Brésil : La vision non neutre du monde éducatif de Bolsonaro et de l’Ecole Sans Parti

Le projet de réforme éducative de « l’Ecole Sans Parti », actuellement en débat au Brésil, est-il « bien parti » ?

« Brésil : Le futur ministre de l’Education est un théologien évangélique », tel est le titre d’une dépêche parue le 27/11/18 sur le site « Evangéliques info »(1) et relative au programme éducatif de Bolsonaro, le nouveau président du Brésil et de son prochain ministre de l’Education, Ricardo Vélez-Rodriguez :

« …Tout comme Jair Bolsonaro, il entrera en fonction en janvier 2019. Ce théologien évangélique est un défenseur du projet «école sans parti», qui a pour objectif de limiter «l’abus de la liberté d’enseigner». Selon un article de La Croix, il affirme vouloir instaurer des conseils éthiques, qui s’assureraient que les élèves brésiliens reçoivent «une éducation moralement correcte». Professeur de philosophie à l’université de Juiz de Fora, le futur ministre de l’Education dénonce sur son blog Rocinante le système éducatif actuel qui, selon lui, «prend en otage les Brésiliens et leur impose une doctrine ancrée dans l’idéologie marxiste». Un choix essentiel pour le président brésilien, pour qui « la question de l’éducation a été au coeur de la campagne électorale » et qui « souhaite faire adopter un projet de loi stipulant que «les valeurs familiales doivent prévaloir sur l’enseignement scolaire pour ce qui est de l’éducation morale, sexuelle, et religieuse».

Cette dépêche est très exactement une reprise d’un article de La Croix (2) et d’un autre paru sur le « 20 minutes »(3). Elle nous donne à penser que le programme éducatif du Président Bolsonaro et de son futur ministre serait « évangélico-compatible » et empreint de « bonnes valeurs ». Cependant, cette reprise s’avère malheureusement partielle, ne tenant pas compte d’autres éléments importants, pourtant bien présents dans l’article-source de La Croix, et de nature à nous permettre de mieux évaluer ledit programme.

Ainsi, informer, c’est (toujours) choisir : choisir de parler d’un fait et pas d’un autre ; ou encore choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information. D’autre part, informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur. Informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant, tandis que s’informer consiste à se donner les moyens de comprendre ce que l’on nous transmet.

Ainsi, une lecture plus complète de l’article-source (2) nous permet d’apprendre qu’ « après que les députés évangéliques [aient] posé leur veto (…) sur une autre personnalité du monde de l’éducation, pressentie pour le poste, mais jugée trop modérée, Jair Bolsonaro a finalement choisi ce théologien [catholique et non pas « évangélique ». NDLR] de 75 ans, diplômé en philosophie à l’Université pontificale Javeriana en 1964, et en théologie au séminaire conciliaire de Bogotá, en Colombie, avant de poursuivre ses activités au Brésil. (…) Inconnu de la communauté éducative, l’homme a été recommandé dans une vidéo Youtube par l’idéologue adulé par l’extrême droite brésilienne, Olavo de Carvalho, qui a lui-même refusé le poste (…). Dans un post publié sur son blog en 2017, Ricardo Vélez-Rodriguez juge aussi « patriotique et nécessaire » de commémorer la date du 31 mars 1964 (date du coup d’état militaire).…..il défend même l’instauration, dans toutes les écoles, de conseils d’éthique, qui viseraient à surveiller [je souligne] que les élèves brésiliens reçoivent bien « une éducation morale correcte ».

Cependant, poursuit l’article de La Croix (2), si les députés évangéliques ont été « enchantés » par cette nomination, beaucoup s’inquiètent. Qualifié « d’ayatollah » par l’éditorialiste Clovis Rossi, comparant ses conseils d’éthique à la « police morale de l’Iran », ce nouveau ministre « annonce un futur ténébreux pour l’éducation de notre pays », a réagi la Confédération des fonctionnaires municipaux (Confetam) dans un communiqué…… ».

Il est singulier qu’Evangéliques.info n’ait pas estimé fondamental de nous informer sur ces réalités-là….

Une telle nomination est toutefois logique, après examen du plan d’éducation du futur gouvernement Bolsonaro, lequel plan, estimé plutôt vague sur certains points, présente certaines priorités en la matière.

