« The big question » du mois : « Si Dieu est bon et omnipotent, pourquoi y a-t-il du mal et de la souffrance dans le monde ? »

Calvin et Hobbes, par Bill Watterson : discussion sur la problématique du mal

C’est effectivement THE (Big) question posée par l’internaute Henri sur le site « 1001 questions »… La fameuse question sans réponse. Pourtant les théologiens ont cherché depuis longtemps à l’apporter, cette réponse qu’on appelle la « théodicée »(1)…..sans pouvoir la trouver !

Et « heureusement », répond le répondant du site « 1001 questions » – ce qui peut paraître étonnant ou paradoxal (2) – « qu’on ne peut pas la trouver », cette réponse, « car alors on aurait expliqué la présence du mal. Et en l’expliquant, on aurait déjà justifié, en quelque sorte, la réalité scandaleuse et injustifiable du mal (On parle ici du mal subi. Le mal commis, on peut en rendre l’homme responsable).

Le livre de Job aborde ce problème. Pourquoi Job souffre-t-il, pourquoi -pire- Dieu permet-il qu’il souffre ? Les amis de Job essaient de lui expliquer que c’est sa faute (toujours la tentation de la « théodicée », défendre Dieu !). Et Job résiste à leurs arguments : il voit bien que des justes souffrent et que des méchants vivent paisiblement. Donc, expliquer le mal comme une rétribution méritée ne tient pas la route. A la fin du livre, Dieu répond enfin à Job… mais sans lui donner d’explication, et même en lui demandant, après lui avoir rappelé qu’il est après tout le Créateur et lui simple créature, comment il ose ainsi l’interroger (Job 38,1ss; 40,1-2). Et Job se soumet. Mais il le fait parce qu’il ne souhaitait qu’une chose : que Dieu lui parle, qu’il réponde à son appel de révolte qui est toujours un cri de foi ».

Lire la suite ici.

Voir aussi ce diptyque (Part.1 et part.2) consacré à « La Cabane » (roman et son adaptation cinématographique), essai de «  théodicée narrative – une tentative de répondre à la question du mal et du caractère de Dieu par le moyen d’une histoire », selon les termes d’Albert Mohler.

 

 Notes :

(1) Terme créé par Leibniz (cf. Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, 1710), qui désigne la justification de la bonté de Dieu en dépit du mal qui existe dans le monde.

(2) Ce qui est « para-doxal », au sens premier, est à contre-courant de la doxa [ensemble des opinions reçues sans discussion, comme évidentes, dans une civilisation donnée] dominante.

 

 

 

Dieu est un Dieu de contact

Dieu est un Dieu de contact.

Non parce qu’il aurait un super annuaire dans son i-phone, mais parce qu’il est un Dieu « tactile », de contact physique. Il est le Dieu du réel et le réel ne s’oppose pas à ce qui est spirituel.

Voici quelques exemples :

Le prophète Esaïe, témoin de la gloire de Dieu, s’écrie : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Eternel des armées.
Mais l’un des séraphins vola vers (lui), tenant à la main une pierre ardente, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes. Il en toucha (sa) bouche, et dit: Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié » (Es.6v1-7).

Découragé, le prophète Elie s’enfuit, se couche sous un genêt et réclame la mort, s’estimant « pas mieux que ses pères ». Et « voici, un ange le toucha, et lui dit: Lève-toi, mange… » (1 Rois 19v5 et ss.Voir aussi vv 11-13)

Daniel : « au bord du grand fleuve qui est Hiddékel », il a la vision d’un homme redoutable. Les forces lui manquent, et il tombe « frappé d’étourdissement, la face contre terre.
Et voici, une main (le) toucha, et secoua (ses) genoux et (ses) mains » et l’homme l’encourage par ses paroles et le fortifie (Dan.10v4-12, 16-19).

