Foireux liens de juillet (28) : consommations, mensonges et dépendances

Les « Foireux liens » de juillet : une édition « chaude »…..pour réveiller, non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien…

De nouveaux « foireux liens » pour l’été, avec une nouvelle sélection de ce qui nous a paru marquant depuis ces deux derniers mois. Cette édition de juillet, particulièrement « osée »,  vous propose des « sujets chauds »…..pour réveiller, non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien, et nous encourager à rester vigilants, en cette période de défis et de tentations !

Nous vous souhaitons de bonnes lectures édifiantes ! 

 

1) Sexe sur grand écran : Les scènes de nudité sont plus réelles que vous ne le pensez.

« Qu’est-ce que ça vous ferait(…), maris, d’être d’accord que votre épouse dévoile ses seins et son corps devant une caméra? Qu’est-ce que ça vous ferait d’autoriser un autre homme à la déshabiller, l’embrasser, tomber avec elle sur un lit et simuler une relation sexuelle avec elle? Qu’est-ce que ça vous ferait d’être d’accord qu’une équipe de tournage filme la scène, image après image, angle après angle, jusqu’à ce que chaque détail soit parfaitement convaincant? Qu’est-ce que ça vous ferait d’approuver que la population entière regarde cette vidéo en tant que divertissement ? »

Voir aussi : Pourquoi la consommation de pornographie est-elle considérée comme un péché ? Est-ce que le porno est une forme de prostitution (puisque les femmes sont payées pour poser nue/faire des actes sexuels) ?

2) Enfant, smartphone et porno : l’alarme des médecins

Le 15 juin, des professionnels de santé parmi lesquels le Pr Nisand (président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français) ont interpellé les pouvoirs publics sur un sujet tabou, l’exposition massive à la porno pour les enfants et les adolescents.
« Pourquoi ce sujet était-il tabou », s’interroge le journaliste-blogueur Patrice de Plunkett ? « Parce qu’il met directement en cause l’industrie des smartphones : business privé dont l’emprise sur les circuits nerveux de la société intimide les pouvoirs publics, qui s’en rendent de plus en plus complices ». « Les films pornographiques, gratuits et accessibles en un clic, sont visionnés principalement par l’intermédiaire des smartphones qui échappent au regard des parents », constate le Pr Nisand : par le smartphone, « la rencontre avec les images pornographiques peut se produire dès le plus jeune âge, dans la cour de récréation du primaire et parfois de façon non souhaitée…. »

3) L’OMS reconnaît l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie

La pathologie est définie comme une « priorité accrue » et prolongée au jeu ayant des conséquences sur les « activités personnelles, familiales, sociales, professionnelles »…..

4) Un test simple pour les pasteurs pour savoir ce que les gens pensent que l’on pense
Où il est question d’un principe qui peut servir de test pour savoir quel est l’écart entre nos convictions théologiques et ce que les gens perçoivent de ces convictions. Ainsi, si personne ne confesse ses luttes avec la pornographie, nous communiquons implicitement que pour ce péché, ils doivent se débrouiller seuls. Si certains péchés semblent être absents de votre communauté, il y a seulement deux possibilités: soit ils n’existent pas, soit (et c’est plus probable) on n’ose pas en parler, par crainte d’être jugé…..

5) L’église locale indispensable à ma croissance

« J’arrive très bien à vivre ma foi tout seul » : bien des chrétiens ont pris le parti de ne pas fréquenter d’église locale. Ils se nourrissent spirituellement par un culte personnel quotidien ou des cultes de famille (c’est très bien), en écoutant des prédications sur internet (on ne peut que l’encourager si le prédicateur tient la route) ou en se connectant régulièrement sur [un site web d’édification chrétienne]. Mais est-ce suffisant ? Peut-on, sous prétexte qu’aucune église n’est parfaite, que les chrétiens nous déçoivent ou que les anciens sont faillibles, devenir un chrétien « non-églisé »? La Bible répond « non ».

