Scoop : La France n’est plus laïque….

"Le dimanche, au moins on s'arrête !" Une de "La Décroissance, février 2008, numéro 46

« Le dimanche, au moins on s’arrête ! »
Une de « La Décroissance, février 2008, numéro 46

Cela vous a peut-être échappé, mais le 24 juin dernier, des salariés des Galeries Lafayette et du Printemps avaient protesté, rue de Provence (Paris 9e), contre les récentes déclarations de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du tourisme, sur le travail dominical, dénonçant une étape supplémentaire vers la généralisation(et la banalisation)de celui-ci…
Dans ce cadre, il me paraît utile de relever les propos du président de la Fédération protestante de France, qui s’est interrogé sur le sens de la libéralisation du travail le dimanche :
« Il est question de généraliser l’autorisation de travailler le dimanche… À mes yeux, ce n’est pas une bonne idée ! Qu’un pasteur réagisse ainsi n’étonnera personne, et pourtant ce ne sont pas des intérêts particuliers que je défends. Au contraire, ma démarche est antireligieuse ! Dans ce projet, je dénonce d’abord la religion de la consommation. La tendance à ne plus faire de différences entre les jours pour permettre de travailler et de consommer vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, est l’affirmation sans complexe du culte de la consommation animé par sa prophétesse publicité (dont le credo est la loi du marché). C’est logiquement que le supermarché est devenu le lieu de la célébration par excellence, l’endroit où le travailleur fatigué s’enivre de musiques et de lumières pour mieux sacrifier dans la joie. C’est une expression de la liberté de culte, direz-vous.
Certes, mais ce qui est surprenant, c’est que ce culte semble devenir le culte officiel de notre République qui ne serait donc plus laïque ! Plus que cela, j’avance que ce culte reconnu a un penchant sectaire évident. Ceux qui suspectent sans cesse les mouvements religieux d’égarement, sont curieusement muets devant le lavage de cerveaux que subissent adultes et enfants par le biais d’une publicité omniprésente(…)! Ces défenseurs des innocents semblent indifférents à la frénésie consommatrice, à moins qu’ils n’en soient eux-mêmes le clergé ! Un comble !
Quand la Bible préconise des jours de repos et de fêtes, elle offre du temps pour célébrer Dieu, mais plus largement elle souligne la nécessité pour tout homme de sortir d’un travail dont il est potentiellement l’esclave. Le repos régulier qui peut donc se partager, comme se partage le travail, est alors l’occasion de prendre du recul et de réfléchir sur les finalités de son action.

La religion de la consommation : où cela nous mène-t-il ? Par Andy Singer

La religion de la consommation : où cela nous mène-t-il ?
Par Andy Singer

Pourquoi travailler plus ? Pourquoi gagner plus ? Pour qui ? Pour quelle vie ? Dans quelle création est-ce que j’inscris mon ouvrage ? »
Propos du Président de la Fédération protestante de France, donc. Mais il s’agissait du Pasteur Claude Baty….le 12 décembre 2007 !

Comme quoi, « rien de nouveau sous le soleil », et ici, comme sur d’autres sujets, il s’agit plus de continuité que de réelle rupture…

Et, comme en écho aux propos de Claude Baty, voici ceux d’un député(si quelqu’un connaît son nom…) : « il y a six jours pour avoir et un jour pour être… Tout dépend du type de société vers lequel on souhaite aller.»

En savoir « plus » ou mieux :
Le site : http://www.travail-dimanche.com/
Et le dossier de La Croix sur le sujet : http://www.la-croix.com/lacroixsearch/tag/travail%20du%20dimanche

Dont ces propos de Joseph Spiegel : « Je dois dire que la vie personnelle et familiale relativise bien des fois les questions du rapport au pouvoir, le sens de l’engagement. Je pense que l’on n’est jamais aussi bon dans la semaine que lorsque l’on vit pleinement son dimanche. » (Maire de la ville de Kingersheim dans le Haut-Rhin depuis 1989, ancien professeur d’EPS, qui a refusé la Légion d’honneur, Joseph Spiegel, 62 ans, travaille pour redonner du sens à la politique).
http://www.la-croix.com/Actualite/France/Joseph-Spiegel-Le-dimanche-permet-de-s-interroger-sur-le-sens-2014-06-20-1167409

Texte biblique à lire : « Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton boeuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi.
Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos ». Deut.5v13-15 (voir aussi Exode 16 et Lévit.25)

Retour sur le culte de « Protestants en fête » 2013 : n’oublions pas d’être des « semeurs d’espérance »

La deuxième édition de « Protestants en fête »*, qui a eu lieu le week-end du 27 au 29 septembre 2013, est dernière nous. Néanmoins, les Protestants sont appelés à aller de l’avant. Porteurs d’espérance et porteurs de l’espérance qui a un nom : Christ.

De ces trois jours, j’ai particulièrement retenu le culte du dimanche 29 septembre. Et plus particulièrement, de ce culte :

-Cette invitation à ce que Christ prenne la place qui lui revient : celle du Roi**.

La très édifiante prédication du pasteur Claude BATY, initiateur de « Protestants en fête et dont le mandat à la tête de la FPF a pris fin. Prédication intitulée : « Espérer, c’est s’oublier », à partir de Marc 4v26-32***.

Ce texte de l’évangile contient deux paraboles du Royaume des Cieux : la parabole de la semence, suivie de celle de la graine de moutarde.

