Vivre, penser (et éduquer à) la liberté : oui, mais laquelle ?

« Liberté, j’enseigne ton nom ». Oui, mais quelle liberté ?
(Une de « Libération », lundi 19/10/20)

Un nouvel attentat. Cette fois-ci, contre un enseignant. Un enseignant de l’école publique, ce qui nous manque pas de nous interpeller, au-delà de l’horreur du drame.

Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie de collège, a été assassiné à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), vendredi 16/10 après-midi, « décapité » par un homme russe d’origine tchétchène de 18 ans, comme l’a rapporté le parquet national antiterroriste (PNAT), lequel a ouvert une enquête. L’assaillant, tué par la police, avait revendiqué son crime sur Twitter, en se désignant comme « le serviteur d’Allah ». Selon le PNAT, le professeur avait montré des caricatures du prophète Mahomet publiées par Charlie Hebdo lors d’un cours sur la liberté d’expression [notamment celle représentant Mahomet nu et accroupi, une étoile peinte sur la fesse, avec cette légende : “Une étoile est née”]. Un parent d’élève s’en était plaint auprès de la direction et de la police, ainsi que dans des messages sur Facebook dans lesquels il nommait le professeur et appelait à une mobilisation pour le faire renvoyer(1).

A Paris, Marseille, Lille, Nice, comme à Conflans-Sainte-Honorine, des milliers de personnes se sont rassemblées le week-end du 17/10 en hommage au professeur assassiné vendredi(2). Et un hommage national est prévu ce mercredi 21/10, dans la cour de la Sorbonne, à Paris(3).

Au milieu de ces manifestations de compassion et de sympathie, il a été rappelé que « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine. C’est tuer un homme » : une phrase fameuse du théologien protestant Sébastien Castellion (1515-1563), considéré aujourd’hui comme « l’apôtre de la tolérance et de la liberté de conscience », plusieurs fois relayée sur les réseaux @sociaux par des protestants-évangéliques. Une phrase jadis écrite dans un certain contexte, suite à l’exécution à Genève en 1553 de Michel Servet, pour cause de refus de la doctrine trinitaire (4).

Un rappel historique utile, quand la Fédération Protestante de France (FPF) exprime dans un communiqué « son indignation et son horreur », ainsi que « sa compassion à l’égard de la famille, des proches et des élèves de la victime », soulignant que « l’enseignement de la liberté ne saurait être mis en cause par quiconque ». Car, pour la FPF, « la défense de la liberté d’expression est l’honneur de la République. L’Education nationale en est l’un des vecteurs les plus significatifs. Le bien précieux gagné puis transmis qu’est la liberté d’expression, de conscience et de la presse n’a rien d’abstrait bien au contraire : il s’agit du cœur battant de la République. Le protestantisme se bat depuis toujours pour cette liberté imprenable et réaffirme sa conviction que l’Evangile aussi en est l’un des fondements » (5).

Pour l’historienne Valentine Zuber, dans un commentaire « à chaud » publié dans l’hebdomadaire Réforme, « c’est bien notre manière de vivre et de penser, mais aussi la préservation de nos libertés chèrement acquises qui sont directement mis en cause par ces actes barbares (…) Cette fois-ci, plus que tout autres, ce sont les professeurs qui sont désemparés et doutent maintenant de leur mission d’éducation et d’émancipation. Quelles précautions devons-nous maintenant prendre dans l’exercice pourtant légitime de notre liberté d’expression ? Et si face à la peur du sang versé, cette dernière étant maintenant d’un prix trop cher à payer, nous devions désormais nous autocensurer pour simplement préserver des vies ? »(6).

Ceci dit, il importe de dépasser les réactions « à chaud », ainsi que les réactions purement compassionnelles ou seulement sécuritaires [ne parlons pas des tentatives opportunistes et méprisables de récupération du drame à des fins idéologiques], pour être en mesure d’apporter des réponses adaptées et pertinentes.