6) Que veut vraiment dire « éduquer aux médias » ?
L’éducation aux médias est en vogue dans les discours politiques français. Mais que recouvre au juste cette notion, et quelles formes prend-elle ?

7) Pourquoi quitter Facebook ne sert à rien

La chercheuse danah boyd nous partage ses six croyances (idées) sur le sujet, qu’elle étaye dans ce billet qui n’est pas récent, puisqu’écrit le 23/05/10 [dispo en version française sur OWNI], à la lumière des discussions récentes [et toujours actuelles] sur l’opportunité d’un départ de Facebook, notamment suite au scandale mêlant le réseau (a)social et Cambridge analytica, qui a éclaté ce printemps.

Ainsi, par exemple :

Je ne crois pas qu’une alternative va émerger dans les 2 à 5 prochaines années et remplacera Facebook de quelque manière que ce soit.

Je crois que Facebook va être régulé, et j’aimerais qu’il y ait une discussion ouverte sur ce que cela signifie et quelle forme cela pourrait prendre.

Je crois qu’une minorité importante des utilisateurs court des risques à cause des décisions prises par Facebook et je pense que nous devons à ceux qui sont dans cette situation de travailler sur cette question.

Je crois que Facebook a besoin dès que possible d’engager un dialogue public avec ses utilisateurs et ceux qui sont concernés (…….) je pense que Facebook joue un rôle central dans la vie de beaucoup et je pense qu’il n’est pas sensé de dire qu’ils devraient “juste partir” si ils ne sont pas contents. C’est comme dire aux gens qu’ils devraient juste quitter leur appartement si ils ne sont pas satisfaits de leur proprio, quitter leur femme parce qu’ils ne sont mécontents d’une décision ou quitter leur boulot si ils sont mécontents de leur boss. La vie est plus compliquée qu’une série de choix simplifiés et on fait en permanence des décisions calculées, en comparant coûts et bénéfices. On garde nos boulots, appartements et époux(se) même si c’est le bazar parce qu’on espère rectifier le problème. Et ceux qui ont le plus à gagner de Facebook sont ceux qui sont le moins susceptible d’en partir, même s’ils sont ceux qui ont le plus à y perdre (…) Changer de réseau social est coûteux, comme quitter son logement ou son travail, ou partir en général. Plus la relation est profonde, plus il est difficile de s’en aller. Et la relation que Facebook a construit avec beaucoup de ses utilisateurs est très très très profonde.

 8) Parcours sup 

Cet étudiant en informatique de 22 ans a étudié le code source de Parcoursup pour savoir ce qui se cache derrière cette nouvelle plateforme d’inscription dans le supérieur. Voici ce qu’il a trouvé…

Voir aussi https://www.bastamag.net/Parcoursup-un-algorithme-kafkaien-qui-renforce-les-inegalites-sociales

9) Un monde de feed-back permanent ?

« Nous vivons dans une époque de feed-back généralisé », constate Zeboute, sur son blogue. « Tous nos actes demandent un feed-back. En entreprise, par le feed-back de ses collègues. Dans nos usages numériques. Les coachs virtuels des applications numériques : la course, le sommeil. Tout est matière à se mesurer. Et rétroactivement, nous conduire selon ces paramètres ». Alors voici son propre feed-back : « L’invention de la rétroaction ».

10) L’heure vient, de remettre en question « la propriété privée libérale »

« L’heure vient de mettre en cause la « propriété » libérale… » (titre de façon provocatrice Patrice de Plunkett sur son blogue – pour briser un tabou ?)…. « et de faire naître la culture qui  permettra ce changement : repenser la propriété des biens universels pour explorer la question des communs ».

« Croix de bois, croix de chemin de fer ». Paru dans CQFD n°166 (juin 2018), rubrique Chien méchant, par Soulcié

11) La réforme de la SNCF a été définitivement adopté par le Parlement en juin. Au fil des jours de grève, les syndicats de cheminots auraient bel et bien obtenu quelques garanties, notamment sur l’avenir de l’entreprise, comme quoi il n’y aurait pas de privatisation de la SNCF.

