« Dépêche-toi d’écrire avant l’hiver »

Nous, chrétiens, croyons que le Messie – Jésus Christ – est déjà venu. Comment alors en attendre un autre ?

Mon article « Doit-on espérer en un défenseur de la chrétienté »…était à peine paru le mercredi matin 25/11, que le jour même, mon ami Etienne Omnès travaillait déjà à un contre-argumentaire, avec pour résultat un nouvel article intitulé « qui dit Evangile dit chrétienté », paru le lendemain matin, jeudi 26/11, sur le blogue Par la Foi(1). Décidément, me suis-je premièrement dit : « je le fais pas mal bosser », en le conduisant à écrire deux articles, en réponse à deux des miens [l’inverse est aussi vrai], dont la finalité, rappelons-le, est d’affirmer que Jésus-Christ seul est Sauveur et Seigneur.

J’ai même été impressionné que mon ami ait pu rédiger un texte de cette teneur en si peu temps, comme s’il y avait « urgence signalée », un peu comme s’il se disait à lui-même : « dépêche-toi d’écrire avant l’hiver »…pour défendre….pour défendre, quoi au juste ?

Dans un précédent article d’Etienne, il s’agissait de « défendre le vote des chrétiens (dits) déplorables »(2). Ici, il s’agit de défendre « la chrétienté », laquelle, selon Etienne, serait « une partie de l’Evangile ». Nous devrions même « attendre l’arrivée d’une chrétienté »…..Aïe, aïe, aïe ! Comme nous attendrions l’arrivée d’un « messie » ?

« L’espérance d’une chrétienté », après l’espérance en un messie politique, « défenseur de la chrétienté » ?

Curieuse attente, particulièrement en cette période de l’Avent, où nous nous préparons à célébrer Celui qui est déjà venu et qui a accepté de nous rejoindre, même au plus bas de notre réalité, en naissant dans « une mangeoire » pour animaux.

En effet, nous, chrétiens, croyons que le Messie est déjà venu et qu’il reviendra à la fin des temps. Et ce Messie s’appelle Jésus-Christ.

Etienne et moi le confessons comme seul Seigneur et Sauveur. Nous avons cela en commun, comme nous avons en commun un même Père créateur et un même Esprit consolateur. Nous croyons au même Evangile, lequel est « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croît » (Rom.1v16)(3).

Dans les temps difficiles, les hommes sont tentés de se regrouper avec ceux qui leur ressemblent(4), comme de chercher et de se trouver « un sauveur ». Sauf que c’est Dieu qui sauve. Il n’envoie pas de « nouveaux Jésus ». Il n’y a donc pas d’autres « messies » ou de « sous-messies », hommes ou femmes, à attendre.

De là le danger d’absolutiser autre chose que Dieu, ce qui conduit à l’idolâtrie. Le problème n’étant pas « la chrétienté » ou le soutien à tel ou tel homme politique, mais le sacré conféré à l’un ou l’autre, au point de susciter des réactions épidermiques, voire irrationnelles – à un point que cela devient inquiétant – dès que l’on aborde certains sujets (ou certains noms) sur la toile ou les réseaux @sociaux. Osons alors « le sacrilège » pour en revenir au seul vrai culte du seul vrai Dieu, et au seul Nom qui, loin de cliver, sauve et rassemble. Ce Nom est celui de Jésus-Christ.

Enfin, je reconnais également, à défaut de le louer, que mon ami Etienne a eu l’habilité d’éviter « les sujets qui fâchent », mais c’est malheureusement reculer pour mieux sauter. En effet, lesdits « sujets qui fâchent » invitent pourtant à un sérieux droit d’inventaire et à une remise en question salutaire. Ainsi, non traités par Etienne dans ses argumentaires et contre-argumentaires, les legs de compromissions passées a)de la réforme luthérienne, avec notamment le massacre des paysans et des « schwärmer », ainsi que la négociation permanente et la soumission des églises aux princes des länders allemands ;  b)des protestants allemands à l’époque des IIe et IIIe Reich – une époque où les chrétiens se croyaient tenus à un programme national chrétien – et face à Hitler, qui se présentait comme « chrétien », avec « le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice »…une période rêvée pour les protestants qui ont su bénéficier comme jamais auparavant d’un « ordre social chrétien », et des libertés désirées pour annoncer l’Evangile. Avec les conséquences que l’on connaît(5). Autant de compromissions complexes à assumer pour les générations futures, et particulièrement ravageuses si elles sont assumées en tant que telles par la génération actuelle. Or, regarder en face (plutôt que fuir ou nier) ces compromissions, pour s’en repentir et y renoncer, sera source de libération et de guérison.