Au coeur de ces priorités, la volonté affichée de combattre ce que le Président nouvellement élu présente comme « l’un des plus grands maux [de l’éducation] aujourd’hui », lequel serait « le fort endoctrinement », mis en œuvre, d’après lui et ses partisans, par le Parti des travaileurs (PT) sous leur gouvernement (2003–2016, Lula puis Dilma Rousseff (4).

La vision éducative de Bolsonaro s’appuie sur « l’Ecole sans parti » (« Escola Sem Partido »), un projet de réforme de l’enseignement datant de 2004, actuellement examiné au Parlement fédéral et faisant l’objet d’un débat intense au Brésil, au point de diviser au sein même du corps enseignant et des familles. Les opposants l’appellent « Lei da mordaça » ou « loi de la muselière ». « À l’origine »peut-on apprendre sur le site bien documenté de « l’Observatoire Pharos du pluralisme culturel et religieux »(5), « il s’agit d’un mouvement civique de groupes de parents et d’enseignants inquiets de l’endoctrinement et de la pensée unique qu’ils constatent dans les écoles fréquentées par leurs enfants. De nombreux élèves, parents et enseignants se plaignent du fait que les enseignants imposent leur idéologie, leurs opinions politiques [souvent « de gauche »] ou religieuses. Le manifeste du mouvement réclame que soient affichés dans les écoles les « devoirs de l’enseignant ». Ce mouvement civique évolue ensuite aux stades politique et judiciaire, lorsqu’en 2014, certains partisans du mouvement déposent des projets de loi aux niveaux locaux ou nationaux, inspirés par le manifeste. Par la suite, certains parents font pression sur des enseignants ou portent plainte contre ceux qui ne respectent pas la nouvelle législation ».

Aujourd’hui, la proposition de réforme de l’enseignement – en discussion au Parlement fédéral – propose, entre autres, de proscrire l’enseignement de matières traitant du genre ou de l’orientation sexuelle. Elle prévoit aussi d’imposer à l’enseignant le devoir de « neutralité » en lui interdisant la promotion de ses préférences idéologiques ou religieuses en classe, ou de rendre obligatoire l’affichage dans les salles de classe d’ une plaque (de 90 centimètres de haut sur 70 de large) décrivant les « six devoirs du professeur » du manifeste initial – comme le respect du droit des parents pour que leur enfant reçoive une éducation morale et religieuse en accord avec leurs convictions – avec un numéro de téléphone anonyme pour que les élèves puissent dénoncer les enseignants qui chercheraient à les « endoctriner »(sur les questions politiques, religieuses ou liées à l’orientation sexuelle).

L’on peut comprendre toute la légitimité des préoccupations des parents, soucieux du respect de la liberté de conscience de l’élève et de l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. Les partisans du projet considèrent par ailleurs que « l’école est un lieu de transmission d’un savoir, qui doit viser autant que possible la neutralité. Considérant que toute interférence est une violation du droit des parents à élever leurs enfants suivant les principes qui leurs sont chers, ils accusent les enseignants de ne pas respecter la liberté d’opinion, de croyance et de conscience des familles et des élèves ». Sauf que l’enseignant n’est pas un simple « instructeur » ou « une machine » ayant pour seule vocation de « recracher » un contenu « neutre et objectif », sans aucune interaction avec ses élèves.  D’autre part, pour de nombreux observateurs, si les excès commis par des enseignants sont réels, ils demeurent marginaux (5).

Ceci dit, ce projet de « l’Ecole sans parti » s’avère en réalité dangereux et pervers, pour plusieurs raisons :

– Parce que le fond de ce projet se résume à :« vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». Etantfondé sur « une crispation identitaire autour de questions de mœurs, de croyance et de sécularisation », il risque de provoquer « une judiciarisation des rapports enseignants-parents »(5), nourrissant un climat de peur et de méfiance mutuelle.

– Parce qu’il vise à neutraliser les professeurs – présentés non comme des acteurs de la formation des élèves mais comme « une menace à contenir » – en instaurant un état de censure et de chantage permanent, de nature à affaiblir leur autorité et à remettre en question leur droit constitutionnel à exercer leur liberté pédagogique. En outre, il est à craindre que, du fait de l’interdiction d’aborder certains sujets en classe [tels que liberté et orientation sexuelle, darwinisme], au nom du respect des opinions politiques, morales ou religieuses, et pour mieux combattre certaines idéologies sous-jacentes, il devienne difficile, voire impossible, de parler d’autres sujets, tels les droits des minorités et des femmes, le racisme, la violence, les inégalités/injustices, la dictature, les croyances…..