 

12) Les sans papiers privés d’AME

Asile : le Sénat adopte la restriction de l’aide médicale d’État. En adoptant, à une courte majorité, un article introduit par la droite, le Sénat est revenu sur le dispositif qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins. Il le remplace par une « aide médicale d’urgence », concentrée sur les maladies graves.(21/06/18)

Commentaire sur twitter(23/06/18) de Maître Eolas, juriste blogueur : « Mais bande de cretins, l’AME n’est pas un cadeau fait aux sans papiers, c’est une mesure de santé publique. Vous préférez sérieusement crever de la tuberculose plutôt que de permettre à un sans papier de se soigner avant de vous contaminer ? » Et cet autre sur le même réseau (a)social : « L’#AME permet à un hôpital, qui soigne tout patient quelle que soit sa situation administrative, d’être remboursé pour le coût des soins. Supprimer l’#AME, c’est creuser le déficit des hôpitaux. En plus d’être honteux, c’est crétin » (P.Y. Geoffard, économiste).

13) Aide aux migrants : le Conseil constitutionnel censure partiellement « le délit de solidarité » et consacre « le principe de fraternité ».

Au moment où les pays de l’Union européenne se déchirent sur les questions migratoires, face à la montée des droites dures sur le continent, cette décision constitue indéniablement une victoire importante pour les associations et les personnes qui avaient saisi le Conseil d’une question prioritaire de constitutionnalité. A l’origine de cette requête, notamment, l’agriculteur Cédric Herrou, devenu le symbole de la défense des migrants de la vallée de la Roya, l’un des principaux points de passage des migrants arrivés en Europe par l’Italie.

14) Réduction des contrats aidés : un « séisme » social pour les quartiers populaires et le monde associatif

La réduction drastique des contrats aidés – dont le nombre sera plus que divisé par deux d’ici fin 2018 – va priver le sport, la culture, l’accompagnement des personnes âgées ou le soutien scolaire, de plus d’un milliard d’euros de ressources. Une catastrophe selon de nombreux responsables associatifs, auxquels Bastamag a donné la parole. Rejoints par les constats de plusieurs parlementaires, ils s’inquiètent de l’effondrement prévisible de pans entiers du secteur. Partout, et d’abord sur les territoires et auprès des populations qui en ont le plus besoin, des activités vont être réduites, des services vont se dégrader. Enquête sur un gâchis à échelle industrielle.

15) Effondrement (bis) : Quand Edouard Philippe et Nicolas Hulot en parlent ensemble…

« Cette question me taraude beaucoup plus que certains ne peuvent l’imaginer », a assuré le Premier ministre Edouard Philippe, mardi 3 juillet, lors d’un Facebook Live organisé avec Nicolas Hulot, ministre d’Etat de la Transition écologique et solidaire. Le sujet ? L’effondrement, ce discours de plus en plus audible annonçant l’effondrement économique et écologique de notre civilisation. « Mais l’interprétation que fait le Premier ministre d’ « Effondrement », le livre du géographe et biologiste américain Jared Diamond, qu’il cite régulièrement comme référence pour expliquer que le géographe et biologiste américain (l’aurait) « converti » aux questions environnementales, est toute personnelle », constate Usbek & Rica, magazine trimestriel qui « explore le futur ». Cependant, « l’ironie de la situation est assez cruelle quand on constate les nombreux reculs du gouvernement sur les sujets environnementaux au cours des derniers mois : loi agriculture et alimentation vidée de sa substance par le Sénat, recul sur l’interdiction du glyphosate, autorisation d’une raffinerie basée sur l’huile de palme, entre autres échecs bien éloignés du slogan d’affichage Make the planet great again ».

