Le péché : « une dynamique », « une rupture »

(News lovers in the)Planet of the Apps (2013) Huile sur toile 36” x 36” de Patrick McGrath Muñiz Le péché : une rupture

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(2013)
Huile sur toile 36” x 36” de Patrick McGrath Muñiz
Le péché : une rupture

Souvenez-vous des deux billets de la semaine dernière (« Ce dont souffrent ceux qui sont perdus dans le monde… » et « L’avenir est-il de vendre ce qui est aujourd’hui gratuit »), qui avaient été présentés comme deux introductions à un nouveau thème, que nous abordons aujourd’hui. Avez-vous trouvé de quoi il s’agit ?

Il s’agit du péché. Ne zappez pas trop vite, s’il vous plaît…

Quel rapport avec les deux billets précédents ? Nous y venons.

Qu’est-ce que le péché ? Contrairement à ce que nous pensons souvent, le péché n’a rien à voir avec le fait d’avoir « un mauvais comportement » ou une « mauvaise moralité ». Comme nous l’apprend Genèse 3, le péché est une affaire de relations. En effet, pécher, étymologiquement(en hébreu comme en grec), veut dire « manquer le but ». Soit « être à côté de la plaque » et « passer à côté » du cadre de l’alliance de Dieu avec l’homme, en violant celle-ci. Sans ce cadre, la liberté devient une liberté de tous les désirs et le résultat est la dispersion. Le péché est donc « une cassure », une « trahison » (analogue à celle d’un des deux conjoints, dans un couple)

 

Développons un peu :

Comme nous l’apprend Genèse 1, Dieu est un être relationnel : Dans l’original hébreu, Il est appelé ici « Elohim », qui est un pluriel, quoique le verbe qui suit (« créa ») soit au singulier(Gen.1v1). Ce nom signifie « Dieu fort et puissant, créateur ». Au début, Dieu parle tout seul, ou « à lui-même »(v26). Il aurait pu le faire encore longtemps. Mais comme Il déclarera qu’ « il n’est pas bon que l’homme soit seul », il ne semble pas bon que Dieu soit seul !

Dieu, qui est un « Dieu relationnel », décide donc de créer l’être humain « à son image » et « à Sa ressemblance »(v26). « Image » et « ressemblance » ne sont pas synonymes : « image » veut dire « ombre » et « ressemblance » évoque l’idée de « réalité », d’une reproduction fidèle (comme un portrait). Gen.1v26 ne l’explicite pas de manière directe, mais l’on peut déjà comprendre que l’identité de l’homme se définit en tant qu’être relationnel, dans son rapport avec un Dieu relationnel. L’homme, d’une manière unique-ce qui le distingue des animaux-est capable d’avoir conscience de l’existence de son créateur (cf Eccl.3v11) et donc de se rapprocher, de s’associer à Dieu, et d’être en relation/communion avec Lui.

Les relations sont « des connexions », entre Dieu et nous, entre un être humain et un autre. Les relations sont toujours interpersonnelles, au minimum entre deux personnes(sinon, c’est du fantasme).

D’autre part, si Dieu est « relationnel », il est aussi créateur. Le terme « créa » (« Bara » cf Gen. 1v1,21,27; 2v3,4) est le verbe hébreu employé exclusivement pour l’activité créatrice de Dieu. Son sens fondamental est de façonner en coupant ou en séparant, dans le sens de distinguer. Et toute la dynamique créatrice de Dieu consiste en distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais, afin que le chaos s’ordonne : la lumière est ainsi distinguée des ténèbres, le jour de la nuit, le sec du mouillé, la terre de la mer……

Or, nous souffrons d’un trouble de la perception qui s’appelle « l’indifférence : soit l’incapacité de distinguer les différences, telle que la différence entre réalité et fiction, et surtout, la différence (vitale) entre « distinguer » et « séparer ». Et Dieu veut distinguer – et non séparer- ce qui est bon, dans la création : ainsi, distinguer l’homme de la femme permet la non-confusion, mais aussi de préciser que si « l’homme doit s’attacher à sa femme », et être « une seule chair » avec elle(et réciproquement), ils restent bien homme et femme. Ils ne perdent pas leur identité.

 A l’inverse, si Dieu distingue, le Serpent de Gen.3 sépare. En effet, tandis que Dieu veille à ce que se créent et s’entretiennent de véritables liens sociaux positifs, entre Lui et l’humanité, et les hommes entre eux – du moment qu’il s’agit de projets sains (à l’inverse du projet totalisant de la Tour de Babel, en Gen.11) – le Serpent(ou le diable – « le diviseur ») fait tout pour dégrader, casser, détruire, diviser.

