Croyons-nous vraiment en l’ Evangile que nous annonçons ?

"De loin", l'Eternel se montre à toi : que fais-tu ?

Quand un verset te « harponne », c’est que Dieu t’invite à le scruter sérieusement !

L’ Evangile, qui est « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit… » (Rom.1v16).

 

Il peut paraître « difficile », pour ne pas dire « fastidieux », de « lire sa Bible régulièrement », surtout si « le passage du jour à l’air de premier abord peu engageant par exemple ». Et par exemple, « relire les actes peu reluisants (d’un personnage biblique) dès le matin ».  Ou encore, Néhémie 3, ou même Matthieu 1v1-17.

Mais l’inverse est aussi vrai. Je trouve personnellement stimulant et encourageant, alors que je lis mes chapitres quotidiens, d’être « harponné » par un verset particulier. « Harponné », et alors invité à méditer longuement le verset. Une « alerte » et un « signe » qu’il est important et à considérer sérieusement. Jeudi 10/09, « le verset-harpon » était 2 Corinthiens 4 vv3-4, considéré ce jour-là sous un autre angle :

« si notre Evangile est voilé, il est encore voilé pour ceux qui périssent ; pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées, afin qu’ils ne voient pas resplendir le glorieux Evangile du Christ, qui est l’image de Dieu ».

Lorsque nous lisons : « ceux qui périssent », « les incrédules »….nous pensons généralement « aux autres », à ceux qui « ne croient pas encore », et « n’ont pas encore accepté l’Evangile ».

Mais pouvons-nous être concernés par ce verset, nous « croyants », qui affirmons que « Jésus est notre Sauveur et Seigneur » ? Pouvons-nous être « incrédules », aux « pensées aveuglées » par « le dieu de ce siècle », de sorte que ce « glorieux Evangile du Christ » que nous annonçons, nous est « voilé » ?

Comment serait-ce possible ? 1)Par notre façon de vivre, « en tant que chrétiens », et 2)par notre façon de parler de l’Evangile.

1) L’Evangile n’est pas seulement « un message » à annoncer. C’est « une puissance pour le salut de quiconque croit », selon Rom.1v16. « Une puissance pour le salut….de quiconque croit« . « Quiconque », c’est vous, c’est moi, c’est nous. Nous en avons tous besoin. Pas seulement « pour aller au ciel » ou « pour le dimanche », mais « pour chaque jour de la semaine »*. Y croyons-nous ? Comment le vivons-nous, personnellement ? Par exemple, le fait que « Christ, notre paix », a, par la croix, « fait mourir[ou « détruit »] l’inimitié » ? (Eph.2v14, 16).

Dans quelle mesure, lorsque, à notre retour à la maison, nous sommes submergés par la fatigue, une dure journée de travail, les factures, le quotidien, les loisirs…nos pensées sont-elles « aveuglées » par « le dieu de ce siècle » ? Dans quelle mesure nos regards sont-ils fixés sur ce dernier (plutôt que sur « le Soleil de justice » cf Mal.4v2, Jésus-Christ), nous empêchant de voir et de vivre la puissance de l’Evangile ?

« On ne peut voir deux Soleils à la fois » : détournons-nous donc de celui qui « se déguise en ange de lumière »(2 Cor.11v14) pour contempler Celui qui est « la lumière du monde »(Jean 8v12) et s’attacher à « la source des eaux vives » (Jér.2v13).

 

2) L’Evangile, que nous annonçons ou prêchons, est donc « une puissance pour le salut de quiconque croit »(Rom.1v16). Encore une fois, y croyons-nous ? Question évidente ou stupide, c’est selon, mais pas tant que cela. En réalité, la réponse est donnée par notre façon de le considérer et d’en parler. A ce sujet, le penseur chrétien danois Soren Kierkegaard estime qu’ un tel Evangile n’a pas besoin d’être défendu(ce qui est une « extraordinaire sottise »**), mais d’être proclamé(et affirmé) par ceux qui y croient. Lui-même « déclare incrédule celui qui (le défend) »**. Car, « s’il croit, l’enthousiasme de sa foi n’est jamais une défense, c’est toujours une attaque, une victoire ; un croyant est un vainqueur. »***

Le croyant est donc un témoin qui déclare ce qu’il a vu, entendu et vécu, avec fidélité et autorité. Un témoin de Christ ne « défend » donc pas l’Evangile, comme s’il s’agissait d’une simple « opinion », ou de quelque chose dont on devrait « s’excuser ». Mais il le proclame et l’affirme comme « une bonne nouvelle, qui exige une réponse immédiate » ****(cf Matt.28v18-20), parce qu’il y croit !

