Quelles sont tes priorités dans le choix de ton député ?

Quelles seront nos priorités dans le choix d’un député ? Les mêmes que les siennes !

Que peuvent nous apprendre, pour le choix d’un député, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ?

Les 11 (premier tour) et 18 juin (second tour), tu seras une nouvelle fois appelé aux urnes, dans le cadre des élections législatives, pour élire ton député.

Bien sûr, je pourrais aussi te dire : « Tu veux aller voter ? Fais-le. Tu ne veux pas voter ? Ne vote pas. Le plus important c’est d’être en parfaite cohérence avec ce que l’on croit, que l’on expérimente, et que l’on décide ».

Justement, sur quels critères ? Quels sont les enjeux ?

C’est d’abord, pour le député, un grand privilège d’être élu : 7.882 candidats (Soit 3.344 femmes et 4.538 hommes) sont en lice pour le premier tour, soit près de 14 par circonscription(1), et il n’y a que 577 sièges à l’Assemblée Nationale.

Mais tout privilège comporte de grandes responsabilités : élus au suffrage universel direct, par tous les citoyens en âge de voter et en ayant le droit, pour un mandat de cinq ans renouvelable, les députés occupent en effet une place centrale dans notre démocratie dite représentative.

Bien qu’ils soient élus dans une partie du pays (une circonscription), les députés représentent l’ensemble des Français, qu’ils résident dans l’Hexagone, dans les départements ou collectivités d’Outre-mer, ou encore à l’étranger. Quelque soit leur sensibilité politique ou leur parti d’appartenance, les députés représentent l’intérêt général de la nation, et non les intérêts de groupes particuliers/privés.

Les députés votent les lois et peuvent en proposer. Ils travaillent en commissions (lesquelles examinent les projets ou propositions de loi et préparent les débats en séance publique). Ils contrôlent l’action du gouvernement : ils peuvent ainsi interpeller les ministres pour leur demander de travailler sur certains sujets qu’ils estiment importants pour le pays, lors des « questions au gouvernement », les mardi et mercredi de la période parlementaire ; ils peuvent également renverser le gouvernement, si celui-ci n’a plus leur confiance.  Ils tissent des liens solides avec les assemblées des autres pays, tentent de répondre aux problématiques sociétales en allant à la rencontre des acteurs de terrain, reçoivent les citoyens à leur permanence, bureau d’accueil pour tous les citoyens, pour résoudre leurs problèmes quotidiens.

Le député bénéficie d’une immunité parlementaire : l’irresponsabilité, qui le protège de toute poursuite pour des actions accomplies dans l’exercice de son mandat ; et l’inviolabilité, pour éviter que son action ne soit entravée par des actions pénales visant des actes accomplis par les députés en tant que citoyens. Cela les protège contre les intimidations et les pressions politiques et privées et c’est censé être une garantie d’indépendance et de liberté d’action dans l’intérêt général.

Le député dispose de moyens matériels et financiers attachés à sa fonction : une indemnité parlementaire de 5000 euros par mois, une indemnité représentative de frais de mandat de 6000 euros par mois (frais de déplacement, d’habillement, de restauration…) et un crédit collaborateur (allant jusqu’à 9500 euros par mois) pour rémunérer ses collaborateurs (cinq maxi). Il a enfin à sa disposition un bureau personnel dans l’un des bâtiments de l’assemblée.

Quelles devraient être tes priorités dans le choix du député ? Les mêmes que ce dernier !

Que peuvent nous apprendre, à ce sujet, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ? Ils ont trait aux critères de choix, comme aux devoirs et responsabilités, de tout responsable. Un responsable est celui qui a une position d’influence. Et un député est un responsable.

Tes priorités (dans le choix du député), comme les priorités du député, sont en rapport avec ses convictions (ce qu’il croit ou ce dont il est convaincu), son caractère (ce qu’il est), sa réputation (ce qu’on pense de lui) et ses compétences (ce qu’il sait faire).

Certes, « si quelqu’un aspire à la charge (de député), c’est une belle tache qu’il désire »(1 Tim.3v1). Notre pays a besoin de députés. C’est une tâche noble que de vouloir servir ainsi (et non pas se servir de) son pays. Pour paraphraser Jacq.3v1, nous ne devrions pas « être nombreux à vouloir être député, car nous serons jugés plus sévèrement. De fait, « on demandera davantage » à ceux qui se (re)trouvent sous les projecteurs.

1) Son caractère et sa réputation : Selon 1 Tim.3v2 et Tite 1v6-7, il est premièrement attendu d’un député qu’il soit « irréprochable ». Et plus encore d’un député se revendiquant « chrétien ». Une telle confession publique « doit impliquer non seulement une irréprochabilité pénale, mais également morale. Les discordances et les contradictions seront passées au scanner du jugement du monde, qui en évaluera la vérité et la cohérence ». La responsabilité de ces candidats n’en est que plus grande (Rom. 2v21), car s’il advenait que leur parole de chrétien ne soit qu’une posture religieuse ou politique, et que leur morale sois prise en défaut … alors leur réprobation serait aussi publique et retentissante que leurs déclarations. Elle rejaillirait non seulement sur eux et leurs familles, mais aussi et surtout sur le christianisme et sur le nom de Jésus, qui pourrait par ce moyen être davantage blasphémé qu’il ne l’est déjà.»(2).

Que veut dire irréprochable ? Sans reproche. Cela ne signifie pas qu’il soit parfait, mais plutôt qu’il est impossible d’avoir prise sur lui pour l’accuser, pour le critiquer ou pour l’attaquer. Cela signifie aussi qu’il a une bonne réputation et qu’il est digne de confiance (1 Tim.3v7).

