Pentecôte, « l’anti-Babel » ou « la bonne idée » de Dieu

« La grande Tour de Babel » de Brueghel l’Ancien (1563)

Cette année, nos amis Juifs ont célébré Chavouot (« pentecôte ») du 16 mai au 18 mai.

En hébreu, Chavouot est la fête des semaines, célébrée sept semaines après la Pâque. Sept est un chiffre évoquant dans la Bible l’achèvement et la perfection.

Cette fête très importante rappelle le don des Dix Paroles (la Torah) par Dieu à son peuple, après l’avoir sorti « à main forte et à bras étendu » d’Egypte, « la maison de servitude ». Elle est aussi l’anniversaire de la naissance du peuple d’Israël, peuple du Dieu qui se révèle et offre alliance, et dont on remémore l’action dans l’histoire d’Israël. « Chavouot » vient ainsi conclure le processus de libération initié à Pessah, la Pâque, avec le don de la Torah qui donne un sens à cette liberté. La période entre les deux fêtes peut être vue comme une sorte de préparation spirituelle pour recevoir la loi de Dieu. Et « Il n’y a d’homme libre que celui qui s’adonne à l’étude de la Torah », selon le chapitre 6v2 du traité Avot (« Éthique de nos Pères »).

En Actes 2v1-11, la Pentecôte [du grec pentékosté, « cinquantième »] est devenue pour les disciples de Jésus-Christ, qui la fêtent cette année le dimanche 23 mai, l’événement fondateur de l’Eglise chrétienne, avec le don de l’Esprit Saint. En effet, l’Esprit du Christ crucifié et ressuscité est offert ce jour-là aux Apôtres, et avec eux, les foules de Juifs pieux originaires « de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Actes 2v5), rassemblées pour le temps de la fête à Jérusalem [les non-Juifs recevront ce même Esprit plus tard, en Actes 10]. Les multitudes peuvent désormais connaître « les merveilles de Dieu » (Actes 2v11) et comprendre quelque chose du Royaume de Dieu annoncé par Jésus et les Apôtres, malgré la barrière de la langue, abattue en ce jour par l’effusion de l’Esprit.

Pentecôte, c’est « l’anti-Babel ».

Peut-être connaissez-vous ce récit des plus célèbres et des plus habiles maçons de l’histoire, qui se mirent à construire une tour capable d’atteindre le ciel ? Une petite histoire racontée au chapitre 11 du premier livre de la Bible, que nous appelons « Genèse », mais que les Juifs intitulent « Bereshit ». L’histoire se passe dans la vallée de Chinéar, sans doute en Mésopotamie. Une entreprise gigantesque, totalisante et particulièrement visionnaire, de rassemblement : après le déluge, construire un lieu qui ne serait plus jamais englouti et une hauteur qui fonderait une alliance avec le ciel(1).

Ceux qui ont lu (ou entendu) l’histoire savent que cette entreprise échoua d’une manière retentissante. Non du fait d’une lassitude des constructeurs ou du constat de limites techniques, mais à la suite d’une confusion : ils cessèrent brusquement de se comprendre, de parler la même langue. Dieu les détourna ainsi de cette impasse de croire qu’il était possible d’atteindre le ciel avec des pierres et de la chaux.

L’Ecriture biblique nous dit que cette humanité du début employait des mots uniques (« devarim ahadim »). En réalité, ce ne fut pas vraiment une privation, mais un don venant de Dieu, celui des langues multiples, de l’infinie variété des façons de désigner le même pain, la même vague, le même soleil. Sur le moment, les hommes ne l’apprécièrent pas, et ce fut Dieu qui les dispersa sur toute la surface de la terre, nous dit l’Ecriture (Gen.11v1-9).

Voici qu’avec les multiplications des langues se multiplient les horizons.

Par la suite, les hommes n’ont plus tenté de « fabriquer le ciel », mais ont érigé d’autres constructions monumentales servant, non plus à rassembler, mais à séparer : de « vrais » murs autour des villes ou des frontières, ou encore des murs – ou des systèmes d’idées – « identitaires »….(1)

La « Pentecôte chrétienne » est un anti-Babel, en ce qu’elle inaugure une nouvelle alliance de Dieu, lequel fait une unité de ce qui était alors divisé, renversant les barrières de langues et les murs de séparation.