Jean, dans une scène comparable, est face à Jésus, qui se présente à lui dans un aspect également redoutable (Apocalypse 1v10-17). Il « tombe » alors « à ses pieds comme mort ». Mais Jésus « posa sur (lui) sa main droite en disant : Ne crains point ! »

D’autres scènes, dans les évangiles, sont à signaler, telles les scènes de la Transfiguration (Matt. 17v6-7), du lavement des pieds (Jean 13v1-17), ou de la pêche miraculeuse, scène magnifique et ô combien touchante, relatée en Jean 21.

Les scènes précédentes données en exemples nous enseignent premièrement qu’une attitude désinvolte ne saurait convenir, lorsque nous sommes face à Dieu. Néanmoins, si Dieu attend de nous que nous lui soyons disponibles et consacrés, tout en faisant preuve d’une « sainte crainte » à son égard, il est aussi ce Dieu qui nous révèle toute Sa bonté cf Exode 33v18-19, 34v6 ; Ps. 80 et Ps. 86.

Le toucher physique – un regard ou un geste – assorti d’une parole et parfois d’un élément matériel, rend ainsi tangible la grâce divine, au point de nous impliquer personnellement.

 

« Tant que la terre durera… » ou la miséricorde de Dieu(Gen.8v22)

"Même la pluie" : elle vient de Dieu, qui "ne la fait pas payer" et la fait tomber au bénéfice de tous. (Affiche du film "Même la pluie", d'Iciar Bollain, 2010)

« Même la pluie » : elle vient de Dieu, qui « ne la fait pas payer » et la fait tomber au bénéfice de tous.
(Affiche du film « Même la pluie », d’Iciar Bollain, 2010)

(Note : ce billet, publié vendredi, a été amélioré ce dimanche 18/10/15)

Un dernier « verset-harpon »(en gras)pour le week-end(et pour votre route ?). Il importe de le lire dans son contexte, soit celui du récit de Noé et du déluge(Gen.6-9)

« Noé éleva un autel pour le Seigneur. Il prit de tout bétail pur, de tout oiseau pur et il offrit des holocaustes sur l’autel. Le Seigneur respira le parfum apaisant et se dit en lui-même : « je ne maudirai plus jamais le sol à cause de l’homme. Certes, le cœur de l’homme est porté au mal dès sa jeunesse, mais plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait.

Tant que la terre durera, semailles et moissons, froid et chaleur, été et hiver, jour et nuit, jamais ne cesseront. »(Gen.8v22. TOB)

Tel est Notre Dieu, qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons », qui « fait pleuvoir sur les justes et les injustes »(Matt.5v45), et qui est « bon pour les ingrats et pour les méchants »(Luc 6v32)

Notre Dieu est donc bon et miséricordieux… »tant que la terre durera ». Car, un jour, cette terre prendra fin. La grâce de Dieu n’a qu’un temps. « La terre dure », comme expression de « la patience de Dieu », « qui ne veut qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance »(2 Pierre 3v9). Mais un jour, tout viendra au jugement, la terre étant « réservée », non pour l’eau(comme aux temps de Noé), mais « pour le feu »(2 Pie.3v7-12).

Ne pensons donc pas que, parce que le soleil se couche et que la pluie tombe, nous n’aurons aucun compte à rendre de nos actions, ou que cet « ordre naturel des choses » cautionne nos mauvaises actions. « Aujourd’hui est le jour du salut » ; « aujourd’hui » est « le temps favorable »(de la grâce), de se repentir, de (re)venir à Dieu(2 Cor.6v2). « Demain » sera sans doute trop tard. Nous ne maîtrisons pas demain, mais nous pouvons décider pour aujourd’hui. C’est pourquoi, vous qui lisez ceci « aujourd’hui », prenez la bonne décision.

 

 

Tu cherches à voir la gloire de Dieu : voici comment Dieu te répond

Nous cherchons à voir la gloire de Dieu...Mais comment Celui-ci nous répond-t-il ?

Nous cherchons à voir la gloire de Dieu…Mais comment Celui-ci nous répond-t-il ?

Nous cherchons à voir la gloire de Dieu…nous lui demandons de nous faire connaître ses voies…Mais comment Dieu nous répond-t-il ?