Ensuite, il lui faut être « sobre, modéré, réglé dans sa conduite, hospitalier »(1 Tim.3v2). Sobre veut dire qu’il est vigilant, notamment quant à sa conduite et concernant les dossiers à traiter, l’action du gouvernement, la situation de notre pays. Etre hospitalier, c’est d’être disponible, à l’écoute et accueillant, surtout pour accueillir tout étranger.

Il ne doit être « ni adonné au vin, ni violent, mais indulgent, pacifique, désintéressé »(v3), et pas soumis à des lobbies/pris dans des conflits d’intérêt.

Prov.31v3-5 rappelle que le responsable ne doit pas « livrer sa vigueur aux femmes », et « ses voies à celles qui perdent » (les responsables). « Ce n’est point aux (responsables) de boire du vin, ou de rechercher des liqueurs fortes, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi, et ne méconnaissent les droits de tous les malheureux ». Car le député doit servir l’intérêt général et le bien commun, avec le souci constant de refuser toute stigmatisation de personnes, avant tout les plus faibles et les plus précaires : il « ouvrira sa bouche », non pour déplorer « le cancer de l’assistanat », mais « pour le muet, pour la cause de tous les délaissés ». Il « ouvrira sa bouche » pour « juger avec justice, et défendre le malheureux et l’indigent »(Prov.31v8-9).

2) Il doit aussi avoir des convictions claires et solides, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse et justice.

Ainsi, par exemple, estime-t-il que « la défense de la dignité humaine » se limite aux deux extrémités de la vie, ou intègre tout ce qu’il y a entre les deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 67 millions de citoyens vivants ?

Considère-t-il les changements climatiques comme une question sociétale, éthique et spirituelle, posant un défi majeur aux générations présentes et à venir, en particulier du fait de l’interdépendance des causes ?

Pense-t-il que bâtir des hôpitaux, des routes, des écoles, c’est « dépenser de l’argent » ou qu’il est essentiel de refonder le lien social, pour régénérer nos communautés dévitalisées ?

Pense-t-il qu’il n’y ait « rien qu’on puisse appeler la société » et « qu’il n’existe que des individus » ? Et donc qu’il n’y a pas non plus de problèmes « sociaux » mais seulement « des problèmes individuels », des individus aux prises avec certaines difficultés, « des assistés » ayant certaines faiblesses mais sans le courage ou la volonté de les résoudre ?

Justifie-t-il une « responsabilisation » absolue de l’individu et un désengagement de l’État de plusieurs de ses missions ? Ou alors estime-t-il que « le principe de subsidiarité donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, tout en exigeant en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir » ? (3)

3) Enfin, sans être un « politicien professionnel », il devra être compétent et connaître les dossiers qu’il traite, en étant capable de comprendre les lois qui lui sont soumises et qu’il vote.

 

Prions donc pour les candidats-députés, qui aspirent et prétendent nous représenter au niveau national : qu’ils aient ce désir d’être irréprochables et de servir le bien commun, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse. Et prions pour nous-mêmes, que nous fassions de preuve de discernement, en prenant en compte le caractère, la réputation, les convictions et les compétences du candidat-député !

Et toi ? Quels sont tes critères de choix d’un candidat ?

 

Pour aller plus loin :

Que peut nous apprendre ce discours de Paul aux responsables de la communauté d’Éphèse (Actes 20v17-38), dans lequel l’apôtre fait un bilan de son activité et livre son testament spirituel ?

Sans justice, pas de paix

Deux mots sont essentiels aux yeux de Dieu pour retrouver la paix, laquelle est l’établissement de ce qui est bon : le droit et la justice.

« Je déteste, je méprise vos fêtes, je n’ai aucun goût pour vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je ne les accueille pas ; vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde même pas. Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ; que je n’entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! » (Am 5v21-24)

 

 

Notes :

(1) Selon la liste publiée par le ministère de l’Intérieur, 461 candidats apparaissent sous l’étiquette de la République en marche (REM) d’Emmanuel Macron et 76 sous celle de son allié du Modem. 480 candidats sont inscrits sous l’étiquette Les Républicains (LR), 414 pour le Parti socialiste (PS), 571 pour le Front national (FN), 556 pour La France insoumise (LFI), 911 candidats écologistes et 388 pour Debout La France (DLF).

https://www.publicsenat.fr/article/politique/elections-legislatives-comment-ca-fonctionne-60393

http://www.vie-publique.fr/actualite/faq-citoyens/elections-legislatives-2017/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/04/21/pour-le-nouveau-directeur-de-la-cia-de-trump-jesus-christ-est-la-seule-solution-pour-notre-monde-un-temoignage-public-a-double-tranchant/

(3) Voir « Laudato si » du Pape François, paragraphe 196

Entre deux tours : le temps des analyses

Vous disposez d'un grand pouvoir, en tant que citoyen : le pouvoir de vote. Qu'en ferez-vous ? (Première de couverture du roman "La Lucidité" de José Saramago)

Vous disposez d’un grand pouvoir, en tant que citoyen : le pouvoir de vote. Qu’en ferez-vous ?
(Première de couverture du roman « La Lucidité » de José Saramago)

Note : merci de ne pas « zapper » trop vite ce qui suit, car, même si « vous n’êtes pas du monde, vous êtes tout de même « dans le monde ». Et vous votez. Des études bibliques sont proposées en fin d’article, pour nourrir votre réflexion.

« La déferlante FN[en tête dans six régions*] du premier tour était annoncée, attendue(…)La seule chose surprenante, c’est la surprise officielle à l’annonce de ce résultat », observe le journaliste Patrice de Plunkett sur son blogue. Il estime que « la classe médiatico-politique », qui « ne comprend pas pourquoi cinq millions et demi de Français dont 95 % ne semblent pas extrémistes (si l’on en croit les reportages eux-mêmes !) se sont tournés dimanche vers le vote FN » devrait « changer de lunettes ».