Mosaïque de la Pentecôte. Basilique Constantin de Trêves, Allemagne ( (Holger Schué / Pixabay).

Le « souffle du violent coup de vent » (Actes 2v2) est venu mettre de l’ordre dans le désordre et la cacophonie des nations, mais pas selon un projet à la Babel, par une réunification de l’humanité où tout le monde parlerait une même langue, utilisant les mêmes mots. Dieu invente un projet inédit et visionnaire où chacun comprend une même vérité dans sa propre langue, dans son environnement culturel, dans ses représentations, et dans sa réalité (Actes 2v7-11).

Aucun humain n’aurait pu ne serait-ce qu’imaginer un tel projet : Dieu créé l’Eglise chrétienne en ordonnançant le chaos de la diversité des religions et des langues, par la puissance de son Souffle, comme « au commencement » décrit au premier chapitre de la Genèse, où le Souffle de Dieu a ordonnancé un monde qui était un chaos, informe et vide(Gen.1v2). Et par là même, Dieu marque l’humanité du sceau de la réconciliation.

Alors, préparons-nous à célébrer « la bonne idée » de Dieu !

Note :

(1) D’après Erri de Luca. Maçons IN Première heure. Folio, 2012, pp 17-19 ; et (du même auteur) Babel IN Noyau d’olive. Folio, 2012, pp 56-58

« Une nouvelle alliance » (Jérémie 31v31) à Pentecôte !

Ce week-end, Juifs et chrétiens font la fête (1) ! Ils célèbrent tout à la fois un don et un anniversaire, et ne manquent pas de compter à cette occasion, car compter, c’est remercier Dieu pour ses nombreux bienfaits.

Les Juifs célèbrent Chavouot à compter du jeudi soir 28 mai 2020 jusqu’au samedi soir 30 mai 2020.  En hébreu, Chavouot est la fête des semaines, célébrée sept semaines après la Pâque. Sept est un chiffre évoquant dans la Bible l’achèvement et la perfection.

Cette fête très importante rappelle le don des Dix Paroles (la Torah) par Dieu à son peuple, après l’avoir sorti « à main forte et à bras étendu » d’Egypte, « la maison de servitude ». Elle est aussi l’anniversaire de la naissance du peuple d’Israël, peuple du Dieu qui se révèle et offre alliance, et dont on remémore l’action dans l’histoire d’Israël. Chavouot vient ainsi conclure le processus de libération initié à Pessah, la Pâque, avec le don de la Torah qui donne un sens à cette liberté. La période entre les deux fêtes peut être vue comme une sorte de préparation spirituelle pour recevoir la loi de Dieu. Et « Il n’y a d’homme libre que celui qui s’adonne à l’étude de la Torah », selon le chapitre 6v2 du traité Avot (« Éthique de nos Pères »).

Néanmoins, face à l’incapacité de l’homme de respecter l’alliance, une « nouvelle alliance » a été estimée nécessaire par Dieu et annoncée dans l’Ancien Testament, en Jérémie 31v31-34.

En effet, « des jours viennent – oracle du SEIGNEUR – où je conclurai avec la communauté d’Israël – et la communauté de Juda – une nouvelle alliance. Elle sera différente de l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. Eux, ils ont rompu mon alliance ; mais moi, je reste le maître chez eux – oracle du SEIGNEUR.

Voici donc l’alliance que je conclurai avec la communauté d’Israël après ces jours-là – oracle du SEIGNEUR : je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être (2); je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. Ils ne s’instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant : « Apprenez à connaître le SEIGNEUR », car ils me connaîtront tous, petits et grands – oracle du SEIGNEUR. Je pardonne leur crime ; leur faute, je n’en parle plus ».

En Actes 2v1-11, la Pentecôte [du grec pentékosté, « cinquantième »] est devenue pour les disciples de Jésus-Christ, qui la fêtent cette année le dimanche 31 mai, l’événement fondateur de l’Eglise chrétienne, avec le don de l’Esprit Saint, inaugurant cette nouvelle alliance de Dieu, une nouvelle alliance qui fait une unité de ce qui était alors divisé, renversant les barrières de langues et les murs de séparation.