Dit autrement, Dieu souhaite « une distance de non-confusion » entre Lui et l’homme, et entre les hommes, mais à la condition que cette distance ne soit pas vide, qu’il y ait du liant, du contact, des passerelles. Le Serpent, quant à lui, souhaite le vide total et prêche la non-relation, la séparation, la rupture totale et radicale, quand il ne tente pas de nous faire croire aux « bienfaits » d’une prétendue (con)fusion. Ceci est illustré dans l’article « L’Avenir est-il de vendre ce qui est aujourd’hui gratuit », et chacun peut évaluer « les bienfaits » des « fusions » de plusieurs administrations/services aux missions différentes…..

Bref, le péché est donc d’abord un état, celui de mon être, où je suis séparé de Dieu ou de mon prochain/mon frère humain. Rom.3v23 déclare que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu », et que « ce sont nos péchés qui nous cachent sa face »(Es.59v2). Bien sûr, l’on dira que « le péché est humain », et que l’on n’y peut rien. Mais ce n’est pas biblique : On se souviendra que l’homme a été créé sans péché (Voir ce que Dieu déclare au sujet de sa création et de sa créature en Gen.1v31), mais que c’est son adhésion au système du serpent (rusé, accusateur, menteur, diviseur) qui l’a fait entrer dans cette dynamique du péché. Insistons sur un point : le péché n’est pas nécessaire pour être véritablement humain : c’est pour cela que Dieu a envoyé Son Fils Jésus-Christ en tant qu’homme sans péché – « le second Adam » – pour montrer l’humanité originelle véritable(Rom.8v3, Hébr.2v14, 4v15). A ce propos, le péché est-il « inné » ou « acquis » ?(1) « Les deux, mon capitaine », peut-on répondre : d’un côté, le péché est « acquis » puisque les hommes sont responsables des actes qu’ils commettent (Romains 2v12-13), et non responsables de ceux qu’ils n’ont pas commis. De l’autre, le péché est « inné », étant une puissance qui habite en nous (Romains 7v17) suite au péché d’Adam (Romains 5v12) et qui nous rend esclaves (Romains 6v6). Dans le (seul) premier cas, nous ne pourrions y échapper au nom d’une certaine fatalité ; dans le second cas, nous pouvons y échapper et lutter contre lui. Encore faut-il avoir la puissance nécessaire de le faire : Nous le pouvons « en Christ » (2 Cor.5v17, Jean 3v3 et ss, Jer.31v33, Rom.68), mais sommes condamnés si nous restons « en Adam ». Ainsi, nous péchons tous, parce que toutes les générations précédentes enclenchent ce mouvement dès l’origine (cf « la vaine manière de vivre héritée de nos pères », cf 1 Pie.1v18)

Le péché est aussi une dynamique spirituelle, où l’éloignement avec Dieu casse ce qui nous relie aux autres.  L’épisode de Caïn et Abel l’illustre assez bien en Gen.4. Le v7 de ce chapitre décrit le péché comme un fauve « tapis à notre porte », qui n’attend que le bon moment pour nous sauter dessus, nous dominer et nous détruire, si nous lui ouvrons la porte. On relèvera, dans ce passage, que Dieu ne dit pas que Caïn est « bestial » ou que son comportement est « animal », mais qu’Il distingue bien Caïn du péché(extérieur à lui) cf Rom.7v17. S’Il invite Caïn à « dominer » sur le péché, c’est que cela est possible (cf le mandat donné par Dieu à Adam et Eve en Gen.1v28). L’alternative est alors claire : soit je domine le péché, soit c’est lui qui me domine. Il suffit de baisser un peu ma garde, d’entrouvrir un peu la porte…cf Jean 8v34.

La clé pour vaincre le péché, c’est de sortir de l’ombre, de nos (fausses) sécurités et affronter la lumière (« Dieu est lumière », nous dit 1 Jean 1v6-9) pour confesser ce péché que nous cachons(et même : aimons) et nous en repentir. Notons encore que dans le passage de Gen.4, c’est Dieu qui prend l’initiative du dialogue avec Caïn, au moment où il n’a pas encore commis l’irréparable, et même après avoir commis son meurtre : Dieu « ouvre la porte » à la possibilité d’une relation restaurée, condition nécessaire pour vaincre le péché. Comparez avec l’invitation donnée par Jésus, lequel « se tient(aussi) à la porte » en Apoc.3v20, puis décidez à qui vous voulez ouvrir la porte…Mais, a dit encore Jésus, « quiconque se livre au péché est esclave du péché »( Jean 8v34), et « le salaire du péché, c’est la mort » (Rom.6v23).

Comment le péché s’enclenche-t-il ? Par la désobéissance. Nous l’avons vu plus haut, le péché, c’est « Manquer le but » : soit de « passer à côté » du cadre de l’alliance de Dieu avec l’homme, en violant celle-ci.

Ce cadre pour la liberté est illustré par « les 10 commandements » d’Exode 20 et Deut.5, revisités par Jésus en Matt.57. Par exemple, « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère[sur twitter ou non] : imbécile ! mérite d’être puni par le sanhédrin ; et que celui qui lui dira : Insensé ! mérite d’être puni par le feu de la géhenne (Matt.5v21-22)….. Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur » (v27-28).