Mais souhaite-t-on véritablement « changer de lunettes » ?
Pour le juriste-blogueur catholique « Thomas More », qui redevient régulier sur la toile, « nombreux sont ceux qui refusent de faire un diagnostic honnête de l’état de la société française par peur de ce qu’ils y découvriraient ». Un « déni de la réalité sociale » qui conduit notamment « à jeter l’anathème sur des auteurs tels que Laurent Bouvet ou Christophe Guilluy ». Et l’on aurait tort, estime le juriste blogueur, qui nous propose son intéressante analyse de l’ouvrage de L. Bouvet, « Le sens du peuple ». On peut, à l’instar de « Thomas More », ne pas rejoindre l’ « esprit laïc trop étroit » de ce premier auteur, mais on appréciera si son diagnostic est juste ou non. Même si « la politique » n’est « pas trop votre truc » (mais plutôt la théologie, par exemple), ne zappez pas trop vite ce qui suit, car il y a matière à vous faire réfléchir sur comment « être chrétien dans la cité ».
Le point de vue est le suivant :
Pour Laurent Bouvet, il importe, pour la gauche « d’abandonner le progressisme pour reconquérir le peuple » et « retrouver le sens du peuple ». Une « invitation » qui devrait être « adressée à l’ensemble des mouvements politiques, y compris de droite, même si c’est au prix d’une dose de populisme »**. Ce « populisme de gauche » impliquerait de « renoncer au libéral-multiculturalisme », d’ « écouter la révolte du peuple contre les élites », de « réviser la position de la gauche à l’égard de la mondialisation », et de « réaffirmer l’importance d’une laïcité stricte***… sans pour autant adopter les valeurs conservatrices et autoritaires et la xénophobie de certains populistes de droite ». Un élément intéressant : Laurent Bouvet propose également « de détacher l’individu moderne de sa réduction libérale à l’homo œconomicus pour lui redonner son plein pouvoir (empowerment), c’est-à-dire les moyens de peser sur sa destinée de citoyen libre, autonome et autodéterminé, individuellement et collectivement ». En gros, il invite chacun à reprendre son autorité légitime de citoyen, plutôt que de se résigner à n’être qu’un consommateur….Mais les notions de « liberté », d' »autonomie » et d' »autodétermination » sont autant d’éléments nécessitant à eux seuls toute une analyse, qui ne saurait être réduite en une simple allusion de deux lignes. Nous y reviendrons ultérieurement(notamment, sur la question de la liberté), dans un prochain billet.

Voilà pour « le populisme de gauche ». Et quel serait un « populisme modéré de droite », selon « Thomas More » ? Un populisme « moins étatiste et plus modeste que son homologue de gauche », « plus ouvert à la société civile (y compris dans sa composante religieuse) et défendre scrupuleusement le principe de subsidiarité ». Il devrait également « cesser de soutenir que le libéralisme et la mondialisation sont bénéfiques pour tout le monde[et peut-être aussi arrêter de clamer que l’austérité serait un programme]. Ce serait donc une forme de conservatisme populaire qu’il faudrait garantir contre toute forme de xénophobie ».
A noter qu’un autre blogueur catholique, le naturaliste « Phylloscopus », rappelle, dans sa recension de l’encyclique papale « Laudato si », que la subsidiarité consiste « à régler un problème au plus bas niveau disposant des moyens pour le faire », et « certainement pas en un blanc-seing accordé, en toutes circonstances, à la liberté individuelle ».**** On lui laissera d’ailleurs « le mot de la fin », en vous invitant à aller consulter son excellente analyse « globale » intitulée : « l’écologie(et la foi)contre la peur ». Encore un catholique ? Si vous en trouvez d’autres pertinentes, sur de tels sujets, et qui soient évangéliques, faites-moi signe. Ceci est aussi un appel à vocation.
Etudes bibliques : les devoirs de tout responsable, comme ceux du peuple : Prov.31v8-9 ; Ezéch.34 ; Juges 8v22-23 ; Juges 9 ; 1 Rois 12v3 et ss ; Luc 22v22-27. Voir aussi ce que le Seigneur Jésus a toujours refusé de faire, surtout « pour prouver quelque chose », en Matt.4v1-11 et Matt.12v38 et ss.

 

 

Notes :

*Les décodeurs du Monde : résultat, commune après commune, de la liste arrivée en tête : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2015/12/07/regionales-2015-commune-par-commune-la-liste-qui-est-arrivee-en-tete_4826510_4355770.html ; comportement électoral par sexe, âge, qualification et domaine d’activité :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/12/07/regionales-le-front-national-premier-parti-chez-les-jeunes-qui-votent_4826431_4355770.html

** Et puisque l’on parle de « populisme », voir l’analyse du sociologue des religions Raphaël Liogier : http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui ; https://blogs.mediapart.fr/remy-p/blog/271213/ce-populisme-qui-vient-de-raphael-liogier-ou-les-dangers-du-populisme-liquide ; http://www.slate.fr/tribune/82831/populisme-liquide

*** A propos de la laïcité, voir les travaux du sociologue et historien Jean Bauberot https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog/091215/la-laicite-110-ans-apres-la-loi-de-1905 ; https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog

****cf « Laudato si », paragraphe 196 : « le principe de subsidiarité…donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, mais qui exige en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir ». Et pour une contribution protestante importante à ce sujet, voir les thèses de Johannes Althusius(1556-1637).

Pourquoi il ne faut pas oublier de voter dimanche

Comment "bien" voter, "haut la main" ?

Comment « bien » voter, dimanche, « haut la main » ?

Vous l’avez peut-être oublié, mais nous votons pour la dernière fois, dimanche 6 et 13 décembre…..avant la prochaine élection présidentielle de printemps 2017.