– Parce qu’il encourage la délation d’un enseignement dénoncé comme « politisé » : « Depuis cinq ans, on reçoit de plus en plus de témoignages de professeurs menacés, exposés sur les réseaux sociaux ou renvoyés », rapporte Diogo da Costa Salles, professeur d’histoire de 26 ans au primaire et au collège à Rio, et l’un des coordinateurs de « Professeurs contre l’École sans parti », un mouvement créé contre la loi « Escola sem partido » (École sans parti). La tendance s’est accentuée depuis la récente campagne électorale, d’autant plus qu’au lendemain de l’élection de Jair Bolsonaro, une députée de son parti a appelé dans une vidéo à filmer les professeurs qui « endoctrinent » pour dénoncer leurs « discours politico-partisan ». Un appel repris par Jair Bolsonaro quelques jours plus tard…..»(6)

–  Parce que sous couvert d’imposer « la neutralité » dans l’enseignement, ce programme éducatif favorise en réalité un nouvel endoctrinement à l’école, sous prétexte d’en extirper un autre. D’autant plus que choisir/imposer d’être « neutre », ou ne pas parler de certains sujets, est déjà en soi un acte politique ! (6)

Dans ce « package idéologique », nous trouvons une vision utilitariste et marchande, avec la volonté de faire de l’école un lieu de transmission d’une idéologie économique et sociale (le libéralisme) et un lieu de formation d’une main-d’oeuvre bon marché, plutôt qu’un lieu de stimulation d’une pensée critique, de pluralisme et de diversité. Cette volonté est illustrée par cette déclaration à l’agence de presse Agência Brasil du Président Bolsonaro lui-même – qui a nommé comme « super ministre » de l’économie Paulo Guedes, formé à la très libérale « école de Chicago » – comme quoi l’école devra être «un lieu où l’on apprend la physique, les mathématiques et la chimie pour faire en sorte d’avoir, à l’avenir, de bons emplois, de bons patrons et de bons libéraux »(3).

Un autre souhait du futur gouvernement est le retour aux programmes scolaires de l’éducation morale et civique, matière abolie après la fin de la dictature militaire. Ainsi, le général Aléssio Ribeiro Souto, l’un de ceux nommés par Bolsonaro pour élaborer le plan d’éducation, remet en question la théorie de l’évolution pour défendre le créationnisme dans l’enseignement scientifique. Mais il prêche aussi un révisionnisme historique de la période dictatoriale dans les cours d’histoire, exigeant que la «vérité» sur le régime soit dite. A noter que contrairement au matériel didactique utilisé par les écoles militaires brésiliennes [dans lesquelles est intervenu Aléssio Ribeiro Souto], qui parlent du coup d’Etat de 1964 comme de l’«évolution de 1964», les livres du Ministère de l’éducation définissent le régime comme une dictature ».

Autre priorité de Bolsonaro et de ses partisans « effacer l’idéologie de Paulo Freire » (1921-1997), en référence à l’une des grandes figures de l’éducation dans le pays, connu pour sa théorie de la pédagogie de l’opprimé. Sauf qu’à l’heure actuelle, ni les programmes de base ni les programmes de l’école secondaire ne se réfèrent aux méthodes de Freire – pas plus qu’ils ne contiennent le mot «genre», qui a déjà été retiré des plans d’éducation en raison de pressions politiques. En réalité, selon Daniel Cara, coordinateur de la campagne nationale pour le droit à l’éducation et ancien candidat au Sénat pour le PSOL, « le rejet de Paulo Freire est une stratégie parce qu’il symbolise la stimulation de la pensée critique. Ce que Freire défend est accepté dans le monde entier….».(4)

Bref, l’Ecole semble bien « mal partie » sous Bolsonaro, pour qui la mise en œuvre d’un tel plan éducatif ne sera pas aisée, puisque le Président brésilien se heurtera, l’an prochain, au Conseil national de l’éducation, un organe indépendant qui accompagne les décisions du ministère.