Lecture : Exode 33v1234v1-8

 

Lors de l’épisode du veau d’or, Moïse a brisé les tables de la loi, sans doute pour que le peuple, devenu idolâtre, ne tombe pas sous le coup de la malédiction et du jugement(cf Exode 20v4 ; Galates 3v10). Mais Dieu a par la suite réécrit les tables de la loi. Comment ?

Après l’épisode du veau d’or, « Moïse dit à l’Éternel : Voici, tu me dis : Fais monter ce peuple ! Et tu ne me fais pas connaître qui tu enverras avec moi. Cependant, tu as dit : Je te connais par ton nom, et tu as trouvé grâce à mes yeux. Maintenant, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, fais-moi connaître tes voies ; alors je te connaîtrai, et je trouverai encore grâce à tes yeux. Considère que cette nation est ton peuple. »(Ex.33v12-13). L’Eternel lui assure alors qu’Il marchera Lui-même avec lui et qu’Il lui donnera du repos(v14). Il répondra à la demande de Moïse, car il a trouvé grâce à Ses yeux, et qu’il est connu de Dieu par Son nom(v17).

Moïse lui demande alors de lui faire voir Sa gloire(v18).  Voici comment l’Eternel répondit :

« Je ferai passer devant toi toute ma bonté, et je proclamerai devant toi le nom de l’Éternel ; je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde ». Mais comme l’homme ne peut voir sa face, et vivre, l’Éternel dit : « Voici un lieu près de moi ; tu te tiendras sur le rocher. Quand ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher, et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que j’aie passé. Et lorsque je retournerai ma main, tu me verras par derrière, mais ma face ne pourra pas être vue.« (vv19-23).

Le rocher, c’est Christ(1 Cor.10v4). Si nous le connaissons comme Sauveur et Seigneur, notre vie « est cachée en Christ »(Col.3v3-4).

Nous cherchons à voir la gloire de Dieu, mais Dieu nous révèle d’abord Sa bonté(cf 1 Rois 19v12). Il a d’ailleurs réécrit les tables de la loi avec toute Sa bonté, et même avec deux fois plus d’amour que la première fois*.

Ne méprisons pas Sa bonté, car Sa bonté nous pousse à la repentance.

 

Chant : « Que ces lieux soient visités… » Par Corine Lafitte (JEM 2 numéro 647)

 

Que ces lieux soient visités

Par Ta Sainte Présence,

Que toute ombre soit chassée

Par Ta lumière éclairée,

Dans Ta main, tiens-nous cachés,

Garde-nous au creux du rocher,

Lorsque Tu passeras parmi nous,

Que Ta bonté soit proclamée.

 

 

Notes :

* Erri de Luca relève à ce sujet que l’ Eternel proclame Son nom dans une série d’adjectifs aux versets 6 et 7 du chapitre 34 de l’Exode. La tradition hébraïque en compte treize dans ces versets, « qui comptent un détail unique : le nom de l’Eternel n’est répété deux fois qu’ici, une après l’autre ». Et ce, alors que le tétragramme(YHVH)est écrit « plus de six mille fois dans l’Ancien Testament ». Une explication se fonde sur le fait qu’en hébreu, les lettres de l’alphabet sont aussi des nombres, « et ainsi deux mots éloignés entre eux peuvent avoir une étrange coïncidence, comme une rime, à travers leur valeur numérique produite par la somme des lettres ». Or, « le nombre du tétragramme coïncide avec le mot un, qui est l’attribut par excellence de Dieu, plus le mot amour. C’est ainsi qu’à travers ces treize attributs et cette répétition unique du nom sacré, nous apprenons que ces secondes tables ont été données avec encore plus d’amour que les premières…Ces secondes tables, bien qu’étant égales aux premières, contiennent un amour plus intense ». Au point que « la peau du visage de Moïse brille d’un reflet lorsque, au bout de quarante jours, il descend dans la vallée auprès des siens.. ».(« Nous sommes » IN « Première heure ». Folio, 2012, pp60-61)

 

Hesed*

 

 

La compassion de Dieu me touche.