Il s’agit des « régionales », organisées à cette date dans le cadre des nouvelles régions redessinées par la loi du 16 janvier 2015(lesquelles passent de 22 à 13). Vous faites peut-être partie de ceux qui ignorent qu’elles ont lieu prochainement. Ou vous faites peut-être partie des chrétiens qui estiment qu’ « ils ne sont pas du monde », quoiqu’ étant « dans le monde »(Jean 17v14, 16), d’autant plus que le « royaume » de Jésus « n’est pas de ce monde »(Jean 20v36)-ce qui est tout à fait vrai-Et que, donc, non, un chrétien n’a pas à se préoccuper de ces questions.

Mais jusqu’à quel point « ne sommes-nous pas dans le monde » ? Par exemple, quand nous consommons, ou jouissons « des plaisirs du monde » ? Être citoyen n’est-il pas plus important que d’être un simple et pur consommateur ?

Et ne sommes-nous pas « envoyés dans ce monde » (Jean 17v18)appelés par le Seigneur Jésus à être « lumière et sel », « ses témoins », d’abord « à Jérusalem », puis « en Judée, à Samarie, et jusqu’au bout de la terre » ? (Actes 1v8). Et quelle est notre « Jérusalem », notre « Judée », sinon notre ville, notre région… ? Et notre mandat initial n’est-il pas de « servir » et de « garder », « protéger » notre terre ?(Gen.2v15)
Dans quelle mesure servons-nous, en ce monde ? Dans quelle mesure sommes-nous Ses témoins ? De quelle manière pourrons-nous l’être, notamment dans la manière d’exercer le pouvoir du droit de vote ?

D’autant plus que les « régionales » touchent au plus près notre quotidien : leurs compétences se sont renforcées par la loi NOTRe du 7 août 2015, même après la perte de la clause de compétence générale (cad leur donnant un pouvoir d’initiative). Les régions s’occupaient déjà du développement économique, de l’aménagement du territoire, de la formation professionnelle, de la gestion des lycées et des transports, des subventions des associations. Aujourd’hui, « le conseil régional a compétence pour promouvoir le développement économique, social, sanitaire[notamment avec l’enjeu de la lutte contre les déserts médicaux], culturel et scientifique de la région, le soutien à l’accès au logement et à l’amélioration de l’habitat, le soutien à la politique de la ville et à la rénovation urbaine et le soutien aux politiques d’éducation et l’aménagement et l’égalité de ses territoires, ainsi que pour assurer la préservation de son identité et la promotion des langues régionales, dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des départements et des communes ». Ce qui n’est pas mince*.

Elles ne sont donc à manquer sous aucun prétexte, à l’instar de toutes les autres élections, qu’il s’agisse de la présidentielle, des législatives, des européennes, des départementales, ou des municipales…. Chacune d’elles, complémentaire des autres, porte une partie des pouvoirs politiques, à un échelon divers.

D’autre part, vivant dans une démocratie représentative, nous bénéficions du droit de vote, qui est un acte citoyen simple, mais redoutable, car porteur de très grandes responsabilités. Nous sommes convoqués les 6 et 13 décembre 2015, appelés à élire ceux qui seront nos représentants, chargés de gérer et de décider à l’échelle régionale pour six ans. Tout choix doit donc être pesé et raisonné, et certainement pas sous le coup d’un coup de gueule…de la haine, ou de la peur.

« Pour qui faut-il voter ? » me demanderez-vous peut-être ?

Si vous attendez une réponse à cette question ou une consigne « d’en haut », méfiez-vous. Ce n’est pas vous rendre service que d’y répondre à votre place, et vous n’avez pas besoin d’un gourou.

Le défi, et la responsabilité, pour tout citoyen, ou même chrétien-citoyen (et c’est également celui du débat démocratique), reste de juger/d’apprécier/d’évaluer la pertinence (et la portée) des mesures proposées dans les programmes des différents candidats** (à condition de les lire), de la même manière qu’en église, nous évaluons ceux ou celles qui prétendent parler au nom de Dieu (cf 1 Cor.14v29).
Évaluons également l’intégrité, le sérieux et la capacité des prétendants à l’élection à voir le long-terme (le souci de transmettre à la génération suivante) et à rechercher, non pas les intérêts d’un clan ou d’un lobby, mais l’intérêt général, dans le respect de la dignité humaine, comme dans le respect de l’environnement. Tirez des leçons du scandale sanitaire de « la viande de cheval » et méfiez-vous des étiquettes (« chrétien », « catholique », « protestante ») pour apprécier la réalité du contenu. « Pensez global » et cherchez l’interdépendance des différents domaines(famille, santé, éducation, environnement, éthique, économie, social…). Pensez également aux conséquences des actions proposées…
L’examen desdites mesures proposées, relatives à une petite échelle, permet de discerner ce qui pourrait être réalisé plus tard, sur une plus grande échelle.

A l’inverse, prévient Pierre Tourev, fondateur et animateur du site « Toupie »(qui se veut « éveilleur des consciences politiques des citoyens »), « se désintéresser des élections, c’est aussi clamer leur inutilité et donc faire le jeu de ceux qui voudraient les supprimer et avec elles toutes ces « coûteuses » assemblées d’élus (« Cela ferait des économies ! »). Un homme fort (ou une femme) au pouvoir leur suffirait. Mais nous pouvons encore voter et choisir nos dirigeants, ceux à qui l’on fait confiance, ceux dont les opinions sont les plus proches des nôtres ou, à défaut, d’écarter ceux que l’on ne veut absolument pas avoir comme élus ».

Les chrétiens seront-ils « les premiers » ou les derniers, « dans les bonnes œuvres » ?