Ceci dit, Olavo Nogueira Filho, directeur du mouvement Tout pour l’Education, très critique envers le manque de profondeur des projets de Bolsonaro, regrette que le débat sur la politique éducative n’ait pas eu lieu durant la campagne électorale. Il espère que le nouveau gouvernement sera « disposé à écouter les nombreuses propositions à l’étude dans la sphère interpartis, afin de rechercher des progrès durables dans ce domaine.»(4)

Et quant à l’historienne Lilia Schwartz, elle regrette aussi, dans une tribune pour le journal en ligne Nexo, qu’autant d’énergie soit mobiliser à discuter d’un projet si obscurantiste, qui fragilise les maîtres et retire aux élèves le droit à une éducation critique ». Pour elle, le « problème majeur n’est pas “l’endoctrinement”– qui n’a d’ailleurs jamais été sérieusement étudié », mais « l’éducation défaillante que nous proposons. » (6)

Or, à l’inverse d’une telle conception « autoritaire » et « régressive » de l’éducation, laquelle fait de façon contradictoire « la promotion de l’endoctrinement à l’envers », l’école devrait être le lieu où l’on apprend à aimer la vérité et où l’on apprend à penser, pour penser par soi-même. Non seulement pour devenir un être responsable et autonome, mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que le petit d’homme va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. Et non en s’enfermant dans un univers clos, fantasmé et idéalisé. L’école devrait aussi être un lieu de vie et d’apprentissage, où enfants et adultes apprennent à vivre réconciliés – avec eux-mêmes, les autres et leur environnement – bâtissant des relations de confiance, dans la paix et le respect.

Prions pour que de bons choix éducatifs soient faits au Brésil, pour de belles écoles où l’on ferme la porte au rejet, à la haine et à l’ignorance, et où l’on ouvre l’horizon des enfants.

 

 

Notes : 

(1) http://www.evangeliques.info/articles/2018/11/27/bresil-le-futur-ministre-de-l-education-est-un-theologien-evangelique-19138.html

(2) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/theologien-tete-ministere-bresilien-leducation-2018-11-25-1200985390 [Ricardo Vélez-Rodriguez sera finalement limogé et remplacé, début avril 2019, par Abraham Weintraub, venu de la finance cf http://www.lefigaro.fr/flash-actu/bresil-bolsonaro-limoge-un-2e-ministre-celui-de-l-education-20190408 ]

(3) https://www.20minutes.fr/monde/2378723-20181123-bresil-nouveau-ministre-education-bolsonaro-philosophe-theologien

(4) https://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-bolsonaro-lance-la-bataille-contre-les-ideologies-nocives-dans-le-systeme-educatif.html

(5) https://www.observatoirepharos.com/pays/bresil/reforme-de-lenseignement-renforcer-ou-limiter-le-pluralisme-dopinions-pt/ (Voir aussi : https://journals.openedition.org/bresils/2856). Rappelons qu’au Brésil, l’État ne gère directement qu’une minorité des écoles. Les écoles sont en majorité privées ou semi-privées. Les programmes scolaires existent, mais peuvent varier d’un État à l’autre. Les manuels également. La marge de manœuvre pédagogique, didactique et idéologique des écoles est très grande. La religion est une matière enseignée dans le cadre scolaire. Les enseignants ont également le droit constitutionnel d’exercer leur liberté didactique. Ils doivent cependant respecter les principes de la Constitution qui protègent l’enfant de tout endoctrinement et qui garantissent la liberté éducative des parents.

(6) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Au-Bresil-enseignants-sinquietent-detre-places-surveillance-2018-11-28-1200985996 

Foireux liens(4) : le mondial « battra-t-il sa coulpe » ?

De nouveaux foireux liens pour une coupe foireuse…..

 

"Eduquons, éduquons ! Pas besoin de la coupe !"

« Eduquons, éduquons ! Pas besoin de la coupe ! »

Voici un pays qui, à lui seul, est 15 fois plus grand et 3 fois plus peuplé que la France. Un pays qui est la 8e économie du monde.

Ce pays sera(il l’est déjà) particulièrement au centre de l’attention médiatique, à partir du 12 juin 2014(en attendant les JO d’été de 2016) :
En effet, des millions de supporters du monde entier se préparent à vivre  « la coupe des Coupes »,  dans un pays où tout le monde est « fou de foot ». Mais comment ce gigantesque événement est-il organisé au Brésil ? Avec quelles conséquences économiques, sociales et morales, sur les Brésiliens ?

