et leur identité. Le site permet de trouver une église protestante en fonction de sa proximité géographique et non en fonction de sa dénomination)

http://www.eglises.org/

(La liste des Églises évangéliques compilée par le CNEF pour l’Annuaire Évangélique. L’on peut y trouver les Églises de la France métropolitaine, ses DOM-TOM et du Luxembourg)