Ainsi, #DéfendonsLaLiberté, et enseignons/éduquons à la liberté, c’est entendu. Oui, mais laquelle ? Une simple modération des réseaux @sociaux, « particulièrement prisés par les jeunes » et « où les menaces de mort à propos de tout et son contraire deviennent monnaie courante » suffit-elle pour garantir une culture de paix dans notre société « et prévenir de tels actes aussi monstrueux qu’insensés », comme le suggère Valentine Zuber (6) ? Avons-nous la bonne approche de l’ intégrisme et du fanatisme ?

Parmi les réflexions « à froid », citons celle, particulièrement « cash » et sans langue de bois, du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett(7), lequel relève que « l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, et sa cause, les dessins de Charlie Hebdo republiés, confirment ce qui apparaissait déjà lors de la tentative de meurtres du 25 septembre » (8) :  « Lutter réellement (radicalement) contre l’islamisme exigerait une double tâche politico-culturelle : 1. mettre au jour les vraies raisons françaises de relever le défi islamiste ; 2. amener les musulmans de France à modifier, dans l’islam, tout ce qui semble autoriser l’islamisme actuel. Ce point 2 exige que l’autorité “républicaine” n’ait pas l’air de combattre la religion musulmane en elle-même. Il exige aussi d’être mené en connaissance de cause : comment intervenir auprès de musulmans si l’on ne comprend pas leur religion ? Ni d’ailleurs aucune religion…Or les dessins de Charlie Hebdo sont ignares au sujet de toutes les religions (conchiées stupidement par ce journal depuis des années). Ils prennent la forme d’outrages (….) Au lieu du combat politico-culturel qu’il faudrait mener contre l’islamisme, l’Etat a en effet choisi (de) sacraliser Charlie Hebdo (9), et faire entrer ses dessins anti-Mahomet (mais très cons) dans les programmes des lycées et collèges – avec les conséquences que l’on sait. C’est une erreur contre-productive ; on n’a pas fini d’en subir les conséquences. Dire ces vérités sur le rôle de Charlie Hebdo et le vide mental des pouvoirs publics, ce n’est en aucun cas “se coucher devant les islamistes” comme le clament nos excités. Au contraire, c’est vouloir donner au combat contre l’islamisme un contenu adéquat….. » (7)

De fait, #DéfendonsLaLiberté, oui mais laquelle ? « La liberté de conscience ? Ou la liberté d’expression ? Ce sont deux figures de notre liberté qui doivent être défendues sur un même pied d’égalité. Critiquer n’est pas insulter. Outrance n’est pas outrage », comme le rappelle de façon tout aussi « cash »et sans langue de bois Corentin Voiseux, entrepreneur social, auteur indépendant et chercheur en sciences humaines et sociales, dans une note de blogue….publiée le 18/09, dont je vous recommande la lecture : « Au moment où Charlie Hebdo s’apprêtait à republier les caricatures de Mahomet, le Président de la République, a défendu le 1er septembre la « liberté de blasphémer » comme une composante de la liberté d’expression. « En même temps », il soulignait que la liberté doit s’attacher à « une décence commune, une civilité, un respect » tout en précisant que ce propos ne s’appliquait pas à Charlie Hebdo mais plutôt [encore]aux discours de haines sur les réseaux sociaux. Il fallait donc en conclure que le journal s’attache au respect des règles de décence commune.

En dehors de tout débat sur la nature iconoclaste de ces représentations, il est à ne pas douter que ces images heurtent la sensibilité d’esprits religieux comme irréligieux ». Corentin Voiseux, quant à lui, n’est « pas religieux », mais il « estime que l’insulte envers les croyances d’autrui ne fait progresser en rien le débat public, ne donne lieu à aucun espace de discussion, attise la haine et fait grandir le fossé culturel entre les diverses parties du monde, n’éclaire en rien les esprits.