Or, le Mondial n’a pas encore commencé qu’il se fait déjà tacler :

-Par les brésiliens eux-mêmes : « des manifestations ont déjà rassemblé plus d’un million de personnes qui s’offusquent des dépenses d’argent public engendrées par cet événement : des 10 milliards prévus, la douloureuse s’élève déjà à plus de 11 milliards d’euros », une somme astronomique qui aurait pu être utilisé pour les transports, la santé ou encore l’éducation. Et ce, alors que le Brésil se trouve dans une importante crise économique. « Ex-star du ballon rond, idole nationale après avoir été sacré champion du monde en 1994, Romario, aujourd’hui député, avoue lui-même que « les 3,5 milliards de reais [environ 1,1 milliard d’euros] qu’il a fallu ajouter au pot du Mondial permettraient de construire près de 500 nouveaux établissements d’enseignement technique au Brésil ». On pouvait déjà le lire le 22 octobre 2013, dans le journal « L »âge de faire ».

Par les évêques brésiliens : A quelques jours du coup d’envoi entre le Brésil et la Croatie, ces derniers dénoncent le gaspillage de l’argent public par les organisateurs alors qu’une partie de la population n’a pas accès aux services de base, dans une brochure distribuée dans toutes les paroisses du pays.

Par les graffeurs de rue, qui,  à Rio de Janeiro et São Paulo, ont décoré les murs de leur quartier avec des graffitis qui accusent la FIFA d’exploiter le Brésil et avec des dessins qui dénoncent la négligence de leur gouvernement sur les besoins des pauvres(particulièrement à l’heure où l’on privilégie des politiques libérales de « baisses de dépenses publiques »), et le choix prioritaire de donner de l’argent à cet évènement sportif.

Parmi ces graffitis, celui-ci

La coupe du monde, vu par l'artiste Paulo Ito. Lequel a peint ce graffiti à l'entrée d'une école de São Paulo

La coupe du monde, vu par l’artiste Paulo Ito. Lequel a peint ce graffiti à l’entrée d’une école de São Paulo

a fait le tour du monde.

 

Bref,  »était-ce vraiment le moment d’organiser un Mondial quand des millions de Brésiliens manquent de tout  », s’interrogent des journaux brésiliens ? « Les gaspillages financiers pour la Coupe constituent un problème moral », relève le journaliste Patrice de Plunkett, lequel brosse un bilan de la politique économique et sociale de Dilma Roussef.

 

Il est de fait pertinent de regarder en dessous du tapis et de découvrir les dessous de « la coupe des coupes ». A ce sujet, voici une enquête effectuée dans l’une des 12 villes hôtes, Fortaleza, capitale du Céara, l’un des Etats les plus pauvres du Brésil :  « Copa Para Quem ? » , un webdoc sur les conséquences sociales de la Coupe du Monde de football, réalisé par Maryse Williquet et Clémentine Delisse, deux journalistes indépendantes. Un webdocumentaire disponible sur http://copaparaquem.com/fr/
Voir aussi ce dossier consacré à la coupe du monde sur http://www.autresbresils.net/

 

Décidément, « la coupe est pleine ». Le Mondial « battra-t-il sa coulpe » ?
Mais « l’espérance » ou « l’espoir » est peut-être ailleurs, puisque la coupe du monde a son magazine « 100 % chrétien », informe La Vie. Ce magazine pour la Suisse romande(et quelques points en France), au format rappelant le « 20 minutes », a pour ambition d’offrir « Le Quart d’heure pour l’essentiel ».
Préparé pour la coupe du monde et distribué dans les boites aux lettres et les clubs de foot, l’objectif de la publication-intéressant en soi-est de « proposer un lieu de dialogue sur des questions existentielles autour de grands évènements », et de « mettre en contact le grand public avec les valeurs chrétiennes » : « entendre des joueurs qui ont la foi, comprendre la foi qui se développe sur le terrain à partir de gestes qui font penser parfois à de la superstition, ou apprendre à gérer vos échecs, et à faire survivre votre couple au-delà d’un Mondial ».

Cependant, Le « quart d’heure essentiel » sera-t-il accordé aux brésiliens qui déclarent « ne pas avoir besoin de la coupe », mais que l’on se préoccupe d’un meilleur usage des biens publics…pour « le bien public », justement ? (les transports, la santé ou encore l’éducation) ? Lira-t-on des témoignages de chrétiens (joueurs ou non)brésiliens prenant position, « au nom de l’Évangile et du Christ », à ce sujet ?