Tout en invitant à suivre « la simplicité des enfants, comme modèle de réception de la Parole de Dieu », suivant en cela l’enseignement de Jésus, le pasteur Claude BATY nous explique que « Les deux histoires que nous venons de lire parlent du royaume De Dieu, la première pour dire comment il fonctionne, la seconde à quoi il ressemble ».

Dans la parabole de la semence, il apparaît qu’il se passe quelque chose de mystérieux qui échappe à l’homme. Le semeur ne peut pas faire pousser la plante. Il est probable qu’il a bien préparé le terrain, labouré, hersé, fait en sorte que les meilleures conditions soient réunies pour la réussite de ses semailles. Mais après il ne peut plus rien, la croissance se fait sans lui. Qu’il dorme ou soit debout, qu’il veille ou pas, la semence grandit. Il lui faut oublier ces graines, sinon le temps va lui paraître très long, trop long, et l’impatience va venir avec des initiatives douteuses(….) »

L’évidence est là : le semeur est là pour semer. Point. Il ne peut rien faire d’autre. A part semer généreusement.  Nous sommes les semeurs. C’est un appel que Jésus adresse à chacun de nous. C’est aussi un appel à la confiance, la confiance en Dieu qui s’occupe de faire pousser la plante. Renonçons donc à vouloir « aider » la semence à être « plus rentable ». C’est là un « appel difficilement audible car il s’oppose à la mentalité de notre époque qui est forcément un peu notre propre mentalité », poursuit Claude BATY.

Car « nous vivons dans une société qui prétend tout contrôler de la naissance à la mort ; et qui veut tout obtenir sans délai. Il suffit de cliquer, c’est bien connu. Or nous sommes loin de tout maitriser, les plus faibles l’expérimentent chaque jour et les puissants de ce monde s’en rendent compte parfois tragiquement. Devant la situation critique de notre monde nous sommes alors tentés de prendre les choses en main. Nous voulons agir et indiquer à Dieu ce qu’il a à faire. Or, le défi qui nous est proposé aujourd’hui est de discerner ce qui relève de notre vocation et pour le reste de ne pas nous substituer aux autres, ni au temps, ni à Dieu. Il nous revient seulement de semer, mais ce n’est pas peu de chose. Ce faisant souvenons-nous qu’une plante ne se développe pas lentement, elle croît à son rythme(…)

Pour nous protestants qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Si j’en crois le contexte, semer c’est répandre généreusement la bonne parole, annoncer l’Évangile, être témoins du Christ(…) » Et
« La parole de Dieu n’est pas une semence stérile, elle agit et se développe, porte du fruit de manière étonnante, elle fait son chemin dans les cœurs ; ses voies sont mystérieuses ».

Semons donc avec confiance en Dieu. Semons la Parole. Semons dans la confiance et avec confiance. Semons avec espérance et semons l’espérance.

La deuxième parabole raconte l’histoire d’une graine de moutarde, soit celle de la croissance étonnante d’une graine minuscule. L’accent mis « sur la disproportion entre le commencement et la fin » nous parle de ce « royaume de Dieu si petit, si faible en ses débuts, pratiquement invisible puisqu’il se résume à Jésus seul dans un coin reculé du monde, avec quelques disciples ignorants, se développe irrésistiblement pour devenir finalement le lieu d’accueil et de protection des créatures de Dieu dans le monde entier ».

Et Claude BATY de tirer la double leçon de cette parabole : 

premièrement les petits commencements ne sont pas signes d’échec, la faiblesse n’est pas insignifiante ;

– deuxièmement, le royaume de Dieu est appelé à couvrir la terre. Avec la précision suivante : ce grand arbre dit simplement que le règne de Dieu s’étendra à toutes les nations pour le bénéfice de tous ».

Il est utile de rappeler que « L’évangile de Marc annonce la Bonne nouvelle d’un Christ serviteur souffrant qui, même ressuscité ne se montre pas glorieux à ses disciples.

Ainsi le grand arbre n’est pas le signe de la puissance et de la revanche des croyants, il est le signe de la compassion infinie de Dieu pour toute l’humanité. Compassion qu’il offre dans la fragilité et la faiblesse de l’engagement de ses enfants, de nous tous… »

Le pasteur termine par « un autre enseignement de Jésus sur la semence : « En vérité, dit-il, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. Celui qui aime sa vie la perd, celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle… si quelqu’un veut me servir, qu’il se mettre à ma suite… » Jn 12.24

Cette fois, à la suite du Christ, nous ne semons pas, nous sommes semés, nous devenons des graines jetées en terre ».

Une « invitation à suivre le Christ dans l’oubli de soi », qui « est aussi un appel pour notre protestantisme à ne pas rechercher, en interne ou en externe, son intérêt personnel, la première place et le pouvoir, mais le service de tous dans l’humilité, et le service de la réconciliation dans la réconciliation.

Nous voici donc maintenant envoyés, comme autant de graines dispersées par le Christ dans la terre de notre monde, semées pour porter du fruit en abondance. Dans le pari de l’espérance c’est toute notre vie qu’il faut miser, pour la retrouver dans l’éternité.

Notes :

* Divers comptes rendus de l’événement : http://www.reforme.net/une/religion/protestants-fete-pari-d-esperance-reussi ; http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20130929.OBS8987/exclusif-les-protestants-francais-sermonnent-valls.html ; http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/trackback/5184255

**Selon les termes du pasteur Samuel RODRIGUES, de l’église évangélique du Réveil, lors du temps de louange.

*** Texte en pdf à lire ici.