Ou plutôt si : elle nous éclaire sur une chose. Elle éclaire sur une certaine vision que nous nous faisons de la laïcité comme d’un droit à l’outrance transmuée en un droit à l’outrage, comme d’une sorte d’extrémisme de la liberté d’expression qui mine de l’intérieur notre débat démocratique. Notre loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 est explicite à cet égard. La liberté d’expression est encadrée par l’injure qui se définit par l’atteinte à « l’identité personnelle, l’intégrité morale, à la vie privée ». Mais elle ne s’applique qu’aux individus. 

Que l’intégrité morale des citoyens musulmans soit en jeu ici n’est pas un débat. Comment défendre le contraire ? Encore en 2006, seulement 38% des Français pensaient que les journaux avaient raison de publier ces caricatures, signe que l’offense était largement reconnue chez les citoyens français (…)

La laïcité est la protection de la liberté de conscience, la liberté de philosopher et de critiquer (et l’insulte n’est pas une critique), c’est à dire d’une liberté qui édifie, qui ouvre, qui questionne. C’est ainsi que nous pouvons entendre les appels à ce que la laïcité se fasse « spirituelle » venue de nos philosophes et penseurs, c’est à dire qu’elle protège la liberté de conscience des uns parfois contre les errances de la liberté d’expression des autres.

De la redécouverte et de l’apprentissage de ce qui est « bien ». Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Le Président de la République faisait le parallèle avec les réseaux sociaux. Aujourd’hui, aucune discussion d’envergure sur aucun réseau social que ce soit ne peut s’envisager sans modération. C’est ainsi que la puissance publique peut et doit jouer le rôle de modératrice des propos les plus outrageants aux fins de garantir la liberté de conscience. Et oui, la liberté de conscience emporte le droit de n’être pas insulté pour ses croyances. Sinon, les appels à la « civilité, au respect, à la décence commune » ne seront que de vagues incantations philosophiques sans aucune portée réelle, symptomatiques d’une République qui sanctionne des droits d’un côté mais n’entérine aucun devoir de l’autre, d’une République sans équilibre, sans clairvoyance et sans justesse »(10).

A ce sujet, comme le souligne encore le même Corentin Voiseaux dans une note de blogue, publiée suite à l’assassinat de Samuel Paty (« Intégrisme et fanatisme : avons-nous vraiment la bonne approche ? », 17 oct. 2020) : le rôle de l’école n’est-il pas d’abord d’éduquer à la liberté de conscience et à l’éducation à l’altérité avant toute liberté d’expression? « Le pré-requis du droit à la parole ouverte n’est-il pas d’abord de disposer de la faculté d’introspection et de jugement et de la capacité à mettre les justes formes à la critique que l’on veut énoncer ? Puissions-nous enfin changer de cap, ouvrir une nouvelle ère pour ne pas replonger dans cette spirale mortifère qui n’aura pour seul résultat que de faire couler encore les larmes et le sang et d’attiser la haine »(11).

En guise de conclusion, sur les missions de l’école

Concernant cette mission de l’école « d’éduquer à la liberté de conscience et à l’éducation à l’altérité avant toute liberté d’expression » des idées, des croyances, mais aussi des passions-pulsions, le philosophe Dany-Robert Dufour écrivait dans « L’individu qui vient » (Denoël, 2015. Folio, pp 350-360) que l’école est le lieu où le jeune homme, comme tel sujet à la démesure, apprend à rentrer dans la mesure et la limite [la modération ne saurait se limiter aux réseaux @sociaux]. Cet apprentissage de la maîtrise des passions, « savamment conduite, permet tout simplement au sujet de se rendre maître de lui-même, c’est-à-dire de s’avoir ». Et faute de s’avoir, il n’est pas possible d’accéder aux savoirs (pp 359-360).