 

 

 

 

 

 

Notes :

* Le Mot hébreu hèsèd (חֶ֫סֶד) est si particulier qu’il n’a pas de correspondant strict dans notre langue : il signifie miséricorde, fidélité, amitié, faveur, bonté, loyauté, amour, grâce…
Voir notamment Exode 34v6-7 et Sa plus belle manifestation : 1 Jean 4v9-12 ; Jean 3v16

« L’aveugle et le boiteux n’entreront pas dans la maison ! »

Et pourtant…
(Méditation sur 2 Sam.5v6-8 et 9v1-13)

« Et le roi marcha avec ses hommes sur Jérusalem, contre les Jébusiens qui habitaient le pays ». (2 Sam.5v6)
Les Jébusiens, censés être chassés du pays de Canaan du temps de Josué, (Jos.15v63) ont encore le contrôle de Jérusalem au temps du Roi David. Ce dernier souhaite prendre le pouvoir de cette ville. Les Jébusiens se moquent de David (« Tu n’entreras pas ici, à moins que tu n’aies repoussé les aveugles et les boiteux ! C’était pour dire : David n’entrera point ici. »), mais le roi remporte tout de même la victoire, « (s’emparant) de la forteresse de Sion : c’est la cité de David. Et David dit ce jour-là : Quiconque battra les Jébusiens et atteindra les créneaux, et les boiteux et les aveugles, ennemis de David… C’est pourquoi l’on dit : L’aveugle et le boiteux n’entreront point dans la maison. » (2 Sam.5v6-8)
Comment comprendre une telle parole, si dure, contre « l’aveugle et le boiteux » ? Cela ne signifie nullement que Dieu rejette les handicapés. L’aveugle et le boiteux symbolisent les hommes pécheurs et évoquent une imperfection morale et spirituelle : La loi précise qu’un boiteux est exclu du service du Temple : «quiconque a un défaut corporel ne s’approchera pas: l’homme aveugle, ou boiteux (…) Nul homme de la semence d’Aaron, le sacrificateur, en qui il y aura quelque défaut corporel, ne s’approchera pour présenter les sacrifices de l’Éternel… » (Lévit.21 v17-21). De même, aucun sacrifice présentant un défaut corporel ne peut être sacrifié à Dieu et agréé par Lui (Lévit. 22v20 et Deut.15v19, 21). La parole de David  exclut les aveugles et les boiteux de la maison de Dieu et donc de la présence de Dieu. L’expression « Qui sont les ennemis de David » témoigne de cette haine de David pour le mal,  à l’image de l’attitude de Dieu face au péché : « Tes yeux sont trop purs pour voir le mal » (Habakuk 1v13) ; « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rom.3v23)
Plus tard, David est roi et vainqueur de tous ses ennemis.  Il se souvient alors d’une promesse : « … Est-ce qu’il y a encore quelque survivant de la maison de Saül ? Et je lui ferai du bien pour l’amour de Jonathan. » (2 Sam.9v1) David manifeste-là une bien grande bienveillance, pour l’époque ! Alors même lorsque Saül le pourchasse, cherchant à le tuer, David a eu deux occasions de tuer son ennemi mais l’a toujours épargné, voyant en lui l’ « oint de l’Eternel » et le père de Jonathan (1 Samuel 24 et 26). David aimait Jonathan, et « Jonathan » aimait David « comme son âme » (1 Sam.18v1). Ils s’étaient jurés une amitié inébranlable (1 Samuel 20v12-17). Plutôt que de se venger, David, au contraire,  souhaite manifester « une bonté de Dieu » (v3), c’est-à-dire, une très grande bonté, semblable à celle de Dieu, à celui que l’on trouverait de la maison de Saül qui l’avait tant persécuté.

« Et il y avait un serviteur de la maison de Saül, nommé Tsiba. Et on le fit venir vers David, et (…) le roi dit : Ne reste-t-il personne de la maison de Saül pour que j’use envers lui de la bonté de Dieu ? Et Tsiba dit au roi : Il y a encore un fils de Jonathan perclus des deux pieds. » (2 Sam.9v2-3)

Ce fils de Jonathan cumule un double handicap :

– Il est « Boiteux ». 2 Samuel 4:4 nous informe de l’origine de son infirmité, en même temps que son identité : à la « nouvelle de la mort de Saül et de Jonathan; sa nourrice le prit et s’enfuit, et, comme elle précipitait sa fuite, il tomba et resta boiteux ; son nom était Mephiboscheth » (qui signifie « exterminant la honte » des idoles).