Un article repéré grâce à « Déconstruction de l’homme », un blog inspiré par la pensée de Jacques Ellul et partenaire de Pep’s café, que vous pouvez explorer ici.

16) Donald Trump et les migrants : les raisons du jusqu’au-boutisme

Une vidéo a été partagée des centaines de milliers de fois et on y entend des cris d’enfants qui sont enfermés dans une cage. Qui aurait pu imaginer que cela se passerait aux États-Unis, au XXIe siècle, et qu’il s’agissait là du résultat d’une politique officielle, voulue par le gouvernement et totalement assumée ? La colère a alors bien souvent pris le pas sur la surprise et l’effroi, poussant finalement le Président à reculer….

17) Corée du Nord/USA : l’accord Kim-Trump

Stupeur des « Occidentaux » devant le spectacle de Singapour.  Annoncée et accompagnée par un fracas planétaire, la rencontre Trump-Kim n’aboutit à rien de compréhensible pour nos médias. Rivés qu’ils sont à l’homme de Washington, ils sont éberlués qu’il ne retire rien de ce face-à-face…

18) « Le pari Bénédictin », une série à découvrir et à suivre

A découvrir, sur Phileo-sophia, le blogue d’Etienne Omnès, toute une série d’articles consacrée au « pari bénédictin » (éd La Nef), le livre de Rod Dreher. « Le but du livre est de donner à l’église une stratégie pour survivre à cette époque post-moderne », laquelle n’est pas la « fuite dans le désert ». De l’aveu de l’auteur, comme nous l’explique Etienne Omnès, ce choix de cette « étiquette nouvelle et catchy Benedict option sert à désigner en fait une très vieille démarche : celle de vivre selon Soli Deo Gloria. Ou, selon les termes de Dreher « que l’Eglise soit l’Eglise ».

19) Quelques questions et autant de réponses tirées du site « 1001 questions », animé par des répondants « attestants », un courant confessant protestant. Et vous ? Comment auriez-vous répondu ?

Que faire d’un verset comme Lév 19:19 qui interdit le port de chaussettes en coton et polyamide ?

Pourquoi certains disent que c’est un péché d’aller au théâtre ou au cinéma ?

Se remarier après un divorce est-il accepté par la foi chrétienne ?

 

20) Et le dernier pour la route : A ta santé, Timothée !

En plein milieu d’un développement sur la rémunération, la discipline et la sélection des responsables d’Églises (1 Tm 5.17-25), Paul invite son disciple Timothée à « prendre un peu de vin » pour sa santé… Une exhortation surprenante que l’on pourrait supprimer sans perdre le fil de la pensée. Elle n’est pourtant pas là par hasard puisqu’elle est attestée, à cet endroit, par tous les manuscrits du Nouveau Testament… Quelques réflexions particulièrement bienvenues sur cet étonnant conseil, à l’heure où certains font un dogme de leur opinion sur le sujet …

 

Prochains « Foireux liens » courant septembre.

Le Grand Prix des Malfaiteurs de l’Humanité

Qui va recevoir le Grand Prix des Malfaiteurs de l’Humanité ? (Scène du film « 007 Spectre » de Sam Mendes, 2015)

– Je produis des avions qui détruisent des avions, des machines qui construisent en quelques jours et démolissent en trois poignées de secondes….

– Foutaises ! Moi, je répands les épidémies aux quatre coins du monde, je fabrique les maladies et les médicaments qui vont avec…

– Je fais beaucoup mieux : des médicaments qui rendent les gens malades !

– Je suis le numéro un de l’intoxication universelle, je répands mes poisons dans l’eau, dans l’air et dans les aliments, on me paie pour cela, à la caisse des supermarchés et des stations services, des compagnies de l’eau, des hôpitaux, de la Sécurité Sociale.

– Moi, je fais mieux encore, je mets partout des sens uniques et des giratoires, cela fait des accidents à chaque coin de rue, des vies à réparer et de la croissance du PIB.