C’est ainsi que l’école enseigne à connaitre le monde dans lequel nous vivons au passé, présent et futur, mais aussi de se connaitre soi-même – sur le plan physique, psychique, psychologique, pour devenir un homme ou une femme responsable, bienheureux – et de connaitre les autres dans toutes leurs diversités personnelles et culturelles, pour devenir un être socia(b)l(e) capable de s’adapter, d’aller à la rencontre de celui qui lui semble étranger, en vue d’être un facteur de changement tout au long de sa vie. Au-delà de la connaissance, l’école est avant tout un cadre de vie pour apprendre à apprendre et pour apprendre à penser, pour penser par soi-même, non seulement pour devenir un être responsable et autonome mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que « le petit d’homme » va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. C’est aussi apprendre à douter, à observer, à découvrir, à interroger, à vivre, à aimer…(12). Un cadre de vie où l’on (s’) éduque à la paix, sachant que la paix n’est pas l’absence de ce qui nous dérange mais l’établissement de ce qui est juste et bon.

 

 

 

 

Notes :

(1) Voir https://www.ladepeche.fr/2020/10/18/samuel-paty-du-cours-sur-les-caricatures-a-son-assassinat-le-recit-de-onze-jours-dengrenage-9148061.php ; https://www.ouest-france.fr/faits-divers/attentat/assassinat-de-samuel-paty-suspect-gardes-a-vue-note-du-renseignement-ou-en-est-l-enquete-7020815

(2) Voir https://www.liberation.fr/france/2020/10/18/un-week-end-d-hommages-a-samuel-paty_1802778

(3) https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/enseignant-decapite-dans-les-yvelines/enseignant-assassine-l-hommage-a-samuel-paty-aura-lieu-dans-la-cour-de-la-sorbonne_4148217.html

(4) Castellion, indigné par cette exécution, publie alors, sous pseudonyme, le « Traité des hérétiques », une anthologie de textes anciens et récents qui condamnent la mise à mort pour opinion doctrinale déviante. Théodore de Bèze répond par un traité qui justifie l’exécution de Servet. Castellion réplique par « Contre le libelle de Calvin » qui ne paraîtra, pour cause de censure, qu’en 1612. Dans ce traité se trouve la phrase fameuse : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine ; ils tuaient un être humain ; on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme, mais en se faisant brûler pour elle. » (cf  https://www.museeprotestant.org/notice/sebastien-castellion-1515-1563/ et https://www.museeprotestant.org/notice/les-combats-de-la-tolerance-contre-le-scandale-de-la-violence-religieuse/ )

(5) https://www.protestants.org/articles/62597-attentat-samuel-paty-communique-de-la-fpf

(6) https://www.reforme.net/gratuit/2020/10/17/decapitation-a-conflans-sainte-honorine-le-commentaire-a-chaud-de-valentine-zuber/ [Voir aussi https://theconversation.com/lynchage-de-samuel-paty-sur-les-reseaux-sociaux-comment-reguler-les-algorithmes-de-la-haine-148390 ]

(7) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2020/10/17/apres-l-atrocite-de-conflans-quelques-suggestions-6270564.html#more

(8) https://www.leparisien.fr/faits-divers/attaque-a-l-arme-blanche-pres-des-anciens-locaux-de-charlie-hebdo-25-09-2020-8391429.php

(9) C’est bien parce que la liberté d’expression est précieuse, qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée ». Une formule à la Jacques Ellul  dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression)….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ? Dans ce cas, pour à la fois préserver la (précieuse)liberté d’expression et pour se préserver des abus, faudrait-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité »,   et que « si nous sommes libres de nos choix, nous ne sommes pas libres des conséquences de nos choix » ?