Enfin, il a beaucoup été fait question des possibilités du Front national, parti d’extrême-droite, de conquérir trois régions à l’issue de ces élections : « Nord-Picardie, avec la liste emmenée par Marine Le Pen, Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec celle conduite par sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, et Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. En cas de victoire, la politique menée par le FN prendra-t-elle vraiment le virage social affiché dans les discours ? » Ivan Du Roy analyse pour Basta mag les mesures mises en œuvre par les maires frontistes, au sein de la vingtaine de villes qu’ils administrent, de nature à nous donner des éléments de réponses et à laisser entrevoir un programme à plus grande échelle : « austérité budgétaire, affaiblissement des services publics, abandon des populations les plus modestes (not. via la suppression de la gratuité de la cantine et des transports scolaires), vision néolibérale du travail… Entre les belles déclarations de ses leaders et son véritable programme tel qu’il est appliqué, il y a un abîme ». Lire l’article ici.

Sur ce, bon WE, et « bon vote ! »

 

Notes :

* Voir sur http://www.vie-publique.fr/actualite/dossier/elections-regionales-2015/competences-regions-apercu-apres-loi-notre.html ; http://www.vie-publique.fr/actualite/faq-citoyens/elections-regionales-2015/

Ainsi que la fiche mémo du CPDH sur les régions.

**En savoir plus sur le site revdem, repéré grâce au CPDH.

Testez-vous : nommez ces marques, nommez ces plantes

Le récit de la Genèse nous rappelle qu’Adam, disposant de l’autorité de Dieu, a donné un nom aux animaux(Gen.1v26-28, 2v15-20). Feriez-vous « mieux » que lui ? Testez-vous ! Nommez les marques, puis les plantes, ci-dessous, en vous minutant pour chaque catégorie.

Nommez ces marques ; nommez ces plantes (Source : Adbusters)

Nommez ces marques ; nommez ces plantes (Source : Adbusters)

 

 

 

 

 

 

 

C’est fait ? Quelles conclusions en tirez-vous ?

Quelques questions à (se) poser, parmi d’autres :

Qui êtes-vous ? A qui appartenez-vous ?

Raisonnez-vous, agissez-vous en « citoyens »(disposant d’une autorité)…ou en « consommateurs » ?

La suite du récit de la Genèse nous montre comment Adam a abdiqué son autorité, n’ayant rien eu à opposer à « la théologie » du premier « publicitaire » de l’histoire(Gen.3v1-6…). Et vous ? Qu’avez-vous fait de votre autorité(en tant que chrétiens, « enfants de Dieu », « citoyens du ciel »…ou, au moins, en tant que « citoyens de ce monde ») ?

D’autre part, nous connaissons sans doute les noms de nos stars ou personnalités politiques(préférées ou non)…Mais connaissons-nous notre Dieu ? Et qui est votre Dieu, d’abord ?

Bon test et bon week-end !

Althusius : la politique « autrement »

« Les chrétiens doivent s’engager en politique », dit-on. Au niveau national ou(les municipales 2014 donnent justement l’occasion)local.

L’on peut bien entendu se réjouir d’un tel engagement, mais tout dépend « pour quoi » et, surtout, pour quelle « politique ».

Car l »‘engagement en politique » se heurte à plusieurs écueils :

1)D’abord, le contexte « moderne » dans lequel nous vivons actuellement en Occident, où, comme le rappelle Paul Wells dans « La théorie politique «réformationnelle» et le pacte social », publié dans « La Revue Réformée »*, « une (de ses) caractéristiques est la montée de l’individualisme et son corrélat – la relation entre l’individu et la communauté ».

Une certaine idéologie politique considère, de façon peut-être idéalisée, que la séparation radicale entre l’individu et l’Etat (également jugé comme étant « le problème ») est le moyen de garantir les droits fondamentaux de l’individu. Comme l’explique Paul Wells, cette séparation a également été « un outil pour remodeler la société humaine au moyen de programmes imaginés par des «ingénieurs» sociaux. L’Etat est aussi considéré comme le bienfaiteur omniprésent et omnipotent qui prend en main les intérêts des citoyens ».

Entre les deux positions, que reste-t-il ? Un « intermédiaire », pourtant vital, malheureusement bien malmené : en effet, l’évolution moderne vers le « pouvoir central » ou le « centralisme étatique » comme moteur de gouvernement, a entraîné un affaiblissement de ce que l’on appelle les « corps intermédiaires » entre l’Etat et l’individu, soit toutes les formes de vie associative non gouvernementale [voir le « plan social » qui touche actuellement les associations en France], y compris la famille et l’Église. C’est particulièrement vrai en France, République fortement centralisée.

D’autre part, cet affaiblissement desdits corps intermédiaires favorise l’essor de l’individualisme et du libéralisme, lequel libéralisme « fait de l’individu et de ses droits inaliénables (liberté, propriété…) le centre et l’origine des relations sociales ». Mais qualifié de « main invisible, qui, sans contre-pouvoir ni encadrement extérieur, classe et hiérarchise », il est aussi destructurant par essence : « le libéralisme disloque la société, mais ne la conserve pas ».

2) Mais au-delà d’une menace de « totalitarisme étatique »(certes aliénant), le plus inquiétant(et non des moindres)est peut-être cette désillusion quasi généralisée des citoyens vis-à-vis de la « politique politicienne » ou de caniveau, conséquence des dérives du modèle démocratique des pays libéraux en Occident**. Comment alors prétendre « faire de la politique autrement », surtout si on se met à en faire, de « la politique politicienne » ?

C’est pourquoi, estime Paul Wells, il est peut-être temps de (re)considérer « la contribution importante dans le domaine de la théorie politique-mais souvent oubliée-de la pensée de la Réforme protestante. Celle-ci a cherché à développer une vision de la vie sociale et politique fondée sur les notions d’alliance et de consensus, c’est-à-dire d’accords mutuellement consentis. Cette vision peut favoriser une réflexion, d’une part, sur l’exercice équilibré de l’autorité dans la société, en termes de consensus, et, d’autre part, sur l’importance des institutions médiatrices entre l’Etat et l’individu ».