– La croissance, c’est ma spécialité : tout ce qui était gratuit, je le rends payant et plus c’est cher, plus ça attire les convoitises, plus c’est nouveau, plus les gens se précipitent et plus ça fait de crédit, de soumissions à des emplois inutiles et nuisibles.

…….

Ainsi se succédaient les prises de parole, chacun rivalisant d’arguments sur les ravages de ses prouesses. Un sentiment de lassitude semblait gagner les membres du jury : qui allait triompher au Grand Prix des Malfaiteurs de l’Humanité ?

Aucun des prétendants n’emportait la conviction, jusqu’à ce que se présente un nouveau rival :

– Ce que chacun propose isolément, je le réunis dans un produit unique. Toutes les nuisances que l’on peut entrevoir dans ses rêves les plus pessimistes, je les concentre dans une technologie : l’extase pour les mirages, le flicage volontaire, la servitude acclamée…tout ce qui brûle, qui rend aveugle au monde et à soi-même, ce qui rend sourd aux chants d’oiseau, aux cris des torturés, tout ce qui fait écran entre soi et les autres, ce qui devenir la Terre inhabitable de jour en jour….

 

Et le vainqueur fut……………………

 

 

………le Smartphone !

 

[« Parabole » d’un lecteur, paru dans le courrier des lecteurs de la revue « Silence », février 2015, N°431, p42]

 

 

Ceux qui ne veulent pas et ceux qui ne veulent plus de facebook

Facebook est-il « notre ami » ? (Une du journal « Le 1 » du 04/10/2016)

Et ceux qui ne savent pas s’ils ne veulent plus de facebook….

 

Stéphane, blogueur et pasteur, rendait publique il y a plus d’un an « sa décision de fermer son compte facebook ». Pour une raison simple et parfaitement valable : du fait de « l’arrivée massive des vidéos sur Facebook », et parce que Facebook « est devenu le premier rival de (son) temps de lecture le soir ».

Malheureusement, la décision n’a pas fait long feu, comme nous l’apprend son témoignage plus récent sur « Le bon combat », puisque le compte a été rouvert (ou « pas vraiment fermé », c’est selon) au bout de deux mois après cette déclaration !

Ce geste simple, d’autres l’ont fait bien avant lui, de façon plus radicale et pour d’autres raisons, peut-être plus fondamentales encore (1).

Pour ma part, je ne suis pas sur Facebook et ne veux pas y être. Je dirai même plus : en écoutant certains s’exprimer sur le web et en lisant d’autres réflexions, je ne veux toujours pas y être.
Sinon, fermer son compte Facebook, c’est très bien. Et encore, à condition que cela soit radical et pas à moitié….Mais qu’en est-il des autres : twitter, instagram…?
Autant de « plateformes et outils » susceptibles de remplacer Facebook pour occuper le temps (resté) libre (plus pour l’instant)». Ainsi, qui a vu la fameuse vidéo virale ? Pas ceux qui ne sont, ni sur Facebook, ni sur twitter …!

Et pour du temps passé sur Facebook et autres réseaux dits « sociaux », combien de temps non passé, par exemple, à visiter les vrais gens dans la vie réelle (et pas seulement ceux de notre « cercle d’amis ») et à passer du temps de qualité, authentique et profond avec eux ? N’y a-t-il pas de contradiction avec le ministère du pasteur (« berger »), censé être « souterrain » ? J’estime que si Richard Baxter (1615-1691), auteur du « pasteur réformé », avait eu Facebook, il n’aurait pas pu exercer le remarquable ministère de visites qu’il a exercé en son temps.