(10) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/180920/du-droit-doutrage-en-republique

Il est par ailleurs interpellant de constater que des initiatives intelligentes se proposant de répondre aux demandes en matière d’information rigoureuse et dépassionnée sur la laïcité et le fait religieux, aient tant de peine à exister en France. Certes, il y a le magazine Le Monde des Religions, publié depuis 2003. Mais le site web « Faits religieux » (2012-2015), la lettre professionnelle « Laïcités et religions » à destination des agents publics (initiative intelligente née après les attentats de 2015, également interrompue en juin 2016) et, dans le même esprit, la lettre électronique LaïCités (2016-2020), tous trois arrêtés par manque de ressources, témoigneraient-ils que soutenir ce type de projets ne serait pas prioritaire pour les pouvoirs publics ?

(11) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/171020/integrisme-et-fanatisme-avons-nous-vraiment-la-bonne-approche

Du même, sur la liberté d’expression et de conscience (24 sept. 2020) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/240920/le-proselytisme-athee-nous-pousse-vers-une-laicite-de-reconnaissance

(12) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/09/integration-biblique-dans-les-ecoles-chretiennes-quelles-finalites/

Foireux liens (7) : « au-delà de l’émotion, Il n’est pas interdit de réfléchir… »

De nouveaux « foireux liens » sur « l’avant », et « l’après Charlie »…le bon usage de nos libertés, la laïcité…ou d’autres sujets, qui sont loin d’être secondaires…

 

Attentats : le cri d’alarme de Jamel Debbouze, français, humoriste, musulman, dans « Sept à huit ». A découvrir ici : http://www.wat.tv/video/attentats-cri-alarme-jamel-76wrt_2flv7_.html

 

Traumatisme collectif ? Attentats : « Cet événement nous rappelle à quel point la parole et donner du sens sont essentiels » par Agnès Rousseaux, pour « Basta mag » (19 janvier 2015)

Depuis dix jours, la consommation de psychotropes aurait augmenté en France. Les attentats ont provoqué un choc traumatique, d’autant plus important qu’il s’agit d’attaques ciblées. Et les Français – y compris les enfants – ont été très exposés aux images télévisées, souvent en direct, via les chaines d’information en continu. Au-delà des analyses politiques, quelles seront les conséquences psychologiques de ce traumatisme collectif ? Entretien avec Hélène Romano, docteur en psychopathologie, spécialiste des psycho-traumatismes et du suivi de victimes au CHU de Créteil. A lire sur http://www.bastamag.net/Helene-Romano-Cet-evenement-nous

Du même auteur et sur le même site :

Crises, populisme : un vrai casse-tête...

Crises, populisme : un vrai casse-tête…

 

Vigilance. Crise symbolique, frustration collective et fabrication d’un ennemi intérieur nourrissent le populisme qui vient(15 janvier 2015)

Une nouvelle période de populisme s’ouvre-t-elle, capable de mettre en péril la démocratie, comme dans les années 1930 ? Le populiste, qui prétend parler au nom du peuple, se nourrit de la peur d’un ennemi intérieur, « du sentiment d’être attaqué, qu’il y a un complot, que nos valeurs centrales sont menacées et qu’il faut s’unir pour les défendre », explique Raphaël Liogier, sociologue et philosophe. Sentiment de frustration collective, laïcité brandie comme étendard, évolution au gré des fluctuations de l’opinion publique… du Front national à Eric Zemmour ou Alain Soral, quelles sont les nouvelles formes du populisme ? Entretien.

Et extrait :

« La laïcité, c’est deux choses : la séparation des églises et de l’État, définie par la loi de 1905 – et non pas la séparation du religieux et du politique – et la neutralité des agents publics. Ce qui n’est pas la neutralité de l’espace public ! Si l’espace public devient un espace contraint en ce qui concerne l’expression des opinions, qu’elles soient politiques ou religieuses, c’est une régression. Ce qu’on nous propose aujourd’hui, ce n’est même pas la neutralité de l’espace public, c’est sa neutralisation, donc un retour à une situation antérieure à 1789, au nom de la laïcité.Cette absurdité est portée non seulement par les partis « populistes », mais aussi dans l’ensemble du champ politique. Quand François Hollande dit que la laïcité ne s’arrêtera qu’au seuil de l’intimité, cela signifie qu’on est libre d’exprimer ses opinions uniquement tout seul chez soi le soir… C’est insensé ! La neutralité des agents publics est justement là pour préserver l’expression publique, pour que l’espace public reste un espace révolutionnaire, où on peut exprimer ses opinions, sans influence. Il y a aujourd’hui un renversement total lorsqu’on dit « il faut laïciser l’espace public ». Cela ne veut rien dire, ce n’est pas logique ». La suite sur http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui

 

Charlie Hebdo : Comment faire bon usage de sa liberté d’expression ? Par Guillaume Bourin(15 janvier 2015)

….en tant que chrétiens, et ce, « dans le contexte que nous traversons, au milieu des réactions cacophoniques des uns et des autres » ? A découvrir sur http://leboncombat.fr/charlie-hebdo-comment-faire-bon-usage-de-sa-liberte-dexpression/ (voir aussi : Liberté, Egalité, Fraternité…vraiment ?! http://leboncombat.fr/liberte-egalite-fraternitevraiment/ )

 

Attaque contre « Charlie Hebdo » : Michel Onfray regrette que les médias n’aient été « que dans l’émotion »

Sur le plateau de « On n’est pas couché », le philosophe a regretté l’absence de « mise en perspective » par les médias des évènements tragiques de la semaine dernière. « Je n’ai pas vu de mise en perspective de ce qui avait eu lieu avec de la politique, de la géopolitique, avec des explications qui auraient pu nous expliquer pourquoi on en était arrivé là » a-t-il regretté. « J’ai juste vu de l’émotion », a-t-il poursuivi… A lire ici : http://www.ozap.com/actu/attaque-contre-charlie-hebdo-michel-onfray-regrette-que-les-medias-n-aient-ete-que-dans-l-emotion/461358

 

Cette réflexion, « pourquoi on en est arrivé là », le journaliste Patrice de Plunkett la tente et la propose. Et ce, dès le 08 janvier : http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/08/reflexions-sur-le-drame-d-hier-5528899.html#more

Voir aussi le décryptage de Guillaume de Prémare du choc « Charlie Hebdo » et du mouvement « Je suis Charlie » : http://www.ichtus.fr/jesuischarlie-en-etat-de-choc-on-fait-nimporte-quoi/ et http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/13/reflexions-sur-le-mouvement-je-suis-charlie-5532843.html

 

« Hors sujets » :

Comment Boko Haram prospère sur les inégalités, l’analphabétisme, la corruption et l’arbitraire

Au Nigeria, 2015 a commencé avec un massacre, probablement le plus meurtrier jamais perpétré par la secte islamiste Boko Haram. Plus de quinze villages totalement détruits, des centaines de personnes tuées. Le groupe né au début du 21ème siècle dans le nord-est du pays va toujours plus loin dans la violence. Au-delà de la religion, il prospère sur le terreau d’une zone de grande pauvreté, délaissée par le pouvoir central et qui ne profite pas de la manne pétrolière. Face à Boko Haram, les forces de sécurité sont elles aussi dénoncées pour leur brutalité arbitraire et leurs pratiques de la torture. La suite ici : http://www.bastamag.net/Comment-Boko-Haram-prospere-sur

 

Thomas More, le juriste blogueur fait peu à peu son retour. Avec notamment un billet sur le film « Tibumktu », que je n’ai pas encore vu. Soit, explique-t-il, « la tragédie de l’irruption de l’islamisme au milieu d’une communauté musulmane ; un islamisme présenté calmement sans démonstration pour montrer les méchants dans toute leur monstruosité. » (Voir https://thomasmore.wordpress.com/2015/01/17/timbuktu-ou-la-tragedie-de-lislamisme/ )

 

Transhumanisme : de quoi parle-t-on ?