« J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé »(2 Cor.4v13)

 

 

Notes :

*Cf Jerry Bridges. L’Evangile pour la semaine. Europress, 2003

** S. Kierkegaard. Traité du désespoir. Gallimard, 1988(Folio Essais), pp 176-177. Dans ce passage, l’auteur parle plus exactement de « défendre le Christianisme ».

*** C’est à dire un vainqueur, toujours offensif. Dans ses « Pensées qui attaquent dans le dos »(Ed. première partie, 2014, p.19), le même Kierkegaard affirme que « le Christianisme n’a besoin d’aucune défense ; il n’est servi par aucune défense ; il attaque ; le défendre, c’est de toutes les altérations la plus injustifiable, la plus erronée et la plus dangereuse ; c’est le trahir avec une inconsciente perfidie. Le christianisme est militant et il va de soi que, dans la chrétienté, il attaque par derrière[ou dans le dos] ». C’est à dire, dans le sens qu’il cherche à désarmer l’auditeur ou le lecteur. « Edifier », pour Kierkegaard, c’est renvoyer l’homme à son péché, réveiller ceux qui sont endormis, inquiéter ceux qui sont trop apaisés. C’est pousser l’individu dans ses derniers retranchements, pour l’inviter à se mettre en règle avec Dieu[Amos 4v12], et à suivre Jésus-Christ.

**** Lire cette anecdote, rapportée dans « L’Essentiel dans l’Eglise. Apprendre de la vigne et de son treillis », de C. Marshall et T. Payne (Ed. Clé, 2014. Collection IBG, pp57-58) : « après avoir été évangélisé par un homme très poli », Penn Jillette, illusionniste et athée « assumé », évoque cette rencontre :…. »si tu crois vraiment qu’il y a un ciel et un enfer et si tu crois que des gens pourraient aller en enfer ou ne pas atteindre la vie éternelle – peu importe ta conviction-, et si tu dis qu’il ne vaut pas tellement la peine d’en parler, pour la seule raison que, sur le plan social, cela te ferait passer pour un cinglé(…)à quel point devrais-tu détester quelqu’un pour croire que la vie éternelle est possible sans même lui en toucher un mot ? »

 

 

Définir l’évangile : pour aller « de l’autre côté du périph’ ! »

Comment définir l’évangile ?
Huit définitions, cinq propositions, une conclusion.

La question(à laquelle j’ai déjà répondu notamment à plusieurs reprises sur ce blogue) n’est pas si saugrenue que cela, puisqu’elle m’a déjà été posée par un jeune adulte de mon église.

Cette question n’est pas non plus saugrenue pour Don CARSON, puisque ce dernier s’efforce d’y répondre dans un article intitulé « Comment définir l’évangile : une étude du texte de 1 Corinthiens 15v1-19″(pp 21-29), paru dans le dernier numéro(186) de « Promesses »(Revue de réflexion biblique) d’octobre-décembre 2013 et consacré à « l’évangélisation personnelle ».

Extraits :

« Plusieurs ont fait observer que dans le monde occidental, l’Eglise passe par une phase de fragmentation notoire. Cette division touche jusqu’à notre compréhension de l’Evangile », constate Don CARSON en introduction(p 21).

« La tendance la plus courante de nos jours », explique-t-il notamment, « est peut-être d’accepter l’Evangile, tout en déployant beaucoup d’énergie et de passion créatives pour développer d’autres thèmes : le mariage, le bonheur, la prospérité, l’évangélisation, les pauvres, la lutte contre l’islam, la lutte contre la sécularisation galopante, la bioéthique, les dangers à gauche, les dangers à droite…..c’est ignorer que nos auditeurs sont inévitablement attirés par ce qui nous passionne le plus(…)