Dans ce cadre, et alors que nous voterons dimanche prochain(23 mars), pour le premier des élections municipales***, la pensée du protestant allemand Johannes Althusius (1556-1637), très originale, est absolument à découvrir****.

Son ouvrage majeur, « Politica Methodice Digesta« *****, écrit en 1603 et complété en 1610, paru sous sa forme définitive en 1614, contient ce qui peut être considérée comme la plus grande critique du système hiérarchique et centralisé du pouvoir «pyramidal»(dont le Saint Empire romain germanique est le plus bel exemple)à la lumière de la théologie réformée de l’alliance.  Système auquel l’auteur oppose une vision alternative, voire meilleure. Appelé le « père du fédéralisme », il est aussi l’un des premiers théoriciens de la subsidiarité, principe essentiel de l’Union européenne******.
Dans son traité, Althusius présente une théorie de la politique, où « la vie de la cité est avant tout une question de symbiose, la manière de vivre ensemble ou des vies qui s’organisent dans l’harmonie ».  Et la politique selon Althusius « est l’art d’associer (consociandi) les êtres humains dans le but d’établir, de cultiver et de maintenir, entre eux, une vie sociale. Ainsi, nous l’appelons la ‹symbiotique›. Le sujet de la politique est l’acte d’association (consociatio) par lequel ceux qui vivent ensemble s’engagent les uns avec les autres, par un pacte explicite ou implicite, en vue d’un partage (communicatio) mutuel de tout ce qui est utile et nécessaire pour promouvoir l’harmonie dans la vie sociale. Le but de l’action politique est une vie commune (symbiosis) qui est sainte, juste, agréable et heureuse, une vie où il ne manque rien de nécessaire et d’utile à l’être humain.»

Une telle définition, comme le relève Paul Wells, a de quoi nous surprendre quand, pour nous, « la politique » est habituellement porteuse d’un esprit « clivant » avec une idée d’opposition et d’affrontement. Ainsi, par exemple, les chrétiens se souviendront peut-être comment ils ont vécu la dernière présidentielle. Cependant, un tel clivage, face à la complexité de certains enjeux ou débats, empêche le citoyen(chrétien ou non) de se former une réelle opinion. Et ledit citoyen(chrétien ou non) en est alors réduit à être « une brebis qui élit le berger dont le son de la voix est le plus agréable » ou  à  « voter oui ou non, sans avoir lu, par exemple, le projet de Traité constitutionnel européen » de 2005(texte complexe, s’il en est).

A l’inverse, remarque Paul Wells, Althusius « dédramatise » le fait politique, « auquel nous demandons beaucoup en pensant que les hommes politiques vont tenir leurs promesses ». En effet, la politique n’est pas, selon lui, l’exercice du pouvoir, c’est un savoir-vivre-ensemble. Sa vision repose sur une société fondée sur l’alliance existant entre les êtres humains au sein de laquelle la participation, l’engagement personnel et les relations interpersonnelles sont essentiels. Dans cette vision, l’individu prime sur le collectif et non le contraire, mais l’individu existe dans une collectivité, l’alliance étant le fondement de la socialisation ».

La suite ici :

http://www.theonomia.fr/article-22689401.html   ou :

http://larevuereformee.net/articlerr/n244/la-theorie-politique-%C2%ABreformationnelle%C2%BB-et-le-pacte-social

Relire également, en comparaison, le principe du corps de Christ en 1 Corinthiens 12.

Notes :

*In La revue Réformée N° 244 – 2007/5 – OCTOBRE 2007 – TOME LVIII. Carrefour théologique Aix-en-Provence, mars 2007 : Protestantisme et libertés

** Dérive que l’on ne veut peut-être pas voir, du fait d’une « tentation de plus en plus visible » de considérer « la démocratie se prétendre la religion de l’Occident, au risque d’un unanimisme qui tue le débat, la différence, le différend, comme le souligne le philosophe et professeur d’éthique Olivier Abel. [cité par Sébastien Fath dans une note de blogue datée du 21/03/14]Celui-ci « appelle à développer la réflexion pluridisciplinaire sur le politique, la différence, le « vivre-ensemble », l’espace public. Quitte à démythologiser les grands discours, soit-disant laïques, sur une démocratie ou une République aux attributs quasi divins ».

*** Municipales dont il est important de connaître les enjeux. Quels médias sauront nous donner « à comprendre », plutôt que de nous abreuver de « politique politicienne » ? Voir, par exemple : http://elections-municipales2014.fr/2014/01/04/les-dix-dossiers-strategiques-qui-attendent-les-maires-en-2014/ ; http://elections-municipales2014.fr/bon-a-savoir/enjeux-municipales-2014/ ; http://www.youphil.com/fr/article/07314-comparateur-inegalites-ville?ypcli=ano ; http://www.m2014.fr/74/comment-devrait-etre-un-bon-maire-en-2014.htm

****A noter que l’on fait notamment l’éloge d’Althusius sur les sites ou forums libéraux. Or, rien n’est plus éloigné du libéralisme (comme du centralisme étatique) que la pensée d’Althusius.

***** En anglais. Sinon, voir ici.

****** Notamment rappelé dans ce billet récent de Patrice de Plunkett : « les évêques européens et les élections[européennes] de juin ».

« Toujours plus ! » Ou quand le consumérisme « consume » tout….

Le travail du dimanche un éternel serpent de mer ?

Le travail du dimanche un éternel serpent de mer ?

 

Le temps d’un week-end, les médias érigeaient l’ouverture des commerces le dimanche en enjeu central pour l’avenir du pays.

 

Enjeu ? Quel enjeu ? C’est là toute la question !

 

 

 

Qui n’a pas encore vu ce dessin de Plantu*, paru le 1er octobre 2013 en une du quotidien « Le Monde » ?