Et parce qu’il faut bien que quelqu’un en parle, voir cette série d’article(en cours, à ce jour) : http://cahierslibres.fr/2015/01/transhumanisme-1-de-quoi-parle-t/ ; http://cahierslibres.fr/2015/01/transhumanisme-2-vers-une-humanite-augmentee/

 

Les 1 % les plus riches possèderont plus que le reste de la population mondiale en 2016

En amont de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, l’ONG Oxfam a calculé que l’an prochain, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépassera celui des autres 99 % de la population, à moins de freiner la tendance actuelle à l’augmentation des inégalités. L’étude « Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout », publiée le 19 janvier par Oxfam, montre que la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte. La majeure partie (46 %) des 52 % restant du patrimoine mondial se trouve entre les mains du reste du cinquième le plus riche de la population mondiale. Les autres 80 % de la population mondiale ne se partagent que 5,5 % et possédaient en moyenne 3 851 dollars par adulte, soit 700 fois moins que le patrimoine moyen des 1 %.

Le communiqué : http://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2015-01-19/les-1-les-plus-riches-possederont-plus-que-le-reste-de-la et le rapport : http://www.oxfam.org/fr/rapports/insatiable-richesse-toujours-plus-pour-ceux-qui-ont-deja-tout?utm_source=oxf.am&utm_medium=ZiWb&utm_content=redirect . La méthode utilisée est clairement indiquée par Oxfam sur son site.

Des chiffres contestés ou « le discours de la méthode » en question :

Une information « partagée par France TV », laquelle « démonte une info partagée par… France TV Info » ! relève Arrêt sur image, qui souligne que c’est l’économiste Alexandre Delaigue, « qui a décortiqué les chiffres avancés par l’ONG Oxfam, sur son blog « Classe Eco » du site de FranceTV ». L’économiste cite également le journaliste anglais Félix Salmon qui va dans son sens. La critique a été reprise par certains médias, outre France TV(Slate  et Ouest France  : on y lit que « des économistes » et « des journalistes » contestent la méthode Oxfam, mais l’un et l’autre ne citent au mieux que deux ou trois contradicteurs).

Or, puisque l’on parle de « discours de la méthode », il aurait été intéressant de comparer la critique de M. Delaigue avec l’analyse de l’économiste Jean Gadrey sur son blog du site Alternatives économiques : Ce dernier  juge « ces critiques, (quoique bien qu’exactes sur certains points), globalement injustes et excessives, et dans certains cas dérisoires ». Il doute même que lesdites critiques « connaissent bien les difficultés que rencontrent les statisticiens pour mesurer les niveaux et les inégalités de patrimoine des ménages. Même dans un pays comme le nôtre, disposant à mes yeux d’institutions parmi les plus sérieuses au monde (l’Insee, les services statistiques des Ministères, la Banque de France, le CNIS comme outil démocratique imparfait mais précieux), c’est une affaire très compliquée. » Jean Gadrey estime qu’ « Oxfam a bien fait de réaliser et de publier cette étude, et ses chiffres, imparfaits sans le moindre doute, sont défendables et honnêtes, en ce sens qu’ils sont transparents sur la méthode (ce qui facilite d’ailleurs les critiques…) et qu’ils s’appuient sur les meilleures sources disponibles à ce jour ». Certes, dit-il, « ces sources sont elles-mêmes très imparfaites, mais s’il avait fallu attendre de bonnes données mondiales sur les patrimoines privés des ménages, produites par des institutions statistiques telles que celles des Nations Unies ou de la Banque mondiale, c’est peut-être dans vingt ans que nous aurions pu juger du niveau actuel et de l’évolution récente de ces inégalités ! Dans de nombreux domaines cruciaux, il faut dans un premier temps « faire avec ce qu’on a », et dans le cas présent ce qu’on a n’est pas nul au point qu’il faille le rejeter ».