D’autre part, nous resterons à la surface du problème, tant que nous resterons sur des postures du genre « …le problème ne vient pas de Facebook. Je pense que Facebook c’est comme toutes les technologies : Pas forcément mauvaises mais notre comportement et usage doit constamment être examiné » ou « Facebook est une(simple ?) interface d’interaction entre personnes qui se connaissent et s’apprécient ».
Justement : est-ce le cas ? Dans quel esprit Facebook a-t-il été conçu ?
Et au-delà de toutes les « bonnes raisons » de couper avec Facebook, ne s’agirait-il pas de lutter contre cette nouvelle « théoulogie »(2) qui promet (de façon illusoire)…. un monde sans vie privée, et lui substituer une meilleure théologie, pour l’instant totalement absente ou indigente sur ce sujet ?

Car là est le nœud ou l’essence (pas super) du problème : comme le souligne à juste titre l’internaute « Francine » sur « Le Bon Combat », « Facebook et ses concurrents utilisent la vanité de l’Adam déchu pour empiler du big data en gigantesques tours de Babel numériques, d’où ils surveillent et dominent la terre des vivants : déjà un milliard d’âmes documentées sur FB ! » Ce que « Le Tigre », « curieux, magazine curieux » qualifiait déjà, en 2011 de «  hold-up le plus stupéfiant de l’histoire de l’humanité ».

Comment se nourrit notre égo au quotidien. Dessin de John Holcroft

Mais voici la solution proposée par « Francine » sur « Le Bon combat », « pour contenir la foire aux vanités évangélique dans des bacs à sable de dimensions raisonnables, tout en faisant un pied de nez à « Big Brother ». Cette solution, c’est l’anonymat obligatoire. Sous la boîte à commentaires, l’on pourrait remplacer la ligne habituelle : Merci d’utiliser vos vrais noms et prénoms pour commenter par : Merci de garder privée votre identité en choisissant un pseudo ; nous n’acceptons pas de mélange entre le réel et le virtuel sur ce site.

Non seulement notre désir de gloriole se verra rogner les ailes par cette mesure, mais encore les discussions et les échanges y gagneront en profondeur, puisque les commentaires seront davantage jugés sur leur contenu que sur leur conteneur. Pour ne pas parler de ce que Baxter aurait fait des réseaux sociaux, voici, sans doute, ce qu’aurait fait Calvin s’il avait vécu de nos jours, comme en témoigne une petite liste non exhaustive des pseudos(3) qu’il a utilisés dans sa courte vie : Charles d’Espeville, Alcuinus, Faber Stapulensis, Martianus Lucanius, Deperçan, Joseph Calphurnius, J. de Bonneville, Eusebius, Pamphilus (Diatribe de Pseudonymia Calvini, » Amst. 1723. Sans compter bon nombre de documents anonymes mais que l’on pense être de sa main.). 

Bien sûr, l’on dira que « c’était pour fuir la persécution ! » Sauf que l’opposition du monde au règne de Dieu a pris aujourd’hui d’autres formes, mais l’orgueil reste le plus cruel des persécuteurs de l’âme. Le Calvin réel était introverti, timide, méditatif ; il examinait les écrits des pères de l’Église et de ses contemporains pour ce qu’ils disaient, et non pour faire savoir sur Facebook qu’il les avaient lus ; quand il les commentait en français et non en latin, c’était avec des mots rudes mais compréhensibles et dépourvus de prétention. Bref l’esprit du Calvin réel, c’est juste l’inverse de l’esprit du Calvin virtuel, dans le style : « Bavinkadit, Vantiladit, Dooyeweerdadit, Calvinadit, et Tolkienaussi ; et moi je les lis tous au petit déjeuner, c’est trop super ! »

 

Pour aller plus loin, voir les bonnes raisons du « Tigre magazine » de préconiser le « pseudonymat », qui n’est pas un anonymat !

Voir aussi « Radicalement ordinaire », un livre [reçu récemment et pas encore lu] d’un auteur…volontairement anonyme paru aux éditions BLF en avril 2017.