Dessin de Plantu. Le Monde, 1er octobre 2013

Dessin de Plantu. Le Monde, 1er octobre 2013

Le délégué CGT, qui refuse le travail le dimanche, et représenté sous les traits d’un beauf’, est associé avec un fanatique religieux(forcément musulman) qui s’en prend aux fillettes.

« Les syndicats et la religion, quand ils résistent à la marchandisation du monde, sont représentés comme une basse populace extrémiste », constate « La Décroissance », dans un article intitulé « Plantu parfait chez Bergé »**.

Le dessin est « en fait symptomatique de la ligne du quotidien du journal de Xavier NIEL, Matthieu PIGASSE et Pierre BERGE(…) Pierre Bergé, (qui) venait d’ailleurs de se prononcer très sérieusement pour la suppression de toutes les fêtes chrétiennes », sur RTL, le 27 septembre 2013 ! poursuit le mensuel.

« Le 3 septembre, retour au Monde qui titre sur un article d’un professeur à Sciences Po Paris : Christian Lequesne : « choisir son jour salarié est une liberté fondamentale ». Le 16 octobre, convoqué par le même quotidien, le pourtant « socialiste et homme de gauche » Pascal Lamy[et par ailleurs ex-directeur général de l’OMC] enfonce le clou : « le débat sur l’ouverture des magasins le dimanche et le soir est absurde. Bien sûr qu’il faut ouvrir les magasins le dimanche et le soir. Il vaut mieux travailler à 22 heures qu’être au chômage »***.

Je fais ce que je veux****, tel est le mot d’ordre de notre époque.

Mais pourquoi le « débat » sur le travail du dimanche(comme celui de la libéralisation du cannabis)revient comme un serpent de mer dans les grands médias ? s’interroge encore « La Décroissance »**.

 

Homo consumericus Dessin d'Andy Singer

Homo consumericus
Dessin d’Andy Singer

Poussons donc la logique du « Toujours plus » jusqu’à l’absurde :

« Toujours plus ! » (La gloutonnerie consumériste consume tout : le social, l’humain, l’écologie)*****

Or donc, des travailleurs voudraient, disons « spontanément », travailler le dimanche (c’est ma liberté de penser ! répond un travailleur au tee-shirt « exploité aussi le dimanche »)

Et la nuit aussi, tant qu’on y est ! (Béé…qu’est-ce qu’on peut faire d’autre la nuit ? se demande un autre)

Bientôt ce sera les 10-12 ans qui se mobiliseront pour le droit au boulot(« Laissez-nous aller à la mine ! » revendique un collégien, cartable sur le dos)

Et pourquoi pas, travailler sans être payé ?!(C’est une idée, ça ! déclare un doberman en costume-tenant plus du loup aux dents longues)

Ça n’a rien de nouveau. Avant, on appelait ça les syndicats jaunes****** (A bas la sociale ! dit un « jaune » moustachu à casquette)

Sauf qu’on a repeint cette saloperie à la sauce « droit à la conso »(Mais qu’est-ce qu’on ferait de notre dimanche sans Ikéa ?! se demande un couple de consommateurs aux allures de « zombis », poussant un caddy)

 

"Le dimanche, au moins on s'arrête !" Une de "La Décroissance, février 2008, numéro 46

« Le dimanche, au moins on s’arrête ! »
Une de « La Décroissance, février 2008, numéro 46

Quel enjeu de société, disions-nous plus haut  ?

Nous considérons-nous comme des consommateurs plutôt que des travailleurs ou des citoyens ?  Banalisons-nous(en l’intégrant) l’idée que consommer serait notre principale fonction ?

Y tenons-nous, au dimanche ? Pour quoi  ?

 

Versets bibliques à méditer :

Exode 16v22-30 : « Pendant six jours vous en ramasserez(de la manne) ; mais le septième jour, qui est le sabbat, il n’y en aura point. »

Deutéronome 5v14-15 : « …le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton boeuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos. »

« Tu ne voleras pas (…)Si la personne humaine est rabaissée au niveau d’une marchandise, d’un butin, celui qui la réduit à ça est un voleur ».(Erri de LUCA. Et Il dit, pp79-80)

 

 

Notes :

* Dessin commenté notamment par ACRIMED : « Le Monde court derrière Valeurs Actuelles » et « Le Monde et Plantu au-dessus de toute critique ? »

** »La Décroissance », novembre 2013, 104, p8

*** « J’ai suivi par exemple le débat sur l’ouverture (de magasins) le dimanche, je trouve ce truc absurde. Un boulot à 10 heures du soir est mieux que pas de boulot. Quand le chômage est à ce niveau, il faut accepter de changer les idées qu’on a. »(d’après la transcription des propos de Pascal LAMY, publiée au pied de la vidéo. Par ailleurs, il semble que cet entretien date du 13 octobre et non du 16)

****…« de mon temps, de mon corps, de mon argent, ça ne concerne en rien la collectivité…ou « l’idéologie du c’est mon choix qui peut légitimer aussi bien le travail dominical – un simple contrat entre moi et mon employeur[à l’instar du mariage ? Réduit à être un simple « contrat de confiance » ?]-que l’exil fiscal, la spéculation, la prostitution comprise comme un métier comme un autre, la grossesse pour autrui(GPA)…. » analyse le philosophe Jean-Claude Michéa, cité par la même « Décroissance »(op.cit.)

***** Toujours plus ! Par Colloghan. IN « La Décroissance », novembre 2013, numéro 104, p 9

****** D’après Wikipédia : Forme de syndicalisme (constitué en opposition aux syndicats « rouges », c’est-à-dire socialistes ou communistes) refusant certains modes d’action comme la grève et l’affrontement avec le patronat. Pour les grévistes, les jaunes sont les non-grévistes. Ce qualificatif, en se généralisant, a pris un sens péjoratif, désignant les « traîtres ».

« Débat sur le débat » : les questions que j’aimerai voir posées…

Débat du bois par Michael Meilen Vrai débat ou débat langue de bois ?