Et pas au point de nier les faits, lesquels décrivent une réalité insupportable. Et pas au point de s’abstenir de rechercher les causes, ou de passer à côté des propositions d’Oxfam à ce sujet. Et pas d’oublier que la Bible elle-même contient plus de 2000 versets sur la justice et les inégalités sociales.

Attentat du 07/01/12 contre « Charlie Hebdo » : face au drame, comment réagir ?

Surtout face aux réactions les plus primitives : La peur, la colère et la haine. Ou le silence. Ou encore à l’opportunisme.
Le cerveau enregistre, mais j’ai encore du mal à réaliser vraiment ce qui s’est passé. Je suis même un peu sonné.
Pour ma part, même si je comprends la volonté d’exprimer une certaine solidarité, « je ne suis pas Charlie ». Je ne le suivais, ni ne le lisait, d’ailleurs, ne me reconnaissant ni dans le ton, ni dans le type de dessins ou la ligne éditoriale. « Charlie Hebdo » ne m’a jamais fait rire. Mais aujourd’hui et depuis mercredi, il fait pleurer.

La place est pour l'instant à l'indignation et à la compassion...en attendant de chercher à comprendre...

La place est pour l’instant à l’indignation et à la compassion…en attendant de chercher à comprendre…

Ceci dit, comme l’a très bien exprimé quelqu’un d’autre, ne rajoutons rien d’autre face à la barbarie : le temps est à l’indignation et à la condamnation, unanime et dans l’unité, d’un tel acte. Le temps est aussi au refus de tout amalgame. Sans oublier la compassion pour les victimes et leurs proches. Ce qui n’exclue pas de chercher à comprendre…
Chacun a pu s’exprimer librement sur cette journée. D’autres s’exprimeront encore, certains bénéficiant d’une tribune médiatique que d’autres n’ont pas. Je pense à ce verset, sur la liberté et la responsabilité : « Que votre privilège ne soit pas un sujet de calomnie. Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. Celui qui sert Christ de cette manière est agréable à Dieu et approuvé des hommes. Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle ».(Rom.14v16-19).

 
Quelques réactions ou analyses, parmi les plus significatives :

http://cahierslibres.fr/2015/01/seigneur-fais-de-moi-un-instrument-de-ta-paix/

http://cahierslibres.fr/2015/01/freres/

http://notreeglise.com/charlie-hebdo-comment-reagir-face-a-horreur/

https://catherinenbocher.wordpress.com/2015/01/07/les-tares-de-dieu-font-12-morts-a-charlie-hebdo/

http://laplumedaliocha.wordpress.com/2015/01/07/je-suis-charlie/

http://www.reforme.net/une/societe/apres-lattentat-texte-joel-dahan

http://www.la-croix.com/Editos/Cohesion-face-au-terrorisme-2015-01-07-1289523

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/07/le-carnage-de-charlie-hebdo-5528399.html

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/08/reflexions-sur-le-drame-d-hier-5528899.html#more

http://www.koztoujours.fr/etre-ou-ne-pas-etre

http://www.lavie.fr/actualite/france/la-france-unie-pour-la-liberte-08-01-2015-59247_4.php

http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-07/Cabu-Charb-Tignous-Wolinski-et-Bernard-Maris-tues-dans-la-fusillade-de-Charlie-Hebdo-id7354

http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366

http://welovewords.com/documents/pourquoi-vous-netes-pas-charlie

http://www.legorafi.fr/2015/01/07/monde-de-merde/

Sans oublier les déclarations de la FPF(Fédération Protestante de France) et du CNEF(Conseil National des Evangéliques de France)

Le dernier mot sera peut-être celui du Seigneur Jésus-Christ, en Luc 13v1-5, face à deux faits divers dramatiques : une invitation à un autre regard et à une autre priorité, pour couper court à l’inévitable question de la culpabilité ou de la responsabilité de « l’autre », soit ceux qui sont morts. Une invitation à lire correctement « l’avertissement » donné par le drame pour prendre une décision personnelle, la seule qui vaille.