– Il est « de la maison de Saül ».

Il avait donc deux raisons de craindre David ! Par nature, il aurait pu être compté parmi les boiteux et les aveugles qui avaient mérité la haine du roi. (Voir 2 Sam.5v8) Sans ressources,

Mephibosheth se cache, « à l’est du Jourdain, non loin de Mahanaïm à Lodebar » (nom qui signifie « lieu sans pâturage »), où quelqu’un l’a recueilli (v4).
« Et le roi David l’envoya chercher (…) Et quand Méphiboseth, fils de Jonathan, fils de Saül, fut arrivé auprès de David, il tomba sur sa face et se prosterna. Et David dit : Méphiboseth ! Et il dit : Voici ton serviteur.Et David lui dit : Ne crains point, car certainement je te ferai du bien pour l’amour [ou à cause] de Jonathan, ton père ; et je te ferai rendre toutes les terres de Saül, ton père, et toi tu mangeras toujours à ma table.» (2 Sam.9v4-7)

Mephiboseth pouvait s’attendre à être mis à mort, puisqu’il est boiteux et ennemi de David. De sa propre volonté, il ne serait jamais allé vers lui. Ainsi, l’homme qui se sait pécheur et qui ne connaît pas la grâce de Dieu ne peut que fuir la lumière divine. Or, il faut venir à la lumière et confesser son péché, pour être pardonné (1 Jean 1v7-9). David répète à nouveau (v 7) son intention bienveillante devant Mephiboseth et lui dit : « ne crains pas ». Cela nous rappelle les paroles du Seigneur Jésus à Pierre quand ils étaient ensemble dans la barque (Luc 5:8-11).

En entendant la parole de David, Mephibosheth « se prosterna de nouveau devant le roi et dit : « Qu’est ton serviteur, que tu aies regardé un chien mort tel que moi ?» (2 Sam.9v8) Il se sent indigne, conscient n’avoir aucun mérite de cette bienveillance à son égard. Il sait que David tient sa vie entre ses mains. Il se considère comme « un chien mort » (v 8). On se souviendra peut-être que David lui-même s’était estimé tel devant Saül (1 Sam. 24.15) : Mephibosheth se trouve donc devant « un sauveur » qui s’était lui-même abaissé et qui peut le comprendre. De même, nous connaissons l’abaissement du Seigneur Jésus jusqu’à la mort de la croix (Phil. 2.8) et sa « compassion pour nos faiblesses » (Heb.4v15).
Ainsi, de même que Méphiboseth était boiteux (incapable, indigne) et ennemi de David : « … lorsque nous étions encore sans force [boiteux], Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. (….) Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs [indignes], Christ est mort pour nous.(….)Car si, lorsque nous étions ennemis [«de la maison de Saül], nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils » et « sauvés par sa vie ». (…) « Nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation. » (Rom.5v6-11). David dit à Mephibosheth que certainement il lui fera du bien « à cause de Jonathan ». De même, Dieu nous pardonne en Jésus, Son Fils : « (nous sommes) justifiés (rendus justes) gratuitement par (la) grâce (de Dieu), au moyen de la rédemption (du salut) qui est en Jésus-Christ. »(Rom.3v24).

Mais David fait encore plus que pardonner à Mephibosheth : il l’enrichit et l’admet à sa table, comme quelqu’un de sa famille. « Méphiboseth mangea à la table [de David] comme un des fils du roi (…) et il était boiteux des deux pieds. » (2 Sam.9v11, 13). « Mephibosheth mangera à la table du roi ». Cette promesse, répétée 3 fois (v.7, 10,11) est respectée (v.13). En plus d’être élevé à la table du roi, les biens et les serviteurs de sa famille lui sont rendus (v10). Dieu nous invite « à Sa table », alors que nous sommes indignes. Il nous regarde avec bienveillance, de « cette bonté de Dieu », nous voyant à travers la justice de Son Fils.