Par conséquent, choisir de soutenir politiquement en connaissance de cause des candidats qui se présentent en « sauveurs » (ou « messies »), affichant « la forme de la piété tout en en reniant la puissance », et baignant dans le fantasme de la toute-puissance et le déni du réel, n’est pas sensé, mais insensé de la part des chrétiens.

Pour rappel, ce qu’Etienne appelle « un ordre social satanique », censé être instauré par un gouvernement de telle couleur politique, ne se limite pas à encourager l’avortement. Mais inclut aussi, par exemple, la promotion de (ou l’encouragement de) « la haine, la discorde, la jalousie, les emportements, les rivalités, les dissensions, les factions (….) et autres choses semblables ; leurs auteurs (nous prévient Paul), n’hériteront pas du Royaume de Dieu » (Gal.5v19-21). Ou encore à cultiver le mensonge : « (le diable) ne s’est pas tenu dans la vérité parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Lorsqu’il profère le mensonge, il puise dans son propre bien parce qu’il est menteur et père du mensonge » (Jean 8v44).

Etienne le sait bien, vu que, dans son excellent article « comment étudier l’économie sous un angle chrétien » (dont je vous recommande la lecture), il nous partageait « une révélation », lui qui avait grandi « dans un milieu où l’on tempêtait sans cesse contre les attaques contre la famille : le plus grand des ennemis de la famille, ce n’était pas l’Etat, mais le marché »(6). Ce qui nous permet de sortir des platitudes du genre « le travail est nécessaire pour l’homme, la pénibilité n’est qu’une punition temporaire », alors que pendant ce temps, des usines ferment, créant X suicides et y divorces, dans le silence général des chrétiens.

En guise de prise de position « politique », déclarons alors espérer plus dans le retour du Christ que dans les prochaines élections ou dans un résultat électoral. En attendant, soyons ses témoins fidèles et véritables, avec le secours du Saint-Esprit et la grâce de Dieu, en étant conscients que le but de l’Eglise n’est pas de se réduire à être la cliente d’un pouvoir, ou de croire « qu’elle permettrait à Dieu d’être Dieu », ou « d’empêcher César d’être César »(7).

La période de Noël qui s’annonce est généralement une période favorable pour « les enfants de lumière » que nous sommes, pour manifester « le fruit de la lumière, lequel consiste en toutes sortes de Bonté, justice et vérité » (Eph.5v8-9) et pour annoncer Celui qui est « la lumière du monde » (Jean 8v12), comme à rappeler/attester que « Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas trace en lui » (1 Jean 1v5).

 

 

 

 

Notes : 

(1) https://parlafoi.fr/2020/11/26/qui-dit-evangile-dit-chretiente/, en réponse à mon article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/25/doit-on-esperer-en-un-defenseur-de-la-chretiente-pour-des-questions-de-survie/

(2) https://parlafoi.fr/2020/11/13/une-defense-du-vote-des-chretiens-deplorables/, en réponse à mon article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/11/comment-gerer-une-gueule-de-bois-post-electorale-ou-quand-mieux-vaut-perdre-un-vote-que-son-ame/

(3) »Ce ne sont pas des individus seulement qui se convertissent à Dieu, mais aussi des nations ; L’Évangile ne s’adresse pas à des individus seulement : il s’adresse aussi à des nations, c’est-à-dire des groupes d’humains organisés politiquement », affirme Etienne dans son article https://parlafoi.fr/2020/11/26/qui-dit-evangile-dit-chretiente/

Une affirmation qui témoigne de la difficulté du passage du texte biblique de l’hébreu > grec > français. A noter que c’est depuis le 16ème siècle que le mot « nation » est devenu un référentiel politique. Or, les « nations » en hébreu et en grec ne sont pas les Etats nationaux ou « les pays », mais plutôt les peuples non-Juifs, les goyim ou « ta ethnè » (« ethnies »).  Le mandat missionnaire du Seigneur consiste donc bien à « faire des disciples » des personnes.