En effet, l’Esprit du Christ crucifié et ressuscité est offert ce jour-là aux Apôtres, et avec eux, les foules de Juifs pieux originaires « de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Actes 2v5), rassemblées pour le temps de la fête à Jérusalem [les non-Juifs recevront ce même Esprit plus tard, en Actes 10]. Les multitudes peuvent désormais connaître « les merveilles de Dieu » (Actes 2v11) et comprendre quelque chose du Royaume de Dieu annoncé par Jésus et les Apôtres, malgré la barrière de la langue, abattue en ce jour par l’effusion de l’Esprit. C’est en cela que la Pentecôte est un « anti-Babel » (Gen.11v1-9) : le « souffle du violent coup de vent » (Actes 2v2) est venu mettre de l’ordre dans le désordre et la cacophonie des nations, mais pas selon un projet à la Babel, par une réunification de l’humanité où tout le monde parlerait une même langue, utilisant les mêmes mots. Dieu invente un projet inédit où chacun comprend une même vérité dans sa propre langue, dans son environnement culturel, dans ses représentations, dans sa réalité (Actes 2v7-11).

Aucun humain n’aurait pu ne serait-ce qu’imaginer un tel projet : Dieu créé l’Eglise chrétienne en ordonnançant le chaos de la diversité des religions et des langues, par la puissance de son Souffle, comme « au commencement » décrit au premier chapitre de la Genèse, où le Souffle de Dieu a ordonnancé un monde qui était un chaos, informe et vide(Gen.1v2). Et par là même, Dieu marque l’humanité du sceau de la réconciliation.

« Souvenez-vous donc qu’autrefois, vous qui portiez le signe du paganisme dans votre chair, vous que traitaient d’« incirconcis » ceux qui se prétendent les « circoncis », à la suite d’une opération pratiquée dans la chair, souvenez-vous qu’en ce temps-là, vous étiez sans Messie, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, en Jésus Christ, vous qui jadis étiez loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ.

C’est lui, en effet, qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine. Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances. Il a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix : là, il a tué la haine.

Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. Et c’est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l’accès auprès du Père. Ainsi, vous n’êtes plus des étrangers, ni des émigrés ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu. Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et Jésus Christ lui-même comme pierre maîtresse. C’est en lui que toute construction s’ajuste et s’élève pour former un temple saint dans le Seigneur. C’est en lui que, vous aussi, vous êtes ensemble intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit » (Eph.2v11-22)

 

Bonus :

L’Esprit saint par « The Bible project » (en français)

De Babel à Pentecôte…ou la déclaration d’amour de Dieu, une  belle narration de la plume de la pasteure Sophie Letsch (UEPAL).

Dans ces temps de confinement, Juifs pour Jésus avec plusieurs assemblées et associations messianiques nous propose de vivre ensemble un office de Shabbat de Chavouot messianique samedi 30 mai, 11h00. Service Torah, louange, liturgie, témoignage, partage de la Parole

Une lecture musicale de Actes 2v1-6, en version Parole de Vie, selon la démarche présentée sur Christ seul

Ecouter l’enregistrement réalisé lors de la Rencontre Évangélique Protestante d’Alsace-Nord (REPAN) le 8 juin 2019 à Betschdorf avec les musiciens issus de la troupe multi-artistique des LightClubberz.

 

 

Notes :

(1) Selon l’explication donnée par les répondants du site 1001 questions, « les fêtes juives » sont bibliques : instituées dans l’Ancien Testament, elles ont pour but de glorifier Dieu en se remémorant son action dans l’histoire d’Israël (exemple dans le livre de l’Exode 12, 24-27). Elles n’ont pas un sens seulement social ou « festif », elles servent à communiquer la présence de Dieu avec son peuple et à transmettre l’enseignement de la foi aux générations successives.

« Les fêtes chrétiennes », quant à elles, ne sont pas instituées bibliquement mais commémorent aussi l’action de Dieu en prenant pour thème des moments importants de la vie de Jésus racontés dans les évangiles (Naissance du Christ, Mort et Résurrection, Ascension…) ou ici, de l’action de l’Esprit (Pentecôte).

(2) Une expression analogue à « circoncira ton cœur » de Deut. 30:6 et parallèle au coeur nouveau, à la pensée nouvelle et à l’esprit nouveau d’Ezech. 36v22-33 (Voir aussi Ezech. 37 ). Dans le Nouveau Testament, ceci réfère au Saint-Esprit demeurant dans les croyants.