On lira ou relira avec profit d’autres histoires de boiteux dans la Bible : la guérison des aveugles et des boiteux dans le temple par Jésus, marquant l’irruption dans le sanctuaire des rejetés et des exclus, « aveugles et boiteux », à qui Jésus redonne un accès direct à Dieu (Matt.21v1-17), une autre guérison d’un boiteux, « à la porte du temple »( Actes 3v1-26, 4v1-4) et la parabole des noces, qui se conclut par cette invitation : « convies les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles » (Luc 14v21)

« Plus », ce n’est pas forcément « mieux »…

Qui n’a pas déjà soupiré : « plus de toi, Seigneur ! » ?

« Plus », « plus, « plus »….

Mais ce désir de « plus de Dieu » ne cacherait-il pas en réalité un désir de…..« mieux (connaître Dieu) » ?

« La vie éternelle », a dit le Seigneur Jésus, « c’est de te connaître, toi seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17v3).
Et « le peuple qui connaît son Dieu sera fort et agira » (Daniel 11v32).

Concernant cette connaissance de (mieux de)Dieu, l’ exemple de Moïse* est particulièrement édifiant et fort actuel pour nous aujourd’hui :

Moïse est né de parents pieux. Il aurait pu « en rester à la foi de ses parents ». Néanmoins, il a eu, au cours de sa vie,

une révélation progressive de Dieu. Pas « plus », mais « toujours davantage », jusqu’à ce que Dieu « parle (avec lui) bouche à bouche » (Nombres 12v8)
Un élément fondamental du trait de caractère et de la vie de Moïse est à souligner : Moïse est connu comme un homme de prière, mais il est intéressant de noter que Moïse écoute Dieu beaucoup plus « qu’il ne parle à Dieu »* (cf les expressions récurrentes « l’Eternel dit à Moïse »)

Le secret de la vie de prière de Moïse : la prière d’écoute

Nombres 7v89 révèle le secret de toute la vie de prière de Moïse : celui-ci « entrait dans la tente d’assignation pour parler avec Lui, il entendait la voix qui lui parlait de dessus le propitiatoire qui était sur l’arche du témoignage, d’entre les deux chérubins; et il Lui parlait ». Moïse allait à l’écart, comme plus tard le Seigneur Jésus, pour un entretien personnel et quotidien avec Dieu. Il « entrait dans la tente d’assignation », d’abord pour écouter Dieu, puis pour lui parler.

Que trouvait-on dans la tente d’assignation, où Moïse entrait pour son « face à face avec Dieu » ?* Il s’y trouvait le propitiatoire (ou couvercle de l’arche, dans le lieu très saint du tabernacle), l’arche (contenant notamment les tables de la loi) et les chérubins.
Plus exactement, sur ce propitiatoire étaient deux chérubins, leurs faces tournées vers le propitiatoire et contemplant donc le sang mis sur le propitiatoire lors du grand jour des expiations (Lévit. 16:12-14).
Pour mémoire, le propitiatoire parle de l’œuvre de Christ à la croix(cf 1 Jean 2v1-2 et 1 Jean 4v10) ; l’arche, de la Parole de Dieu, et les chérubins, de la sainteté de Dieu.

Ces éléments pris dans leur ensemble (et non séparément)nous enseigne que :

Nous nous approchons de Dieu, sur la base de l’œuvre de Christ (accomplie) à la croix : « Dieu est amour. En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui; en ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que lui nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés »(1 Jean 4v8-10).
Sa Parole doit demeurer en nous, pour que nos prières soient selon Sa volonté. (Jean 15v7)
Il est enfin essentiel de ne pas perdre de vue que Dieu est saint (« soyez saints, car je suis saint », cf Lévit.19v2 et 1 Pie.2v11)

Persévérer dans ce temps de communion avec Dieu nous permet d’apprendre à mieux discerner Sa volonté et Son plan pour nous. D’autant plus que ce temps est voulu de Dieu, qui nous attend pour ce rendez-vous avec lui, « dans le lieu secret »(Matt.6)

Moïse : un intercesseur pour son peuple

Intercéder, c’est se placer entre Dieu et un autre, et prier pour cet « autre ».