Le péché commence quand l’homme trahit l’alliance qui régit la relation. Le mécanisme d’enclenchement du péché s’explique par Jacques en Jacq.1v14-15 : « chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise….. »

Ensuite, le péché est toujours, premièrement, un péché contre Dieu : ne disons pas, à l’instar du roi Saül », « j’ai péché » d’une façon vague, mais « j’ai péché contre toi seul », Seigneur (Psaume 51v1-4), et contre les hommes (Luc 15v18).

Ce qui signifie que nous ne péchons pas contre les commandements de Dieu ou contre la loi, mais contre Dieu, Celui qui nous fait don de cette loi. La loi est simplement là pour nous montrer où nous avons dévié. Chacun peut d’ailleurs se questionner, à la lecture des commandements de Dieu, dans le style : « montre-moi ce que je dois apprendre de moi, en lisant Exode 20 ou Deut.5 ! »

Un exemple : le fameux « tu ne commettras pas de vol » semble être de prime abord une défense de la libre propriété privée, clé de voute du capitalisme. Or, ce que nous apprend fondamentalement ce commandement est que, si je vole, je détruis l’ordre créationnel. Rien moins. Comment cela ? L’ordre créationnel de Dieu consiste à recevoir (ce dont j’ai besoin et que Dieu me donne avec générosité) et non à prendre. Or, si je vole, je prends. Je ne reçois plus, puisque recevoir ne me suffit plus.

Qui a péché ? Tous (Rom.3v9-10), même ceux qui n’ont pas la connaissance des 10 commandements et qui ont « une loi naturelle » en eux, inscrite dans leur cœur (cf Rom.2v14-15). Nous pouvons donc tous savoir que nous sommes pécheurs contre Dieu et contre les hommes. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous », rappelle 1 Jean 1v18 (Voir aussi Jean 8v7)

Nous péchons donc personnellement. Ce ne sont donc pas les autres (nos parents, nos frères et sœurs, la société, le gouvernement…), cf Deut.24v16 ; Job 19v4 et Ezech.18v20. Et je suis le seul à pouvoir confesser mes péchés, mais pas ceux des autres. Cela ne sert à rien de chercher à me justifier ou à minimiser mon péché. D’ailleurs, Dieu ne nous demande pas « pourquoi » mais « quoi », quand nous péchons (Gen.4v9). Il ne demande pas au pécheur de se justifier, mais l’invite à reconnaître la vérité de la rupture. C’est la porte ouverte au pardon, à la réconciliation et à la restauration : Jésus est venu sauver « non des …. mais des …… »(Luc 5v32. Darby), et « il y a plus de joie dans le ciel pour… » (Luc 15v7). « Mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rom.5v20) ; « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1v9).

L’enjeu (choisir la vérité face au péché, choisir d’être vrai devant Dieu, soi et les autres) est donc vital, puisque le péché est une question « de vie ou de mort », et non « de morale » (Deut.30v19) !

Et puisque l’on parle d’une question « de vie ou de mort », peut-on dire à mon frère qu’il a péché ? S’il a péché, suis-je légitime pour le reprendre ? (Matt.18v15). N’est-ce pas se mêler des affaires d’autrui ? Ne serait-ce pas faire preuve d’orgueil spirituel que de vouloir jouer les « redresseurs de tort » ? Qui suis-je, pour juger les autres ?

Mais la Bible dit autre chose. Voici un passage d’Ezéchiel 33v7-8, qui ne manque jamais de nous faire frémir : « Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras ! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang ».

Suis-je « la sentinelle de mon frère « ? Suis-je « le gardien de mon frère » ? Bien entendu. Jacques 5v19-20 dit encore que « si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité, et qu’un autre l’y ramène, qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ».

Soyons conscients qu’il n’y a pas que « des individus ». Moi-même, je ne suis pas seul et je ne me suis pas fait tout seul. Le monde ne tourne pas autour de « moi, moi, et moi » seul. Si je suis libre de mes choix, je ne suis pas libre des conséquences de mes choix.  Nous vivons dans un cadre social bien réel, qu’il s’agisse de la famille, de la société, d’une communauté, ou d’une collectivité, autant de structures où est censée fonctionner une certaine interdépendance. Je suis ainsi reconnaissant de ce que d’autres (mes parents ou des aînés) aient veillé sur moi et n’aient pas « respecté ma liberté », à un âge où les conséquences de mes bêtises (traverser sans regarder, se pencher au balcon, mettre les doigts dans la prise) auraient été trop lourdes à porter.