Concernant le  Christianisme au Brésil, et notamment de « l’évangélisme », c’est la « croissance » de celui-ci, « passé de 6,6% à 22,2% de la population en dix ans », qui a beaucoup attiré l’attention : « Un christianisme démonstratif et prosélyte, tout dernièrement exprimé par des « Marches pour Jésus » qui ont rassemblé des centaines de milliers de manifestants », comme le relève le sociologue Sébastien Fath.

Néanmoins, on peut s’étonner du décalage entre cette « croissance évangélique » et la situation brésilienne, ainsi que du peu d’effet apparent de cette « croissance », comme lumière et sel, sur ladite société. On peut s’étonner de ce qu’un pays à ce point si christianisé, et comportant tant d’évangéliques, puisse témoigner d’ une situation à ce point dégradée économiquement, socialement et moralement*.

A quand « une marche » pour les pauvres et contre l’injustice sociale, « au nom de Jésus » ?

 

Mais en guise de mot de la fin, pour celles et ceux qui l’auraient manquée, voici une déclaration de Michel Platini, président de l’UEFA et candidat à la présidence de la FIFA, en réponse aux protestations toujours croissantes, qui menacent de « casser l’ambiance », la veille du coup d’envoi :

Une déclaration qui aura inspiré à Jérôme Latta ce commentaire sur son blog, taclant au passage l’ex-international français : « Le football peut encore faire efficacement diversion, mais il fait de moins en moins illusion. Quel que soit son pouvoir narcoleptique, au-delà d’un certain seuil il ne suffit pas à anesthésier les souffrances et les injustices au milieu desquelles il plante son chapiteau, ni à masquer le caractère de plus en plus obscène de sa propre prospérité »

« C’était le mot de la fin ! »

 

 

Note :
*Une question à laquelle Landa Cope, doyenne à l’Université des Nations de JEM, apporte une réponse, ou du moins, des pistes pour une vision du monde biblique,  dans « Modèles pour la société »(JEM édition).

 

 

 

« Notre regard sur…notre propre regard » !

« Jésus l’ayant regardé, l’aima… »(Marc 10v21)

Que regardons-nous ?

Comment regardons-nous ?

Sommes-nous aveugles (ou insensibles) de tant voir notre planète ou nos semblables ?
Pour mieux répondre à cette question, voici un petit test :

Visionnons donc « L’île aux fleurs », court métrage documentaire brésilien réalisé par Jorge Furtado, sorti en 1989 et d’une durée exacte de 12 minutes 36 secondes : soit le temps durant lequel nous suivons le parcours d’une tomate, depuis sa production dans la plantation de M. Suzuki, jusqu’à son point d’arrivée, « l’île aux Fleurs »…

Entre temps, nous aurons eu les réponses aux questions suivantes :

 

Tomates par Vera Kratochvil

Tomates par Vera Kratochvil

Qu’est-ce qu’une tomate ?

Qu’est-ce qu’un

Bright Idea par zaldy icaonapo

Bright Idea par zaldy icaonapo

être humain ?

Qu’est-ce que l’argent ?

Qu’est-ce qui est

Petit cochon par Peter Griffin

Petit cochon par Peter Griffin

bon ou mauvais pour l’un et l’autre ?

Qu’est-ce que la liberté ?….

Et, surtout, que venons-nous de voir ? Quel est le message véhiculé ?

« L’île aux fleurs » a obtenu les récompenses suivantes :
• Meilleur court-métrage, Meilleur montage, Meilleur scénario et Prix de la critique et du public au Festival de Gramado, 1989
• Ours d’argent au Festival de Berlin, 1990 – Prix de la critique et du public au – Festival de Clermont-Ferrand, 1991
• Prix du public de la compétition « No Budget » au Festival de Hambourg, 1991.
Il est disponible sur le DVD anniversaire des 25 ans du « Festival de courts métrages de Clermont-Ferrand », édité par le magazine Repérages et visible ici.

Avant toutes choses, prenez le temps de regarder attentivement ce film. Réfléchissez à ce que vous venez de regarder. Et n’hésitez pas à laisser vos réflexions, réactions et commentaires.
Enfin et seulement enfin, vous pourrez lire les analyses disponibles ici, ou .

Bonne vision et bonne réflexion !