Moïse a bien des fois intercédé pour le peuple d’Israël, mais nous vous invitons à étudier en particulier trois événements :

-Rephidim, en Ex.17v8-13 ;

Le veau d’or en Ex.32v7-14 ;

-Les douze espions en Nombres 14v11-20

Les deux derniers cas sont similaires, et il est édifiant de considérer ce que Moïse a prié ou demandé, ce que Dieu Lui a proposé et ce que Moïse a répondu.

Enfin, Moïse a découvert progressivement qui est Dieu(lire, en parallèle, le Ps.90)

1)Une « première rencontre » a eu lieu au « Buisson ardent » (Ex.3v1-14). Dieu se présente et se révèle à lui comme le « Dieu de son père » (v6), le Dieu des promesses, le Dieu qui agit (v7) et « Celui qui est »(cf le premier élément de la foi en Hébr.11v6)
2)En Ex.19v16-21, une seconde révélation de Dieu permet à Moïse de découvrir que Dieu est saint(cf Hébr.12v18-29)
3)En Ex.33v18-23, et Ex.34v5-7, Moïse découvre enfin la bonté de Dieu.

En Exode 34 se manifeste là sans doute « l’un des sommets de la révélation de Dieu, dans tout l’Ancien Testament »**. Moïse se trouve sur le Sinaï pour recevoir les secondes tables de la loi-les premières ayant été brisées par Moïse face à l’idolâtrie du veau d’or.

« Moïse tailla deux tables de pierre comme les premières, et se leva de bon matin, et monta sur la montagne de Sinaï, comme l’Éternel le lui avait commandé, et prit en sa main les deux tables de pierre.
Et l’Éternel descendit dans la nuée, et se tint là avec lui, et cria le nom de l’Éternel.
Et l’Éternel passa devant lui, et cria: L’Éternel, l’Éternel! Dieu, miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère, et grand en bonté et en vérité,
gardant la bonté envers des milliers de générations, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché, et qui ne tient nullement celui qui en est coupable pour innocent, qui visite l’iniquité des pères sur les fils, et sur les fils des fils, sur la troisième et sur la quatrième génération!«  (Ex.34v4-7)

La tradition hébraïque compte treize adjectifs dans les versets 6 et 7 de ce passage, relève Erri De LUCA**. « Israël répète ces vers dans les prières de sa journée la plus solennelle, le Yom Kippour. Ces deux vers contiennent un détail unique : le nom [de l »Eternel-ou plutôt le tétragramme : YHVH***] n’est répété deux fois qu’ici, une après l’autre(…)la tradition hébraïque enseigne que le nombre du tétragramme coïncide avec le mot un, qui est l’attribut par excellence de Dieu, plus le mot amour. C’est ainsi qu’à travers ces treize attributs et cette répétition unique du nom sacré nous apprenons que ces secondes tables ont été données avec encore plus d’amour que les premières, de la part de l’Eternel, caché dans un nuage du Sinaï.

Ces secondes tables, bien qu’égales aux premières, contiennent un amour plus intense. »**

Le résultat(Ex.34v29) en est que « Moïse descendit de la montagne de Sinaï, ayant les deux tables du témoignage dans sa main, en descendant de la montagne; et il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu’il avait parlé avec l’Éternel ».

 

 

 

 

Notes :

*D’après « La Prière », de Georges ANDRE(Dépôt de Bibles et Traités Chrétiens, 1986), pp 47-54

**D’après « Nous sommes », d’Erri De LUCA. IN « Premières heures ». Gallimard, 2012(Folio), pp59-61

*** autre traduction, celle du Rabbinat français : « L’Éternel descendit dans la nuée, s’arrêta là, près de lui et proclama nominativement l’Éternel. 6 La Divinité passa devant lui et proclama: « ADONAÏ est l’Étre éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité… »(Ex.34v5-6)