 

 

 

Notes : 

(1) Parmi toutes ces bonnes (ou meilleures) raisons, citons, parmi les réflexions/témoignages glanés ici et là :

En novembre 2016, sur « The conversation » : « si t’es pas sur Facebook, t’es un extra-terrestre ! » (Facebook permet une exposition médiatique immédiate. Cela comporte de nombreux dangers. Être sur Facebook serait pour finir, synonyme de ritualisation des gestes, assimilable à un acte religieux – du latin « religare », signifiant relier. Quand certains commencent leur journée par une prière, d’autres la commencent en vérifiant le statut Facebook de leurs amis…Essayez donc un dîner en tête à tête sans Facebook !)

En novembre 2015, sur « Les Cahiers libres » : pour que les relations deviennent authentiques, sans écrans.

En 2013, sur Libé : comment et pourquoi « critiquer(vraiment)Facebook » (Car « ce qui nous pousse vers Facebook est aussi ce qui nous fait[devrait ?] nous en méfier »).

Le 29 avril 2010, sur Owni :  http://owni.sabineblanc.net/pourquoi-je-n%25e2%2580%2599utiliserai-plus-facebook.pdf (Hugo Roy avait écrit ce billet après avoir pris connaissance des changements annoncés lors du F8 et largement relayés par la presse à l’époque : « Il s’agit donc d’une réaction personnelle. Le compromis que j’ai essayé de tenir en utilisant Facebook pour profiter de ses avantages en dépit de son architecture centralisée et hypermnésique a rompu, j’en explique ici les raisons », tout en soulevant «  le faux-problème de la vie privée sur Facebook »).

Et en 2011, d’autres choisissaient de ne jamais être sur facebook (ou même twitter).

(2) A ce sujet, l’on ne manquera pas de se référer à l’excellent « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains »(Seuil, 2008 et en édition de poche chez « Points seuil », 2013), un vrai livre de Marc-Alain Ouaknin.

(3) Sans parler de Kierkegaard et de tous ses pseudos !

 

 

 

 

« Dépendance » ? Mais quelle « dépendance » ?

Pierre Carles, documentariste et réalisateur, entre autre, de « Fin de concession », constatait, en 2010 : « Ce qui est en train de se mettre en place autour du téléphone portable, des jeux vidéo et d’internet, avec l’état de dépendance que cette industrie génère chez le consommateur, constitue une entreprise d’occupation des esprits à côté de laquelle la télévision à l’ancienne est de la rigolade(…) À mon avis, la critique de l’information telle que nous l’entendons aujourd’hui sera totalement caduque dans dix ou quinze ans. Ce qu’il nous faudra critiquer, demain, c’est la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes(…)L’iPhone, qu’on le veuille ou non, est une utopie, la promesse d’un monde meilleur où tous les services et les plaisirs seront à portée de main, sans effort, quasi-gratuitement. Un monde meilleur synonyme de sang et de larmes pour la majorité de la population mondiale… Mais nous, qui ne croyons pas en ces utopies bidon, nous ne parvenons pas à fabriquer les nôtres. (…) »  

Enfant avec un ordinateur portable par Alan Toniolo de CarvalhoOù commence la société de dépendance ? Et où s'arrêtera-t-elle ?

Enfant avec un ordinateur portable par Alan Toniolo de Carvalho
Où commence la société de dépendance ? Et où s’arrêtera-t-elle ?

Face à cette société de dépendance, nourrie par la société de consommation (et souvent défendue par les mêmes qui, paradoxalement, parlent « d’assistanat », en réponse à la pauvreté et aux inégalités sociales, comme pour ne pas voir les causes structurelles de telles réalités…), quelle alternative pouvons-nous proposer, nous chrétiens ?

Et comme par un fait exprès, à l’heure où l’on semble incapable de ne pas utiliser son portable, y compris dans les lieux publics, je découvre  justement le fort pertinent « utiliser la Bible comme son portable »(datant d’au moins 2011) : Pouvez-vous imaginer ce qui se passerait si nous traitions la Bible de la même manière que nous traitons notre téléphone portable ? La réponse ici.

De quoi inciter à redécouvrir la révolution technologique la plus audacieuse de tous les temps !