Si nous acceptons l’Evangile sans conviction, alors que des sujets périphériques enflamment notre passion, nous formerons une génération qui minimisera l’Evangile et manifestera du zèle pour ce qui est périphérique(…)Si on réfléchit sérieusement à l’Evangile et si celui-ci reste au centre de notre préoccupation et de notre vie, nous constatons qu’il aborde aussi de façon pertinente toutes les autres questions. »(p22)

C’est pourquoi, à partir de 1 Corinthiens 15v1-19, Don CARSON se propose de résumer l’Evangile en huit mots :

-« L’Evangile est christologique ». Cela signifie que Christ n’est pas « un homme quelconque, ni même le Dieu-homme qui vient nous aider, une sorte d’agent d’assurance-un « très brave Dieu-homme » qui, quand on fait des erreurs, vient réparer. L’Evangile est christologique dans un sens beaucoup plus fort : Jésus est le Messie promis qui est mort et ressuscité. »(p23)

Traverser par Radu Pasca

Traverser par Radu Pasca

« L’Evangile est théologique » : Christ est mort et ressuscité « pour nos péchés », soit, outre de leur pouvoir asservissant, de leurs conséquences.

« L’Evangile est biblique » : « Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures ; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures »(1 Cor.15v3-4)
L’Evangile est ancré dans les Ecritures, « l’Ancien Testament », et dans le témoignage des apôtres, le Nouveau Testament.

« L’Evangile est apostolique » : Jésus « a été vu par Céphas[Pierre], puis par les douze(v5) ; ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres…il s’est fait voir à moi…le moindre des apôtres »(v7-9). La succession des pronoms(« moi », « eux », « nous », « vous »)est importante, puisqu’elle devient un puissant moyen de relier le témoignage et l’enseignement des apôtres à la foi de tous les chrétiens des siècles suivants.

« L’Evangile est historique » : « Jésus est la seule révélation possible de Dieu, entrée dans l’histoire par l’incarnation »(cf 1 Jean 1v1-2). La résurrection de Jésus est historique et valide la foi(pp25-26).

« L’Evangile est personnel » : il indique la voie du salut individuel et personnel. « Un Evangile historique qui ne serait ni personnel, ni puissant, serait une antiquité ; un évangile théologique qui n’est pas reçu par la foi et ne transforme pas la vie est pure abstraction ».(pp26-27)

« L’Evangile est universel » : « il ne l’est pas au sens où il transformerait et sauverait tout le monde sans exception(…)Mais cet évangile est merveilleusement universel dans l’étendue de son appel. Il ne comporte aucune trace de racisme ».

« L’Evangile est eschatologique » : « l’Evangile nous prépare pour les nouveaux cieux et la nouvelle terre dans un corps de résurrection »(p 27).

Suivent cinq propositions simples(pp 27-29) :

« Cet Evangile est normalement diffusé par la proclamation » : la Bonne nouvelle doit être annoncée, proclamée, expliquée ; « Dieu lui-même visite et revisite les êtres humains par Sa Parole ».

-« Cet Evangile se reçoit efficacement par une foi authentique et persévérante ».

-« Cet Evangile se dévoile à celui qui s’humilie ».

-« Cet Evangile se présente comme la confession centrale de toute l’Eglise », et non pas comme une prédication, un enseignement propre à une église particulière(ou « originale »)

« Cet Evangile progresse hardiment sous le règne contesté et la victoire inévitable de Jésus le roi ».

« Ce résumé de l’Evangile-huits mots pour le définir et cinq propositions pour le clarifier, tous pris dans (le seul chapitre de 1 Cor.15)-débouche sur un résultat surprenant : la nature cognitive de l’Evangile qu’il faut comprendre, croire et à quoi il faut obéir. Mais cet Evangile ne reste jamais une simple question de connaissances et de savoir, comme le démontre toute cette épître. Un christianisme qui ne produit pas des croyants patients et bons, mais des gens particulièrement jaloux, fiers et vantards, impitoyables, qui se mettent facilement en colère et gardent le souvenir des torts subis, n’est pas un christianisme du tout. Paul a jugé nécessaire de souligner les effets de l’Evangile dans tous les domaines de la vie des Corinthiens(…). Faisons de même aujourd’hui(…)il faut que l’Evangile se traduise dans la vie des croyants et soit mis en évidence dans la vie de l’Eglise pour entraîner leur affranchissement des chaînes de l’idolâtrie, trop subtile pour être nommée et trop enivrante pour s’en défaire. »(p29)

« Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude…»

Note : Le présent billet m’a été inspiré par la lecture de l’article « chrétien et mondain ? » paru sur le blog de « La rebellution » le 24 avril 2013.

« Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays Égypte, de la maison de servitude. »(Ex.20v2)

Telle est l’introduction aux « 10 Paroles », pouvant d’ailleurs s’intercaler entre chaque commandement énuméré dans la suite du passage : car là sont proclamées les conditions nécessaires pour l’exercice (ou la mise en pratique) de ces commandements.

Dieu nous a fait sortir du pays Égypte. L’Égypte, c’est le monde. Nous y étions esclaves, et Dieu nous en a fait sortir « à main forte » et « à bras étendu », comme une libération, une (nouvelle) naissance.
L’écrivain italien Erri de Luca décrit de façon poétique et évocatrice cette sortie : «Je t’ai fait sortir (Égypte) : du réseau de canaux du grand fleuve pour te mettre au sec de la liberté. Le Sinaï s’appelle aussi Horeb, assèchement. Telle est aussi la naissance,

L'océan à travers le trou par Petr Kratochvil

L’océan à travers le trou par Petr Kratochvil

se trouver projeté à l’air libre. Une fois sorti Égypte, tu as entendu le bruit de grandes eaux se refermer après ton passage, une porte claquée dans ton dos. La sortie fut une naissance, aventure d’un aller simple. » (Erri de Luca. Et Il dit, pp 42-43)
« Sortir » ? Mais pourquoi ? Dans quel but ?
« Quand tes descendants demanderont pourquoi je t’ai fait sortir, ils compteront la valeur numérique de hotzetikha, « je t’ai fait sortir », et ils la trouveront égale à levasser, « pour annoncer ».

Personnes marchant par Peter Griffin

Personnes marchant par Peter Griffin

Je t’ai fait sortir pour apporter une annonce.» (Erri de Luca, op. cit. p 43)

« Apporter une annonce » : c’est-à-dire, pour servir Dieu, pour proclamer et affirmer l’évangile.
Pour que nous soyons des témoins crédibles, on comprend alors aisément pourquoi Dieu nous commande « de ne pas aimer le monde » (1 Jean 2v15-17)et ses convoitises : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie ». Le danger vient en effet de vouloir « retourner en Egypte », de retourner dans le monde, selon Nombres 11v4-6 et ss, dans le seul but de satisfaire nos propres convoitises*.
Il est intéressant de constater que les trois convoitises de 1 Jean 2v15-17, mentionnées plus haut, correspondent aux trois tentations du Seigneur Jésus dans le désert (Matt.4v1-11) **. Tentations qui avaient un seul but : détourner Jésus de la croix et lui faire prendre un chemin « plus facile » (et « racoleur » ? Pour « attirer les foules » ?) : la domination et le pouvoir, la fascination des masses, la propre gloire, l’assouvissement des bas instincts…

Or, Jésus a choisit de « dresser résolument sa face pour aller à Jérusalem » (Luc 9v51), marchant vers la croix. Parce que Sa vie a été motivée par une seule chose : glorifier et faire la volonté du Père (Jean 6v38 et 17v1-4).

De même, Dieu nous a fait sortir d’Egypte, de l’esclavage du péché, pour « apporter une annonce » : pour servir Dieu, proclamer et affirmer l’évangile.

« Que le péché donc ne règne point dans votre corps mortel pour que vous obéissiez aux convoitises de celui-ci ; et ne livrez pas vos membres au péché comme instruments d’iniquité, mais livrez-vous vous-mêmes à Dieu, comme d’entre les morts étant faits vivants, -et vos membres à Dieu, comme instruments de justice » (Rom.6v12-13)

Notes :
*Voir le sidérant « pour rien » amnésique et oublieux de la condition d’esclavage en Égypte(Nombres 11v5).
Voir aussi ce qui était à l’origine du murmure et de la convoitise du peuple, cf v4

** et peut-être aussi de la tentation d’Eve(Gen.3v6) ou de Salomon(1 Rois 10v14-28 ; 11v1-4, comparer avec Deut.17v16-17)