Dans le même ordre d’idée, lorsque Jésus recommande à ses disciples de pratiquer « la correction fraternelle »(« si ton frère- et non ton prochain – a péché »), selon une progression par étapes décrite en Matt. 18, il fait référence à un cadre familial : l’Eglise, le corps de Christ, qui est réellement une famille spirituelle. C’est le rassemblement « au nom de Jésus » de tous ceux qui « sont sortis hors de » (du monde qui ne reconnaît pas Dieu) et qui ont le même Père céleste. Et c’est dans la famille, ce cadre intime, et non « sur les places publiques » que sont les forums/blogues (« chrétiens » ou non) d’aujourd’hui, que l’on apprend à s’aimer, à donner et à recevoir, comme à se parler en en vérité et à se pardonner.

Ne « manquons pas le but » : la finalité de la correction fraternelle reste la restauration des relations brisées (entre Dieu et nous, nous et nos frères) via le pardon que l’on donne mais aussi que l’on reçoit.

Ne craignons donc pas de reconnaître et de dire les ruptures, soit de reconnaître et de dire notre propre péché et celui des autres, pour vivre sur un fondement de vérité. Mais à la condition de le dire avec amour, sans juger. Et certainement pas pour condamner en se plaçant plus du côté de ceux qui veulent lapider la femme adultère (cf Jean 8v1-11) que du côté de Jésus, ou en se plaçant du côté du « moraliste » par un « va et ne pêche plus », oubliant ce qui précède : « je ne te condamne pas non plus »(v11).

En définitive, notre positionnement face au péché ne devrait donc pas être « moral », mais « dans le même registre que celui de Jésus » : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou pour accuser, condamner, faire tomber, enfoncer. Mais pour relever les personnes,  les faire passer de la mort à la vie. On notera enfin que dans la scène avec la femme adultère, en Jean 8v11, Jésus donne pour consigne, après le refus de condamner, d’avancer, mais « pas de rechuter ». C’est une invitation à « tenir ferme », une fois libéré (cf Hébr.12v4 ; Eph.6v11).

 

 

(D’après « Mener le bon combat » de Gilles Boucomont. Ed. Première partie, 2011, pp 45-59).

 

Notes : 

(1) L’avis de théologiens ou de toute personne aimant passer du temps dans l’étude de la Parole de Dieu, m’intéresse, bien entendu !

Althusius : la politique « autrement »

« Les chrétiens doivent s’engager en politique », dit-on. Au niveau national ou(les municipales 2014 donnent justement l’occasion)local.

L’on peut bien entendu se réjouir d’un tel engagement, mais tout dépend « pour quoi » et, surtout, pour quelle « politique ».

Car l »‘engagement en politique » se heurte à plusieurs écueils :

1)D’abord, le contexte « moderne » dans lequel nous vivons actuellement en Occident, où, comme le rappelle Paul Wells dans « La théorie politique «réformationnelle» et le pacte social », publié dans « La Revue Réformée »*, « une (de ses) caractéristiques est la montée de l’individualisme et son corrélat – la relation entre l’individu et la communauté ».

Une certaine idéologie politique considère, de façon peut-être idéalisée, que la séparation radicale entre l’individu et l’Etat (également jugé comme étant « le problème ») est le moyen de garantir les droits fondamentaux de l’individu. Comme l’explique Paul Wells, cette séparation a également été « un outil pour remodeler la société humaine au moyen de programmes imaginés par des «ingénieurs» sociaux. L’Etat est aussi considéré comme le bienfaiteur omniprésent et omnipotent qui prend en main les intérêts des citoyens ».

Entre les deux positions, que reste-t-il ? Un « intermédiaire », pourtant vital, malheureusement bien malmené : en effet, l’évolution moderne vers le « pouvoir central » ou le « centralisme étatique » comme moteur de gouvernement, a entraîné un affaiblissement de ce que l’on appelle les « corps intermédiaires » entre l’Etat et l’individu, soit toutes les formes de vie associative non gouvernementale [voir le « plan social » qui touche actuellement les associations en France], y compris la famille et l’Église. C’est particulièrement vrai en France, République fortement centralisée.

D’autre part, cet affaiblissement desdits corps intermédiaires favorise l’essor de l’individualisme et du libéralisme, lequel libéralisme « fait de l’individu et de ses droits inaliénables (liberté, propriété…) le centre et l’origine des relations sociales ». Mais qualifié de « main invisible, qui, sans contre-pouvoir ni encadrement extérieur, classe et hiérarchise », il est aussi destructurant par essence : « le libéralisme disloque la société, mais ne la conserve pas ».

2) Mais au-delà d’une menace de « totalitarisme étatique »(certes aliénant), le plus inquiétant(et non des moindres)est peut-être cette désillusion quasi généralisée des citoyens vis-à-vis de la « politique politicienne » ou de caniveau, conséquence des dérives du modèle démocratique des pays libéraux en Occident**. Comment alors prétendre « faire de la politique autrement », surtout si on se met à en faire, de « la politique politicienne » ?