 

 

 

A Pentecôte ou Chavouot, comptons les bienfaits de Dieu !

Le présent billet m’a été inspiré par la lecture de la dernière lettre de nouvelles(numéro 45, mai 2013) de Juifs pour Jésus, dont certains d’entre vous connaissent peut-être le ministère.

A Noël, les chrétiens célèbrent la naissance du sauveur ; à Pâque, la résurrection du Seigneur…et à Pentecôte ?

Vieille calculatrice par George Hodan

Vieille calculatrice par George Hodan

On compte !
On compte les bienfaits de Dieu, car, compter, c’est remercier.

Dans l’Ancien Testament, on compte « 7 semaines » ou 50 jours, soit ce qui sépare la Pâque de Pentecôte ou Chavouot (fête de la moisson ou des prémices). « Depuis que la faucille commence à être mise aux blés, tu commenceras à compter sept semaines,  et tu célébreras la fête des semaines, et tu célébreras la fête des semaines à l’Éternel, ton Dieu, avec un tribut d’offrande volontaire de ta main, que tu donneras selon que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni ».(Deut.16v9-10 et voir aussi Lévit.23v15-21)

On compte.
On compte et on se souvient que l’on « peut compter sur Dieu », sur Sa fidélité, Sa bonté, Sa générosité.
On compte et on remercie. On exprime à Dieu sa reconnaissance pour l’abondance de la moisson et on lui offre les premiers fruits.

Aujourd’hui, comment le chrétien peut-il s’approprier cette fête biblique, par ailleurs moins familière(semble-t-il), en comparaison de Noël et Pâque ?

De la même façon, en comptant !

En exprimant à Dieu sa reconnaissance pour ses bienfaits, « qui sont sans repentir » (Rom.11v29).

En exprimant à Dieu sa reconnaissance pour le don du Saint-Esprit, accomplissement d’une alliance et d’une vie nouvelles.

En se gardant également d’oublier que l’on a « été serviteur (ou esclave) en Égypte »(Deut.16v12).

Et, tout en se réjouissant, en se gardant d’oublier les autres, notamment le pauvre, l’étranger, le lévite, la veuve et l’orphelin :

« Et (l’on se réjouit) devant l’Éternel, notre Dieu, (nous), et (notre) fils, et (notre) fille, sans oublier « (notre) serviteur, et (notre) servante, et le Lévite qui est dans (nos) portes, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui sont au milieu (de nous), au lieu que l’Éternel, (notre) Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom ». Et on n’oublie pas de manifester de la bonté: Et quand vous ferez la moisson de votre terre, tu n’achèveras pas de moissonner les coins de ton champ, et tu ne glaneras pas la glanure de ta moisson; tu les laisseras pour le pauvre et pour l’étranger. Moi, je suis l’Éternel, votre Dieu».(Lévit.23v22. Voir aussi le livre de Ruth, notamment 1v22, 2v23. Ruth, une moabite, et donc une étrangère, a donné naissance au grand-père du roi David à Chavouot et a donc pu faire partie de la lignée du messie-cf Matt. 1v5-6)

On notera enfin que Pentecôte ou  Chavouot marque une rupture avec des malédictions :

-alors qu’au Sinaï, lorsque la première alliance a été donnée au peuple, 3000 d’entre eux ont péri par l’épée pour leurs péchés, suite au veau d’or (Ex.19-20 et 32v1-28), la nouvelle alliance a été scellée par le don du Saint-Esprit(Actes 2) promis et reçue par 3000 juifs (v41). Une riche moisson, et prémices d’une plus grande, résultat de l’action du Saint-Esprit !

-Et l’on remarquera que Pentecôte est l’ « anti-Babel », avec une dimension multiculturelle. « Babel est renversé, car on commence à s’entendre et à se comprendre à nouveau. L’Esprit Saint transcende des problèmes de langue et de culture ! » Et l’évangile peut être annoncé « à tout peuple, toute nation » !

 

Bénis donc, bénis sans cesse
Ce Père qui chaque jour
Répand sur toi la richesse
De son merveilleux amour.

   
Ref
Compte les bienfaits de Dieu,
Mets les tous devant tes yeux,
Tu verras en adorant
Combien le nombre en est grand !

(« Quand le vol de la tempête ». E.O. Excell/M. Perrenoud. Sur les Ailes de la foi numéro 45)