(4) J’en parle ici, dans mon analyse du film « X-men : le commencement » https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/07/play-it-again-x-men-le-commencement-ou-les-enjeux-de-la-communaute/

(5) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/25/doit-on-esperer-en-un-defenseur-de-la-chretiente-pour-des-questions-de-survie/   ; https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1965_num_12_4_2886 et https://lafree.info/info/les-eglises-evangeliques-sous-le-ille-reich-par-andreas-schneider

(6) Lire https://phileosophiablog.wordpress.com/2019/09/06/comment-etudier-leconomie-sous-un-angle-chretien/

(7) Pour reprendre une formule du Pasteur Gilles Boucomont, publiée sur son compte twitter, 29/11/20.

 

 

Avent

« Seules les femmes, les mères, savent ce qu’est le verbe attendre. » (Source image : public domain pictures)

Il arriva sans être attendu, il vint sans avoir été conçu. Seule la mère savait qu’il était fils d’une annonce de la semence portée par la voix d’un ange. C’était arrivé à d’autres femmes juives, à Sarah par exemple.

Seules les femmes, les mères, savent ce qu’est le verbe attendre. Le genre masculin n’a ni constance ni corps pour héberger des attentes (….). Esaïe 30v18 (dit pourtant) « heureux ceux qui attendent lui » (….). Mais plus fort encore que cette nouvelle, il est écrit dans ce même vers : « c’est pourquoi Dieu attendra pour vous faire miséricorde ». La première attente concerne Dieu et elle a le même verbe hébraïque hacche. Dans sa réduction au format de l’espèce humaine, Son temps infini se contracte dans le fini d’une attente. Dieu attend ; « pour vous faire miséricorde ». Le temps de l’Avent est à l’imitation de, il est face à l’éternité d’un Dieu qui accepte de devenir périodique, faisant irruption dans le monde certains mois fixés par sa naissance, sa mort et sa résurrection.

Celui qui a en lui les ressources pour concevoir des attentes connaît grâce au vers d’Esaïe l’immensité de l’attente correspondante de Dieu.

Avent IN Noyau d’olive, Erri De Luca. Gallimard, 2004 (Folio), pp 17-18.

Pourquoi Jésus est le Messie

Jésus est le Messie. Mais pas un messie politique. Pas un messie comme certains peuvent en attendre…..(Source : « Mockingbird »)

Jésus est le Messie.

Parce qu’il a vaincu l’ennemi ultime.

Jésus est le Messie pour Israël. Il n’est pas un « messie politique », comme les juifs en attendaient pour chasser l’occupant romain, ou comme d’autres en attendent aujourd’hui, qu’ils aient pour noms « François », « Marine », « Marion », « Laurent », « Emmanuel » ou « Donald »….

Jésus est venu pour libérer Israël de son ennemi ultime, qui est aussi celui de tout le genre humain.

Cet ennemi est bien plus puissant que l’occupant romain de l’époque, et plus puissant que toutes les oppressions possibles, qu’elles soient politiques, religieuses, économiques, sociales ou physiques. Cet ennemi n’est pas « la Sécu », « les impôts » (servant normalement à financer les services publics, lesquels ne sont pas non plus l’ennemi), « le gauchisme », « les étrangers », « les pauvres », « les chômeurs », « les écologistes », « les grévistes »….

Pâque, c’est « sortir » et « faire sortir »…

Cet ennemi ultime est la mort. Et Jésus est venu libérer l’humanité de ce dernier ennemi(1 Cor.15v26), jusque-là considéré comme « faisant partie de la vie » et dont personne ne pouvait imaginer que l’on puisse en être délivré.

Jésus est le libérateur par excellence : crucifié et ressuscité durant la fête biblique de Pessah (Pâque ou « passage »), il est la Pâque ultime. En ressuscitant, il est celui qui nous fait passer de la mort à la vie.

La Pâque est le mémorial, le souvenir pour les juifs de la libération de l’esclavage en Égypte et la célébration du début d’une vie libre, libre de servir l’Éternel qui les a fait sortir du « pays des angoisses » à « main forte et à bras étendu ».

Aujourd’hui, il est important de comprendre de quoi chacun doit être libéré : pour cela, il s’agit de pouvoir nommer ces oppressions.