C’est pourquoi, estime Paul Wells, il est peut-être temps de (re)considérer « la contribution importante dans le domaine de la théorie politique-mais souvent oubliée-de la pensée de la Réforme protestante. Celle-ci a cherché à développer une vision de la vie sociale et politique fondée sur les notions d’alliance et de consensus, c’est-à-dire d’accords mutuellement consentis. Cette vision peut favoriser une réflexion, d’une part, sur l’exercice équilibré de l’autorité dans la société, en termes de consensus, et, d’autre part, sur l’importance des institutions médiatrices entre l’Etat et l’individu ».

Dans ce cadre, et alors que nous voterons dimanche prochain(23 mars), pour le premier des élections municipales***, la pensée du protestant allemand Johannes Althusius (1556-1637), très originale, est absolument à découvrir****.

Son ouvrage majeur, « Politica Methodice Digesta« *****, écrit en 1603 et complété en 1610, paru sous sa forme définitive en 1614, contient ce qui peut être considérée comme la plus grande critique du système hiérarchique et centralisé du pouvoir «pyramidal»(dont le Saint Empire romain germanique est le plus bel exemple)à la lumière de la théologie réformée de l’alliance.  Système auquel l’auteur oppose une vision alternative, voire meilleure. Appelé le « père du fédéralisme », il est aussi l’un des premiers théoriciens de la subsidiarité, principe essentiel de l’Union européenne******.
Dans son traité, Althusius présente une théorie de la politique, où « la vie de la cité est avant tout une question de symbiose, la manière de vivre ensemble ou des vies qui s’organisent dans l’harmonie ».  Et la politique selon Althusius « est l’art d’associer (consociandi) les êtres humains dans le but d’établir, de cultiver et de maintenir, entre eux, une vie sociale. Ainsi, nous l’appelons la ‹symbiotique›. Le sujet de la politique est l’acte d’association (consociatio) par lequel ceux qui vivent ensemble s’engagent les uns avec les autres, par un pacte explicite ou implicite, en vue d’un partage (communicatio) mutuel de tout ce qui est utile et nécessaire pour promouvoir l’harmonie dans la vie sociale. Le but de l’action politique est une vie commune (symbiosis) qui est sainte, juste, agréable et heureuse, une vie où il ne manque rien de nécessaire et d’utile à l’être humain.»

Une telle définition, comme le relève Paul Wells, a de quoi nous surprendre quand, pour nous, « la politique » est habituellement porteuse d’un esprit « clivant » avec une idée d’opposition et d’affrontement. Ainsi, par exemple, les chrétiens se souviendront peut-être comment ils ont vécu la dernière présidentielle. Cependant, un tel clivage, face à la complexité de certains enjeux ou débats, empêche le citoyen(chrétien ou non) de se former une réelle opinion. Et ledit citoyen(chrétien ou non) en est alors réduit à être « une brebis qui élit le berger dont le son de la voix est le plus agréable » ou  à  « voter oui ou non, sans avoir lu, par exemple, le projet de Traité constitutionnel européen » de 2005(texte complexe, s’il en est).

A l’inverse, remarque Paul Wells, Althusius « dédramatise » le fait politique, « auquel nous demandons beaucoup en pensant que les hommes politiques vont tenir leurs promesses ». En effet, la politique n’est pas, selon lui, l’exercice du pouvoir, c’est un savoir-vivre-ensemble. Sa vision repose sur une société fondée sur l’alliance existant entre les êtres humains au sein de laquelle la participation, l’engagement personnel et les relations interpersonnelles sont essentiels. Dans cette vision, l’individu prime sur le collectif et non le contraire, mais l’individu existe dans une collectivité, l’alliance étant le fondement de la socialisation ».

La suite ici :

http://www.theonomia.fr/article-22689401.html   ou :

http://larevuereformee.net/articlerr/n244/la-theorie-politique-%C2%ABreformationnelle%C2%BB-et-le-pacte-social

Relire également, en comparaison, le principe du corps de Christ en 1 Corinthiens 12.

Notes :

*In La revue Réformée N° 244 – 2007/5 – OCTOBRE 2007 – TOME LVIII. Carrefour théologique Aix-en-Provence, mars 2007 : Protestantisme et libertés

** Dérive que l’on ne veut peut-être pas voir, du fait d’une « tentation de plus en plus visible » de considérer « la démocratie se prétendre la religion de l’Occident, au risque d’un unanimisme qui tue le débat, la différence, le différend, comme le souligne le philosophe et professeur d’éthique Olivier Abel. [cité par Sébastien Fath dans une note de blogue datée du 21/03/14]Celui-ci « appelle à développer la réflexion pluridisciplinaire sur le politique, la différence, le « vivre-ensemble », l’espace public. Quitte à démythologiser les grands discours, soit-disant laïques, sur une démocratie ou une République aux attributs quasi divins ».