Débat du bois par Michael Meilen
Vrai débat ou débat langue de bois ?

« Débat » est un mot magique, qui semble incontournable dans nos sociétés démocratiques et médiatiques. Tellement incontournable qu’il a tendance à éclipser- un peu trop à mon goût- le terme de « discussion » ou de «dialogue».

De fait, l’intitulé (du moins sur le papier) de l’un de mes stages professionnels obtenus cette année, qui avait pour objet la place des médias dans le débat dit citoyen, m’avait justement paru très pertinent.

Le contenu du stage a-t-il répondu à mes attentes ? Malheureusement non. Il a plutôt (et souvent) été hors-sujet, même si j’ai pu relevé ici ou là quelques éléments intéressants.

Quelles sont les questions que j’aurai voulu voir aborder ?
Tout d’abord, que l’on commence par le commencement en questionnant sérieusement le terme « débat ».

Le débat : c’est quoi ? Entre qui ? Pour quoi ?

Microphone sans fil par Petr Kratochvil Le débat est-il connecté ou déconnecté de la réalité ?

Microphone sans fil par Petr Kratochvil
Le débat est-il connecté ou déconnecté de la réalité ?

Un sujet « qui fait débat », c’est quoi ? C’est ce qui nous engage tous, nous citoyens.

Quels sont les sujets « qui ne font jamais ou rarement débat » ? Par ex, le nucléaire, le choix d’une idéologie économique (le libéralisme) ou les conséquences du vote du « mariage pour tous »…

Comment choisit-on le sujet d’un débat ? Qui le choisit ? Dans quel but ?
Qui invite-t-on à « débattre » ?
Qui est le médiateur ?(un journaliste, par exemple ?) Quel est son rôle ?

Le médiateur doit connaître son sujet et avoir un but : éclairer, amener à comprendre et à se construire une « opinion éclairée ».

Le médiateur choisit des débatteurs, parce que lui, d’abord, « veut apprendre des choses » et permettre « d’apprendre des choses ».

Le médiateur choisit des débatteurs divers et de convictions diverses, qui ont réfléchit à la question posée, « qui fait débat » et ont des arguments (pour expliquer le fondement de leur conviction)

Le médiateur installe un climat de débat, basé sur l’écoute, le respect et le principe « je ne tiens pas à mes convictions, je tiens à la vérité… »

Le médiateur favorise un débat équitable et « éthiquable » : il pose de « bonnes questions »(des questions ouvertes, par exemple), bouscule l’un et l’autre débatteur, ne donne pas la primauté à une opinion sur une autre, cherche à déboucher sur une issue constructive. Il confronte les opinions(ne permet pas « d’esquive » de la part des débatteurs)et clarifie un terme trop jargonneux, par exemple.

Un médiateur doit-il, peut-il être « neutre » ?
Je ne crois pas vraiment à une neutralité absolue, mais attend à ce que le médiateur soit honnête.

Ce que le médiateur ne doit pas être : un « publiciste »(ou un « propagandiste »), un « passe-plat », un porte-parole d’une « opinion dominante »…Il aide à penser par soi-même et non dire ce qu’il faut(en)penser.

Lorsque le médiateur est un journaliste (sachant que « médiateur » commence comme « média », justement…), son rôle est d’expliquer, d’engager les gens à agir.

Celui ou celle qui assiste à un débat doit pouvoir se construire une opinion éclairée et être poussé à l’action, à l’engagement citoyen. L’on doit se dire à la fin du débat : « et maintenant ? Que fait-on ? »

L’exigence d’un débat de haute tenue est proportionnelle à la nature de l’engagement citoyen.

Le citoyen(c’est vous, c’est moi) a la responsabilité, notamment de s’informer sérieusement pour être en mesure de choisir, décider et prendre position.

Le citoyen(c’est vous, c’est moi) doit refuser le « faux débat », le « débat-spectacle » ou le « débat-bidon »(par exemple, celui où ne dominerait sur le plateau qu’un seul point de vue, avec des personnes-y compris celui qui est censé être modérateur- défendant une seule opinion) et détecter les « écrans de fumée » les sujets de diversion* et repérer les vrais enjeux.

Le citoyen (c’est vous, c’est moi) doit donc s’interroger positivement et acquérir des réflexes sur la façon de s’informer.

Autant de questions que je n’ai malheureusement pas vues abordées…..

Enfin, une question subsidiaire : le chrétien, celui qui « n’est pas du monde » (et notamment celui qui n’a pas la télévision, par exemple) doit-il se sentir concerné par le rôle des médias dans le débat citoyen et par l’éducation citoyenne ?  

Le sujet fait débat ! 😉

Une piste toutefois : le chrétien, s’il n’est pas du monde, est tout de même dans le monde (Jean 17v11-16). Et il est appelé à « éprouver toute chose »(1 Thes.5v21 ; Actes 17v10-11).

Bon débat !

Note :

*L’une des dix stratégies de la manipulation de masse implique « de détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique ».

De même, le documentariste Pierre Carles juge que le pouvoir (exercé par le présentateur du JT David Pujadas, qu’il dénonce) « ne consiste pas à dire aux téléspectateurs ce qu’ils doivent penser, mais à orienter leur perception du monde, par exemple en minimisant l’existence des conflits sociaux par une importance excessive accordée aux informations institutionnelles, aux résultats sportifs, aux faits divers, au « people »… Il ne cire pas ouvertement les pompes des dominants, mais écarte ou minore les informations susceptibles de les mettre dans l’embarras, comme la hausse des inégalités entre riches et pauvres, ou la misère économique, relationnelle et intellectuelle à laquelle le pouvoir condamne les sans-grades. C’est en ce sens qu’il détient une lourde responsabilité : non pas en télécommandant les gens, mais en occupant le terrain par des sujets futiles et en nous imposant un vocabulaire partisan ».