Jésus a été – et est encore – le plus grand libérateur de l’histoire. Toujours vivant, il continue de libérer ceux qui sont prêts à accepter Son règne comme Seigneur dans ces parties de leur vie où Il ne règne pas encore….

Pour ne pas être « à côté de la P(l)âque »…

Pâque (ou Pessah) commence ce soir…..

 

Chaque année, en cette circonstance, la communauté juive fait disparaître tout levain des maisons, et durant 8 jours, ne mange plus que du pain azyme. Les plus anciens racontent également une très belle histoire aux plus jeunes : d’où ils viennent et ce que Dieu a fait(cf Exode 1-15). « Pessah »(l’institution se trouve en Exode 12) est donc la célébration d’un « passage »(c’est le sens du mot « Pâque »), d’une libération et d’une renaissance, comme vous pourrez le découvrir à la lecture de ces chapitres du livre de l’Exode cités plus haut.
Ce premier soir a lieu le « séder », célébré en famille.

Sur la table, on réserve une coupe de vin à Élie(la coupe « messianique »), prophète dont l’histoire est racontée en 1 Rois 17-2 Rois 2v11. Ce dernier n’a pas connu la mort(à l’instar d’Hénoc cf Gen.5v21-24), puisqu’il a été enlevé au ciel par Dieu, dans un char de feu(2 Rois 2v11). Depuis cette ascension, le prophète Elie est considéré comme l’annonciateur de la venue du Messie(comparer avec Luc 1v13-17), promesse de libération définitive pour le peuple d’Israël(cf Malachie 4v4-6). Cette coupe pour Elie est une façon de souhaiter la bienvenue au prophète, ou bien à son prochain. Traditionnellement, la porte d’entrée est ouverte ce soir là pour l’accueillir*.

Les chrétiens, quant à eux, célèbrent, non seulement « la mort du Seigneur » Jésus-Christ, « notre Pâque »(1 Corinthiens 5v7 cf Matt.26-27 ; Marc 14-15 ; Luc 22-23 ; Jean 18-19), mais aussi, surtout, Sa résurrection**(Matt. 28 ; Marc 16 ; Luc 24 ; Jean 20). Ils attendent Son retour. Ils célèbrent eux aussi un « passage », celui de la mort à la vie(nouvelle) cf Romains 6v4. Ils se souviennent « d’où ils viennent »(ils étaient « esclaves…du péché »)et « de ce que Dieu a fait » en Jésus-Christ(1 Pie.1v18-21).
Ils sont également exhortés à faire disparaître de leur vie et de leur coeur « tout levain de malice et de méchanceté » (cf 1 Cor.5v8) ou tout ce qui viendrait s’ajouter à la vérité biblique ou qui n’aurait rien à voir avec Pâque(les oeufs, les lapins et les poules en chocolat, par exemple). Et « célébrer la fête » avec « des pains sans levains de la pureté et de la vérité »(1 Cor.5v8)

Vous-mêmes, vous êtes sans doute croyants(pratiquants, confessants ou de tradition) et Pâque a du sens(ou un certain sens)pour vous….Lorsque vous célèbrerez cette fête, la place d’honneur sera-t-elle réservée au Christ, au Messie ? « La porte d’entrée »(de votre coeur) sera-t-elle ouverte, ce soir-là, pour l’accueillir ? Attendez-vous Son(prochain, prompt) retour ? Le fait de savoir qu’Il est vivant a-t-il une conséquence réelle et pratique dans votre vie ?

 

Prochainement, seront publiés deux billets, l’un sur le sens de la mort de Jésus-Christ à la croix et l’autre sur une conséquence de Sa résurrection.

 

En attendant, je vous souhaite une « bonne Pâque » ou un « Christ est(réellement)ressuscité ! »(Luc 24v34)

 

Notes :

* http://www.rosee.org/rosee/page90.html ; http://www.chiourim.com/f%C3%AAtes/pessah/la_coupe_du_prophete_elie.html ; http://www.chiourim.org/paracha-pinhas/la-chaise-du-prophete-eli.php

** A noter que les chrétiens(orthodoxes) grecs se saluent de la sorte : (Le)Christ (est) ressuscité ! (Χριστός Ανέστη! Christos anesti).