*** Municipales dont il est important de connaître les enjeux. Quels médias sauront nous donner « à comprendre », plutôt que de nous abreuver de « politique politicienne » ? Voir, par exemple : http://elections-municipales2014.fr/2014/01/04/les-dix-dossiers-strategiques-qui-attendent-les-maires-en-2014/ ; http://elections-municipales2014.fr/bon-a-savoir/enjeux-municipales-2014/ ; http://www.youphil.com/fr/article/07314-comparateur-inegalites-ville?ypcli=ano ; http://www.m2014.fr/74/comment-devrait-etre-un-bon-maire-en-2014.htm

****A noter que l’on fait notamment l’éloge d’Althusius sur les sites ou forums libéraux. Or, rien n’est plus éloigné du libéralisme (comme du centralisme étatique) que la pensée d’Althusius.

***** En anglais. Sinon, voir ici.

****** Notamment rappelé dans ce billet récent de Patrice de Plunkett : « les évêques européens et les élections[européennes] de juin ».

« Les licornes existent : j’en ai rencontré (au moins)une ! »

Mythique. Rare, donc précieux….et donc à conserver !

Dernièrement, nous réfléchissions sur la notion d’ « adhérence » ou d’engagement, de fidélité, soit le fait de « coller à ».
« Coller à », ou « aimer comme une colle », est aussi le commandement adressé à l’homme pour sa femme, dans le cadre du couple marié. Et la caractéristique d’un homme mâture, d’un « homme, un vrai », comme le rappelle Florent Varak, citant Ephésiens 5v31 et Gen. 2v24  :
« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. » Le terme grec traduit par « s’attacher » veut littéralement dire « coller », avec une portée sexuelle explicite. La caractéristique d’une bonne colle, c’est d’unir sans qu’il soit possible de séparer. Une image idéale du mariage ! Une deuxième caractéristique d’une bonne colle, c’est d’unir deux objets sans qu’il soit possible d’y intercaler quoi que ce soit d’autre. En bref, la Bible parle de pureté au sein du mariage (Héb 13.4). Cette image à deux aspects. L’un positif : il faut déborder d’imagination pour apprendre à créer une union mutuellement satisfaisante. L’autre négatif : il interdit à toute autre présence de s’installer entre les époux, ce qui trahirait l’alliance du mariage ».

 
Quel est le rapport avec les licornes du titre, me demanderez-vous alors ?
Tout d’abord, que croire à la réalité et au respect d’une telle union voulue de Dieu et posée par Dieu « dès le commencement » (l’union entre un homme et une femme dans le cadre du mariage. Une « alliance » et non « un contrat ») peut paraître aujourd’hui « mythique » ou « chimérique », à l’instar, par exemple, de la croyance aux licornes…Croire au mariage biblique de nos jours, c’est croire aux licornes.

C’est le parallèle audacieux, plein d’humour et de poésie (et de pertinence) qu’ose faire le blogueur « Ecbatane » dans un billet datant du 29 mai 2013, intitulé : « Du mythe de l’indissolubilité du mariage et de l’existence des licornes! »
Un billet à lire attentivement et pas en diagonale, qui nous invite à croire et à espérer. D’ « Oser l’amour » pour que « le monde (recommence) à croire en l’amour », au point d’en avoir soif et de « (vouloir) essayer lui aussi! »
Parce que « ce n’est pas parce que l’idéal est minoritaire qu’il ne peut pas être le modèle auquel tout le monde doit aspirer ».
Parce que(comme nous le disions ailleurs, la meilleure réponse à la banalisation du divorce et à ce que l’on présente comme un « progrès humain », reste la défense et le respect du mariage tel qu’il a été conçu « dès le commencement »(voir ce que le Seigneur Jésus en dit dans Matt.19v4-6).

La meilleure réponse, comme le souligne Ecbatane, c’est non seulement d’y « croire »(au mariage biblique). Mais de « le prouver » et d’« affirmer » ce qui peut pourtant paraître comme une évidence.

Parce que le mariage n’est pas un jeu. Mais un enjeu pour aujourd’hui.

Je vous livre une partie de son article et vous invite à en découvrir l’intégralité sur son propre blogue :

(…)« Déjà la définition du couple du XXIème siècle s’éloigne vraiment du mariage chrétien tel que défini par Jésus lui-même : « Au commencement, le créateur les fit homme et femme et il leur dit : « voilà pourquoi l’homme quittera son père et sa mère; il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un. A cause de cela, ils ne sont plus deux, mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Matthieu 19 4-6). Le couple moderne ne croit pas en l’indissolubilité, il fonde toute sa base sur le sentiment amoureux (purement hollywoodien) et ses fluctuations. Il ne croit pas en la fidélité, mais en l’instinct et en la passion. Il ne croit pas en la liberté de choix. Des contraintes financières, émotionnelles, sexuelles (etc…) peuvent entrer en jeu. Enfin il ne croit pas en la fécondité, vu qu’il limite volontairement le nombre d’enfants au minimum (mais il y a des exceptions). Le couple moderne ne repose donc sur aucun des 4 piliers du mariage chrétien : indissolubilité, fidélité, liberté, fécondité. Et cette vision moderne du couple prédomine complètement la société. Elle est devenue la norme. En fait, on ne peut pas vraiment parler de norme vu que cette modernité du couple a une infinité de combinaisons possibles (et éphémères), mais c’est justement cette infinité de possibilités qui devient norme par rapport à la vision que l’Eglise nous donne du foyer conjugal.
Le modèle qu’on ose présenter comme « traditionnel » est un leurre. Un seul papa, une seule maman, et des enfants. Vraiment ? Très sincèrement, je ne pense pas que ça soit si répandu que ça. L’adultère a existé de tout temps, la polygamie et les répudiations sans raisons valables étaient largement ancrées dans la mentalité de l’ancien testament. Veuvage, remariage, violences dans le couple jusqu’au meurtre, inceste et j’en passe et des meilleures.
Pourtant, il y a ceux qui osent essayer le modèle d’amour présenté par l’Eglise [un modèle qui paraît « minoritaire » et « chimérique » comme les licornes, donc]
(……)
Alors quand on voit l’état des familles de nos jours (en France et dans le monde), on peut comprendre que le peuple soit choqué qu’une minorité se lève pour affirmer que les licornes existent. Il y a un énorme fossé entre ceux qui n’ont jamais vu de licorne et ceux qui en élèvent. Mais le tout n’est pas d’affirmer que les licornes existent, il faut le prouver! »

La suite ici :
http://encheminversecbatane.wordpress.com/2013/05/29/du-mythe-de-lindissolubilite-du-mariage-et-de-lexistence-des-licornes/

Et toi ? Crois-tu aussi « aux licornes » ?  😉

Notre regard sur le mariage : «contrat» ou «alliance» ?

"Le mariage, un contrat ? Plutôt une alliance.Anneaux de mariage par Petr Kratochvil

« Le mariage, un contrat ? Plutôt une alliance.
Anneaux de mariage par Petr Kratochvil

Créé en 1941 dans la résistance par le père jésuite Pierre Chaillet, « Témoignage Chrétien » (se veut)un magazine d’inspiration chrétienne ouvert à toutes celles et ceux qui, croyants ou non, comptent – entre autres – sur les forces de l’esprit pour résister à une société de pure consommation. http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Qui-sommes-nous-?/70-ans-de-resistance/Default-14-3204.xhtml

Familier de cette publication-que je lis depuis 2007-j’apprécie sa façon de rappeler que Dieu est « le Dieu de la veuve, de l’orphelin, du pauvre et de l’étranger », ainsi que ses prises de position concernant la bioéthique.

Pourtant, à la lecture de leur tribune publiée sur leur site et intitulée : « Mariage pour tous, un progrès humain », « Déclaration de Témoignage chrétien à propos de la Loi sur le mariage pour tous et à l’occasion des manifestations du 16 décembre 2012 et du 13 janvier 2013 » (http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Divers/Mariage-pour-tous-un-progres-humain/Default-56-4260.xhtml?vosreactions=pos#derniere_reaction ), quelque chose ne colle pas et ne me paraît pas tourner rond.
Habituellement capable d’analyse et de recul nécessaire dans son traitement de l’actualité et sur d’autres sujets, TC paraît ici singulièrement sur la défensive sur le sujet du « mariage pour tous ».

En porte à faux avec l’église catholique, d’autres médias chrétiens catholiques (La Croix…) ou de personnalités proches des milieux « chrétiens de gauche » (Ex : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/09/chretien-et-progressiste-j-irai-manifester-contre-le-mariage-pour-tous_1814532_3232.html ; http://plunkett.hautetfort.com/archive/2013/01/14/ce-qui-va-naitre-du-13-janvier-2013.html#more ; http://chretiensdegauche.com/2012/11/20/834-electeurs-de-gauche-invitent-le-gouvernement-a-ouvrir-un-dialogue-approfondi-sur-le-mariage-pour-tous/#more-571 , http://www.chretiensdegauche.eu/ ….), le journal témoigne par ailleurs, dans sa défense du projet de loi du gouvernement, d’une certaine faiblesse dans l’argumentation, ainsi que d’une vision unilatérale et partisane. Etonnant pour une publication qui revendique pourtant « une voix critique mais constructive, engagée mais sans dogmatisme… » (http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Qui-sommes-nous-?/Notre-offre-dactualite/Default-14-3200.xhtml ).
A l’inverse, un « Réforme » a su offrir à ses lecteurs une pluralité de points de vue sur le « mariage pour tous » (http://www.reforme.net/une/societe/contre-mariage-protestants-mobilisent ).

Pour ma part, j’estime que la meilleure réponse à ce que l’on présente comme un « progrès humain » reste la défense et le respect du mariage (contre la banalisation du divorce), tel qu’il a été conçu « dès le commencement ». Et c’est bien notre regard sur le mariage(comme sur la vie)qui change tout.
De fait, parce que TC déclare ne pas croire « que le mariage pour tous dissoudra la société », et parce qu’il se persuade que « le divorce n’a pas fait disparaître le mariage », considérant « le projet de loi actuel » comme « une avancée réelle », je me suis décidé à répondre ce qui suit sur le site même du magazine. Voici quelques extraits :

Cher TC (…) à l’instar de nombreux lecteurs, je vous témoigne ici mon étonnement et mon désaccord face à votre « Déclaration ». D’abord, face à une absence totale de débat sérieux sur ce sujet au sein de TC, d’autant plus que ledit sujet ne fait pas l’unanimité parmi les personnes notamment dites de gauche (chrétiennes ou non). On se serait attendu à lire régulièrement dans vos colonnes les prises de position de personnalités opposées au projet de loi sur « le mariage pour tous », et que l’on ne saurait taxer « d’homophobes » (qualificatif disqualifiant, par ailleurs bien commode pour imposer le silence).
Malheureusement, je constate avec tristesse et incompréhension, une absence flagrante de tribunes « contradictoires » sur TC. J’espère que cet « oubli » sera bientôt réparé dans la prochaine nouvelle mouture du journal. Étonnement, enfin, face aux arguments de votre manifeste et particulièrement votre conception du mariage qui me paraît contradictoire avec vos combats habituels.

Ainsi, vous considérez le mariage comme « un contrat (…)qui peut légalement se rompre, ou se renouveler ». Une déclaration qui m’a surpris pour son argumentaire paradoxalement très libéral, car en porte à faux avec ce que je crois avoir compris de l’esprit et du fondement de votre journal. Or, c’est de la conception du mariage que découle tout le reste. En comparaison, il est intéressant de relever que dans le numéro 86 de février 2012 de « La Décroissance », Raoul Anvélaut écrivait notamment ce qui suit, dans un article consacré au Pacs : « Qu’est-ce que le mariage ? C’est un engagement devant des communautés (familiale, nationale, universelle) dont doit découler, par exemple, le soutien à son ou sa conjoint-e, et ce, quoi qu’il lui arrive. C’est un acte purement symbolique, qui ne pourra jamais rentrer dans une logique comptable. (….)le Pacs est parfaitement en phase avec son époque. Toute la dimension d’engagement du mariage est vidée au profit d’un simple « contrat », parfait produit de la logique marchande. L’autre n’est alors plus qu’une marchandise, comme une machine à laver le linge ou une automobile. Quand il ne fonctionne plus, ou simplement qu’il ne me plaît plus, je peux rompre le contrat et le changer contre un nouveau produit…. » Un écho à Erri De Luca, qui, dans sa relecture des « Dix Paroles », relève que « Si la personne humaine est rabaissée au niveau d’une marchandise, d’un butin, celui qui la réduit à ça est un voleur ». (Et il dit, p. 79-80) Et c’est en toute logique que Raoul Anvélaut conclue en jugeant que l’ « on ne peut s’effrayer devant la destruction de la nature et rester simultanément aveugle aux conséquences sociales du même système qui les engendre… »

De même, pour paraphraser ce dernier, je dirai que l’on ne peut s’effrayer(ou s’indigner), du « désordre anthropologique(effectivement réel) d’une société dont les formes de consommation, de production et de partage sont si peu respectueuses de la personne humaine et de sa dignité » et rester simultanément aveugle aux conséquences sociales (également bien réelles) d’un mariage vidé de son sens(en jugeant à tort cette inquiétude « abstraite »-et ce n’est pas une simple question de mot ou de vocabulaire)

A l’inverse des positions de votre tribune relatives au mariage, quelles sont celles du Seigneur Jésus-Christ (dont votre journal porte fièrement le nom) ? Celui-ci nous invite à revenir « au commencement »(cf Matt.19). Et « au commencement », déclare Jésus, « le créateur fit l’homme et la femme »(v4) Adam une fois créé, Dieu constata « qu’il n’était pas bon que l’homme soit seul »(Gen.2v18)….Adam donna des noms aux animaux, mais sans trouver de « vis à vis »(Gen.2v20). Aussi Dieu décida-t-il de lui former une aide, un « vis-à-vis », à partir d’une de ses côtes. Après que l’homme eut reconnu sa femme comme « étant os de ses os et chair de sa chair », Dieu déclara : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair » (Gen. 2v24)

Le mariage, « un contrat » ? Plutôt une alliance. Une création de Dieu qui unit un homme et une femme ayant décidé un plan de vie commun. Je vous remercie par avance, dans votre belle et noble ambition de « témoigner chrétien » et donc de « témoigner Christ », de donner plus de place et tout son sens au mariage, tel qu’il a été conçu « au commencement ». Ce ne sera que pure cohérence avec votre combat, et de nature à lui donner encore plus de poids.

Affaire à suivre…